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  • il y a 2 jours
Depuis plus d’un mois, une marée humaine envahit les rues, du sud au nord, d’est en ouest. Pour dégager Bouteflika et le « système ». Pacifique, joyeuse, responsable, unitaire et plurielle, une mobilisation populaire inédite fait vaciller le pouvoir, de plus en plus isolé. D’où vient ce soulèvement ? Jusqu’où peut-il aller ?
Pour en parler Latifa Madani a reçu Samia Amour, militante féministe internationaliste, de l'association APEL égalité et Tewfik Allal, militant des droits humains, de l'association Agir pour le changement et la démocratie en Algérie. Tous deux sont membres de collectifs organisateurs des rassemblements des Algériens place de la république à Paris tous les dimanches

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Transcription
00:00Bonjour, vous êtes sur l'humanité.fr et de l'autre côté de la Méditerranée, il se passe quelque chose
00:07d'inouï, de formidable, on peut dire même d'historique.
00:11Le peuple algérien occupe la rue pour dégager Bouteflika et le régime, et le système disent-ils.
00:19Alors que dit ce soulèvement ? Qu'est-ce qui se joue dans ce pays proche de la France, très
00:25proche de la France pour plusieurs raisons ?
00:28Nous en parlons avec nos invités, Samia Amour, militante féministe internationaliste, vous tenez à le préciser, et Toufé Alal, militant
00:39syndical, président de l'association Agir pour le changement et la démocratie en Algérie.
00:47Alors tout de suite, une première question, Toufé Alal, pourquoi ce mouvement ? Comment le caractériser ?
00:53Il faut rappeler juste ces dernières années, ça bougeait de partout, d'une façon peut-être sectorielle, catégorielle, régionale.
01:04Les motifs de mécontentement étaient multiples et variés, qui étaient un peu éparpillés, avec une difficulté en raison de...
01:15C'est ça la nature du régime, qui fait que les liaisons de tout ce travail, toutes ces manifestations, ces
01:23luttes, n'existent ou existent très peu.
01:27Il y a des militants associatifs, syndicalistes, autonomes, qui font leur boulot, mais ces tâches de coordination,
01:36faute, ou plutôt exactement en raison de la répression, il faut dire les choses comme elles sont, ont eu des
01:44difficultés à se cristalliser.
01:47L'opportunité était effectivement, à un moment donné, l'espèce de, comment dire, de honte, tout d'un coup,
01:56et vraiment de se dire comment on peut tolérer qu'on puisse être représenté.
02:02C'est pas question de la maladie, contrairement à ce qu'on croit, ou le personnel était vieil et tout.
02:06Mais comment on nous organise, un espèce de cirque, c'est le moment qui a fait, la goutte d'eau
02:13qui a fait déborder le vase.
02:14En fait, c'est un mouvement qui ne vient pas du néant, qui cristallise des années de lutte,
02:22et en fait, qui s'est déclenché, donc, le 22 février, suite à l'annonce au dépôt pour un cinquième
02:29mandat de la candidature du président Bouteflika.
02:33Alors, Samia Amour, en quoi ce mouvement est-il inédit en Algérie ? Qu'est-ce qui le singularise ?
02:40Alors, je dirais inédit, parce qu'il touche toutes les régions du pays.
02:47Et ça, j'estime que c'est un point très, très important.
02:51Parce que pendant longtemps, nous avions en face de nous,
02:54quand je dis nous, donc, toute personne qui était opposée à ce régime, d'ailleurs pour certains, depuis 1962,
03:02dès le début.
03:02Il ne faut pas se mentir, il ne faut pas se leurrer, il ne faut pas se dire que c
03:05'est les 20 ans en arrière que nous remettons en cause.
03:09Mais ce peuple remet en cause toute une gestion d'une victoire confisquée en 1962.
03:17Un peuple qui a donné la plus belle leçon de résistance à l'échelle mondiale.
03:23Et tout d'un coup, on en fait un mineur.
03:26Et un mineur, pendant longtemps, on lui confisque non seulement sa victoire,
03:30mais les biens qui devaient en découler de cette victoire.
03:34Donc, pour revenir à la singularité encore de ce mouvement,
03:38c'est que, comme beaucoup de jeunes le disent à Alger, partout en Algérie,
03:43c'est une deuxième indépendance.
03:45Ou à la limite, c'est la continuité de ce que ont rêvé nos martyrs et la génération qui a
03:52fait novembre.
03:53Mais avec ses propres spécificités.
03:56Et c'est ça la force.
03:57C'est une capitalisation de toutes les luttes, depuis 1962.
04:02Et ces dernières années, on a vécu, il faut le dire,
04:08même ce que ce peuple a réussi à arracher après 1962,
04:13pour faire, par exemple, les acquis de 88,
04:15tout ça a été laminé en 20 ans d'ultralibéralisme.
04:20Parce que c'est le terme en réalité.
04:21Et ces peuples-là, si vous voulez, la singularité qu'il a, ce mouvement,
04:29c'est cette force inouïe d'insister sur le pacifisme,
04:36la joie et l'ironie.
04:39L'ironie pour dire, l'humour, pour dire surtout,
04:42que nous vous avons compris depuis très longtemps.
04:45Mais bon, on se disait quand même, à un moment donné,
04:48« Hechmo, vous allez avoir honte, vous allez penser un tout petit peu à ce peuple.
04:52Qui vous fait ? Qui vous a fait ? »
04:54Or, ça n'a pas été le cas.
04:56Et c'est pour ça.
04:57Oui, et juste, j'ajouterais,
04:59il y a une mixité sociale,
05:02si on, voilà, une mixité sociale.
05:05Il y a aussi une mixité intergénérationnelle.
05:08Toutes les générations.
05:09Et donc, c'est effectivement, on peut dire que l'ensemble,
05:12enfin, hors les élites qui font partie de l'oligarchie,
05:17donc le peuple algérien,
05:19on peut dire que c'est le peuple algérien qui est dans la rue.
05:21Alors, je vais vous demander, tout fait, à l'aile,
05:25il y a eu des évolutions depuis le 22 février
05:28dans les revendications, dans les slogans,
05:30ou bien, ça vient Amour,
05:33quelles sont ces évolutions les plus notables,
05:37les plus significatives ?
05:39Juste un peu concernant l'intensité, l'ampleur
05:42et la mixité dont vous parlez,
05:45il ne faut pas oublier l'entrée en lice,
05:47ouverte, directe, massive, des étudiants.
05:50Oui, tout à fait.
05:51C'est eux qui vont conforter cette mixité sociale,
05:56cette mixité de genres,
05:58cette mixité à l'échelle du pays,
06:00ils vont la porter, disons,
06:02mais c'est comme ça.
06:03C'est un élément.
06:05Il y a certaines universités
06:06qui ne bougent jamais dans des villes,
06:09je ne citerai pas les noms,
06:11réputées, légendaires pour leur conservatisme,
06:14ils sont sortis et c'est inouï.
06:16Et là, c'est tout mêlé.
06:18Le départ, comme chacun le sait,
06:19c'était l'espèce de mécontentement,
06:21le dégoût à propos de cette prolongation
06:25du régime à travers le cinquième mandat,
06:27c'était, on ne veut pas de cinquième mandat.
06:30Malgré tout, il a mandaté quelqu'un
06:33pour s'inscrire.
06:35Pour s'inscrire.
06:39Manifestation, il revient avec une autre annonce.
06:41Mais non, qui vous a dit que je m'inscrivais
06:43pour le cinquième mandat ?
06:44Pas du tout.
06:45Moi, je veux juste donner,
06:50si vous m'élisez,
06:51un an, je resterai un an.
06:53Remarche.
06:54Ah non, non, non, je ne veux pas d'élection,
06:56je ne veux rien du tout,
06:57mais les élections, il n'y aura pas le 28 avril
07:00et puis je vais mettre en place.
07:02C'est une évolution qui fait que
07:05le plan qui était mis en place
07:08s'effritait.
07:10Et ça devenait non au cinquième mandat.
07:14Non à la prolongation.
07:16Alors là, les slogans ont fleuri.
07:20Chacun avec son accent,
07:21vous allez de Tlemcen à Constantine
07:23en passant par Tisouzo et tout,
07:25chacun inventait la façon de le dire
07:28pas une minute de prolongation.
07:30Rien du tout.
07:32Et là, effectivement,
07:33les choses commencent à se mettre en place.
07:36Il faut du moins une contestation
07:38de la nature même du régime.
07:40C'est ça, c'est le système dégage.
07:41Sa fabrication, c'est ce mode de production
07:45depuis, effectivement, 62 et même avant,
07:49on n'en veut plus.
07:51Très bien, on a bien compris.
07:52Alors moi, je vais demander à Samia,
07:55Samia Amour, la militante féministe,
07:56on va parler des femmes.
07:58Alors, les femmes ont surgit plus,
08:02enfin, il y a davantage,
08:03grâce à ce soulèvement dans l'espace public.
08:05On les a vues, on les voit,
08:07voilées ou pas voilées,
08:11rurales, citadines.
08:12Alors, qu'est-ce que les femmes ont apporté,
08:14apportent à ce mouvement
08:16et qu'est-ce qu'elles en attendent ?
08:18C'est peut-être une grande question.
08:19Très grande.
08:20Je vais vous demander d'être concise,
08:22mais voilà, c'est important.
08:23Qu'est-ce qu'elles apportent ?
08:25Qu'est-ce qu'elles apportent ?
08:26C'est très simple.
08:27Avant de venir,
08:29j'ai vu deux ou trois posts sur Facebook,
08:32rien ne peut se faire sans les femmes.
08:34On l'a déjà prouvé,
08:36dans l'histoire déjà du pays.
08:37La preuve, le 1er mars,
08:39j'ai fait mes parts avec Jamila Bouhéret,
08:43donc tout est dit.
08:44Jamila Bouhéret qui est donc,
08:45qui est donc grande résistante
08:47et militante anticolonialiste.
08:50Et ça, c'est une figure très respectée
08:54parce que justement,
08:55elle ne s'est pas mouillée
08:56dans ce bourbier
08:59dans lequel ils ont mis l'Algérie.
09:01Et tout ça,
09:02ça ne veut pas dire
09:04qu'on ne veut pas sortir de novembre.
09:06C'est-à-dire, nous les femmes,
09:07actuellement,
09:08notre demande est complètement différente
09:11de ce qu'avaient demandé
09:13ces résistantes à leur époque.
09:15Donc là,
09:16c'est comme si que,
09:18c'est comme le témoin
09:19qui est donné,
09:21mais on veut plus.
09:23Et comme vous le dites,
09:26ces femmes dans le soulèvement,
09:27pour moi,
09:28c'est tout à fait naturel
09:30qu'elles sortent de ces femmes-là
09:31parce qu'elles veulent aussi
09:33dire leurs mots,
09:34déjà en tant que femmes,
09:37mais aussi en tant que citoyennes.
09:40Parce qu'un pays se construit à deux.
09:42Toute société est à deux.
09:44Il y a une injustice
09:46qui a été faite justement
09:47à la femme algérienne.
09:49Et là,
09:51j'en parle,
09:52et je fais référence
09:53au code de la famille.
09:55Et dans ce code de la famille,
09:56des féministes se sont battues
09:58pendant longtemps
09:59pour qu'il y ait un changement.
10:02Et là,
10:03par exemple,
10:03actuellement,
10:05il y a un discours
10:06que je trouve quand même
10:08que nous devrions déconstruire
10:10en tant que militants progressistes.
10:12C'est l'histoire
10:13à Tal Haqlinsa.
10:15Il a donné le droit aux femmes.
10:17On parle de Bouteflika.
10:19Ce n'est pas vrai.
10:20Bouteflika n'a pas donné
10:22le droit aux femmes.
10:23Et d'une,
10:23ces femmes l'ont arrachée,
10:25mais aussi,
10:26historiquement,
10:27je veux dire que
10:28une réalité
10:29qui existait en 1962
10:31n'est plus la même
10:32maintenant,
10:33en 2019.
10:35Et donc,
10:35tout le long,
10:36on nous voit
10:37comme si on était
10:38toujours,
10:40les militantes,
10:41les grandes combattantes
10:42et tout,
10:43mais bon,
10:43après,
10:43rentrez dans vos cuisines.
10:44Et c'est dit,
10:45même dans les plateaux télé
10:47et tout ça,
10:48la femme algérienne,
10:49en sortant,
10:51d'ailleurs,
10:51qu'elle soit voilée
10:53ou non voilée,
10:54tout est là
10:55parce qu'elle a un rôle
10:56à jouer en société.
10:58Elle joue déjà ce rôle-là.
11:00D'où,
11:00justement,
11:02je trouve que
11:03ce qu'elles attendent,
11:04c'est qu'on voit en elle
11:05un être à part entière,
11:07une fois pour toutes,
11:08qu'elle soit respectée
11:09et qu'elle puisse dire son mot
11:11surtout dans la place publique
11:14et dans l'espace.
11:15Et je préciserai juste,
11:17d'ailleurs,
11:17quand vous dites
11:19que nous ne sommes pas
11:20à la même époque,
11:21bien évidemment,
11:21aujourd'hui,
11:22il y a 64% d'étudiantes.
11:25Tout à fait.
11:26Il y a une majorité
11:28d'étudiantes à l'université
11:29et il y a de plus en plus
11:30de femmes en activité aussi.
11:33En activité,
11:34mais aussi en demande d'activité.
11:36En demande d'activité.
11:3655% des femmes diplômées
11:38donc je le dis bien,
11:40des femmes diplômées
11:41en Algérie
11:42n'ont pas de travail
11:44contrairement à ce que
11:45à ce qui se dit
11:47que voilà,
11:48les femmes travaillent,
11:49les femmes en...
11:49Non,
11:50un fort chômage.
11:51Il est vraiment plafonné.
11:53On renoue
11:55en l'amplifiant
11:57avec la problématique
11:59née
11:59lors du soulèvement de 88.
12:02La question de l'égalité
12:04homme-femme
12:04était au cœur
12:06du dispositif.
12:07Certaines militantes
12:08féministes
12:09ont dit même
12:09que l'ère stratégique
12:13s'est déplacée
12:14d'Europe
12:16qui était en avance,
12:17etc.
12:18Pour.
12:19Parce que c'est une question
12:20pas seulement sociétale.
12:22Oui, bien sûr.
12:23C'est pas uniquement
12:24une question de réforme.
12:25C'est une question
12:26hautement politique.
12:28Tout à fait.
12:29Qui est le levier du reste
12:31et en partie,
12:33parce que,
12:34évidemment,
12:34il y a eu cette réponse
12:36tragique
12:37de la guerre civile
12:38et tout.
12:39Mais ça,
12:40c'est resté
12:41à bas bruit
12:41et qui surgit
12:43fort de toute l'expérience
12:45qui rémerge
12:46avec une force.
12:48Le clan
12:48Bouteflika,
12:49vous l'avez dit
12:50tout à l'heure,
12:51il n'avait pas lâché.
12:52Il est de plus en plus
12:53isolé.
12:54Alors,
12:54quelle marge
12:55de manœuvre
12:55reste-t-il au pouvoir
12:56selon vous ?
12:59Manifestement,
12:59les divers scénarii,
13:04là,
13:05on va tomber
13:06dans une autre phase,
13:07on va proposer
13:08des alternatives
13:09au premier scénario.
13:11Et ces avatars,
13:134+,
13:16etc.,
13:16là,
13:16c'est contesté.
13:17C'est-à-dire,
13:18on ne reconnaît pas
13:19le nouveau ministre
13:20qui est nommé.
13:21Apparemment,
13:22on apprend qu'il y a
13:23des gens qui refusent
13:25d'être ministre
13:25dans ce gouvernement.
13:27Il n'y a pas de réponse.
13:29Il n'y a pas de réponse.
13:30Apparemment,
13:31les décideurs,
13:32ce qu'on appelle
13:32les décideurs,
13:33il faut préciser juste
13:34qu'est-ce que c'est
13:34les décideurs.
13:35C'est un haut commandement
13:37militaire avec des civils,
13:38quelques civils
13:39qui sont corruptés.
13:40C'est ça.
13:41Ça,
13:42ils ont intégré
13:43au fur et à mesure
13:44des centres de décision
13:47et de l'évolution
13:48du pays aussi,
13:49objectivement.
13:51Et ce commandement,
13:52ces décideurs-là,
13:54sont dans une phase
13:55où,
13:57petit à petit,
13:58les cartouches
13:59viennent à manquer.
14:01C'est ça.
14:02Voilà.
14:02Et maintenant,
14:03la situation,
14:04franchement,
14:05je ne sais pas,
14:06je ne sais pas
14:07comment ça va se passer.
14:10Mais ce dont je suis sûr,
14:11c'est que,
14:12il me semble-t-il
14:13que, dans ce dispositif
14:16de fabrication du pouvoir,
14:18il y a quelque chose
14:19qui a vacillé.
14:21Le processus
14:22de fabrication
14:23depuis 1962,
14:25comment se forme
14:26le pouvoir,
14:27ces gens,
14:28etc.
14:28Parce que tous,
14:29tous les présidents,
14:31c'est ce haut commandement
14:32militaire
14:32et civil
14:35qui a fait
14:36ce dispositif-là.
14:37C'est ça
14:38qui vacille.
14:39Qu'est-ce qu'il va faire ?
14:40Je n'en sais rien.
14:41Ce n'est pas question d'armée,
14:42au sens corps institué,
14:45des soldats et tout.
14:46C'est des citoyens
14:47comme nous.
14:48Vous avez bien dit
14:48que c'est le commandement
14:49militaire.
14:49Chawa, chawa.
14:51On est frères.
14:52Voilà.
14:53Mais c'est tout.
14:54Et il fait son devoir
14:56comme d'autres citoyens
14:57font leur devoir
14:57pour le pays.
14:58Il n'y a pas...
14:59Ce n'est pas des sauveurs
15:00pour nous.
15:01Alors, est-ce qu'on peut dire,
15:02même si on sait,
15:03vous l'avez bien expliqué là,
15:06le rôle décisif
15:07que peut jouer
15:09le commandement militaire
15:10et une partie
15:11de l'armée ?
15:13Mais peut-on dire quand même,
15:14d'une certaine manière,
15:15que la balle aujourd'hui
15:16est dans le camp de la rue ?
15:18Tout à fait.
15:19Mais pourquoi justement,
15:20alors, il y a un débat
15:24sur, voilà,
15:25la structuration du mouvement,
15:27sa représentation,
15:29son débouché aujourd'hui ?
15:30Ce n'est pas facile.
15:31Pourquoi ?
15:32Pourquoi ?
15:34Donc, pour rejoindre,
15:36tout en répondant
15:37à votre question,
15:38je vais rejoindre
15:38mon camarade
15:40de Touffir
15:41en disant que justement,
15:44ce pôle de décision
15:45qui a été construit
15:47les dernières années,
15:49notamment,
15:49avec l'arrivée
15:50des hommes d'affaires,
15:52fait qu'ils ont aussi
15:53leur voix
15:54dans cette société.
15:56Je vais être direct
15:57avec certains journaux
15:58dits, indépendants,
16:00certains journalistes,
16:01certains chefs de partis
16:04qui, pendant longtemps,
16:06ont été leurs copains,
16:07leurs amis.
16:09Avec un discours libéral,
16:12pendant longtemps,
16:12on a fait croire
16:13qu'ils étaient toujours
16:14du côté du peuple.
16:16Et aujourd'hui,
16:17c'est une mise à nu
16:18de tout ça
16:19par un peuple
16:20qui a tout compris
16:21en réalité.
16:23Et d'ailleurs,
16:23on le voit très bien,
16:24on nous présente
16:25au niveau, par exemple,
16:26de la structuration,
16:27tout le monde pense
16:28à une transition
16:29avec un gouvernement
16:30de technocrate.
16:31tout le monde pense
16:32à nous mettre
16:33des personnalités
16:35intègres.
16:36Je n'ai rien
16:36contre ces personnalités.
16:38Certaines ont été
16:38avec moi du temps
16:39où je me battais
16:40en Algérie
16:41pour changer les choses.
16:42Je n'ai absolument rien
16:43sans citer les noms.
16:44Mais de là
16:46à prendre ce peuple
16:47pour un peuple idiot
16:49et mineur
16:50et à se permettre
16:50de choisir
16:53à sa place,
16:53c'est bon.
16:54Moi, j'estime
16:55qu'un peuple
16:55qui est sorti
16:56le 22 février,
16:58comme ça,
16:59qui a rempli
17:00les rues d'Alger
17:02pour du moins
17:02Alger où j'étais,
17:04qui est revenu
17:05le 2 mars,
17:06qui est revenu
17:07une semaine après,
17:08il y a une structuration
17:09qui ne dit pas son nom.
17:10Parce que j'ai mon voisin
17:12avec qui je souffre,
17:14avec qui je prends
17:15le bus tous les matins,
17:16avec qui je suis
17:18dans la galère.
17:19C'est ce monde-là
17:20qui doit être représenté.
17:22Les travailleurs,
17:23on le sent,
17:24avec,
17:25comme je le dis encore,
17:26je reviens au terme,
17:27mise à nu
17:27de Sidi Saïd,
17:28d'une centrale syndicale
17:30qui est tout à fait
17:31le patron
17:33de la grande syndicale
17:34qui est
17:35un fervent,
17:38mais un fervent servile,
17:40un vassal à la limite.
17:42Mais ce monde-là,
17:43tous ces gens-là,
17:45le peuple a compris,
17:46les travailleurs l'ont compris,
17:47ils sont en train
17:47de retirer la confiance
17:49à toute cette bureaucratie
17:51qui, pendant longtemps,
17:52se permettait
17:53de négocier à leur place
17:54et en réalité
17:56de négocier
17:57leurs propres intérêts.
17:59Pas plus tard qu'hier,
18:00les pompiers
18:01sont sortis
18:02à Bejaïa,
18:03ils sont sortis
18:04à Gelma.
18:06Mais tout ça,
18:07c'est une révolution,
18:09ils ne l'ont pas compris,
18:10c'est une révolution sociale
18:11qui s'inscrit
18:12dans la durée,
18:15j'insiste sur ce terme,
18:17donc la structuration,
18:19laissant ce peuple
18:20se structurer
18:21au fur et à mesure.
18:22comme s'est fait
18:24pendant justement
18:25la guerre de libération,
18:26la prise de conscience
18:27de la nécessité
18:29de la fin
18:29de ce système colonial,
18:31il est temps
18:32de laisser ce peuple
18:34prendre sa destinée
18:35en main,
18:35il l'a prouvé
18:36même deux fois
18:37qu'il était capable.
18:38A vous deux,
18:39vous êtes l'un et l'autre
18:41pleinement mobilisés
18:42dans vos associations
18:44et donc en ce moment,
18:46bien évidemment,
18:46c'est un moment historique,
18:49vous redoublez
18:50bien évidemment
18:51d'action,
18:52d'implication.
18:54Alors,
18:55citez-moi quelques-unes
18:56des actions
18:58que vous menez
18:59pour soutenir
19:00et accompagner
19:01ce soulèvement.
19:04C'est fondé quand même
19:05sur une hypothèse
19:06parce que
19:08le jeu du pouvoir,
19:10les contradictions
19:11au sein du pouvoir
19:12et tout,
19:12ça existe,
19:13on les note,
19:13on sait que
19:14c'est en raison
19:15de l'évolution
19:16du rapport de force.
19:17Mais franchement,
19:18je veux dire,
19:19si vous me posez
19:19est-ce que vous voulez
19:20la constituante
19:20à la seconde république,
19:22j'ai mes idées,
19:23c'est pas ça le problème.
19:24Mais le problème,
19:25c'est que notre conviction,
19:27en tout cas la mienne,
19:28c'est que c'est un événement,
19:30quels que soient
19:30les résultats
19:31qui vont venir
19:31par la suite.
19:32va marquer une génération
19:34définitivement.
19:35Il y a des exigences
19:37qui se balbutient.
19:39Nous, notre travail,
19:42militant,
19:43c'est de faire connaître ça,
19:44tout simplement.
19:45Accompagner ça,
19:46donner la parole
19:47parce qu'il y a
19:48une formidable
19:50élan de prise de parole.
19:52C'est favoriser,
19:53alors on va nous dire
19:54« Ah, mais vous ne pensez pas
19:56à la tradition,
19:57vous ne savez pas,
19:58vous ne vous inquiétez pas
19:59de ce qui va se passer. »
20:00C'est pas qu'on ne s'inquiète pas,
20:01s'inquiète comme tout un chacun,
20:03mais nous,
20:04notre intérêt,
20:04c'est ça,
20:05concrètement.
20:06En tous les cas,
20:07l'AGDA l'a fait
20:07depuis sa naissance,
20:08en 2011.
20:10Il va se poursuivre,
20:12tout simplement,
20:12par des initiatives
20:13comme vous avez assisté
20:15la dernière fois,
20:16des prises de parole,
20:17des réflexions
20:18que partagez en commun,
20:21donner toute opportunité
20:23à cette prise de parole,
20:25à cette exposition,
20:26d'échange.
20:27aussi bien l'AGDA,
20:28ça on le faisait avant,
20:29maintenant,
20:31puisque le collectif
20:32des associations
20:34algériennes en France
20:35se sont regroupées
20:37et commencent à mûrir
20:39et à grandir
20:39pour faire une véritable union,
20:41on le travaille
20:42au sein de ce collectif
20:47qui va réfléchir,
20:48parce que j'espère
20:48qu'on ne va pas rester
20:49uniquement à venir marcher,
20:51le dimanche c'est bien,
20:52mais il faut inventer,
20:53parce que ce qu'on nous demande
20:55c'est être très infantif,
20:57ne pas tomber dans le piège
20:59de la répétition,
21:00de la répétition,
21:01etc.
21:01à trouver,
21:02développer.
21:03Et il y a des mines,
21:05des gisements de mines
21:07de solidarité,
21:08je parle de l'émigration maghrébine,
21:11nos vieux camarades,
21:12en premier lieu,
21:13je pense à tous
21:14nos amis français,
21:15et là, eux aussi,
21:17ils renaissent,
21:18peut-être certains,
21:19alors,
21:20vieil amour de l'Algérie
21:22qui émerge,
21:23rend fin,
21:23quelque chose qui sort,
21:24qu'on voit,
21:25qu'on comprend,
21:26et ça,
21:27et aussi,
21:27et aussi,
21:28les enfants de ces migrants,
21:30c'est là,
21:30on est de la troisième
21:31ou quatrième génération,
21:33ils ne demandent qu'à témoigner
21:34s'il y a une structure,
21:35et on va favoriser ça,
21:37on va donner l'opportunité,
21:38ne serait-ce que témoigner,
21:41témoigner,
21:41il n'y a rien à dire,
21:42ils ne prennent pas le parole,
21:43ni rien,
21:43mais venir partager
21:45avec nous ce moment-là.
21:47Samia, le dernier mot ?
21:48Le dernier mot,
21:50je pense qu'il a tout dit,
21:52ou presque,
21:54mais effectivement,
21:55il y a des choses
21:56qui sont posées en Algérie,
21:58dans la rue,
21:59avec des pancartes,
22:00des slogans,
22:00il y a plein de partis politiques,
22:03bien qu'une grande partie,
22:05du moins,
22:06là,
22:06c'est mon propre avis,
22:08a été plus que discrédité,
22:09parce qu'il faut savoir
22:10que ce que j'appelle,
22:11moi,
22:12le karcher,
22:12Bouteflika,
22:14quand il est passé,
22:15il a nettoyé,
22:16mais d'une manière terrible,
22:18aseptisé énormément
22:19de partis politiques,
22:21et donc,
22:22ce n'est pas évident,
22:23mais le peuple
22:24a compris tout ça,
22:26donc,
22:26nous,
22:27notre rôle,
22:28en tant que,
22:29d'abord,
22:30je fais aussi partie
22:31de l'ACNA,
22:32en plus,
22:32de réagir pour le changement
22:35et la démocratie,
22:36l'association qui a été créée
22:37en 2011.
22:38Tout à fait,
22:38et donc,
22:39en tant que féministe,
22:40et en tant que femme,
22:42j'estime que je dois être
22:44l'écho de ce que disent
22:47les femmes à Alger,
22:48toutes les femmes,
22:49sans exception,
22:50sont allées dans
22:51ce que j'appelle,
22:52moi,
22:55choisir tel discours
22:56parce qu'il me plaît,
22:57non,
22:57tout doit être posé,
22:59parce que c'est de là,
23:01de ces débats-là
23:02que pourra jaillir,
23:04justement,
23:04une autre Algérie,
23:06qui nous reconnaîtra
23:07en tant que femme.
23:09Sinon,
23:10je pense,
23:11bon,
23:11pour mon propre,
23:13c'est-à-dire,
23:14j'estime que
23:15la constituante,
23:17qui n'a pas été
23:18faite réellement
23:20comme il le fallait
23:21en 1962,
23:22elle se repose.
23:24C'est-à-dire que
23:25tant qu'on fuit
23:26certains jalants
23:27qui font la construction
23:29d'une nation,
23:30dès qu'il y a crise,
23:31ça revient.
23:32C'est comme
23:33toute question
23:36qui relève
23:36de l'identité,
23:38par exemple,
23:38et qui n'est pas
23:39cranchée au moment
23:40qu'il faut.
23:42Dès qu'il y a crise,
23:43ça remonte,
23:44ça émerge
23:44et on le voit
23:45très bien maintenant.
23:47Bien,
23:48merci,
23:48Samia Amour,
23:49merci de tous ces parallèles
23:50et merci aux internautes
23:52de nous avoir suivis
23:53sur humanité.fr
23:56et vous pouvez retrouver
23:57toute l'actualité
23:59et les informations
24:00sur l'Algérie,
24:00sur ce site-là.
24:02Merci.
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