00:00Bonjour Valérie Fayard.
00:01Bonjour.
00:02Vous êtes directrice adjointe d'Emmaüs France et votre association,
00:06après bientôt deux mois d'inactivité imposée par le confinement,
00:10fait appel aux dons pour la première fois de son histoire.
00:13Alors, Emmaüs France est-elle menacée d'existence ?
00:17Oui, effectivement, nous sommes en danger.
00:19C'est pour ça que, pour la première fois, nous faisons un appel à la générosité du public,
00:23ce qu'on n'a jamais fait dans le mouvement.
00:26Il faut savoir que le mouvement Emmaüs, il est fondé sur un modèle d'autonomie,
00:31d'autonomie des structures et des personnes.
00:35On remet les gens debout au travers de l'activité et du travail,
00:39les activités de récup de produits d'occasion que les gens nous donnent.
00:42Cette activité, ça permet donc de donner du boulot à des gens qui étaient dans la grande précarité
00:47et qui vont travailler dans les communautés comme compagnons
00:50ou dans les structures d'insertion comme salariés en insertion.
00:54Et cette activité, elle génère donc du chiffre d'affaires qui permet de payer les charges de la structure,
00:59de payer les gens et de payer l'accueil, l'hébergement, l'accompagnement.
01:03Donc, c'est un modèle très vertueux.
01:04Mais pour la première fois de notre vie, on est arrêté deux mois, voire plus,
01:09voire plus, puisque le déconfinement ne sera peut-être pas total le 11 mai, même sûrement pas.
01:15Et donc, on n'a plus de chiffre d'affaires.
01:18Donc, on n'a plus de ressources pour payer les charges des structures
01:23et payer notre projet social et payer les gens.
01:27Voilà.
01:27Et donc, nous, on n'est pas des structures capitalistes
01:31où on a six mois de trésorerie devant nous et un petit matelas.
01:34Tout ce qu'on gagne, on le réinvestit dans la solidarité, dans le projet social.
01:39On est donc très, voilà, au jour le jour.
01:41C'est normal d'ailleurs, c'est notre vocation.
01:43Donc, plus de chiffre d'affaires, plus de ressources
01:45et un danger pour les structures les plus fragiles du mouvement.
01:49Donc, Emmaüs, pour répondre à votre question,
01:52globalement ne va pas disparaître du jour au lendemain.
01:54Mais ce qui peut disparaître, c'est un certain nombre de structures, Emmaüs,
01:58qui accueillent des personnes en grande précarité
02:00et qui vont se retrouver en cessation de paiement
02:03et obligés peut-être de fermer et de remettre les gens dans la précarité.
02:07Alors, vous fédérez 287 structures en France,
02:11dont 119 communautés qui représentent le socle.
02:14Pouvez-vous nous expliquer leurs activités ?
02:18Oui. Alors, les communautés Emmaüs, c'est effectivement le modèle originel
02:22et le plus original dans le champ de l'action sociale.
02:27C'est-à-dire que ce sont des lieux de vie et d'activité.
02:30Donc, des personnes qui sont en grande difficulté,
02:32souvent des personnes à la rue,
02:33elles viennent taper à la porte des communautés
02:35et nous les accueillons de façon inconditionnelle.
02:37Quel que soit leur statut, quel que soit leur âge,
02:40leurs conditions physiques, qu'ils aient des papiers,
02:41qu'ils aient pas de papiers, nous les accueillons si nous avons de la place.
02:45Et ils vont vivre dans ce collectif solidaire et ils vont travailler.
02:49Et l'activité, c'est ce que les Français connaissent.
02:51C'est les camions d'Emmaüs qui viennent chercher des meubles,
02:54des bibelots, des fringues,
02:55et qui les trient, les réparent et les revendent dans les briques à braques.
02:59Donc, les communautés sont des modèles d'accueil
03:02structurés autour de l'activité économique
03:06et qui sont des modèles d'accueil inconditionnels.
03:09Et l'autre particularité,
03:11c'est que ces communautés fonctionnent sans subvention.
03:15Pourquoi ?
03:16Parce qu'on veut être libre de notre projet d'accueil,
03:19de notre projet social.
03:20C'est très important pour Emmaüs.
03:22Et donc, on n'a pas de subvention.
03:24Et c'est l'activité économique,
03:26grâce au don de matériel des gens,
03:29qui nous permet de faire tourner ce modèle.
03:31Quelles sont aujourd'hui les communautés de compagnons
03:34et structures d'insertion les plus menacées ?
03:37Alors, on a donc estimé
03:39qu'on avait un besoin
03:41de financement de 5 millions d'euros.
03:44Je dirais que c'est la fourchette basse.
03:46C'est la fourchette basse si on peut reprendre quand même
03:48une activité à partir de mi-mai,
03:51même progressive.
03:52On est en train d'évaluer,
03:54mais on pense qu'il y a une quarantaine de structures
03:57sur les 210 qui font de l'activité économique.
04:02Il y a une quarantaine de structures
04:03qui sont vraiment menacées dans leur survie
04:06par la fermeture.
04:07Donc, 5 millions, c'est la somme qu'il faut
04:09pour que ces 40 structures puissent passer cette vague.
04:13Et c'est vraiment la somme dont on a besoin maintenant.
04:15L'appel, il est vraiment un appel d'urgence
04:17parce que nous, dès qu'on va pouvoir,
04:19on va remettre le modèle en route.
04:20Dès qu'on va pouvoir.
04:21Et on recommencera à faire travailler les gens,
04:23à avoir du chiffre d'affaires, etc.
04:24Là, c'est maintenant que ça se passe.
04:26Comme je vous le disais,
04:26nous n'avons pas de matelas d'avance.
04:29Et donc, c'est maintenant qu'on a besoin
04:31de passer cette vague épouvantable
04:33des 2 à 3 mois.
04:35Et donc, c'est pour ça qu'on a fait appel
04:36à la générosité des Français
04:38d'une façon un petit peu dramatique
04:39parce que la situation, elle est vraiment inédite
04:42et elle est vraiment dramatique.
04:44C'est-à-dire que si on veut éviter
04:44qu'il y ait des structures Emmaüs qui ferment
04:46et qu'il remette des gens à la rue,
04:48il faut qu'on ait des sous, des Français.
04:51Alors, comment peut-on faire concrètement
04:53pour aider Emmaüs ?
04:54Alors, c'est hyper simple.
04:55Vous allez sur le site d'Emmaüs France
04:56et là, vous avez un bouton,
04:58je fais un don
04:59et c'est complètement automatique.
05:01Vous faites un don,
05:02vous choisissez le montant
05:03et vous recevrez un petit message de merciment.
05:06Vous recevrez plus tard aussi
05:08un reçu fiscal
05:09puisque vous savez que vous pouvez défiscaliser
05:1160% du montant du don.
05:13Ce n'est pas le motif essentiel des dons,
05:15évidemment, mais ça compte.
05:16Voilà, donc c'est ultra simple.
05:18Et d'autre part, il y a un autre sujet aussi,
05:20c'est que les gens qui sont sensibles à notre cause
05:21et qui vont nous aider,
05:22ils peuvent nous aider en faisant un don,
05:25bien sûr, c'est l'essentiel,
05:26mais ils peuvent aussi nous aider
05:27en relayant notre campagne,
05:29notamment via les réseaux sociaux.
05:31C'est important que toute cette chaîne de solidarité,
05:33elle s'amplifie
05:34et aujourd'hui, on a les réseaux sociaux
05:36qui peuvent servir à ça,
05:37donc le Facebook, LinkedIn, Instagram,
05:40tous les réseaux sociaux.
05:41Allez-y, si vous soutenez,
05:43si vous pensez qu'il faut
05:44que ce modèle original d'Emmaüs survive
05:47et qu'on puisse continuer à accueillir des gens,
05:50faites ça et relayez.
05:52Un dernier point, c'est que
05:53non seulement il faut qu'on passe la vague,
05:56mais on sait que cette crise,
05:58elle va durer
05:58et on sait qu'il va y avoir
06:00de plus en plus de gens sur le bas côté.
06:02Donc, je veux dire,
06:03les Français ont besoin de nous.
06:04Nous avons besoin de continuer
06:05à faire notre travail d'accueil
06:06des plus précaires
06:07et des personnes de plus en difficulté
06:09parce qu'il y en aura
06:10de plus en plus, malheureusement.
06:12Et donc, il faut vraiment
06:12que les Français qui sont attachés,
06:14je crois,
06:15à ce modèle Emmaüs
06:16nous donnent les moyens
06:17de continuer à notre mission d'accueil.
06:20C'est hyper important.