00:00Bonjour M. Coquerel, vous êtes député insoumis de Seine-Saint-Denis.
00:04Le 49.3 a été utilisé pour faire passer en force la réforme des retraites.
00:07On le sait, une réforme même adoptée en force peut parfois être abandonnée, ça avait été le cas sur le
00:11CPE.
00:12Est-ce que c'est tout l'enjeu aujourd'hui du combat de la réforme des retraites de pousser à
00:15l'abandon du texte ?
00:17Ah oui, toujours. Pour moi, c'est toujours le retrait. Voilà les actualités.
00:20Vous savez, si je regarde un petit peu par rapport au calendrier que s'est donné le gouvernement,
00:27pour le moment, c'est des défaites qu'il enregistre.
00:31Parce que le fait de passer au 49.3 fait qu'ils n'ont toujours pas adopté stricto sensus la
00:35loi à l'Assemblée nationale.
00:37La commission spéciale n'a pas été capable de le faire, ils ont arrêté les travaux.
00:41Et là, ils le font passer sans vote.
00:43Alors certes, c'est peut-être symbolique, mais c'est un symbole important.
00:46Parce qu'il y a fort à parier que ça remobilise les secteurs sociaux.
00:52Mais ça a aussi fortement irrité au-delà.
00:57Et je crois que ça va entraîner, par exemple, des travaux très longs au Sénat.
01:01Et très certainement, un vote contre au Sénat.
01:04Donc ça va revenir à l'Assemblée.
01:05On en a au moins jusqu'en mai.
01:07Voilà, je trouve que pour l'instant, le gouvernement est plutôt fragilisé.
01:11Avec en plus les syndicats qui quittent les uns après les autres la conférence de financement.
01:16La CGT est faux maintenant.
01:19Je trouve que leur situation n'est toujours pas bonne.
01:22La loi organique arrive désormais, elle va arriver à l'Assemblée.
01:25Est-ce que vous entendez la combattre ?
01:27Et comment vous entendez la combattre ?
01:28On va la combattre comme la loi ordinaire.
01:30Sauf que là, le texte est beaucoup plus court.
01:32Alors on aura beau faire, on n'arrivera pas à faire reculer suffisamment de jours par an
01:37pour essayer de porter la loi après les municipales.
01:39Parce que c'était notre objectif avec la loi ordinaire.
01:43Mais on va se débrouiller pour quand même se servir des amendements.
01:47Pas seulement pour freiner les marcheurs.
01:49Mais aussi pour faire ce qu'on avait fait avec la loi ordinaire.
01:53C'est-à-dire qu'on peut poser un amendement qui paraît être un amendement de forme.
01:56Mais à chaque fois, ça nous permet d'argumenter sur le fond.
01:58Et notamment, ça va nous permettre de parler de sujets dont nous n'avons pu parler.
02:02Puisqu'ils ont arrêté le débat sur la loi ordinaire à l'article 7.
02:06On s'en sert aussi à des fins pédagogiques et d'arguments.
02:10Avec le 49.3, le Premier ministre Édouard Philippe a dit mettre, je cite, fin au non-débat.
02:16Il a aussi dit mettre fin à une situation dans laquelle le Parlement était empêché de tenir son rôle.
02:20Est-ce que vous êtes d'accord avec cette explication ?
02:22Bien sûr que non.
02:23Ce qui est étonnant, c'est que vous savez que sur tous les réseaux sociaux,
02:26ressortent des vidéos d'Édouard Philippe par rapport au 49.3 passé,
02:31notamment celle du gouvernement Valls.
02:33Et où il reproche exactement à Emmanuel Valls que nous reprochons aujourd'hui Édouard Philippe.
02:38Donc on voit bien que c'est des questions de convenance.
02:40Là, c'est quand même l'une des premières fois d'un cinquième lit
02:43qu'un gouvernement utilise le 49.3,
02:46non pas parce qu'il a un problème avec sa majorité,
02:48quoique il y a des démissions qui sont en train de se rajouter là,
02:51mais parce que principalement c'est un problème de calendrier,
02:54à des fins électorales, pour passer vite avant les municipales.
02:58Donc le gouvernement, enfin Emmanuel Macron ne peut pas penser,
03:02Édouard Philippe ne peut pas penser que l'opposition n'a pour rôle que de s'opposer tel qu'il
03:06l'entende.
03:07L'opposition, voilà, elle joue son rôle et à certain moment son rôle,
03:10c'est également de freiner une loi quand cette loi est minoritaire dans le pays.
03:13Non, c'est évidemment, en plus de ça, si vous écoutez bien tous les débats qui ont eu lieu,
03:17vous apercevez que les oppositions ont débattu,
03:20je dis bien les oppositions au pluriel, ont donné à chaque fois des arguments.
03:23Et ceux qui ont souvent utilisé leur temps de parole uniquement pour des points formels
03:28ou pour se plaindre des oppositions, c'est beaucoup les marcheurs.
03:33Nous avons aujourd'hui un gouvernement qui gouverne contre les syndicats,
03:36contre les manifestants, contre les Français qui sont majoritairement contre cette réforme des retraites.
03:40Il gouverne aussi contre le Parlement avec le 49-3.
03:45Qu'est-ce qu'il reste aujourd'hui de la démocratie sociale et parlementaire ?
03:48Il reste, la démocratie parlementaire est très malmenée.
03:52Vous savez que nous, on analyse ce gouvernement comme un régime,
03:56en tout cas un glissement vers un régime autoritaire.
03:59C'est des mots forts, ce n'est pas bénin.
04:01Et là, je pense que le 49-3 était un élément de plus de cette stratégie,
04:07tout simplement parce que, comme vous le dites, il est minoritaire partout.
04:11D'abord, il n'est pas légitime parce qu'il faut se rappeler que cette loi
04:15prolonge l'âge de départ à la retraite,
04:18baisse les pensions, ce que Emmanuel Macron avait dit de ne pas vouloir faire dans son programme.
04:21Donc il n'a même pas la légitimité de son programme.
04:23Et en plus de ça, majorité des syndicats, majorité dans la population,
04:28on le voit dans tous les sondages,
04:32difficulté à l'Assemblée nationale pour faire passer la loi.
04:34Donc oui, elle est totalement illégitime.
04:36Et c'est pour ça qu'à mon avis, je pense qu'elle ne passera pas.
04:39Je pense qu'on arrivera à la faire reculer.
04:41Qu'est-ce que vous dites aujourd'hui aux députés de La République En Marche
04:44qui se déclarent solidaires du gouvernement et du 49-3 ?
04:46Écoutez, c'est quand même un paradoxe que des parlementaires,
04:50on appelle à la procédure la plus anti-parlementaire qui existe,
04:5449-3, qui est quand même faite pour nier le droit des parlementaires.
04:58Donc là, c'est aussi un peu à l'image de cette majorité qui,
05:02à quelques éléments près, notamment ceux qui sont en train de démissionner,
05:05il faut le noter, est une majorité très godillot,
05:09très moutonnière par rapport au pouvoir exécutif Emmanuel Macron.
05:13Ce qui ne fait que renforcer l'État de la Vème République
05:16qu'on dénonce quand on appelle une VIème République.
05:20Merci beaucoup, M. Coquerel.
05:21Merci. Je voudrais rajouter quelque chose.
05:23Il ne faut pas oublier dans le calendrier les élections municipales.
05:27Je pense que la gifle d'En Marche va être absolument déflagratrice
05:32et que la suite, du coup, va s'écrire en regard de ça.
05:37Voilà, notamment ce que j'espère, les mobilisations sociales de fin mars.
05:43Pourquoi pas une marche nationale ?
05:44Nous, on le souhaiterait.
05:45Enfin, en tout cas, à mon avis, il y a de quoi, à mon avis,
05:47renforcer les mobilisations sociales parce qu'ils seront encore une fois,
05:50parce que le pouvoir sera encore plus affaibli.
05:52Merci.