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  • il y a 1 semaine
En direct avec Priscillia Ludosky, figure du mouvement des Gilets jaune, qui lance une nouvelle pétition intitulée : « Après le Covid-19 : stop aux inégalités sociales »

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Transcription
00:00Bonjour Priscillia Ludoski.
00:02Bonjour.
00:03Vous êtes une figure du mouvement des Gilets jaunes et votre pétition contre le prix du carburant avait recueilli plus
00:09d'un million de signatures fin 2018.
00:12Et là, depuis quelques jours, vous avez lancé une nouvelle pétition en ligne intitulée « Après le Covid-19, stop
00:18aux inégalités sociales ».
00:20Alors cette pétition met en avant l'urgence de la lutte contre ces inégalités sociales.
00:26Alors pourquoi cette crise sanitaire les a-t-elle renforcées selon vous ?
00:31Pour moi, elle a mis davantage en lumière les difficultés qu'on peut rencontrer en fait et qui ne sont
00:38pas forcément dénoncées par tous mais qui sont réelles et qui sont des fois même banalisées en fait parce qu
00:46'elles sont dans le paysage et on sait que maintenant il y a certaines situations où on a l'impression
00:50qu'on est un peu fataliste et on ne revendique plus rien.
00:53Mais c'est pour ça qu'il y a eu le mouvement des Gilets jaunes, c'est qu'à un
00:55moment donné il y a eu un ras-le-bol général, les gens disaient que ça faisait des années qu
00:58'ils dénonçaient un certain nombre de choses et d'autres avaient abandonné.
01:00Et je pense qu'en plus du mouvement qui a remis ces dysfonctionnements sur la table, la crise actuelle les
01:07a exacerbées.
01:08En l'occurrence, s'il y a quelques exemples que je peux donner, c'est par exemple les personnes qui
01:14travaillent, qui ont des contrats précaires,
01:18qui se voient là en temps de crise perdent leur métier, qui vont peut-être avoir des difficultés à payer
01:23leur loyer et leur facture.
01:24On a les personnes, les familles nombreuses qui vivent dans des petits espaces qui ont peut-être déjà réclamé,
01:30et on le voit souvent dans pas mal de départements d'Île-de-France,
01:36des familles qui réclament des espaces de vie plus grands et qu'on leur accorde pas,
01:40et qui se retrouvent confinés à 5, 6 au quotidien.
01:45On a beaucoup d'inégalités aussi par rapport aux moyens que les uns et les autres ont, en fait,
01:49pour pouvoir poursuivre l'éducation, prendre la suite des professeurs pour l'éducation de leurs enfants.
01:54Tout le monde n'a pas d'outils numériques, tout le monde n'a pas les mêmes accès.
01:59Il y a pas mal de choses comme ça au niveau des contrôles de police et des violences policières,
02:04on se rend compte que c'était des choses qui étaient déjà dénoncées,
02:06qu'on a redénoncé dans le mouvement des Gilets jaunes,
02:08et on se rend compte que les contrôles ne sont pas les mêmes sur les quais de Paris que dans
02:10les banlieues.
02:11La manière de gérer les contrôles liés au confinement.
02:15Donc toutes ces inégalités, elles se creusent davantage.
02:19Le dernier exemple, c'est celui des entreprises,
02:21où on voit qu'Amazon, qui n'avait pas des produits de première nécessité,
02:24en tout cas, sa grande, propose un large panel de produits
02:28dont la majorité ne sont pas des produits de première nécessité,
02:31restait ouvert quand certaines petites entreprises étaient obligées de fermer.
02:35Et d'ailleurs, Amazon a été sanctionnée pour ça il n'y a pas si longtemps.
02:38Il a fallu encore une manifestation citoyenne pour que ça puisse arriver.
02:42Donc tout ça, en fait, ça fait que ça s'accentue davantage.
02:45Alors cette crise sanitaire était imprévisible.
02:49Alors que reprochez-vous au gouvernement,
02:51qui a prolongé les droits sociaux et promis une aide exceptionnelle
02:54de solidarité aux bénéficiaires du RSA ?
02:57Alors je ne dirais pas qu'elle était imprévisible.
02:59Pour ma part, quand on observe un peu les alertes mondiales
03:02qu'il y a eu depuis un certain nombre d'années,
03:03même dix ans auparavant, on a vu beaucoup de chercheurs
03:07qui ont lancé des alertes sur le coronavirus,
03:10mais sous une autre forme, pas celle qu'on connaît actuellement.
03:13Certains chercheurs disaient qu'il manquait de moyens
03:15pour creuser la question.
03:17Certains autres pays ont eu à faire face à différentes formes du virus
03:20et ont mis en place certaines mesures qui auraient pu servir
03:24de brouillon, mais qui auraient pu servir d'exemple
03:26pour qu'aujourd'hui on puisse faire face à cette épidémie.
03:31Les alertes en ce qui concerne la Chine existaient depuis décembre,
03:34le gouvernement était au courant.
03:35L'OMS a donné des alertes, même si elle a qualifié de pandémique
03:38le 11 mars, la crise bien avant, il y avait eu pas mal d'alertes.
03:43Et puis la déclaration d'urgence de santé publique internationale
03:48a été décritée par l'OMS le 30 janvier.
03:52Et je pense qu'en France, on a tardé à réagir.
03:55Effectivement, il y a des aides qui sont mises en place aujourd'hui,
03:57des primes pour les personnels soignants,
03:59des maintiens d'aides qui sont faites pour les foyers les plus modestes.
04:04Mais j'ai envie de dire encore heureux, parce que là on n'a pas prévenu,
04:08mais on tente de guérir.
04:10Donc on n'est pas dans la prévention et dans la prise en compte des alertes.
04:13La dernière alerte en date, c'est celle des personnels soignants
04:15qui sont descendus dans les rues et qui s'en fait matraquer.
04:17Donc en fait, les alertes mondiales étaient là,
04:20l'alerte du pays d'où prenait le virus était là,
04:23les alertes des militants, enfin des militants, des personnels soignants étaient là,
04:26et quand même, on n'a pas tenu compte de tout ça.
04:28Donc là, ce qu'on peut se poser comme question,
04:30c'est à quel moment le gouvernement prend en compte ces alertes, en fait.
04:37Est-ce qu'il faut en arriver à un point de non-retour
04:39pour que là, aujourd'hui, on mette des choses en place ?
04:42Alors depuis le 16 mars, date d'entrée dans le confinement,
04:48les héros du quotidien se nomment infirmiers, ambulanciers,
04:51boueurs, aides-soignants, aides-à-domicile, caissières.
04:54Ces professions souvent dévalorisées apparaissent-elles aujourd'hui
04:58comme les plus essentielles ?
05:03Oui, effectivement, on a entendu dire il n'y a pas si longtemps
05:07que toutes ces professions sont tenues par des personnes
05:10qui étaient dans les mouvements sociaux,
05:12et effectivement, c'est qu'ils réclamaient plus de moyens
05:14pour pouvoir accomplir leur tâche dans des conditions plus sereines
05:17et plus respectables.
05:19Et effectivement, ce sont des professions qui habituellement sont dévalorisées.
05:24même les gens qui travaillent dans ces professions-là,
05:26elles-mêmes ne se mettent pas en valeur dans ces professions-là.
05:29Et aujourd'hui, on sait très bien que ce sont ces professions
05:31qui nous permettent de survivre ou au moins de supporter plus facilement
05:35ce qui est en train de nous arriver.
05:37Et du coup, ça questionne encore sur ces fameuses inégalités.
05:41Tout est lié, en fait.
05:43Tout est lié.
05:45Et je pense que même dès le plus jeune âge,
05:47on devrait, je pense que c'est au travail de l'éducation nationale
05:49de faire ça aussi au niveau des écoles,
05:51de pouvoir aussi nous préparer à...
05:55de préparer les plus jeunes, en fait,
05:57aux métiers de première nécessité.
05:59Pas les préparer à travailler dans ces métiers de première nécessité,
06:02mais à comprendre ce qui relève de la première nécessité.
06:05Et à pouvoir les mettre en valeur plutôt que de dire
06:07voilà, c'est un métier par défaut ou quoi que ce soit,
06:09parce que c'est plutôt vendu comme ça dans les écoles
06:11et c'est une réalité dans les lycées et les collèges
06:12quand il y a au moins d'orienter les élèves.
06:15Ce ne sont pas des professions qui sont mises en valeur
06:17et on a l'impression qu'effectivement,
06:20il y a une dévalorisation de ces professions.
06:22Alors, il n'existe pas aujourd'hui de liste officielle
06:26des métiers essentiels,
06:28mais chaque Français confiné a pu mesurer
06:31la valeur indispensable de ses travailleurs.
06:33Pensez-vous que s'ils obtiennent une prime aujourd'hui,
06:37ils seront mieux rémunérés demain ?
06:40J'espère, j'espère pour eux qu'ils seront mieux rémunérés.
06:42On sait bien que la prime, c'est considéré plutôt comme une récompense
06:44et quand bien même elle serait défiscalisée,
06:47ça ne permet pas sur le long terme de s'assurer une hausse de pouvoir d'achat.
06:51Et si je fais le lien avec, par exemple,
06:53je n'ai pas cité ça dans les inégalités,
06:55mais j'avais aussi en tête ce que j'ai mis dans ma pétition,
06:57c'était la baisse des taxes sur les produits de première nécessité
07:00où c'est un impôt inégal puisqu'en fonction de ce qu'on gagne,
07:03on est quand même face à le même pourcentage de taxes.
07:07Et je veux dire, au quotidien, si tout continue d'augmenter,
07:10puisque c'est ce qui arrive dans toutes les premières nécessités,
07:12le gaz, l'électricité, les courses, tout augmente,
07:17mais ce n'est pas avec des primes qu'on pourra s'en sortir.
07:19Alors oui, une prime, c'est très bien qu'il y ait une prime,
07:22mais sur la durée, ce n'est pas ce que demandaient forcément
07:24tous les personnels soignants.
07:28Alors, d'une manière plus générale,
07:30notre société peut-elle continuer à valoriser certains métiers
07:34qui n'ont pas du tout cette utilité sociale,
07:37qui n'ont pas de sens commun ?
07:40Alors, c'est assez compliqué parce que, en même temps,
07:44toute personne qui se lève le matin pour aller travailler
07:46devrait pouvoir être reconnue pour ce qu'elle fait
07:48et être remercée pour son travail.
07:52Mais c'est sûr qu'indirectement,
07:54en travaillant pour certains secteurs,
07:55on sera en complice de certaines pratiques.
07:56Mais c'est des pratiques qui viennent peut-être heurter
07:59parfois nos valeurs profondes.
08:01Elles sont mises sous silence parce qu'il y a des besoins
08:03de première nécessité, justement, à combler.
08:07Mais c'est sûr qu'on ne nous aide pas forcément
08:09à avoir une attitude de nous plus responsable
08:10et on ne nous sensibilise pas suffisamment
08:13au métier plus éthique, plus responsable
08:15et plus respectueux de l'environnement.
08:17Et du coup, les publicités n'aident pas non plus
08:21parce qu'elles nous poussent à la surconsommation
08:22et on a des oeillères par rapport à tout ce qu'il peut y avoir
08:27comme impact socio-économique et environnemental.
08:31Mais ce n'est peut-être pas une raison pour dévaloriser certains métiers,
08:35mais ne pas mettre en valeur ceux qui n'ont pas de sens commun, effectivement.
08:40On voit bien que le gouvernement, sous prétexte qu'il faut sauver l'économie,
08:45attaque frontalement le droit du travail.
08:48Alors, comment changer ce modèle de société ?
08:53Je crois que ce que j'entends, ce que j'attends aussi personnellement,
08:59c'est que les citoyens soient plus impliqués dans les prises de décision
09:04parce que je pense qu'il y a une vraie attente et une vraie déception
09:10de tout ce qui a été proposé jusqu'à aujourd'hui.
09:12Ça se traduit aussi par ce qui est exprimé dans les urnes.
09:15Pour moi, les deux plus gros partis, c'est l'abstention et le vote blanc.
09:19Et ça traduit quelque chose, ça traduit un manque de confiance,
09:22ça traduit la volonté d'avoir autre chose en face
09:23et cette autre chose n'arrive pas.
09:26Donc, les gens se sont saisis de certains projets,
09:29les gens sont allés dans la rue, ils ont fait des propositions,
09:31des pétitions, des tribunes pour proposer des choses.
09:34Donc, il y a une vraie volonté de participer de manière démocratique
09:36à la construction de mesures.
09:38Et je pense que ça peut se faire au moins en associant les citoyens
09:41et en entendant les revendications qui sont liées à la démocratie
09:46parce que pour moi, c'est un peu inédit.
09:48On a beaucoup entendu de revendications liées au travail,
09:56liées au quotidien, mais jamais, en tout cas personnellement,
09:59j'ai peu entendu de revendications très fortes liées à la volonté d'avoir des outils démocratiques
10:05et d'avoir un modèle de représentativité différent.
10:08Et aujourd'hui, on l'a vraiment, donc c'est juste que pour moi, en face,
10:11il n'est pas entendu ou il n'y a pas de volonté de l'entendre.
10:16Alors, parmi vos propositions, dans votre pétition,
10:19vous proposez de remettre la main sur des secteurs censés répondre
10:23à nos besoins essentiels, comme la production de masques, par exemple.
10:29Alors, de quelle manière cela pourrait se faire ?
10:32Alors, je pense souvent aux petites entreprises.
10:35Je sais que souvent, on dit, et c'est le cas,
10:39que quand on lance en entreprise, il faut au moins trois ans
10:43pour pouvoir avoir un début de rythme de croisière
10:46et pouvoir être un minimum positif, ce qui n'est pas évident au début d'une activité.
10:50Je pense qu'on peut déjà…
10:52Alors, il y a des aides qui existent pour les petites entreprises lorsqu'elles se lancent,
10:54que ce soit à l'échelle nationale, départementale, régionale.
10:57Il y a des aides qui sont attribuées en fonction du secteur d'activité qu'on choisit.
11:01Mais beaucoup trop de charges et d'impôts en face
11:03qui viennent plomber toute la comptabilité des petites entreprises.
11:07Elles se retrouvent face à des grandes entreprises
11:10qui, elles, ont délocalisé une partie de leur activité,
11:12qui, elles, ne paient pratiquement rien en impôts.
11:15Une petite entreprise française, c'est 28 à 33 % de taxes.
11:18Je reprends l'exemple d'Amazon, parce que j'en ai en tête,
11:20et c'est 0,8 % d'impôts.
11:21Donc, comment on peut faire le poids lorsqu'il y a de telles inégalités ?
11:24En fait, ce n'est pas possible.
11:26Il y a vraiment un travail à faire là-dessus
11:28pour que les entreprises françaises, déjà, restent en France.
11:32Elles payent tellement de charges qu'elles vont à l'étranger.
11:35Et puis, elles participent aussi à quelque chose qui est catastrophique,
11:38c'est le travail des enfants,
11:41avec des conditions de travail carrément catastrophiques
11:44et dans d'autres pays.
11:46Et en fait, c'est contre ça aussi qu'on doit lutter
11:47si on veut que les entreprises françaises restent en France.
11:49Et pour faire le lien avec la revendication qui consiste à dire
11:53réduire les taxes sur les produits premières nécessités,
11:55j'ai ajouté bio et français pour justement nous aider,
12:00nous accompagner dans la consommation plus locale et plus responsable.
12:06Alors, ma dernière question concernera la journée internationale des travailleurs.
12:12Ce 1er mai prochain, sera-t-elle l'occasion, même confinée,
12:16de manifester ces revendications ?
12:19Et surtout, de quelle manière ?
12:22Je pense que ça a déjà commencé.
12:23Je pense que depuis le confinement, il y a pas mal de choses qui se font.
12:27Il y a des tribunes qui se font,
12:28il y a des bandereux qui se mettent au balcon,
12:30il y a des revendications de fêtes de manière...
12:34C'était déjà fait avec les chants dans les manifestations,
12:35mais là, du coup, ce sont des chants sur les balcons.
12:37Enfin, je pense que les gens se saisissent un peu tout ce qu'ils peuvent
12:39comme outils pour se faire entendre différemment que dans la rue.
12:43Et je n'ai pas d'outil miracle pour proposer quelque chose,
12:48mais je pense que la combinaison de tout ça fait que de toute façon,
12:50on se fait entendre d'une manière ou d'une autre.
12:51Et je pense que les médias ont un rôle à jouer aussi là-dessus,
12:53parce qu'ils relaient notre parole.
12:55Et du coup, comme ça, on va peut-être arriver à se faire entendre.
12:59Mais oui, c'est pas évident dans ce contexte-là.
13:03Merci Priscilla Ludosky, et puis bon courage pour votre combat.
13:07Merci beaucoup.
13:08À bientôt, au revoir.
13:09Au revoir.

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