00:00À voter, c'est un temps court, mais il est précieux dans la dernière ligne droite de la présidentielle.
00:04Depuis lundi 28 mars, c'est l'égalité stricte du temps de parole qui s'applique.
00:08Cela vaut pour les meetings, les interviews, mais aussi les traditionnels clips de campagne qui sont diffusés à la télé.
00:13Et c'est à eux qu'on va s'intéresser dans ce nouvel épisode d'À voter, notre chronique de
00:16la campagne.
00:17Le 10 avril prochain, vous allez devoir faire un choix.
00:19Je suis candidat pour un nouveau mandat de président de la République.
00:22À la présidentielle, on ne s'abstient pas.
00:24Je m'appelle Philippe Poutou.
00:26Je suis une femme d'ordre et de concorde.
00:28Je vous accueille dans ma bibliothèque.
00:30Changez nos vies, nous l'avons fait !
00:33Ça va aller ?
00:34Très bien, voilà.
00:36C'est tellement beau ici.
00:37D'abord, un petit rappel des règles.
00:39Chacun des 12 candidats a la possibilité de tourner deux types de clips.
00:42Un au format 1 minute 30, un au format 3 minutes.
00:45Et France Télème à disposition des candidats, qu'ils aient de petits ou de gros budgets, les mêmes moyens de
00:49production.
00:50Donc, quand Jean Lassalle tourne un de ses clips avec son téléphone et galère à descendre de son bus, là,
00:54c'est pas parce qu'il est fauché, c'est un choix politique.
00:56Venez le voir ce bus.
00:57Venez-y.
00:59Rentrez-y.
01:00Il est ouvert à tous.
01:01C'est la porte ouverte d'une France authentique.
01:08Enfin, à noter trois grands interdits.
01:10Il y a interdiction de dénigrer nominalement l'adversaire, de s'approprier le drapeau tricolore,
01:14ou même la marseillaise.
01:16Des règles qu'on peut néanmoins contourner, comme Eric Zemmour, attention ces techniques,
01:19qui dénigrent l'ensemble des candidats en une seule phrase.
01:22Dans l'isoloir, vous aurez le choix entre eux et moi.
01:26Choisissez votre peuple.
01:28Choisissez notre histoire.
01:29Mais au fait, à quoi ça sert un clip de campagne ?
01:31Qu'est-ce qu'un bon clip, un mauvais clip ?
01:32Eh bien, on va essayer de voir ça sur pièce.
01:34Précision, on va piocher à la fois dans les formats 1 minute 30 et 3 minutes,
01:37qui sont parfois assez différents pour un même candidat.
01:40Mélenchon, par exemple, n'apparaît pas du tout dans le format 1 minute 30 qui laisse la place à son
01:44programme.
01:45Un clip, donc, ça sert d'abord à fabriquer de l'image, de l'image de soi,
01:48et donc de l'incarnation, ce qui est incontournable, qu'on le veuille ou non, sous la Vème République.
01:52L'écologiste Yannick Jadot, par exemple, l'a très bien compris,
01:55avec un clip qui met en avant son attachement à la France des petites communes,
01:58à la nature, mais surtout à sa biographie.
02:01L'école communale de Clastier-Thyrène, là où tous les filles de Jadot sont nées,
02:05à la chambre à barres, l'école où renseignaient mes parents,
02:10deux instituteurs, ils avaient le logement de fonction.
02:13Fabien Roussel met lui en avant les punchlines qui ont donné du relief à sa campagne.
02:16La station-service est désormais le seul endroit au monde
02:20où c'est celui qui tient le pistolet qui se fait braquer.
02:24Ce sont les riches qui nous coûtent cher.
02:25Eh bien, moi, je vous propose une autre théorie, le rousselement.
02:29Tout en affichant son attachement à la France, à la République,
02:32qu'il connaît bien et qu'il parcourt largement dans son clip.
02:34Plus statique, Mélenchon l'ajouterait mitterrandien dans sa bibliothèque
02:38sur un ton très posé qui se veut une réponse à ceux qui l'accusent d'être le bruit et
02:42la fureur.
02:43Voyez-vous, toute vie est un voyage.
02:46Le mien a commencé, il y a déjà quelques temps, dans le Maghreb où je suis né.
02:51Chez Philippe Poutou, le clip est au contraire un éloge de la manifestation,
02:54du mouvement social, avec le candidat NPA déambulant dans les cortèges.
02:57On est là dans cette élection pour bousculer les politiciens professionnels.
03:02On est là dans cette élection pour essayer de faire entendre des idées et des voix qu'on entend trop
03:07peu.
03:07Et quant à Anne Hidalgo, pour donner l'illusion d'une dynamique électorale,
03:11eh bien, elle a mis de la musique pop.
03:13Dans ce moment, il nous faudra écarter les extrémistes, les haineux, les adeptes du bruit et de la fureur.
03:21Ensuite, un clip, c'est de la pub.
03:24C'est profiter du fameux temps de cerveau disponible de la télévision pour marteler un message.
03:28Éric Zemmour, par exemple, a opté pour une anaphore populiste, voire complotiste.
03:32Vous ne les croyez plus.
03:33Ils vous disent que les médias d'État disent la vérité et que les réseaux sociaux mentent.
03:37Ils vous disent que l'immigration est une chance.
03:40Ils vous disent tout et le contraire de tout et vous ne les croyez plus.
03:43Dans un autre registre, Nicolas Dupont-Aignan, connu pour ses positions anti-vax
03:47et qu'il renouille gentiment dans la composphère,
03:49tente la récupération du mouvement anti-mesures sanitaires.
03:52Je veux aussi une France de la liberté.
03:55La liberté d'aller et venir avec la suppression de tout pass sanitaire ou vaccinal.
04:01Emmanuel Macron s'appuie, lui, sur la crédibilité que lui accorde, selon lui, son bilan
04:05avec des images où tout est soleil, joie de vivre et croyance en l'avenir.
04:08Ce bilan, qui n'est que partiel, est notre œuvre collective.
04:12Le fruit de la mobilisation de notre nation, de votre travail,
04:17de notre engagement collectif sans cesse renouvelé depuis cinq ans.
04:20Le message à destination des électeurs est le suivant.
04:22Si tout s'est bien passé, autant continuer et non.
04:24Évidemment, ses adversaires ne sont pas d'accord
04:26et ont à cœur de déconstruire l'idée d'une élection qui serait jouée d'avance.
04:30Tout semble figé, inéluctable, comme si notre horizon était couvert, rabougri.
04:35Mais si vous écoutez votre cœur, vos attentes, vos colères et vos espoirs,
04:41alors un tout autre chemin s'ouvre à nous.
04:43Valérie Pécresse, qui en a marre de se faire siphonner son électorat par le président sortant,
04:48attaque elle aussi d'entrer le quinquennat.
04:49Après ce quinquennat des renoncements, je vous propose de reconstruire notre pays.
04:53Alors oui, c'est un choix étonnant de tourner le clip sur un fond bleu moche
04:56et avec le nez bouché par le Covid.
04:58Mais bon, à part ça, elle empile les éléments de langage propres à la droite.
05:01Le monde dans lequel nous vivons est menaçant.
05:03Le préalable, c'est de restaurer l'autorité.
05:05La peur doit changer de camp.
05:07Choisir qui peut entrer en France.
05:08Je veux que le travail paye plus que l'assistanat.
05:10Quant à Marine Le Pen, la première partie du clip est dédiée à l'abstention
05:13qui lui fait peur et pourrait l'empêcher d'aller au second tour.
05:16Son message, allez voter ou ne vous plaignez pas.
05:18D'abord parce que si vous ne le faites pas, d'autres le feront et décideront donc pour vous.
05:22Il ne vous restera plus qu'à subir durant 5 ans et parfois plus.
05:25Des décisions politiques parfois très dommageables pour vous.
05:29Décisions que vous auriez pu empêcher.
05:31Après, elle parle submersion migratoire, délinquance, fraude sociale.
05:34On est sympa, on vous l'épargne.
05:36Notons quand même au passage, parce qu'on est taquin, qu'elle a le même fond bleu que Valérie Pécresse.
05:40En parlant de fond, c'est finalement Jean Lassalle qui a été le plus original.
05:43Dans son autre clip, pas celui au téléphone.
05:47Ah, enlevez-moi ces artifices, ces faux semblants.
05:51Je veux une campagne authentique.
05:54Je veux une campagne vraie.
05:55On est d'accord, c'est pas Aurel Sann non plus,
05:57mais bon, c'est une manière originale de railler un exercice obligé
06:00qui peut paraître parfois très très artificiel.