00:00Bonjour Raphaël Prado, vous êtes le porte-parole d'Attaque, une association fondée en 1998
00:07qui milite principalement pour la justice fiscale, sociale et écologique.
00:12Alors actuellement, votre association se mobilise afin que les citoyens et les citoyennes interpellent leurs députés
00:18pour que le Parlement adopte des mesures de justice fiscale afin de financer les urgences sanitaires, sociales et écologiques.
00:26Alors, quelles sont-elles et dans quel but ?
00:30On a fait le constat que dans le contexte de la crise du coronavirus, il y avait un gros risque,
00:36une grosse tentation à carpeller la crise aux salariés
00:39alors qu'on considère que les salariés ne sont pas du tout responsables de cette crise.
00:42Et on entend les messages se multiplier du MEDEF, de l'Institut Montaigne, de différents instituts néolibéraux
00:49qui viennent nous expliquer que maintenant les salariés vont devoir se serrer la ceinture pour relancer la croissance,
00:54vont devoir abandonner des jours de congés, travailler plus, etc.
00:57Nous, on pense au contraire que c'était normal de voter des budgets qui votent des dépenses exceptionnelles pour faire
01:04face à la crise,
01:05mais que ce qui serait assez logique, ce serait de les faire payer par ceux qui ont bénéficié des cadeaux
01:11fiscaux de Macron depuis maintenant 2017.
01:13Et même si on remonte un peu plus loin en arrière, donc essentiellement les plus riches et les plus grandes
01:19entreprises
01:20qui ont été les grands gagnants des budgets votés ces dernières années.
01:24Donc on propose un certain nombre de mesures, notamment instaurer une taxe exceptionnelle sur les hauts patrimoines,
01:31sur les 1% les plus riches.
01:33Ça, c'est une mesure transitoire qui, à terme, devrait laisser place à une refonte de l'ISF.
01:37On ne propose pas de rétablir l'ISF tel qu'il était, mais de le réformer pour le rendre plus
01:41progressif, plus juste.
01:42Et ça pourrait rapporter 10 milliards d'euros par an, donc plus que ce que rapportait l'ISF avant.
01:47On propose également de rétablir la progressivité de l'impôt sur le revenu financier.
01:51Vous savez, Macron a instauré la flat tax, qui fait qu'aujourd'hui, les revenus financiers sont taxés à un
01:56taux de 30%.
01:57Et donc, non seulement ce n'est pas progressif, mais en plus, quand vous êtes très riche,
02:01vous êtes moins taxé sur les revenus financiers que sur les revenus du travail.
02:05On propose également de supprimer les niches fiscales inutiles.
02:09Je crois qu'on va pouvoir développer ce point ensuite.
02:12On propose de lutter contre l'évasion fiscale avec une mesure efficace pour mettre fin à ce qui se passe
02:18aujourd'hui,
02:19c'est-à-dire que les entreprises multinationales délocalisent artificiellement leurs bénéfices dans les paradis fiscaux,
02:24tout simplement par des jeux d'écriture, en transférant les bénéfices là où l'impôt sur la société est le
02:28plus faible.
02:29Pour ça, on est nombreux à proposer une mesure qui s'appelle la taxation unitaire des multinationales
02:34et qui permettrait de les taxer là où elles réalisent effectivement leurs activités,
02:38là où elles font leurs ventes, où elles ont du travail, du capital.
02:42Et puis, une dernière mesure qu'on met en évidence dans cette prépédation,
02:45parce qu'on a d'autres mesures, on a voulu cibler sur un nombre restreint de mesures,
02:49c'est de mettre enfin en place la taxation des transactions financières.
02:53Vous savez qu'Attaque met cette mesure depuis sa création.
02:57Et on a beaucoup entendu au début que c'était totalement irréaliste.
03:01Maintenant, on sait que c'est une question de volonté politique.
03:03Malheureusement, le président Macron a bloqué un projet à l'échelle européenne.
03:08Donc, on pense qu'avec toutes ces mesures réunies, on peut récupérer pas moins de 158 milliards d'euros par
03:15an.
03:15Alors, c'est des sommes qui sont importantes, qui ne partent pas forcément.
03:18Mais pour mettre un chiffre en face, le plan de relance voté par le gouvernement dans la deuxième loi de
03:22finances rectificatif,
03:23c'est 110 milliards d'euros.
03:25Donc, les 158 milliards d'euros permettraient de couvrir ces dépenses,
03:29mais en plus, ce seraient des dépenses, bien sûr, qui seraient annuelles,
03:31et surtout permettraient de mettre fin à l'injustice fiscale,
03:34qui caractérise aujourd'hui notre système fiscal,
03:37et qui nuit au consentement à l'impôt.
03:40Alors, vous avez évoqué le rétablissement de l'ISF, alors de manière progressive.
03:46Alors, celui-ci a été rejeté un peu plus tard qu'il y a deux jours par Bruno Le Maire,
03:51sous prétexte que ce serait quelque chose de démagogique,
03:55que cet impôt n'a jamais amélioré la prospérité de la France,
03:59et qu'il ne rapporterait que quelques milliards face aux 110 milliards
04:02qui ont été dépensés ces derniers mois par l'État pour faire face à la crise sanitaire.
04:08Comment vous réagissez à cet argument ?
04:12Alors, il est vrai que l'ISF, tout seul en soi, c'est une mesure symbole du président des riches,
04:17c'est la mesure avec la taxe la plus symbolique de la politique fiscale,
04:20en faveur des très riches menés par Macron.
04:23Si on rétablit l'ISF, en soi, ça ne règle pas tous les problèmes.
04:26C'est pour ça que non seulement on propose un ISF rénové,
04:28mais aussi on l'accompagne d'autres mesures.
04:31Alors, si vous me demandez comment j'analyse les propos de Bruno Le Maire,
04:34il est très clair dans les propos de Le Maire et d'Armanin,
04:36depuis le début de la crise, qu'ils écartent toute idée de hausse d'impôt,
04:40en faisant croire qu'une hausse d'impôt, ça serait quelque chose qui serait,
04:44comment dire, de manière indiscriminée sur tous les Français,
04:46et que les Français se fait contre, et ils écartent même l'idée d'un débat fiscal
04:52en disant que ce n'est pas le moment.
04:53Par contre, vous avez vu que les mêmes n'hésitent pas à recourir à la charité,
04:57à faire des appels à dons en disant que ceux qui le peuvent, peuvent donner.
05:01Nous, on pense au contraire qu'effectivement, ce n'est pas sur une base volontaire,
05:06ce n'est pas par la charité qu'on va régler le problème,
05:07mais bien en restaurant la justice fiscale.
05:10Donc, s'il est vrai que l'impôt sur la fortune, en lui-même,
05:13si on le restaure tel qu'il était, ça ne va rapporter que quelques milliards d'euros.
05:18En l'accompagnant d'autres mesures, ça serait beaucoup plus significatif comme somme.
05:22Et donc, l'objectif de notre interpellation, c'est bien justement de contrer ce discours
05:26qui consiste à dire, circuler, il n'y a rien à voir,
05:28ce n'est pas le moment d'augmenter les impôts.
05:30Vous voyez que le discours du gouvernement consiste à dire,
05:32il n'y a pas besoin de dépenses nouvelles, pas besoin de recettes nouvelles en face,
05:36puisque de toute façon, c'est le retour de l'attraissance qui permettra de rétablir l'équilibre.
05:41Bon, on comprend bien que le gouvernement n'a pas envie que se tienne un débat sur la justice fiscale
05:45puisqu'il mène une politique particulièrement injuste.
05:48Et c'est pour ça aussi qu'on lance cette interpellation
05:51pour arriver à mettre ce sujet au cœur des débats.
05:54Alors, vous parlez également de supprimer certaines niches fiscales
05:59que vous jugez inutiles.
06:01Alors, auxquelles pensez-vous et est-ce que vous pouvez nous décrire un petit peu
06:07lesquelles vous avez particulièrement ciblées ?
06:10Alors, en fait, il faudrait faire une revue complète des niches fiscales,
06:13ce qu'on n'a pas eu la possibilité de faire.
06:17Il y a de très nombreuses niches fiscales.
06:18Nous, on s'est attachés aux plus, comment dire,
06:21les plus notoirement contre-productives ou les plus notoirement inutiles.
06:26Alors, la première, c'est bien sûr le CICE dont on a beaucoup parlé,
06:29qui est censé favoriser l'emploi et l'investissement,
06:33qui n'a jamais, selon les propres calculs de la Cour des comptes,
06:37qui n'a jamais favorisé réellement l'emploi.
06:39On pense aussi au CIR qui est censé booster la recherche
06:41et qui, là aussi, a surtout servi à augmenter le bénéfice des entreprises du CAC 40.
06:47Puis, il y en a qui sont un peu moins connues aussi,
06:49notamment une sur laquelle je voudrais revenir, c'est le régime mère-fille,
06:52et qui, en fait, permet à une entreprise de bénéficier d'une exonération d'impôts sur les sociétés
06:57sur les dividendes qu'elle reçoit de ses filiales.
06:59En fait, c'est une incitation quasiment, on peut dire que c'est une incitation à produire à l'étranger.
07:03On a aussi ciblé d'autres niches fiscales, plutôt des exonérations fiscales,
07:08qui nous semblent particulièrement contre-productives, cette fois-ci,
07:11parce qu'elles sont anti-écologiques.
07:12On pense notamment aux exonérations sur les énergies fossiles,
07:17aux exonérations sur l'électricité, qui profitent surtout au banque groupe,
07:20ou encore aux exonérations de taxes carbone qui profitent aux grandes entreprises.
07:25Donc là, ce sont des sommes qui sont assez importantes.
07:28Si on les met bout à bout, on voit bien qu'en fait, vous avez aujourd'hui des dépenses fiscales,
07:32des dispositifs qui réduisent les rentrées d'impôts,
07:35et qui soit profitent aux très riches, soit sont inutiles,
07:38soit profitent aux plus grandes entreprises,
07:40sans qu'elles amènent les effets pour lesquels on est censé les avoir créés.
07:45Alors, un troisième projet de loi de finances rectificatives va être voté et mis en place d'ici quelques semaines,
07:53pour éviter que cette crise économique ne se transforme en dépression.
07:57Alors, quel est le meilleur moyen d'interpeller son député, et y a-t-il urgence ?
08:04Alors, il y a déjà eu deux projets de loi de finances rectificatives qui ont été votés.
08:08Il va certainement y en avoir un troisième.
08:10On pensait au début que ça serait fin mai, d'après les informations qu'on a,
08:13ça serait plutôt au cours du mois de juin.
08:15Ce qu'il faut comprendre, c'est que les budgets qui ont été votés rectificatifs
08:19correspondaient à une situation à un instant T,
08:21mais vu que la situation a continué à se dégrader,
08:23il va nécessairement falloir un autre budget.
08:26Nous, on pense qu'il y a un fort risque que, lors de ces budgets,
08:30si on laisse faire la majorité, il ne se passe rien,
08:33si ce n'est qu'effectivement, on continue avec des nouvelles dépenses
08:38et qu'on ne mette rien en face, et que, tôt ou tard, on nous dise,
08:40bon, ben, maintenant, il va falloir se serrer la ceinture d'une manière ou d'une autre,
08:43que ça soit, on connaît bien, que ça soit en gelant le salaire des fonctionnaires,
08:46en continuant à geler le salaire des fonctionnaires,
08:48en refusant, par exemple, les hausses de salaire promis du personnel hospitalier,
08:51que ça soit en réduisant encore le nombre de fonctionnaires,
08:54que ça soit en limitant les prestations sociales.
08:57Enfin, bon, il y a plein de mesures qu'on connaît bien,
09:00notamment qu'on a bien vues au moment de la crise de 2008,
09:02où on a au moment de la crise des dépenses,
09:05et puis, un peu plus tard, des politiques d'austérité pour serrer la ceinture, on va dire.
09:11Nous, on pense, justement, que c'est le moment de mettre la pression sur nos députés
09:15pour faire entendre cet autre son et de dire,
09:19nous ne voulons pas payer pour cette crise dont nous ne sommes pas responsables.
09:22Et, bien sûr, vous allez me dire, les plus riches, les grandes entreprises,
09:25est-ce qu'ils sont directement responsables de la crise du coronavirus ?
09:28Peut-être pas, mais en tout cas, ils peuvent payer,
09:30et ils ont été largement exonérés d'impôts ces dernières années.
09:33Je rappelle que si on cible ces catégories de la population,
09:36non seulement ils ont les moyens,
09:37mais en plus, ce sont ceux qui pratiquent le plus massivement l'évasion fiscale.
09:40Et quand on regarde les différents travaux,
09:42on se rend compte qu'en réalité, si on prend tous les impôts confondus,
09:45en proportion de leurs revenus, les très très riches payent moins d'impôts que les classes moyennes.
09:49Donc ça, ce n'est pas normal, et donc on pense que c'est le bon moment.
09:54Alors, ça peut être maintenant, mais ça peut être aussi plus tard.
09:57Le débat va se poursuivre quand il va y avoir la loi de finances, j'ai envie de dire, normale,
10:01à la fin de l'année pour l'année prochaine.
10:03Mais on pense vraiment que c'est le bon moment de faire en sorte que ce débat
10:07que refuse pour l'instant le gouvernement soit l'ucolopathe, j'ai envie de dire.
10:12Alors, on vous invite à aller sur le site d'Attac, c'est france.attac.org,
10:15et vous trouverez tout de suite sur la lune un petit module d'interpellation de votre député.
10:20Vous pouvez choisir votre député ou vous pouvez aussi contacter d'autres députés de votre département.
10:26On vous invite vraiment à mettre la pression en particulier sur les députés
10:29qui sont réticents à cette démarche, ceux de La République En Marche et les Républicains notamment.
10:35Et nous, de notre côté, on est en train de travailler à des alliances
10:38avec les députés insoumis, avec les communistes.
10:41Et puis, on va essayer de construire également des alliances avec des députés socialistes,
10:44voire avec les dissidents de La République En Marche,
10:48le nouveau groupe qui est en train de se créer.
10:50Puisque vraiment, l'objectif, c'est d'arriver à, j'ai envie de dire,
10:53isoler La République En Marche dans ses propres contradictions.
10:56Ils n'arrivent pas à assumer.
10:58Sauf que maintenant, c'est documenté.
11:00Il ne sait le montre.
11:01Oui, bien sûr, la politique fiscale que vous avez menée depuis deux ans
11:03favorise les très riches, et ce n'est pas normal.
11:05Et en temps de crise, il serait quand même normal de les faire contribuer un peu plus.
11:10Très bien.
11:10Merci Raphaël de nous avoir accordé un peu de votre temps.
11:14Et on rappelle que pour vous rejoindre et recevoir vos informations,
11:17il suffit de se connecter sur votre site franceattaque.org.
11:22Merci Raphaël, au revoir.
11:23Merci à vous.
11:24Bonne journée.
11:29Sous-titrage Société Radio-Canada
11:33C'est parti.