00:00Patrick Le Yarrick, bonjour.
00:01Bonjour.
00:01Vous faites paraître la banlieue porte plainte.
00:05Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce petit livre ?
00:09J'ai écrit ce petit livre parce que je ne supporte plus la manière dont un certain nombre de gens
00:14dans les médias,
00:15dans certains milieux prétendument académiques, parlent de nos villes populaires, de nos quartiers populaires et des élus de ces villes.
00:23Et donc je l'ai fait en réplique à un certain nombre de choses qui s'écrivent et qui se
00:29disent à propos de la ville d'Aubervilliers,
00:31de ses élus et de la maire d'Aubervilliers, particulièrement Myriam Derkawi, dont je connais le dévouement,
00:37dont je connais l'attachement à sa population et le service à sa population.
00:46Elles sont maltraitées parce que ce sont des lieux quasiment mis au banc.
00:53D'ailleurs, ça s'appelle banlieue parce que vraisemblablement, on les met au banc de quelque chose.
00:58Et historiquement, ces villes ont toujours été soit les greniers, soit parfois les poubelles de la ville de Paris.
01:04Et ceci, c'est une longue histoire.
01:08Mais pour le coup, aujourd'hui, comme une multitude de communes rurales éloignées,
01:15les quartiers populaires et les villes dites de banlieue sont victimes du fait que, d'une part,
01:21l'État restreint les moyens financiers qui leur sont affectés.
01:25Par exemple, à Aubervilliers, il y a à peu près 100 000 habitants.
01:31Il y a 10 000 à 15 000 habitants de plus que ce qui est recensé par l'INSEE.
01:35Quelle est la conclusion de cela ?
01:39Eh bien, la dotation à ces mairies, elle est abaissée parce que c'est une dotation par tête d'habitants.
01:48Donc, si on ne compte pas les 15 000 habitants supplémentaires, eh bien, évidemment, ça fait moins de dotation.
01:56Mais moins de dotation, ça ne veut pas dire que le service public communal, lui, il a moins de dépenses.
02:03Parce qu'il faut bien emmener les enfants à l'école.
02:06Nous avons un centre de santé.
02:07Il faut bien aider à soigner les gens.
02:10Il faut bien aider les clubs sportifs ou les associations.
02:14Il faut bien que les enfants aillent à la cantine.
02:17Par conséquent, vous voyez bien qu'il y a une inégalité.
02:19J'ajoute à ceci le fait que quand on manque de bureaux de poste, quand on ferme même des bureaux
02:26de poste, quand on menace le tribunal d'instance, quand on a eu, ça s'est corrigé petit à petit,
02:35mais une faiblesse numérique, par exemple, au commissariat de police.
02:40On voit bien que quand le service public national se retire, ça crée inévitablement des injustices et des inégalités.
02:50Et porter plainte, c'est demander que l'égalité républicaine vive sur tous les territoires du pays.
03:01Ce qui est sûr, c'est qu'elles sont un rempart aujourd'hui dans la République.
03:06Elles sont un bouclier aujourd'hui dans la République parce que quand vous venez à Aubervilliers, vous n'habitez pas
03:12seulement une rue où vous n'êtes pas dans des murs.
03:15Vous habitez un lieu où vous êtes sûr d'avoir accès à un système de quotient familial qui, par exemple,
03:21a permis, grâce à l'action de Myriam Derkaoui,
03:26permet aux gens qui emmènent leurs enfants à l'école d'avoir gagné entre 50 et 80 euros par mois
03:36grâce à ce quotient familial.
03:37Parce qu'ils ont accès à un centre de santé, parce qu'on a un office public de l'habitat
03:42qui permet à des gens de se loger à un loyer raisonnable,
03:47bien que souvent ça reste trop cher.
03:50Autrement dit, il y a une multiplicité de services communaux, sans parler du sport.
03:55Il y a 10 000 licenciés sportifs à Aubervilliers.
03:59Il y a 400 associations que la municipalité soutient, qui permettent à des gens de faire de la musique, de
04:07faire de l'éducation, de la formation pour les enfants,
04:11de se retrouver ensemble, de faire vivre la fraternité.
04:14Il y a un conservatoire régional de musique, il y a un grand théâtre de la commune,
04:19il y a maintenant, va venir s'installer une compagnie théâtrale.
04:25Autrement dit, le fait que la municipalité, elle soit gérée par des communistes,
04:35avec ce qu'on appelait, ou qu'on appelle toujours le communisme municipal,
04:40ça constitue un rempart, insuffisant peut-être pour faire face à l'ensemble des aléas,
04:46mais un rempart pour les populations, pour les salariés, pour les jeunes.
04:53Oui, je conteste beaucoup ce terme de conquis, parce qu'il n'existe aucun quartier, ni à Aubervilliers, ni d
05:02'ailleurs ailleurs,
05:03et c'est tant mieux ainsi, qui est conquis par qui que ce soit.
05:07Les quartiers sont faits de populations diverses, aux croyances diverses, aux opinions politiques, philosophiques diverses,
05:14aux motivations, aux histoires diverses, et il en est très bien ainsi.
05:18Je conteste fondamentalement ce mot, que des territoires seraient conquis par qui que ce soit.
05:25Ceci n'existe pas.
05:27Il y a une société commune, il y a une société de l'être ensemble, de construire ensemble,
05:35qui est à rebours de la caricature qu'on veut aujourd'hui écrire dans un certain nombre de livres,
05:41et dans un certain nombre de revues.
05:43Ça, c'est inacceptable de penser de cette manière-là.
05:50Oui, parce que vous voyez bien la manière dont se construit la France aujourd'hui.
05:56Elle se construit sur la base de métropoles,
05:59reliées par des systèmes de transport extrêmement rapides.
06:04Et ceci, c'est de Paris à Lyon, de Paris à Bordeaux, de Paris à Nantes, et Paris à Intra
06:12-Muros.
06:13Mais à Paris même, quand on veut faire une voie ferrée qui va de la gare du Nord à l
06:21'aéroport Roissy,
06:23sans s'arrêter par les communes entre-temps, c'est-à-dire la Courneuve, Aulnay, le Bourget,
06:29on est bien en train de créer un système de rapidité qui vise à favoriser les affaires.
06:37C'est-à-dire, qui descend de l'aéroport à Roissy,
06:40c'est souvent l'homme d'affaires qui vient faire des affaires dans le cœur de Paris,
06:44et c'est pour ça qu'on l'emmène directement à la gare du Nord.
06:48Après, il a sans doute un mototaxi ou un taxi.
06:52Donc vous voyez bien que l'organisation territoriale, même du point de vue des transports,
06:57met de côté ces banlieues.
06:59À Aubervilliers, pour avoir un métro, il faut 20 ans.
07:04Un ministre communiste a inscrit quasiment de force dans le contrat de plan État-région en 2000.
07:12Le fait que le métro viendrait à la mairie d'Aubervilliers,
07:15parce qu'Aubervilliers est la seule ville de toute la couronne parisienne
07:20qui n'a pas en son centre un moyen de transport, soit un RER, soit un métro.
07:25Ça dure depuis 20 ans.
07:28Il a inscrit ça en 2000, et nous ne l'avons toujours pas.
07:32Et c'est reculé de mois en mois, parce que paraît-il que c'est trop humide.
07:37Mais quand on a fait le tunnel sous la Manche, c'était sûrement très sec.
07:41Et aussi le canal de Suez, c'était aussi très sec.
07:44Aujourd'hui, nous pouvons aller sur la Lune, peut-être sur Mars,
07:47mais on ne peut pas faire le métro, on ne peut pas faire deux stations de métro
07:50pour que les gens arrivent au cœur d'Aubervilliers.
07:52Donc vous voyez bien qu'on les met de côté.
07:55Et ça, c'est le système qui veut ça.
07:58Parce que c'est un système dont on dit un système de métropolisation,
08:02où il pleut là où c'est mouillé, c'est-à-dire l'argent tombe là où il y en
08:08a déjà beaucoup,
08:09c'est-à-dire dans certains quartiers d'affaires des Hauts-de-Seine et dans le cœur de Paris.
08:13Et considérés comme non rentables, ces lieux sont laissés peu ou prou de côté.
08:21Je ne dis pas à 100%, mais que de batailles faut-il pour être reconnus ?
08:26Donc il y a bien un système qui vise à mettre de côté ces lieux.
08:32J'ajoute que quand vous habitez tel ou tel quartier populaire, à Aubervilliers, à la Courneuve, à Astin, à Trappes
08:40ou ailleurs,
08:41que vous avez une couleur de peau qui n'est pas tout à fait la mienne,
08:44que vous avez un prénom ou un nom à consonance arabe,
08:49eh bien vous êtes victime de discrimination dans les transports parce que vous êtes plus contrôlé que les autres.
08:55Mais alors, quand il s'agit d'avoir un emploi, c'est la discrimination à la puissance 10.
09:01Parce que d'office, on ne regarde même pas vos CV.
09:04C'est-à-dire qu'un ingénieur de haut niveau qui habite dans un quartier populaire, à la Courneuve, à
09:11Astin ou à Aubervilliers,
09:12on n'ouvre même pas l'enveloppe alors que peut-être on a à côté de nous un génie.
09:18Et de ces quartiers populaires, oui, il sort des grands sportifs et des génies, des grands intellectuels, des scientifiques,
09:25mais que par la force des choses, le système les met de côté.
09:30Donc c'est un système discriminatoire.
09:32Et donc, elles ne font pas ces sessions, on les met au banc.
09:37Ce n'est pas tout à fait pareil.
09:41Oui, mais il y a une tentative, oui, de déstabiliser la République française.
09:46Et il y a une ingérence contre le droit français, contre la République elle-même,
09:52et une ingérence qui vise à encadrer, à insérer, à assimiler des jeunes à un autre système
09:59qui serait pour le coup un système communautariste.
10:02Puisque quand les banques nord-américaines et des fondations viennent ici recruter des jeunes,
10:08les emmènent en stage aux États-Unis et les ramènent ici comme cadre économique ou comme cadre politique,
10:14c'est bien une ingérence et c'est bien pour tenter de changer le modèle.
10:18Quand les ambassadeurs, un ambassadeur, il a fait quasiment le tour de toutes les villes de la Seine-Saint-Denis
10:24avec cet objectif de recrutement.
10:26Il y a même eu, il y a quelques semaines de ça, à l'occasion de Noël,
10:32une ingérence extrêmement grave, puisque le quotidien Le Parisien a révélé comment les Américains,
10:44avec l'armée américaine, venaient ici recruter et encadrer des jeunes.
10:48Ça, c'est pour un autre modèle qui n'est pas le modèle du vivre ensemble tel que le définit
10:55notre République solidaire et laïque.
10:59C'est un modèle qui vise à faire des communautés qui seront dirigées par des cadres politiques ou économiques,
11:09mais à rebours de ce que nous faisons, à rebours de la manière dont la France s'est construite.
11:18Pour ne pas conclure, parce que j'ai fait évidemment ce petit ouvrage en réplique
11:23à la campagne qui a été menée contre Myriam Dercaoui et la ville d'Aubervilliers,
11:28et plus largement contre les villes de la Plaine-Commune et de Seine-Saint-Denis,
11:34mais ça mériterait évidemment beaucoup de développement, encore ce que j'ai commencé à faire ici.
11:42Mais parce que dans cet endroit-là, en Seine-Saint-Denis et à Aubervilliers,
11:45c'est la France de demain, qu'on le veuille ou non.
11:49Et donc cette France de demain, il faut bien créer les conditions non pas de la diviser, de la fracturer,
11:55mais de l'unir, de la faire réfléchir, la faire penser, la faire travailler ensemble,
12:01lui assurer une sécurité, une sécurité de vie, une sécurité physique dans la rue,
12:06mais une sécurité dans l'ensemble de ses activités, dont la formation, le travail, l'accès aux études.
12:16Vous savez, Aubervilliers, c'est une population d'une générosité incroyable,
12:21et la maire, elle est d'ailleurs la belle représentante de ça.
12:25C'est une population qui a eu derrière elle une grande histoire de combat, de lutte,
12:30les luttes ouvrières, mais les luttes pour la décolonisation.
12:34Aubervilliers a donné beaucoup à la résistance française.
12:37Malheureusement, trois d'entre eux sont restés à Chateaubriand,
12:41d'autres qui ont été dans les combats,
12:43une qui était d'ailleurs Suzanne Martorell, employée à l'Humanité,
12:47qui est écrasée à Charonne.
12:51Donc il y a une belle histoire.
12:53Et quand vous voyez cette jeunesse,
12:55quand vous voyez qu'on va avoir la plus grande université européenne en sens social,
13:01quand vous voyez que des entreprises viennent aujourd'hui,
13:03vous avez Veolia, une grande entreprise multinationale,
13:06elle met son siège à Aubervilliers,
13:08Chanel met son siège à Aubervilliers,
13:11on va développer le petit commerce,
13:15on va développer l'économie sociale et solidaire,
13:18on va faire des progrès considérables en matière de déplacement écologique,
13:24on va rénover encore le logement,
13:26on va faire des petites fermes urbaines.
13:29Et ça c'est demandé par les habitants, par la population.
13:32Il y a ces clubs sportifs, il y a ces associations.
13:35Donc l'avenir il est là, l'avenir il est là.
13:39Et c'est pour ça que je supporte d'autant moins le dénigrement.
13:42Et donc tout ce travail qui nécessite à la fois l'engagement
13:46des services de l'État et l'engagement certain
13:50du département, du conseil départemental,
13:53des élus de pleine commune dans leur ensemble
13:56et de la mairie d'Aubervilliers,
13:58c'est un espoir considérable qui est en train de naître
14:01et il ne faut pas l'étouffer sous les calomnies
14:03comme on est en train de le faire depuis quelques jours.
14:06Patrick Leyaric, merci.
14:08Je précise que vous êtes aussi également habitant de la ville d'Aubervilliers.
14:13Ah oui, habitant.
14:14Merci.
14:16Merci.