00:00Bonjour, et bien disons le tout net, cette rentrée, à part le magnifique succès de la fête de l'humanité
00:08le week-end dernier,
00:09cette rentrée ce n'est pas d'embrassons-nous folville ou alors l'hymne à la joie.
00:14Sur le plan politique bien sûr, mais aussi sur le plan des idées dont certaines particulièrement nauséabondent,
00:21je dirais occupent largement ces temps-ci le champ médiatique.
00:24Alors, d'abord quelques petites citations d'un livre qui vient de paraître, qui s'appelle Un destin français,
00:31et puis après on va aller un peu crescendo.
00:34Alors Voltaire, oui, notre Voltaire, le grand philosophe du siècle des Lumières, le Voltaire de la lutte contre l'intolérance,
00:40et bien Voltaire, c'était le représentant d'une nouvelle bourgeoisie, avide et brutale, amorale et cynique, pressée de faire
00:46fortune.
00:48Victor Hugo, et bien figurez-vous qu'il a forgé une arme de destruction massive,
00:53qui est la compassion, et la compassion envers qui ? Envers les assassins.
00:57L'amour qu'il porte à tous les assassins et au-delà à tous les déviants va faire trembler sur
01:02ses bases une société française déjà bouleversée par la Révolution.
01:06Déjà on peut noter au passage que la Révolution, ce n'était pas très bien.
01:10Alors l'auteur de ces lignes, et bien que certaines de nos lectrices ou de nos lecteurs l'auront sans
01:16doute reconnu,
01:16c'est évidemment Éric Zemmour.
01:19Mais Zemmour, ça ne lui suffit pas ça, il va bien plus loin bien évidemment,
01:23alors on ne va pas citer toutes les insanités de son livre,
01:27mais dans l'émission de Thierry Ardisson,
01:31Salut les Thériens,
01:33voilà un petit échange avec une chroniqueuse de l'émission qui s'appelle Absatou Si.
01:41Donc Zemmour,
01:42Votre mère a eu tort de vous appeler ainsi.
01:44Elle aurait dû prendre un prénom du calendrier et vous appeler Corinne par exemple,
01:48ça vous irait très bien.
01:49La jeune femme répond,
01:51Je trouve que ce que vous venez de dire n'est pas une insulte à mon égard,
01:54c'est une insulte à la France.
01:55Éric Zemmour,
01:57C'est votre prénom qui est une insulte à la France.
01:59C'est évidemment monstrueux, c'est évidemment scandaleux.
02:02Mais ça ne suffit pas, ça ne suffit pas.
02:03Alors, en profitant de la reconnaissance par Emmanuel Macron du crime commis par l'armée française contre Maurice Audin,
02:12eh bien, il va de plus en plus loin.
02:15Donc Maurice Audin était évidemment un traître qui luttait contre l'armée française,
02:21qui luttait contre la France.
02:25Et la torture, de ce point de vue, était justifiée et légitime.
02:31Et, propos textuels d'Éric Zemmour dans un entretien avec le directeur de l'opinion, Nicolas Béthou,
02:38Maurice Audin était un traître qui méritait 12 balles dans la peau.
02:43À ce stade, on ne sait plus quoi dire.
02:45On est absolument dépassé par une telle objection.
02:48La seule chose qu'on puisse faire remarquer,
02:51c'est que ces propos-là sont une apologie de la torture
02:53et sont une négation de crime de guerre.
02:56De même que les propos envers la chroniqueuse de salut les terriens
02:59sont des propos qui tombent sous le coup de la loi du point de vue du racisme.
03:03Donc comment Éric Zemmour peut-il continuer à proférer de telles insanités,
03:08de telles objections, à la fois sur des chaînes privées,
03:10sur des chaînes publiques, dans des journaux, etc.,
03:13avec une parole dont il faut dire malheureusement
03:15qu'elle est recueillie avec trop de, je ne dirais pas de connivence,
03:19mais avec trop de complaisance,
03:21par un certain nombre, hélas, de nos confrères, le journaliste.
03:27Donc Éric Zemmour, il tombe sous le coup de la loi.
03:30Donc il faut peut-être que des poursuites soient engagées.
03:33On aimerait que le président de la République,
03:35qui avait reconnu le crime contre Maurice Audin,
03:39se prononce ou fasse se prononcer aussi son entourage sur cette question.
03:42Mais au fond, bien sûr, on se focalise sur Éric Zemmour,
03:45et certains pourraient peut-être nous le reprocher en disant
03:49qu'on attire trop l'attention sur lui.
03:51Mais ce n'est pas qu'Éric Zemmour qui est concerné.
03:54En réalité, depuis, on va dire, les années 80,
03:57et ça, un sociologue engagé à gauche comme Pierre-Rosan Vallon,
04:02on le note très bien, et le détail dans le livre qu'il vient de sortir
04:05sur notre histoire intellectuelle et politique.
04:08C'est depuis les années 80 qu'une nouvelle droite, au fond,
04:12a entrepris de déstructurer l'ensemble des valeurs
04:16qui sont celles de la République, qui sont celles de la démocratie.
04:20Et ça, au nom, je dirais, de la lutte contre le politiquement correct.
04:24Il faudrait aujourd'hui se dégager de ce politiquement correct
04:27qui aurait le tort d'être du côté des droits de l'homme,
04:30de l'universalisme, de l'égalité, de la justice, etc.
04:34Non, non, non, non, il faut être politiquement incorrect.
04:37Être politiquement incorrect, c'est quoi ?
04:39Mais c'est avoir l'audace, je dirais, d'être du côté des forts
04:43contre les faibles, du côté de ceux qui ont tout
04:46contre ceux qui n'ont rien.
04:47On reconnaît là, au passage, une petite phrase, une petite musique
04:51qu'on a déjà entendue dans la bouche du président de la République.
04:55Il faudrait être du côté de ceux qui réussissent
04:58par rapport à ceux qui n'ont rien.
04:59Il y a là, je dirais, un fil idéologique qui parcourt, je dirais,
05:05une partie de l'intelligence et du monde politique français
05:08depuis des décennies.
05:09Et je le dis franchement pas seulement à l'extrême droite,
05:13y compris justement du côté peut-être aujourd'hui du pouvoir,
05:17où le mépris affiché envers justement ceux qui n'ont rien
05:21consiste à dire à un chômeur qui n'a qu'à traverser la rue
05:24pour trouver du travail, à dire à des chômeurs également
05:27que s'ils veulent se payer un costard, ils n'ont qu'à travailler, etc.
05:30Alors, voilà, c'est le politiquement incorrect
05:32qui serait aujourd'hui finalement l'audace intellectuelle.
05:36Et malheureusement, ça n'épargne pas effectivement le pouvoir.
05:40Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur,
05:43à la une de l'Express cette semaine, nous dit
05:45il faut sortir du politiquement correct.
05:47Il faut sortir du politiquement correct pour quoi ?
05:50Et pour lui ?
05:51Eh bien tout simplement parce qu'il revendique,
05:53il assume ses propos sur la submersion migratoire
05:56qui est en train de menacer la France.
05:58C'est curieux quand même ces propos-là
06:00qui rejoignent par exemple ceux d'Amatteo Salvini en Italie,
06:04ministre de l'Intérieur d'extrême droite,
06:07dont Gérard Collomb nous dit d'ailleurs qu'en privé,
06:09finalement, ces propos sont moins excessifs que dans ses tweets.
06:12Ah oui, moins excessifs, mais sur le fond, ils sont comment ?
06:15Donc, voilà, il ne s'agit pas évidemment d'amalgamer
06:19Éric Zemmour, Gérard Collomb, Emmanuel Macron, etc.
06:22Il s'agit simplement, je dirais, d'être conscient du fait
06:26qu'aussi bien en France qu'en Europe aujourd'hui,
06:30je dirais un certain nombre des valeurs qui fondent la République,
06:34qui fondent notre conception démocratique,
06:36qui fondent même notre universalisme,
06:38eh bien elles sont aujourd'hui menacées.
06:40Je pense que c'est une des lignes de force
06:45qui s'affirment en cette rentrée,
06:46et il faut être là-dessus, je crois, absolument vigilant.
06:49Éric Zemmour est un symptôme absolument détestable,
06:53absolument ignoble, abject,
06:54mais il n'est qu'un symptôme de quelque chose
06:56qui se passe en profondeur dans nos sociétés
06:59et qu'il faut combattre à tout prix.