00:121939, ça te dit quelque chose ?
00:16500 000 réfugiés cherchent un abri en France.
00:20Tu crois qu'ils méritaient ça ?
00:22Les fils de fer barbelés dressés pour laisser mourir de faim, de froid, de maladie, frappés, humiliés.
00:29Régalez-vous !
00:30Joseph, de son vrai nom, Joseph Bartoli, est un dessinateur de presse catalan
00:36qui s'engage à l'âge de 25 ou 26 ans, en 1936, comme militant antifranquiste et soldat républicain,
00:43qui monte au front et qui combat pendant trois ans le franquisme,
00:49passe en France en 1939, lorsque Franco gagne la guerre,
00:54est enfermé pendant plusieurs mois dans des camps de concentration du sud de la France,
01:00dans lesquels il dessine beaucoup,
01:02et puis, après main de péripétie, qui arrive à s'échapper des camps,
01:06à émigrer au Mexique,
01:09puis partir s'installer à partir du milieu des années 40 à New York,
01:13où il vivra jusqu'à sa mort en 1995.
01:19« 1939, ça te dit quelque chose ? »
01:23« Ben évidemment, c'est le début de la 2GM. »
01:26« Et à quoi ? Deuxième guerre mondiale ? »
01:28« Mais non, la France est entrée en guerre en septembre,
01:32moi je te parle de février 1939. »
01:38« Tu ne m'aurais pas reconnu à cette époque-là. »
01:42C'était une volonté déjà de parler de transmission,
01:46et de transmission entre ce grand-père qui raconte cette histoire à son petit-fils.
01:52Mais c'est aussi une façon de raconter cette période,
01:56c'est une image pour parler de cette période oubliée de l'histoire officielle,
02:03et la raconter par les seuls éléments qu'on a de cette histoire officielle,
02:08qui est la mémoire de ceux qui l'ont vécue,
02:10puisqu'elle est très peu documentée,
02:12et encore moins dans les manuels officiels.
02:15On pousse cette histoire et cette question des individus
02:21au sein de ce groupe de gendarmes représentant de l'État
02:25jusqu'à la question de la Seconde Guerre mondiale,
02:28et donc de la désobéissance d'un gendarme
02:31qui prend conscience de ce qu'il est en train de faire,
02:33de ce qu'on lui demande de faire,
02:35et qui décide donc de se retirer de cet ensemble
02:39et de passer du côté qu'il estime,
02:41le côté juste, et celui de la désobéissance.
02:57L'univers graphique du film,
02:59il fallait que ça soit à tout prix le mien,
03:01et pas essayer de singer le graphisme,
03:05l'approche dessinée de Joseph.
03:09Déjà parce que je voulais aussi montrer l'œuvre de Joseph,
03:11donc il ne fallait pas que je m'en rapproche trop,
03:14mais je voulais aussi être le plus honnête dans ma démarche
03:18et le plus en phase avec ce que je savais faire.
03:20Ensuite, il fallait créer des ambiances graphiques différentes
03:24pour chaque moment du film,
03:26chaque époque, qui sont assez différentes.
03:30Il y a environ 4 époques différentes
03:31et 4 lieux différents dans le film.
03:34Et pour créer ces ambiances,
03:36je me suis, tout en gardant mon trait,
03:39donc inspiré des différents moments
03:43de la vie artistique de Joseph,
03:46donc en suivant sa trace.
03:48Et pour tout ce qui concerne les camps,
03:50j'ai dessiné un univers graphique plutôt basé sur le trait,
03:55avec peu de couleurs.
03:56Puis la couleur arrive au Mexique
03:59lorsque Joseph lui-même arrive au Mexique
04:02et commence à mettre de la couleur dans ses dessins.
04:04Pour arriver sur la partie new-yorkaise,
04:06il y a quelque chose qui tend vers l'abstraction
04:09et le jeu de masse de couleurs
04:12plus que sur le dessin tracé.
04:15Et puis une partie contemporaine du film
04:20beaucoup plus classique en termes de facture
04:22et d'animation.
04:39Bartoli, ça représente un grand maître,
04:43un prédécesseur,
04:46quelqu'un qui a produit une œuvre magnifique
04:53dans un moment très compliqué
04:54et qui nous permet d'avoir une trace
04:57de ce qui s'est passé,
04:58mais avant tout un merveilleux dessinateur
05:03que j'ai gardé comme figure tutélaire
05:07tout au long de ce projet
05:08en espérant être à la hauteur
05:13ou en tout cas faire du mieux que je pouvais
05:16puisque mes dessins allaient être au service
05:18de ce grand artiste
05:21et mes dessins allaient côtoyer les siens
05:23et donc de ne pas être totalement ridicule
05:25à côté de son œuvre.
05:26Je pense qu'à partir du moment
05:28où on a un moyen d'expression,
05:30on a une fenêtre publique
05:34pour porter un discours,
05:38même sous forme journalistique
05:41qui est presque à l'opposé du militantisme,
05:44j'ai envie de dire,
05:45on se doit de porter en avant
05:48certains sujets
05:48qui nous semblent faire aller de l'avant la société,
05:54venir être un contre-pouvoir avant tout
05:57et ne jamais servir du côté du manche.