Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 semaine
« Maurice Audin était un traitre et méritait douze balles dans la tête » a dit E. Zemmour.
Maurice Ulrich, éditorialiste de l'Humanité, fait remarquer que ces propos sont une apologie de la torture et la négation d'un crime de guerre. Il se demande comment il peut continuer à proférer de telles propos sur les chaines privées et publiques…0 Réalisation : Abrahim Saravaki

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bonjour, et bien disons le tout net, cette rentrée, à part le magnifique succès de la fête de l'humanité
00:08le week-end dernier,
00:09cette rentrée ce n'est pas d'embrassons-nous folville ou alors l'hymne à la joie.
00:14Sur le plan politique bien sûr, mais aussi sur le plan des idées dont certaines particulièrement nauséabondent,
00:21je dirais occupent largement ces temps-ci le champ médiatique.
00:24Alors, d'abord quelques petites citations d'un livre qui vient de paraître, qui s'appelle Un destin français,
00:31et puis après on va aller un peu crescendo.
00:34Alors Voltaire, oui, notre Voltaire, le grand philosophe du siècle des Lumières, le Voltaire de la lutte contre l'intolérance,
00:40et bien Voltaire, c'était le représentant d'une nouvelle bourgeoisie, avide et brutale, amorale et cynique, pressée de faire
00:46fortune.
00:48Victor Hugo, et bien figurez-vous qu'il a forgé une arme de destruction massive,
00:53qui est la compassion, et la compassion envers qui ? Envers les assassins.
00:57L'amour qu'il porte à tous les assassins et au-delà à tous les déviants va faire trembler sur
01:02ses bases une société française déjà bouleversée par la Révolution.
01:06Déjà on peut noter au passage que la Révolution, ce n'était pas très bien.
01:10Alors l'auteur de ces lignes, et bien que certaines de nos lectrices ou de nos lecteurs l'auront sans
01:16doute reconnu,
01:16c'est évidemment Éric Zemmour.
01:19Mais Zemmour, ça ne lui suffit pas ça, il va bien plus loin bien évidemment,
01:23alors on ne va pas citer toutes les insanités de son livre,
01:27mais dans l'émission de Thierry Ardisson,
01:31Salut les Thériens,
01:33voilà un petit échange avec une chroniqueuse de l'émission qui s'appelle Absatou Si.
01:41Donc Zemmour,
01:42Votre mère a eu tort de vous appeler ainsi.
01:44Elle aurait dû prendre un prénom du calendrier et vous appeler Corinne par exemple,
01:48ça vous irait très bien.
01:49La jeune femme répond,
01:51Je trouve que ce que vous venez de dire n'est pas une insulte à mon égard,
01:54c'est une insulte à la France.
01:55Éric Zemmour,
01:57C'est votre prénom qui est une insulte à la France.
01:59C'est évidemment monstrueux, c'est évidemment scandaleux.
02:02Mais ça ne suffit pas, ça ne suffit pas.
02:03Alors, en profitant de la reconnaissance par Emmanuel Macron du crime commis par l'armée française contre Maurice Audin,
02:12eh bien, il va de plus en plus loin.
02:15Donc Maurice Audin était évidemment un traître qui luttait contre l'armée française,
02:21qui luttait contre la France.
02:25Et la torture, de ce point de vue, était justifiée et légitime.
02:31Et, propos textuels d'Éric Zemmour dans un entretien avec le directeur de l'opinion, Nicolas Béthou,
02:38Maurice Audin était un traître qui méritait 12 balles dans la peau.
02:43À ce stade, on ne sait plus quoi dire.
02:45On est absolument dépassé par une telle objection.
02:48La seule chose qu'on puisse faire remarquer,
02:51c'est que ces propos-là sont une apologie de la torture
02:53et sont une négation de crime de guerre.
02:56De même que les propos envers la chroniqueuse de salut les terriens
02:59sont des propos qui tombent sous le coup de la loi du point de vue du racisme.
03:03Donc comment Éric Zemmour peut-il continuer à proférer de telles insanités,
03:08de telles objections, à la fois sur des chaînes privées,
03:10sur des chaînes publiques, dans des journaux, etc.,
03:13avec une parole dont il faut dire malheureusement
03:15qu'elle est recueillie avec trop de, je ne dirais pas de connivence,
03:19mais avec trop de complaisance,
03:21par un certain nombre, hélas, de nos confrères, le journaliste.
03:27Donc Éric Zemmour, il tombe sous le coup de la loi.
03:30Donc il faut peut-être que des poursuites soient engagées.
03:33On aimerait que le président de la République,
03:35qui avait reconnu le crime contre Maurice Audin,
03:39se prononce ou fasse se prononcer aussi son entourage sur cette question.
03:42Mais au fond, bien sûr, on se focalise sur Éric Zemmour,
03:45et certains pourraient peut-être nous le reprocher en disant
03:49qu'on attire trop l'attention sur lui.
03:51Mais ce n'est pas qu'Éric Zemmour qui est concerné.
03:54En réalité, depuis, on va dire, les années 80,
03:57et ça, un sociologue engagé à gauche comme Pierre-Rosan Vallon,
04:02on le note très bien, et le détail dans le livre qu'il vient de sortir
04:05sur notre histoire intellectuelle et politique.
04:08C'est depuis les années 80 qu'une nouvelle droite, au fond,
04:12a entrepris de déstructurer l'ensemble des valeurs
04:16qui sont celles de la République, qui sont celles de la démocratie.
04:20Et ça, au nom, je dirais, de la lutte contre le politiquement correct.
04:24Il faudrait aujourd'hui se dégager de ce politiquement correct
04:27qui aurait le tort d'être du côté des droits de l'homme,
04:30de l'universalisme, de l'égalité, de la justice, etc.
04:34Non, non, non, non, il faut être politiquement incorrect.
04:37Être politiquement incorrect, c'est quoi ?
04:39Mais c'est avoir l'audace, je dirais, d'être du côté des forts
04:43contre les faibles, du côté de ceux qui ont tout
04:46contre ceux qui n'ont rien.
04:47On reconnaît là, au passage, une petite phrase, une petite musique
04:51qu'on a déjà entendue dans la bouche du président de la République.
04:55Il faudrait être du côté de ceux qui réussissent
04:58par rapport à ceux qui n'ont rien.
04:59Il y a là, je dirais, un fil idéologique qui parcourt, je dirais,
05:05une partie de l'intelligence et du monde politique français
05:08depuis des décennies.
05:09Et je le dis franchement pas seulement à l'extrême droite,
05:13y compris justement du côté peut-être aujourd'hui du pouvoir,
05:17où le mépris affiché envers justement ceux qui n'ont rien
05:21consiste à dire à un chômeur qui n'a qu'à traverser la rue
05:24pour trouver du travail, à dire à des chômeurs également
05:27que s'ils veulent se payer un costard, ils n'ont qu'à travailler, etc.
05:30Alors, voilà, c'est le politiquement incorrect
05:32qui serait aujourd'hui finalement l'audace intellectuelle.
05:36Et malheureusement, ça n'épargne pas effectivement le pouvoir.
05:40Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur,
05:43à la une de l'Express cette semaine, nous dit
05:45il faut sortir du politiquement correct.
05:47Il faut sortir du politiquement correct pour quoi ?
05:50Et pour lui ?
05:51Eh bien tout simplement parce qu'il revendique,
05:53il assume ses propos sur la submersion migratoire
05:56qui est en train de menacer la France.
05:58C'est curieux quand même ces propos-là
06:00qui rejoignent par exemple ceux d'Amatteo Salvini en Italie,
06:04ministre de l'Intérieur d'extrême droite,
06:07dont Gérard Collomb nous dit d'ailleurs qu'en privé,
06:09finalement, ces propos sont moins excessifs que dans ses tweets.
06:12Ah oui, moins excessifs, mais sur le fond, ils sont comment ?
06:15Donc, voilà, il ne s'agit pas évidemment d'amalgamer
06:19Éric Zemmour, Gérard Collomb, Emmanuel Macron, etc.
06:22Il s'agit simplement, je dirais, d'être conscient du fait
06:26qu'aussi bien en France qu'en Europe aujourd'hui,
06:30je dirais un certain nombre des valeurs qui fondent la République,
06:34qui fondent notre conception démocratique,
06:36qui fondent même notre universalisme,
06:38eh bien elles sont aujourd'hui menacées.
06:40Je pense que c'est une des lignes de force
06:45qui s'affirment en cette rentrée,
06:46et il faut être là-dessus, je crois, absolument vigilant.
06:49Éric Zemmour est un symptôme absolument détestable,
06:53absolument ignoble, abject,
06:54mais il n'est qu'un symptôme de quelque chose
06:56qui se passe en profondeur dans nos sociétés
06:59et qu'il faut combattre à tout prix.

Recommandations