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  • il y a 1 semaine
En direct avec Jean-Francois Doussin, professeur en chimie de la pollution atmosphérique, à l’université Paris Est Créteil. Quel impact du confinement sur la qualité de l’air ? Peut-on établir un lien entre la pollution et le coronavirus? Quelles solutions imaginer pour le jour d’après, afin de ne pas connaître à nouveau les mêmes pics de pollution dans nos agglomérations ?

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Transcription
00:00Jean-François Doussin, bonjour.
00:02Bonjour.
00:03Vous êtes professeur de chimie de la pollution atmosphérique à l'Université Paris-Est-Créteil.
00:09Alors merci de faire ce Skype en direct avec nous pour l'humanité et de nous recevoir chez vous, c
00:15'est ça, puisque l'université est fermée, vous êtes confiné.
00:19Tout à fait.
00:21Alors vous dirigez une équipe de recherche dans un laboratoire du CNRS qui s'appelle le LISA depuis maintenant plus
00:27de 15 ans.
00:28En quelques mots, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre travail ?
00:33Oui, alors moi, je suis un chimiste de l'atmosphère.
00:36Mon travail consiste à mesurer les polluants atmosphériques, comprendre l'évolution de leur concentration dans l'atmosphère,
00:46les transformations qu'ils subissent quand ils vont être émis et ensuite transportés à travers l'atmosphère.
00:55Alors on fait le constat depuis le début du confinement en Chine, en Europe et en France, une diminution, on
01:02fait le constat d'une diminution de la pollution
01:05et donc d'une augmentation de la qualité de l'air. Est-ce que vous pouvez nous confirmer, nous expliquer
01:10ce qu'il en est ?
01:13Bon, alors effectivement, ces derniers jours, on a vu une réduction drastique des activités humaines dans les centres urbains et
01:24au-delà.
01:25Toutes les zones qui ont été touchées par l'épidémie de coronavirus pratiquement aujourd'hui ont été mises en situation
01:31de confinement.
01:31Et on observe donc que cette réduction d'activité, sans beaucoup de surprises d'ailleurs, conduit à une réduction très
01:41forte de la pollution atmosphérique.
01:44Finalement, on a une expérience grandeur nature d'événements qui se produisent très, très rarement.
01:53Le seul équivalent qu'on peut citer, c'est quand, lors des Jeux olympiques de Pékin, les activités industrielles et
02:04les transports avaient été arrêtés en Chine.
02:08Alors vous disposez, je crois, de cartes et de vues du ciel permettant de faire ce constat. Est-ce que
02:14vous pouvez nous les montrer, nous les commenter ?
02:18Alors effectivement, la composition de l'atmosphère est sondée par des mesures in situ, comme on dit, c'est-à
02:30-dire avec des instruments de mesure,
02:32mais elle est aussi sondée par des satellites qui sont en charge de la mesure de la pollution atmosphérique.
02:40Et ce qu'on voit sur ces deux images, ce sont...
02:43Alors ça, c'est l'Italie du Nord, c'est ça ?
02:45Alors ce qu'on voit sur ces deux images, c'est effectivement deux vues par satellite de l'Italie du
02:51Nord.
02:52En fait, ce sont deux cartes de mesure d'un polluant atmosphérique bien connu qui est le dioxyde d'azote,
02:58le NO2,
02:59qui est un polluant atmosphérique qui est très relié aux émissions automobiles
03:05et aussi dans une moindre mesure au chauffage et aux émissions urbaines.
03:10Et on observe, donc si on reconnaît, on voit la péninsule italienne, on reconnaît la Corse,
03:19et puis on a ici la vallée du Pau, la vallée du Pau qui est une des zones les plus
03:23polluées d'Europe.
03:26Et on observe alors que les concentrations au 30 janvier 2020 étaient très importantes,
03:33et ce n'est pas du tout surprenant pour cette région du monde à cette période de l'année.
03:39Oui, parce que c'est le cœur industriel de l'Italie.
03:42Alors effectivement, la vallée du Pau, c'est à la fois une vallée qui est coincée entre d'un côté
03:49l'arc alpin
03:51et de l'autre côté les apennins, mais c'est aussi l'un des poumons économiques italiens
03:57avec une grosse concentration d'industries de toute nature.
04:02Et c'est aussi une zone de transport transeuropéen, puisque c'est l'un des axes majeurs qui relient l
04:10'Europe de l'Ouest
04:12avec l'Europe de l'Est, avec notamment un trafic de routiers poids lourds très important.
04:18Donc on voit au 31 janvier 2020 que grâce au service Copernicul,
04:25donc il y a un service européen qui fournit gratuitement ces données
04:29et supporté par le Centre européen de prévision météorologique, le ECMWF,
04:36on observe une pollution au NO2 à la fois classique et très importante sur la vallée du Pau,
04:42et quelques jours après, alors que sont mises en place les mesures de restriction de circulation
04:50et le confinement, des concentrations qui sont beaucoup plus faibles.
04:56D'accord. Donc là, sur l'Italie du Nord, vraiment, les images satellites sont très parlantes.
05:03Est-ce que vous disposez d'images sur la Chine qu'on a pu voir par ailleurs ?
05:07Alors, oui, il y a des informations sur la Chine. Il faut quand même limiter,
05:12il faut mitiger ces informations sur l'Italie du Nord, parce que finalement, on a deux photographies.
05:17On a une photographie à un jour et une photographie à un autre jour.
05:20Et en fait, la situation d'un jour à l'autre de la pollution, comme on le sait, peut changer
05:26très fortement.
05:27Et c'est sûrement plus intéressant de regarder sur une longue période.
05:32Donc avant de passer à la Chine, on peut voir des mesures.
05:35Donc ça, ce sont des mesures in situ, ce n'est plus du satellite.
05:38Ce sont des mesures in situ faites par les réseaux de surveillance de la qualité de l'air.
05:42Donc l'échelle horizontale, ce sont des heures depuis le 1er janvier 2020.
05:47Donc c'est une échelle un peu étrange, mais on voit qu'à partir de la 800e heure, à peu
05:52près,
05:52on va passer en période de confinement et on voit qu'on a dans toutes les cités de nord de
06:00l'Italie,
06:01donc Turin, Bergame, Bologne, Venise, une décroissance très nette de la pollution atmosphérique au NO2.
06:10On a par exemple les concentrations dans la région de Venise qui sont divisées par trois.
06:15Et ça, c'est tout à fait notable.
06:17Alors sur la Chine, on a par exemple ces mesures satellites qui sont produites par un satellite américain,
06:28cette fois-ci, où on a la moyenne des concentrations de NO2,
06:32donc entre le 1er janvier 2020 et puis du 10 au 25 février 2020.
06:39Et là, alors pour information, vous voyez que Wuhan se trouve aussi dans cette zone centrale ici.
06:48Et on observe là encore une très nette baisse des concentrations.
06:54Alors il faut aussi voir que ces concentrations sont mesurées à deux périodes de l'année légèrement différentes
07:01et qu'entre-temps, il y a le nouvel an chinois et donc avec un potentiel biais à ce niveau
07:07-là.
07:08Alors on a d'autres mesures.
07:09Alors ça, ce sont des mesures qui sont faites sur la Chine également,
07:13cette fois-ci par le satellite européen qui s'appelle Sentinel-5P,
07:18donc de l'Agence Spatiale Européenne.
07:20Et là, on a des mesures qui ont été faites entre le 1er février et le 17 mars 2019 d
07:27'un côté
07:28et 2020 de l'autre.
07:30Donc là, on a moyenné les résultats de telle sorte qu'on puisse s'affranchir de variabilités liées à la
07:36météo
07:37ou des choses comme ça.
07:38Et là encore, la zone de Wuhan, c'est la zone qui est indiquée ici.
07:42Alors Wuhan, c'est une zone...
07:45Oui, pardon.
07:46Wuhan, donc c'est une zone industrielle très importante.
07:49On le voit sur la carte de manière assez claire.
07:53Alors effectivement, Wuhan, c'est une mégapole déjà.
07:57C'est une zone avec plusieurs millions d'habitants,
08:00mais c'est aussi un centre industriel très important,
08:02notamment un centre industriel spécialisé dans notamment la sous-traitance aux constructeurs automobiles,
08:12aux constructeurs automobiles chinois, mais aussi aux constructeurs automobiles du monde entier.
08:15D'accord.
08:17Mais on voit que l'effet, là, en fait, l'effet du confinement a été bien au-delà de Wuhan,
08:23puisqu'on voit qu'il y a eu des mesures de confinement sur pratiquement l'ensemble de la Chine.
08:28Et on voit qu'y compris les émissions dans la zone de Pékin sont très nettement éteintes liées aux mesures
08:36qui ont été prises.
08:38D'accord.
08:39Est-ce que vous avez des éléments sur la France ?
08:42Alors sur la France, on a à nouveau les mesures liées aux satellites européens Sentinelle.
08:48Donc ça, ce sont des mesures qui ont été retraitées par nos collègues de l'Université libre de Bruxelles,
08:56donc en Belgique.
08:57Et on voit la moyenne des concentrations du 15 au 25 mars 2019.
09:06Et on voit très nettement le panache parisien.
09:09Vous noterez aussi qu'on voit ici la zone de Turin de Milan, donc c'est le bout de la
09:14vallée du Pau dont on parlait tout à l'heure.
09:16On voit aussi la zone de la Roure et puis toute la zone du Benelux.
09:21Tous ces points sont des hotspots de pollution atmosphérique.
09:24Et on note que finalement, les mesures de confinement, en comparant avec la moyenne entre le 14 mars et le
09:3125 mars 2020,
09:32on note qu'il y a un effet pratiquement général sur toute l'Europe et en particulier pour ce qui
09:41nous intéresse en France,
09:43sur Paris, mais aussi sur la vallée du Rhône, etc.
09:47Alors, sur Paris en particulier, il y a eu un communiqué de presse et une étude très intéressante d'Airparif,
09:58donc Airparif qui est le réseau de surveillance de la qualité de l'air sur Paris et sur la région
10:04parisienne,
10:04donc qui est une association qui est en charge de ce service public, on peut dire.
10:11Et la mesure, donc là, on a au milieu des cartes assimilées, alors c'est un peu technique,
10:20c'est-à-dire que ce sont des mesures de NO2 qui ont été moyennées, interpellées grâce à un modèle
10:28de prévision de la qualité de l'air.
10:31Donc c'est à la fois basé sur des mesures et basé sur un modèle.
10:35Donc ça, ce sont les concentrations qui ont été observées avec le confinement.
10:39Et donc, comme ces données sont assimilées, on peut, par le modèle, imaginer, entre guillemets,
10:47quelles seraient les concentrations avec exactement les mêmes conditions météorologiques,
10:54mais sans le confinement, c'est-à-dire en mettant les émissions habituelles.
10:58Et donc, c'est ce qu'on a ici sur le graphe de gauche.
11:04Et on observe alors que quand on fait la différence entre la carte du milieu et la carte de gauche,
11:10on obtient la carte de droite, ce qui donne une diminution de la pollution atmosphérique
11:14dans la période, on va dire, du 17 au 19 mars, donc il y a une dizaine de jours,
11:20d'une diminution de 30% de la pollution atmosphérique sur la région parisienne,
11:27avec évidemment une diminution plus forte dans les endroits où la pollution atmosphérique est déjà forte,
11:32c'est-à-dire sur Paris.
11:33D'accord. Donc ce sont quand même des chiffres assez importants.
11:37Vous vouliez pondérer, je crois, sur la question des particules fines.
11:43Alors, effectivement, les mesures qui sont faites sont très parlantes et très marquantes
11:52sur un certain nombre de polluants, parmi lesquels le NO2, je l'ai dit, le CO2 également.
12:01Donc on a les chiffres qui sont proposés ici sur les oxydes d'azote.
12:06On voit qu'on atteint, le confinement intervient entre le lundi 16 et le mardi 17.
12:14On voit qu'immédiatement, il y a une réponse très forte sur les oxydes d'azote.
12:18Et on voit que, par contre, la diminution sur les particules fines, elle est pratiquement nulle,
12:24bien que secteur par secteur, on observe des diminutions très fortes sur le routier, sur l'aérien.
12:30Et en fait, la situation sur les particules fines, elle est assez paradoxale,
12:36puisque chacun aura remarqué qu'on est en situation assez froide, de beau temps.
12:43Et ce sont des situations qui, dans les périodes habituelles au printemps,
12:48donc des belles journées ensoleillées, froides, sont propices à la production de pics de particules, à l'inverse.
12:58Donc c'est vrai que le confinement n'a pas produit d'amélioration sur les taux de particules
13:03de l'atmosphérique sur la région parisienne.
13:05Mais en fait, certainement, elle a évité que l'on ait un pic de particules.
13:11Pic de particules dont on peut dire qu'il aurait été lié, d'une part, au chauffage résidentiel.
13:17On voit qu'on a une augmentation de l'ordre de 17% du chauffage résidentiel,
13:22puisque les gens sont à la maison et donc continuent de chauffer dans la journée,
13:26puisque le confinement n'a pas arrêté le chauffage des lieux de travail.
13:35Et aussi de l'agriculture, puisque les pratiques agricoles d'épandage des engrais
13:43conduisent à des émissions de gaz qui sont des précurseurs des particules fines.
13:49D'accord. Puisqu'on parle des particules fines, est-ce qu'on peut en profiter
13:55pour faire un point justement sur en quoi les particules fines posent des questions
14:01de santé publique ? Les polluants transmis par... Et par quel phénomène ça se produit ?
14:10Alors bon, les particules fines sont parmi... Donc les études épidémiologiques montrent
14:18que les particules fines sont corrélées à des mortalités additionnelles
14:23qui sont tout à fait importantes. On parle à l'année de l'ordre de 47 000 morts additionnelles
14:29liées à la pollution atmosphérique en France. Donc ce sont des chiffres qui sont tout à fait conséquents.
14:36Donc évidemment, il ne s'agit pas d'une mortalité similaire à la mortalité
14:41que l'on rencontre actuellement avec le virus, où on a des gens qui tombent malades
14:45et qui vont décéder directement liées à cette maladie, mais plutôt à des vies
14:53qui sont raccourcies à des personnes qui vont rencontrer des difficultés,
15:02des problèmes de santé qu'ils n'auraient pas rencontrés dans un environnement plus sain.
15:09Donc ça se traduit... On pense souvent aux maladies respiratoires, mais en fait,
15:13on sait aujourd'hui que ça se traduit aussi beaucoup par des maladies liées aux...
15:19Des maladies cardiovasculaires, des problématiques d'hypertension
15:24ou des problématiques de crise cardiaque.
15:27Donc ça, c'est comment ça se traduit. En fait, les particules fines sont composées
15:33de milliers, voire de dizaines de milliers de composants chimiques.
15:37Et quand elles vont être respirées, les plus fines vont pouvoir aller s'impacter
15:43jusque dans les bronchioles.
15:45Donc en gros, il faut savoir que notre corps est équipé d'un système de filtration intégré.
15:56Les particules les plus grosses, celles qui sont plus grosses que 10 microns,
16:01vont s'impacter dans nos voies aériennes supérieures, c'est-à-dire nos fosses nasales.
16:06Et elles vont être bloquées par notre système, par le système des cavités nasales.
16:11Et finalement, en se mouchant, voire en avalant le mucus,
16:15on va éliminer les particules les plus importantes.
16:19Celles qui sont d'une taille inférieure à 10 microns vont traverser ce filtre naturel.
16:28C'est pour ça qu'on s'intéresse. On les appelle les PM10,
16:32les particules de taille inférieure à 10 microns.
16:34Et elles vont aller s'impacter, celles de 10 microns vont s'impacter
16:37dans la zone indiquée en vert ici, c'est-à-dire dans la trachée.
16:41Les plus petites, donc celles qui sont de taille inférieure à 2,5 microns ou à 1 micron,
16:46vont pouvoir pénétrer jusque dans les poumons et aller dans les alvéoles pulmonaires,
16:53jusque dans les bronchioles et jusque dans les alvéoles pulmonaires,
16:55qui sont un nœud d'échange vers la circulation sanguine.
16:59Et on en a retrouvé, on en retrouve dans le corps, y compris dans le cerveau
17:03de certaines personnes qui sont exposées aux particules les plus fines.
17:08Alors les particules les plus fines, pour qu'on ait un ordre de grandeur,
17:12ça correspond à quoi ?
17:14Ah ben voilà.
17:15Alors, ces particules, les particules, il faut bien se rendre compte
17:18qu'on parle d'espèces qui sont extrêmement, extrêmement petites,
17:22beaucoup plus petites que la plupart d'entre nous n'arrivent à l'imaginer.
17:26Alors sur ce dessin est représenté le cylindre marron que vous voyez là.
17:32En fait, c'est un dessin qui représente à l'échelle la coupe, un morceau de cheveux humain.
17:38Donc un cheveu, c'est quelque chose qu'on imagine être très gros, très petit, pardon,
17:43mais c'est quelque chose de très gros pour les scientifiques spécialistes des particules fines.
17:48En général, on considère qu'un cheveu humain, c'est de l'ordre de 40 à 120 micromètres.
17:54Et donc, c'est à peu près la taille, si vous voulez, d'un grain de sable très fin.
18:02Les PM10, donc les particules de 10 microns, se sont représentées à l'échelle sur ce dessin.
18:09Ce sont les petites sphères bleues que vous voyez dessinées autour de ce cheveu.
18:14Donc on est sur quelque chose de beaucoup plus petit,
18:18de l'ordre de 10 fois plus petit que le diamètre du cheveu lui-même.
18:22Les particules, donc les PM2.5, ce sont les sphères dorées que l'on voit ici.
18:29Donc celles-ci, elles sont de l'ordre de 50 fois plus petites.
18:34Et les particules très fines, donc de 1 micron,
18:38elles ne sont pratiquement pas représentables sur ce dessin.
18:41Et pour donner un exemple, le coronavirus dont on parle beaucoup en ce moment,
18:45donc les virus sont aussi des tout petits corps,
18:49fait de l'ordre de 100 nanomètres, c'est-à-dire un dixième de micron.
18:54C'est donc le dixième d'une de ces petites particules blanches que l'on voit ici,
19:00que l'on voit à peine d'ailleurs sur ce dessin.
19:02C'est donc des corps qui sont extrêmement petits.
19:04Et ça explique pourquoi c'est seulement des masques très spéciaux
19:08qui sont capables de les filtrer et qui vont se comporter pratiquement comme des gaz.
19:14Ce n'est pas tout à fait des gaz, mais pratiquement.
19:17Alors on entend ces dernières heures, ces derniers jours,
19:22l'idée que le coronavirus et la pollution de l'atmosphère pourraient être corrélées.
19:29Est-ce que vous pouvez nous donner votre opinion là-dessus ?
19:34Alors, que l'on ait mis en évidence une forme de corrélation,
19:43c'est quelque chose qui a été récemment publié par des collègues de l'Université de Bologne.
19:51C'est quelque chose qui est extrêmement discuté dans la communauté des chimistes et des physiciens de l'atmosphère.
20:00Parce que, finalement, la première chose, c'est que cette publication
20:05n'est pas une publication scientifique au titre habituel.
20:10C'est-à-dire qu'elle n'a pas été évaluée par des pairs qui ont relu,
20:13qui ont questionné le protocole.
20:16C'est simplement une sorte de rapport, ce qu'on appelle un position paper.
20:21C'est un court texte qui a été écrit par une équipe de scientifiques et qui l'ont mis sur
20:26Internet.
20:28Ce travail met en évidence une forme de corrélation entre les particules fines
20:34que l'on mesure dans la vallée du Pau et l'épidémie de coronavirus.
20:44Néanmoins, ça a créé une grosse polémique dans la communauté.
20:48Il y a plus de 120 scientifiques italiens de la société italienne d'aérosols
20:55qui ont contredit et attaqué ce travail.
20:58Parce qu'effectivement, la base du raisonnement scientifique,
21:03c'est que corrélation n'est pas raison.
21:06Il y a beaucoup d'exemples de corrélation entre des phénomènes qui n'ont strictement rien à voir.
21:12Et à partir du moment où quelque chose se produit dans la vallée du Pau
21:17et qu'en même temps la vallée du Pau est une zone très connue pour sa concentration en pollution particulière,
21:24alors automatiquement, on va observer des corrélations qui ne permettent pas de conclure
21:31que les particules fines accélèrent la transmission du coronavirus.
21:37Et là où ces collègues ont mordu le trait, c'est qu'ils ont été jusqu'à cette conclusion-là,
21:46conclusion qui n'est pas soutenue aujourd'hui par les faits et par les chiffres
21:50et par les études que l'on mène actuellement pour dire que le coronavirus serait accéléré par la pollution particulière.
21:58Il y a une autre étude qui a été publiée cette fois-ci dans un journal à un comité de
22:04lecture
22:04qui montre que le coronavirus pourrait survivre à la surface des aérosols pendant plusieurs heures.
22:12Et plusieurs heures, c'est suffisant pour qu'il soit transporté et pour qu'il soit respiré.
22:20Néanmoins, ce que ne montre pas cette étude, c'est si la quantité qui survit à la surface de l
22:26'aérosol
22:27est suffisante pour infecter quelqu'un.
22:31Et donc là encore, là pour le coup, c'est une étude qui est extrêmement robuste,
22:35faite par des collègues qui ont respecté l'ensemble du processus déontologique,
22:40mais qui ne permet pas de conclure que les particules permettent de transmettre le coronavirus,
22:50mais simplement que du coronavirus peut rester vivant sur les particules.
22:55Et ça, il y a une question de dose qui est importante et qui n'est pas encore prise en
23:02compte.
23:03Alors merci pour ces explications.
23:06Peut-être une dernière question concernant le jour d'après, c'est-à-dire après l'épidémie.
23:13Jean Jouzet, à l'appel de ses voeux, de reconsidérer complètement le modèle de développement,
23:20le modèle économique, de façon à sortir de ces pics de pollution
23:25et de ce problème de santé publique aussi qui est posé.
23:31Vous parliez de 47 000 morts par an.
23:33C'est un chiffre très important.
23:35À votre niveau en tant que chercheur, que scientifique,
23:40dans quelle direction vous pensez qu'on devrait aller ?
23:45Alors c'est clair qu'on vit là une période sans précédent
23:49et je pense même une période dont probablement aucun d'entre nous
23:54n'évalue vraiment l'impact à long terme.
23:59Mon sentiment personnel, c'est qu'il va y avoir un avant et un après
24:04cette épidémie, qu'on n'en mesure pas encore tous les contours
24:11et quelque part que ces contours, c'est aussi à nous de les dessiner.
24:17Et je pense que c'est le sens de la prise de position de Jean Jouzet
24:22qui dit « bon très bien, il y a une baisse de la pollution actuellement,
24:26peut-être que cette baisse de pollution va temporairement préserver la santé de quelques-uns,
24:34mais c'est sûrement pas ça qui est décisif.
24:37Ce qui est décisif, c'est qu'on reparte sur un modèle de développement
24:42qui tire les leçons, non seulement évidemment de cette épidémie du coronavirus,
24:48et je pense que même si ce n'est pas mon champ d'activité,
24:51il y a beaucoup de leçons à tirer,
24:53mais qui tire aussi les leçons de ce que nous aura appris la période de confinement.
24:58Et c'est sûr qu'on va avoir à redessiner des nouveaux modes de production,
25:07des nouveaux modes de transport, des nouveaux modes d'organisation de la société
25:13à l'occasion de cette catastrophe sanitaire.
25:16Et que le pire qui pourrait arriver, ce serait que cette redéfinition
25:22ne prenne pas en compte les questions environnementales.
25:29J'ai envie de dire, puisqu'on vient de démontrer que le modèle
25:32qui a servi de développement ces dernières années
25:35pouvait amener à des catastrophes sanitaires,
25:38et qu'il faut maintenant le revoir,
25:41alors profitons-en pour que cette révision soit respectueuse
25:44de l'environnement, et de l'environnement atmosphérique en particulier,
25:48et prenne en compte un autre rapport à la production,
25:52un autre rapport au transport des matières,
25:56au transport des personnes,
25:57un autre rapport à la production d'énergie.
26:00Et c'est tout le mal qu'on peut souhaiter à notre société
26:05que de transformer cette catastrophe en un nouvel élan.
26:09Merci beaucoup, Jean-François Doucin, pour ce Skype en direct pour l'humanité.
26:16Et on vous souhaite une belle poursuite de vos travaux,
26:21même en confinement. Je crois que vous êtes en télétravail, c'est ça ?
26:25Oui, évidemment. Je suis en télétravail depuis le 16 mars.
26:29Et ce n'est pas une situation qui est facile,
26:34elle n'est pas complètement inhabituelle pour les chercheurs
26:37qui travaillent souvent dans des conditions variées,
26:42mais en tout cas, elle est indispensable.
26:44Et le message qu'on peut passer aussi, c'est rester chez vous
26:47et faites attention à vous et à vos proches.
26:50Merci. Message entendu et à très bientôt. Au revoir.
26:54Au revoir.

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