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  • il y a 1 semaine
Avec leur caméra, ils ont passé 25 jours en immersion dans la prison des Baumettes à Marseille. Rencontre avec Alice Odiot et Jean Robert Viallet, réalisatrices-teurs du film DES HOMMES, qui sort dans les salles aujourd'hui.
30 000 mètres carrés et 2 000 détenus dont la moitié n’a pas 30 ans.
Une prison qui raconte les destins brisés, les espoirs, la violence, la justice et les injustices de la vie. C’est une histoire avec ses cris et ses silences, un concentré d’humanité.
Retrouvez l'article paru dans l'Humanité :
https://www.humanite.fr/cinema-derriere-les-prisonniers-des-baumettes-des-humains-part-entiere-684962

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Transcription
00:10Depuis que je suis au Boumette, il y a eu trois morts, trois morts.
00:12Un, dans ma promenade, il s'est fait lyncher.
00:16Et je l'ai vu de mes yeux.
00:18Ça fait de la peine, c'est... tu vois.
00:22Tu le vois se faire frapper, le pauvre.
00:24Et ils sont cinq, six sur lui, tu peux pas te mêler.
00:28Sinon, ça va être toi, tu comprends ?
00:31Il faut que ton mental, il soit vraiment fort.
00:38Sinon, tu vas te laisser aller, boum.
00:40T'es bien, t'es triste, t'es bien, t'es triste, t'es bien.
00:44C'est difficile d'aller faire des films en prison
00:47parce que c'est sans doute une des administrations qui est restée le plus fermée.
00:50Il y a des caméras qui rentrent en prison régulièrement en France
00:52sur des choses très, très anglais.
00:55Les Parloirs, Sissa, il y a quelques films,
00:57d'ailleurs, il y a quelques très bons films, documentaires très intéressants.
01:01Donc, plein de choses ont été déjà faites,
01:03mais l'immersion vraiment en tant que telle,
01:04ça, par contre, c'était vraiment compliqué à entendre pour la pénitentiaire,
01:08de vraiment nous laisser à l'intérieur,
01:11sans angle particulier, sans avoir anglé le film,
01:15en étant ce qu'on cherchait,
01:16c'est-à-dire nous vraiment dans le bâtiment de la vie de tous les jours
01:21des personnes incarcérées et puis avec du temps.
01:27Le départ avec Ali, ce n'était pas faire un film seulement simplement à charge
01:30avec machin ou analytique sur la prison.
01:32Ce qu'on voulait, c'est emmener les spectateurs à l'intérieur de la prison.
01:36Oui, oui, mon bébé.
01:39Qu'est-ce que ça, mon frère ?
01:40Je me marie quand je sors.
01:41Ma femme, elle est enceinte et tout, le sang.
01:44Eh oui, mon bébé.
01:47Voilà.
01:49Oui.
01:52Eh, il travaille, il travaille sur les bateaux, mon frangin.
01:54Il travaille quoi ?
01:55Que la nuit, il prend des 3 000 euros par mois.
01:59Oh là.
02:01Eh, qu'est-ce que ça, mon pote ?
02:02Moi, je vendais du shit.
02:03Fais où je suis ?
02:06Ah, c'est ça, mon frère.
02:07Tu joues, tu joues.
02:08Même dans les moments où, évidemment, l'humanité est là, l'humour, l'intelligence, le rire,
02:15l'attention est palpable.
02:18Voilà, là-bas, il faut survivre et puis apprendre une virilité, à mon avis, qui est tout à fait particulière,
02:26en fait.
02:27Ils vont rester là pendant 4 ans, 5 ans.
02:29Ils savent qu'ils sont en train de se transformer, que la prison les transforme, les changera à tout jamais
02:37et les marquera pour toujours.
02:39Mais ensuite, sortir pour quoi ?
02:44Comment travailler, comment s'occuper d'un enfant qui est né hors des murs, comment refaire le lien, en fait,
02:54avec les autres, avec le monde des hommes libres.
02:58Alors, c'est une tâche qui sera sans doute très difficile.
03:04J'ai une sensation de naufrage parfois à aller voir.
03:10Alors, bien sûr, il faut s'en sortir et il y a plein d'intelligence, de débrouilles, c'est des
03:19gens qui, comme nous tous, sont pleins d'inventivité, de ressorts, d'humanité, évidemment, comme tout le monde.
03:33J'ai pris 7 ans.
03:35Pour moi, c'est une grosse peine.
03:36Pour moi, 7 ans, c'est la première fois que je rentrais en prison.
03:39Tu vois ce que je vais te dire ?
03:40Ça va, j'ai le moral et tout, tu vois, heureusement.
03:43Du coup, je me prenais la tête à faire des carjacking, à ramener là, à l'aventurier, on va partir
03:47faire le transport.
03:48C'est dans le bois, tu t'es conscient, tranquille.
03:50Je t'ai fait l'équipo.
03:52C'est là, ici, à Marseille.
03:54Voilà, l'aventurier a été traquée, frère.
03:59Sorti d'autoroute, parage, boum !
04:03Ça va, t'as quel âge ?
04:0519.
04:0619.
04:07Ah bah, tu es jeune.
04:08Ah bah, tu es jeune, tranquille.
04:09Ah, c'est ma quatrième peine, frère, je sors de 2 ans, en février 2017, je reprends 3 ans, là,
04:13là.
04:13Ça va, mais là, tu vas très ressortir, il va très, là, déjà comme ça, il va très ressortir, là
04:17où ?
04:18Ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va,
04:20ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va.
04:26Ah, tu vois, t'es normal ?
04:28Tu vois, les gens, ils ont des sous, tu as compris, ils sont bien, toi, tu sors de prison, tu
04:32as envie de te refaire, tu vois, ce que je te dis ou pas ?
04:34Et après, tu tombes dans le piège, toi.
04:38Toujours comme ça.
04:39Il y a vraiment une politique en France très, très, très, très répressive qui va très vite conduire, effectivement, même
04:46la petite délinquance vers la prison et qui fait qu'effectivement, on pourrait, on peut s'interroger sérieusement sur, est
04:56-ce que c'est toujours leur place à cet endroit-là ?
04:59Est-ce que les jeunes qui sont en prison, est-ce que la formation, des fois, mettre de l'argent,
05:03pas dans l'incarcération de ces jeunes, mais dans la formation de ces jeunes, ce serait pas mieux ?
05:06Je pense que personne n'ignore qu'en prison, c'est le royaume de l'illégalité.
05:13Il y a plein de choses qui sont complètement hors la loi en prison.
05:17On peut se procurer n'importe quelle drogue, un paquet de cigarettes à 50 euros, on peut, avec de l
05:25'argent, on peut, beaucoup de choses.
05:27Bien sûr que l'administration sait que les détenus fument du shit à longueur de journée, à longueur de temps.
05:34Je pense qu'il est regrettable que les détenus n'aient pas plus accès au monde extérieur, en fait.
05:41Cet enfermement, cette privation sensorielle et affective les conduit, bien sûr, tout le temps à faire des choses illégales.
05:51On ne peut pas téléphoner comme ça à ses enfants lorsqu'ils vont en vacances, par exemple, chez la grand
05:56-mère, dans un pays étranger.
05:58C'est impossible, donc on est bien obligé de manœuvrer avec ça.
06:01Donc voilà, ils manœuvrent avec cette réalité où ils sont en surveillance permanente.
06:09Alors, M. Oquev, vous avez été parfait. Vraiment, parfait. Juste ton, juste attitude. Parfait.
06:21Je vous le dis, je ne fais pas souvent des commissions de discipline, mais j'ai la chance, à chaque
06:26fois, de voir des personnes détenues parfaites en commission de discipline.
06:31Ah si, si, si, si, si, je vous assure, je vous assure.
06:36C'est vrai ?
06:37Non, mais c'est moi maintenant.
06:38Je ne veux pas, je ne veux pas montrer moi.
06:39Non, mais c'est moi maintenant. Je vais me moquer. C'est moi maintenant.
06:41Vous avez eu tout le temps de vous expliquer, maintenant c'est moi.
06:44Donc, vous étiez parfait pour la commission de discipline.
06:47Par contre, et vous l'avez dit très justement, on vous a accordé notre confiance.
06:52Vous avez été classé, vous avez eu un poste qui demande, effectivement, qu'on accorde confiance à la personne qui
06:59tient ce poste-là.
07:00Et vous vous êtes moqué de nous. D'accord ? Vous vous êtes moqué de nous.
07:04Et malgré votre attitude parfaite tantôt, nous avons décidé, la commission de discipline a décidé de vous sanctionner de 20
07:14jours de quartier disciplinaire,
07:15donc 10 jours avec sursis, et 60 jours de suppression du parloir sans dispositif de séparation.

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