00:00— Bonjour M. Vallaud. Vous êtes en direct sur l'Humanité, sur le Facebook Live de l'Humanité.
00:05Vous êtes député PS d'élan des portes-paroles du Parti Socialiste.
00:07Vous avez été très présent dans l'hémicycle pendant l'examen de la réforme des retraites.
00:10Et vous appelez aujourd'hui, avec les députés communistes et insoumis, à censurer le gouvernement. Pour quelles raisons ?
00:15— Écoutez, c'est une réforme majeure qui va concerner des millions de Français pendant des décennies,
00:21qui porte sur des masses financières absolument considérables.
00:24Cette réforme est non seulement une mauvaise réforme, mais elle est mal préparée.
00:26Et on voudrait escamoter le débat parlementaire, c'est-à-dire le travail qui est celui de tous les députés
00:33de représenter les Françaises et les Français et de voter en conscience sur les tenants et les aboutissants d'une
00:38réforme.
00:38Il y a eu un échec du dialogue social. Il y a eu un échec de la commission spéciale.
00:43Il y a, avec ce 49.3, un échec du débat en séance.
00:4739 articles, des centaines d'amendements n'ont fait l'objet d'aucun examen par les parlementaires.
00:52Et l'information des parlementaires, c'est une obligation constitutionnelle faite au gouvernement.
00:57Et j'ai l'impression que nous sommes plus soucieux du respect de cette constitution que le gouvernement lui-même.
01:03— Avec ce 49.3, le Premier ministre dit mettre fin, je cite, au non-débat.
01:08Il dit également mettre fin, je cite, à une situation dans laquelle le Parlement était empêché de tenir son rôle.
01:12Est-ce que vous êtes d'accord avec cette explication ?
01:14— Ah, il met sans doute un terme en question un peu embarrassante qu'on a pu lui poser.
01:18Vous savez, le gouvernement et la majorité disent « obstruction, on n'a pas pu parler de fonds ».
01:23Mais nous avons parlé des avocats, nous avons parlé des ouvriers, nous avons parlé de pénibilité,
01:28nous avons parlé des orthophonistes, nous avons parlé des fonctionnaires,
01:31nous avons parlé de la rémunération des enseignants, nous avons parlé de taux de remplacement,
01:36de valeur du point, d'indexation.
01:39Toutes ces questions-là que nous avons posées avec exigence, parfois de façon réitérée,
01:44elles se sont en général opposées soit des silences du gouvernement, soit des réponses alambiquées.
01:49Parfois, le ministre suggérant qu'on en parle en dehors de l'hémicycle,
01:51comme si c'était évidemment le lieu pour débattre du fond des choses.
01:55— Nous avons aujourd'hui un gouvernement qui gouverne contre les syndicats,
01:58contre les manifestants, contre les Français qui sont majoritairement opposés à cette réforme,
02:02et aussi un gouvernement qui gouverne contre le Parlement.
02:04Avec ce 49.3, la réforme des retraites est adoptée sans aucun vote, ni en commission.
02:08Ni dans l'hémicycle. Est-ce que c'est un précédent dangereux ?
02:11Et que reste-t-il de la démocratie sociale et parlementaire dans ce pays ?
02:14— Écoutez-moi, je crois qu'on est dans un moment politique qui est très particulier.
02:18On est d'abord face à une 5e République qui est à bout de souffle,
02:22peine à créer du débat, à construire des compromis.
02:26Et il y a une vraie question institutionnelle à se poser, et constitutionnelle.
02:29Et puis il y a la pratique de l'exécutif depuis 2 ans et demi.
02:32Toute forme d'opposition est un refus de regarder le monde en face.
02:35Tout désaccord est de la base politique.
02:36Quand on n'est pas avec Emmanuel Macron ou avec Édouard Philippe,
02:39on est nécessairement un cynique, un conservateur, et on est contre la France.
02:44Eh bien non.
02:45On doit respecter les corps intermédiaires.
02:48On doit respecter le dialogue social et le débat parlementaire.
02:51Le grand tort de ceux qui nous gouvernent est de ne pas croire à la possibilité d'une démocratie vivante.
02:56Demain, vous entendez créer une commission d'enquête parlementaire sur la sincérité de l'étude d'impact qui avait été
03:01donnée aux députés et qui avait été étriée par le Conseil d'État.
03:04Quel est le but de cette commission d'enquête et est-ce qu'elle va voir le jour ?
03:07Écoutez, moi je crois à la nécessité d'utiliser au Parlement toutes les prérogatives qui lui appartiennent.
03:13Et la commission d'enquête parlementaire que les socialistes ont mis sur la table,
03:18eh bien elle a vocation à éclairer l'ensemble de la représentation nationale sur une étude d'impact qui ne
03:23permet pas de mesurer les tenants et les aboutissants de la réforme.
03:25C'est-à-dire ces conséquences réelles pour les Françaises et les Français dans le temps.
03:29Ce n'est pas que nous qui doutons de cette sincérité.
03:30C'est le Conseil d'État.
03:32C'est l'ensemble des économistes, y compris certains qui ont été les inspirateurs du gouvernement et qui aujourd'hui
03:38ont pris leur distance.
03:39C'est les questions que posent l'ensemble des organisations syndicales qui n'ont pas eu droit à des simulations
03:44dans les discussions qui sont déroulées depuis deux ans.
03:47Donc qu'est-ce que j'en espère ?
03:48J'en espère la sincérité qui manque au débat parlementaire.
03:51J'en espère la lumière qui fait défaut dans les réponses de l'exécutif.
03:57Puis j'en espère, j'allais dire, une forme de responsabilité de l'ensemble des formations politiques, et en particulier
04:02de la majorité,
04:03pour que nous ne nous abordions pas nous-mêmes dans les prérogatives qui sont celles des parlementaires.
04:08La loi organique, puisque la réforme des retraites est composée de deux textes, une loi ordinaire et une loi organique,
04:12arrive désormais, va arriver au Parlement.
04:15Le gouvernement ne peut pas utiliser le 49.3 parce que c'est une loi organique qui arrive de la
04:18Constitution et parce qu'il l'a déjà utilisée pendant cette session.
04:20Est-ce que vous allez amender et combattre cette loi organique ? Et quels sont les dangers qui la constituent
04:25?
04:26Écoutez, nous allons faire ce que nous avons fait en séance sur la loi ordinaire.
04:29C'est être extrêmement présent et extrêmement exigeant dans les questions que l'on pose au gouvernement.
04:34Parce que, vous savez, aucun droit social dans le projet du gouvernement n'est inscrit comme une règle d'or.
04:41La seule règle d'or qui vaille, c'est celle de l'équilibre financier.
04:44Et ce sera, dans beaucoup de circonstances, la règle de plomb des retraités.
04:48Parce que tout pliera face à cette exigence financière.
04:52Le niveau des pensions, l'âge de départ à la retraite, le taux de remplacement, la part de richesse consacrée
04:57aux retraites dans le PIB.
04:59Et nous dirons à quel point c'est non seulement une mauvaise idée pour les retraités,
05:04mais c'est aussi une camisole pour les partenaires sociaux qui, quoi qu'en dise l'exécutif, lui seront soumis.
05:11Merci beaucoup, M. Vallaud.
05:13Merci à vous.
05:13Prochain Facebook Live en direct de la manifestation à République.
05:16Merci à vous.