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  • il y a 1 semaine
Entretien avec Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité, à l'occasion de sortie de son nouveau livre "La Banlieue porte plainte".
Disponible en kiosque et à commander dès maintenant ici : https://boutique.humanite.fr/common/product-article/3578
"Un petit livre de combat pour la banlieue en général et Aubervilliers en particulier : il balaie avec force les clichés sur les territoires mis au ban, ces territoires où la solidarité et la fraternité s’imposent quand la liberté et l’égalité s’effacent".
Tout en disant son attachement à une ville, sans jamais en nier les difficultés, Patrick Le Hyaric s’indigne. Il dénonce, à quelques semaines des élections municipales de 2020, le désengagement de l’État, qui, hélas, ne date pas d’hier ! Il appelle une République sociale pour laquelle il s’est toujours battu et dont les municipalités communistes sont, et seront, les derniers remparts.

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Transcription
00:00Patrick Le Yarrick, bonjour.
00:01Bonjour.
00:01Vous faites paraître la banlieue porte plainte.
00:05Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce petit livre ?
00:09J'ai écrit ce petit livre parce que je ne supporte plus la manière dont un certain nombre de gens
00:14dans les médias,
00:15dans certains milieux prétendument académiques, parlent de nos villes populaires, de nos quartiers populaires et des élus de ces villes.
00:23Et donc je l'ai fait en réplique à un certain nombre de choses qui s'écrivent et qui se
00:29disent à propos de la ville d'Aubervilliers,
00:31de ses élus et de la maire d'Aubervilliers, particulièrement Myriam Derkawi, dont je connais le dévouement,
00:37dont je connais l'attachement à sa population et le service à sa population.
00:46Elles sont maltraitées parce que ce sont des lieux quasiment mis au banc.
00:53D'ailleurs, ça s'appelle banlieue parce que vraisemblablement, on les met au banc de quelque chose.
00:58Et historiquement, ces villes ont toujours été soit les greniers, soit parfois les poubelles de la ville de Paris.
01:04Et ceci, c'est une longue histoire.
01:08Mais pour le coup, aujourd'hui, comme une multitude de communes rurales éloignées,
01:15les quartiers populaires et les villes dites de banlieue sont victimes du fait que, d'une part,
01:21l'État restreint les moyens financiers qui leur sont affectés.
01:25Par exemple, à Aubervilliers, il y a à peu près 100 000 habitants.
01:31Il y a 10 000 à 15 000 habitants de plus que ce qui est recensé par l'INSEE.
01:35Quelle est la conclusion de cela ?
01:39Eh bien, la dotation à ces mairies, elle est abaissée parce que c'est une dotation par tête d'habitants.
01:48Donc, si on ne compte pas les 15 000 habitants supplémentaires, eh bien, évidemment, ça fait moins de dotation.
01:56Mais moins de dotation, ça ne veut pas dire que le service public communal, lui, il a moins de dépenses.
02:03Parce qu'il faut bien emmener les enfants à l'école.
02:06Nous avons un centre de santé.
02:07Il faut bien aider à soigner les gens.
02:10Il faut bien aider les clubs sportifs ou les associations.
02:14Il faut bien que les enfants aillent à la cantine.
02:17Par conséquent, vous voyez bien qu'il y a une inégalité.
02:19J'ajoute à ceci le fait que quand on manque de bureaux de poste, quand on ferme même des bureaux
02:26de poste, quand on menace le tribunal d'instance, quand on a eu, ça s'est corrigé petit à petit,
02:35mais une faiblesse numérique, par exemple, au commissariat de police.
02:40On voit bien que quand le service public national se retire, ça crée inévitablement des injustices et des inégalités.
02:50Et porter plainte, c'est demander que l'égalité républicaine vive sur tous les territoires du pays.
03:01Ce qui est sûr, c'est qu'elles sont un rempart aujourd'hui dans la République.
03:06Elles sont un bouclier aujourd'hui dans la République parce que quand vous venez à Aubervilliers, vous n'habitez pas
03:12seulement une rue où vous n'êtes pas dans des murs.
03:15Vous habitez un lieu où vous êtes sûr d'avoir accès à un système de quotient familial qui, par exemple,
03:21a permis, grâce à l'action de Myriam Derkaoui,
03:26permet aux gens qui emmènent leurs enfants à l'école d'avoir gagné entre 50 et 80 euros par mois
03:36grâce à ce quotient familial.
03:37Parce qu'ils ont accès à un centre de santé, parce qu'on a un office public de l'habitat
03:42qui permet à des gens de se loger à un loyer raisonnable,
03:47bien que souvent ça reste trop cher.
03:50Autrement dit, il y a une multiplicité de services communaux, sans parler du sport.
03:55Il y a 10 000 licenciés sportifs à Aubervilliers.
03:59Il y a 400 associations que la municipalité soutient, qui permettent à des gens de faire de la musique, de
04:07faire de l'éducation, de la formation pour les enfants,
04:11de se retrouver ensemble, de faire vivre la fraternité.
04:14Il y a un conservatoire régional de musique, il y a un grand théâtre de la commune,
04:19il y a maintenant, va venir s'installer une compagnie théâtrale.
04:25Autrement dit, le fait que la municipalité, elle soit gérée par des communistes,
04:35avec ce qu'on appelait, ou qu'on appelle toujours le communisme municipal,
04:40ça constitue un rempart, insuffisant peut-être pour faire face à l'ensemble des aléas,
04:46mais un rempart pour les populations, pour les salariés, pour les jeunes.
04:53Oui, je conteste beaucoup ce terme de conquis, parce qu'il n'existe aucun quartier, ni à Aubervilliers, ni d
05:02'ailleurs ailleurs,
05:03et c'est tant mieux ainsi, qui est conquis par qui que ce soit.
05:07Les quartiers sont faits de populations diverses, aux croyances diverses, aux opinions politiques, philosophiques diverses,
05:14aux motivations, aux histoires diverses, et il en est très bien ainsi.
05:18Je conteste fondamentalement ce mot, que des territoires seraient conquis par qui que ce soit.
05:25Ceci n'existe pas.
05:27Il y a une société commune, il y a une société de l'être ensemble, de construire ensemble,
05:35qui est à rebours de la caricature qu'on veut aujourd'hui écrire dans un certain nombre de livres,
05:41et dans un certain nombre de revues.
05:43Ça, c'est inacceptable de penser de cette manière-là.
05:50Oui, parce que vous voyez bien la manière dont se construit la France aujourd'hui.
05:56Elle se construit sur la base de métropoles,
05:59reliées par des systèmes de transport extrêmement rapides.
06:04Et ceci, c'est de Paris à Lyon, de Paris à Bordeaux, de Paris à Nantes, et Paris à Intra
06:12-Muros.
06:13Mais à Paris même, quand on veut faire une voie ferrée qui va de la gare du Nord à l
06:21'aéroport Roissy,
06:23sans s'arrêter par les communes entre-temps, c'est-à-dire la Courneuve, Aulnay, le Bourget,
06:29on est bien en train de créer un système de rapidité qui vise à favoriser les affaires.
06:37C'est-à-dire, qui descend de l'aéroport à Roissy,
06:40c'est souvent l'homme d'affaires qui vient faire des affaires dans le cœur de Paris,
06:44et c'est pour ça qu'on l'emmène directement à la gare du Nord.
06:48Après, il a sans doute un mototaxi ou un taxi.
06:52Donc vous voyez bien que l'organisation territoriale, même du point de vue des transports,
06:57met de côté ces banlieues.
06:59À Aubervilliers, pour avoir un métro, il faut 20 ans.
07:04Un ministre communiste a inscrit quasiment de force dans le contrat de plan État-région en 2000.
07:12Le fait que le métro viendrait à la mairie d'Aubervilliers,
07:15parce qu'Aubervilliers est la seule ville de toute la couronne parisienne
07:20qui n'a pas en son centre un moyen de transport, soit un RER, soit un métro.
07:25Ça dure depuis 20 ans.
07:28Il a inscrit ça en 2000, et nous ne l'avons toujours pas.
07:32Et c'est reculé de mois en mois, parce que paraît-il que c'est trop humide.
07:37Mais quand on a fait le tunnel sous la Manche, c'était sûrement très sec.
07:41Et aussi le canal de Suez, c'était aussi très sec.
07:44Aujourd'hui, nous pouvons aller sur la Lune, peut-être sur Mars,
07:47mais on ne peut pas faire le métro, on ne peut pas faire deux stations de métro
07:50pour que les gens arrivent au cœur d'Aubervilliers.
07:52Donc vous voyez bien qu'on les met de côté.
07:55Et ça, c'est le système qui veut ça.
07:58Parce que c'est un système dont on dit un système de métropolisation,
08:02où il pleut là où c'est mouillé, c'est-à-dire l'argent tombe là où il y en
08:08a déjà beaucoup,
08:09c'est-à-dire dans certains quartiers d'affaires des Hauts-de-Seine et dans le cœur de Paris.
08:13Et considérés comme non rentables, ces lieux sont laissés peu ou prou de côté.
08:21Je ne dis pas à 100%, mais que de batailles faut-il pour être reconnus ?
08:26Donc il y a bien un système qui vise à mettre de côté ces lieux.
08:32J'ajoute que quand vous habitez tel ou tel quartier populaire, à Aubervilliers, à la Courneuve, à Astin, à Trappes
08:40ou ailleurs,
08:41que vous avez une couleur de peau qui n'est pas tout à fait la mienne,
08:44que vous avez un prénom ou un nom à consonance arabe,
08:49eh bien vous êtes victime de discrimination dans les transports parce que vous êtes plus contrôlé que les autres.
08:55Mais alors, quand il s'agit d'avoir un emploi, c'est la discrimination à la puissance 10.
09:01Parce que d'office, on ne regarde même pas vos CV.
09:04C'est-à-dire qu'un ingénieur de haut niveau qui habite dans un quartier populaire, à la Courneuve, à
09:11Astin ou à Aubervilliers,
09:12on n'ouvre même pas l'enveloppe alors que peut-être on a à côté de nous un génie.
09:18Et de ces quartiers populaires, oui, il sort des grands sportifs et des génies, des grands intellectuels, des scientifiques,
09:25mais que par la force des choses, le système les met de côté.
09:30Donc c'est un système discriminatoire.
09:32Et donc, elles ne font pas ces sessions, on les met au banc.
09:37Ce n'est pas tout à fait pareil.
09:41Oui, mais il y a une tentative, oui, de déstabiliser la République française.
09:46Et il y a une ingérence contre le droit français, contre la République elle-même,
09:52et une ingérence qui vise à encadrer, à insérer, à assimiler des jeunes à un autre système
09:59qui serait pour le coup un système communautariste.
10:02Puisque quand les banques nord-américaines et des fondations viennent ici recruter des jeunes,
10:08les emmènent en stage aux États-Unis et les ramènent ici comme cadre économique ou comme cadre politique,
10:14c'est bien une ingérence et c'est bien pour tenter de changer le modèle.
10:18Quand les ambassadeurs, un ambassadeur, il a fait quasiment le tour de toutes les villes de la Seine-Saint-Denis
10:24avec cet objectif de recrutement.
10:26Il y a même eu, il y a quelques semaines de ça, à l'occasion de Noël,
10:32une ingérence extrêmement grave, puisque le quotidien Le Parisien a révélé comment les Américains,
10:44avec l'armée américaine, venaient ici recruter et encadrer des jeunes.
10:48Ça, c'est pour un autre modèle qui n'est pas le modèle du vivre ensemble tel que le définit
10:55notre République solidaire et laïque.
10:59C'est un modèle qui vise à faire des communautés qui seront dirigées par des cadres politiques ou économiques,
11:09mais à rebours de ce que nous faisons, à rebours de la manière dont la France s'est construite.
11:18Pour ne pas conclure, parce que j'ai fait évidemment ce petit ouvrage en réplique
11:23à la campagne qui a été menée contre Myriam Dercaoui et la ville d'Aubervilliers,
11:28et plus largement contre les villes de la Plaine-Commune et de Seine-Saint-Denis,
11:34mais ça mériterait évidemment beaucoup de développement, encore ce que j'ai commencé à faire ici.
11:42Mais parce que dans cet endroit-là, en Seine-Saint-Denis et à Aubervilliers,
11:45c'est la France de demain, qu'on le veuille ou non.
11:49Et donc cette France de demain, il faut bien créer les conditions non pas de la diviser, de la fracturer,
11:55mais de l'unir, de la faire réfléchir, la faire penser, la faire travailler ensemble,
12:01lui assurer une sécurité, une sécurité de vie, une sécurité physique dans la rue,
12:06mais une sécurité dans l'ensemble de ses activités, dont la formation, le travail, l'accès aux études.
12:16Vous savez, Aubervilliers, c'est une population d'une générosité incroyable,
12:21et la maire, elle est d'ailleurs la belle représentante de ça.
12:25C'est une population qui a eu derrière elle une grande histoire de combat, de lutte,
12:30les luttes ouvrières, mais les luttes pour la décolonisation.
12:34Aubervilliers a donné beaucoup à la résistance française.
12:37Malheureusement, trois d'entre eux sont restés à Chateaubriand,
12:41d'autres qui ont été dans les combats,
12:43une qui était d'ailleurs Suzanne Martorell, employée à l'Humanité,
12:47qui est écrasée à Charonne.
12:51Donc il y a une belle histoire.
12:53Et quand vous voyez cette jeunesse,
12:55quand vous voyez qu'on va avoir la plus grande université européenne en sens social,
13:01quand vous voyez que des entreprises viennent aujourd'hui,
13:03vous avez Veolia, une grande entreprise multinationale,
13:06elle met son siège à Aubervilliers,
13:08Chanel met son siège à Aubervilliers,
13:11on va développer le petit commerce,
13:15on va développer l'économie sociale et solidaire,
13:18on va faire des progrès considérables en matière de déplacement écologique,
13:24on va rénover encore le logement,
13:26on va faire des petites fermes urbaines.
13:29Et ça c'est demandé par les habitants, par la population.
13:32Il y a ces clubs sportifs, il y a ces associations.
13:35Donc l'avenir il est là, l'avenir il est là.
13:39Et c'est pour ça que je supporte d'autant moins le dénigrement.
13:42Et donc tout ce travail qui nécessite à la fois l'engagement
13:46des services de l'État et l'engagement certain
13:50du département, du conseil départemental,
13:53des élus de pleine commune dans leur ensemble
13:56et de la mairie d'Aubervilliers,
13:58c'est un espoir considérable qui est en train de naître
14:01et il ne faut pas l'étouffer sous les calomnies
14:03comme on est en train de le faire depuis quelques jours.
14:06Patrick Leyaric, merci.
14:08Je précise que vous êtes aussi également habitant de la ville d'Aubervilliers.
14:13Ah oui, habitant.
14:14Merci.
14:16Merci.

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