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  • il y a 1 semaine
À quelques semaines d'une troisième loi de finance rectificative qui devrait être adoptée au mois de juin, l'association Attac se mobilise pour que les citoyens-nes interpellent leurs députés afin que le Parlement adopte des mesures de justice fiscale pour financer les urgences sanitaires, sociales et écologiques.
L'Humanité a rencontré Raphaël Pradeau, porte-parole d'Attac, qui souligne que la tentation est forte de faire payer la crise aux salariés.
Il explique pourquoi ce sont ceux qui ont bénéficié des cadeaux fiscaux depuis 2017, les plus riches, les grands gagnants ces dernières années, qui doivent être mis à contribution à travers 6 mesures qu'il détaille.

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Transcription
00:00Bonjour Raphaël Prado, vous êtes le porte-parole d'Attaque, une association fondée en 1998
00:07qui milite principalement pour la justice fiscale, sociale et écologique.
00:12Alors actuellement, votre association se mobilise afin que les citoyens et les citoyennes interpellent leurs députés
00:18pour que le Parlement adopte des mesures de justice fiscale afin de financer les urgences sanitaires, sociales et écologiques.
00:26Alors, quelles sont-elles et dans quel but ?
00:30On a fait le constat que dans le contexte de la crise du coronavirus, il y avait un gros risque,
00:36une grosse tentation à carpeller la crise aux salariés
00:39alors qu'on considère que les salariés ne sont pas du tout responsables de cette crise.
00:42Et on entend les messages se multiplier du MEDEF, de l'Institut Montaigne, de différents instituts néolibéraux
00:49qui viennent nous expliquer que maintenant les salariés vont devoir se serrer la ceinture pour relancer la croissance,
00:54vont devoir abandonner des jours de congés, travailler plus, etc.
00:57Nous, on pense au contraire que c'était normal de voter des budgets qui votent des dépenses exceptionnelles pour faire
01:04face à la crise,
01:05mais que ce qui serait assez logique, ce serait de les faire payer par ceux qui ont bénéficié des cadeaux
01:11fiscaux de Macron depuis maintenant 2017.
01:13Et même si on remonte un peu plus loin en arrière, donc essentiellement les plus riches et les plus grandes
01:19entreprises
01:20qui ont été les grands gagnants des budgets votés ces dernières années.
01:24Donc on propose un certain nombre de mesures, notamment instaurer une taxe exceptionnelle sur les hauts patrimoines,
01:31sur les 1% les plus riches.
01:33Ça, c'est une mesure transitoire qui, à terme, devrait laisser place à une refonte de l'ISF.
01:37On ne propose pas de rétablir l'ISF tel qu'il était, mais de le réformer pour le rendre plus
01:41progressif, plus juste.
01:42Et ça pourrait rapporter 10 milliards d'euros par an, donc plus que ce que rapportait l'ISF avant.
01:47On propose également de rétablir la progressivité de l'impôt sur le revenu financier.
01:51Vous savez, Macron a instauré la flat tax, qui fait qu'aujourd'hui, les revenus financiers sont taxés à un
01:56taux de 30%.
01:57Et donc, non seulement ce n'est pas progressif, mais en plus, quand vous êtes très riche,
02:01vous êtes moins taxé sur les revenus financiers que sur les revenus du travail.
02:05On propose également de supprimer les niches fiscales inutiles.
02:09Je crois qu'on va pouvoir développer ce point ensuite.
02:12On propose de lutter contre l'évasion fiscale avec une mesure efficace pour mettre fin à ce qui se passe
02:18aujourd'hui,
02:19c'est-à-dire que les entreprises multinationales délocalisent artificiellement leurs bénéfices dans les paradis fiscaux,
02:24tout simplement par des jeux d'écriture, en transférant les bénéfices là où l'impôt sur la société est le
02:28plus faible.
02:29Pour ça, on est nombreux à proposer une mesure qui s'appelle la taxation unitaire des multinationales
02:34et qui permettrait de les taxer là où elles réalisent effectivement leurs activités,
02:38là où elles font leurs ventes, où elles ont du travail, du capital.
02:42Et puis, une dernière mesure qu'on met en évidence dans cette prépédation,
02:45parce qu'on a d'autres mesures, on a voulu cibler sur un nombre restreint de mesures,
02:49c'est de mettre enfin en place la taxation des transactions financières.
02:53Vous savez qu'Attaque met cette mesure depuis sa création.
02:57Et on a beaucoup entendu au début que c'était totalement irréaliste.
03:01Maintenant, on sait que c'est une question de volonté politique.
03:03Malheureusement, le président Macron a bloqué un projet à l'échelle européenne.
03:08Donc, on pense qu'avec toutes ces mesures réunies, on peut récupérer pas moins de 158 milliards d'euros par
03:15an.
03:15Alors, c'est des sommes qui sont importantes, qui ne partent pas forcément.
03:18Mais pour mettre un chiffre en face, le plan de relance voté par le gouvernement dans la deuxième loi de
03:22finances rectificatif,
03:23c'est 110 milliards d'euros.
03:25Donc, les 158 milliards d'euros permettraient de couvrir ces dépenses,
03:29mais en plus, ce seraient des dépenses, bien sûr, qui seraient annuelles,
03:31et surtout permettraient de mettre fin à l'injustice fiscale,
03:34qui caractérise aujourd'hui notre système fiscal,
03:37et qui nuit au consentement à l'impôt.
03:40Alors, vous avez évoqué le rétablissement de l'ISF, alors de manière progressive.
03:46Alors, celui-ci a été rejeté un peu plus tard qu'il y a deux jours par Bruno Le Maire,
03:51sous prétexte que ce serait quelque chose de démagogique,
03:55que cet impôt n'a jamais amélioré la prospérité de la France,
03:59et qu'il ne rapporterait que quelques milliards face aux 110 milliards
04:02qui ont été dépensés ces derniers mois par l'État pour faire face à la crise sanitaire.
04:08Comment vous réagissez à cet argument ?
04:12Alors, il est vrai que l'ISF, tout seul en soi, c'est une mesure symbole du président des riches,
04:17c'est la mesure avec la taxe la plus symbolique de la politique fiscale,
04:20en faveur des très riches menés par Macron.
04:23Si on rétablit l'ISF, en soi, ça ne règle pas tous les problèmes.
04:26C'est pour ça que non seulement on propose un ISF rénové,
04:28mais aussi on l'accompagne d'autres mesures.
04:31Alors, si vous me demandez comment j'analyse les propos de Bruno Le Maire,
04:34il est très clair dans les propos de Le Maire et d'Armanin,
04:36depuis le début de la crise, qu'ils écartent toute idée de hausse d'impôt,
04:40en faisant croire qu'une hausse d'impôt, ça serait quelque chose qui serait,
04:44comment dire, de manière indiscriminée sur tous les Français,
04:46et que les Français se fait contre, et ils écartent même l'idée d'un débat fiscal
04:52en disant que ce n'est pas le moment.
04:53Par contre, vous avez vu que les mêmes n'hésitent pas à recourir à la charité,
04:57à faire des appels à dons en disant que ceux qui le peuvent, peuvent donner.
05:01Nous, on pense au contraire qu'effectivement, ce n'est pas sur une base volontaire,
05:06ce n'est pas par la charité qu'on va régler le problème,
05:07mais bien en restaurant la justice fiscale.
05:10Donc, s'il est vrai que l'impôt sur la fortune, en lui-même,
05:13si on le restaure tel qu'il était, ça ne va rapporter que quelques milliards d'euros.
05:18En l'accompagnant d'autres mesures, ça serait beaucoup plus significatif comme somme.
05:22Et donc, l'objectif de notre interpellation, c'est bien justement de contrer ce discours
05:26qui consiste à dire, circuler, il n'y a rien à voir,
05:28ce n'est pas le moment d'augmenter les impôts.
05:30Vous voyez que le discours du gouvernement consiste à dire,
05:32il n'y a pas besoin de dépenses nouvelles, pas besoin de recettes nouvelles en face,
05:36puisque de toute façon, c'est le retour de l'attraissance qui permettra de rétablir l'équilibre.
05:41Bon, on comprend bien que le gouvernement n'a pas envie que se tienne un débat sur la justice fiscale
05:45puisqu'il mène une politique particulièrement injuste.
05:48Et c'est pour ça aussi qu'on lance cette interpellation
05:51pour arriver à mettre ce sujet au cœur des débats.
05:54Alors, vous parlez également de supprimer certaines niches fiscales
05:59que vous jugez inutiles.
06:01Alors, auxquelles pensez-vous et est-ce que vous pouvez nous décrire un petit peu
06:07lesquelles vous avez particulièrement ciblées ?
06:10Alors, en fait, il faudrait faire une revue complète des niches fiscales,
06:13ce qu'on n'a pas eu la possibilité de faire.
06:17Il y a de très nombreuses niches fiscales.
06:18Nous, on s'est attachés aux plus, comment dire,
06:21les plus notoirement contre-productives ou les plus notoirement inutiles.
06:26Alors, la première, c'est bien sûr le CICE dont on a beaucoup parlé,
06:29qui est censé favoriser l'emploi et l'investissement,
06:33qui n'a jamais, selon les propres calculs de la Cour des comptes,
06:37qui n'a jamais favorisé réellement l'emploi.
06:39On pense aussi au CIR qui est censé booster la recherche
06:41et qui, là aussi, a surtout servi à augmenter le bénéfice des entreprises du CAC 40.
06:47Puis, il y en a qui sont un peu moins connues aussi,
06:49notamment une sur laquelle je voudrais revenir, c'est le régime mère-fille,
06:52et qui, en fait, permet à une entreprise de bénéficier d'une exonération d'impôts sur les sociétés
06:57sur les dividendes qu'elle reçoit de ses filiales.
06:59En fait, c'est une incitation quasiment, on peut dire que c'est une incitation à produire à l'étranger.
07:03On a aussi ciblé d'autres niches fiscales, plutôt des exonérations fiscales,
07:08qui nous semblent particulièrement contre-productives, cette fois-ci,
07:11parce qu'elles sont anti-écologiques.
07:12On pense notamment aux exonérations sur les énergies fossiles,
07:17aux exonérations sur l'électricité, qui profitent surtout au banque groupe,
07:20ou encore aux exonérations de taxes carbone qui profitent aux grandes entreprises.
07:25Donc là, ce sont des sommes qui sont assez importantes.
07:28Si on les met bout à bout, on voit bien qu'en fait, vous avez aujourd'hui des dépenses fiscales,
07:32des dispositifs qui réduisent les rentrées d'impôts,
07:35et qui soit profitent aux très riches, soit sont inutiles,
07:38soit profitent aux plus grandes entreprises,
07:40sans qu'elles amènent les effets pour lesquels on est censé les avoir créés.
07:45Alors, un troisième projet de loi de finances rectificatives va être voté et mis en place d'ici quelques semaines,
07:53pour éviter que cette crise économique ne se transforme en dépression.
07:57Alors, quel est le meilleur moyen d'interpeller son député, et y a-t-il urgence ?
08:04Alors, il y a déjà eu deux projets de loi de finances rectificatives qui ont été votés.
08:08Il va certainement y en avoir un troisième.
08:10On pensait au début que ça serait fin mai, d'après les informations qu'on a,
08:13ça serait plutôt au cours du mois de juin.
08:15Ce qu'il faut comprendre, c'est que les budgets qui ont été votés rectificatifs
08:19correspondaient à une situation à un instant T,
08:21mais vu que la situation a continué à se dégrader,
08:23il va nécessairement falloir un autre budget.
08:26Nous, on pense qu'il y a un fort risque que, lors de ces budgets,
08:30si on laisse faire la majorité, il ne se passe rien,
08:33si ce n'est qu'effectivement, on continue avec des nouvelles dépenses
08:38et qu'on ne mette rien en face, et que, tôt ou tard, on nous dise,
08:40bon, ben, maintenant, il va falloir se serrer la ceinture d'une manière ou d'une autre,
08:43que ça soit, on connaît bien, que ça soit en gelant le salaire des fonctionnaires,
08:46en continuant à geler le salaire des fonctionnaires,
08:48en refusant, par exemple, les hausses de salaire promis du personnel hospitalier,
08:51que ça soit en réduisant encore le nombre de fonctionnaires,
08:54que ça soit en limitant les prestations sociales.
08:57Enfin, bon, il y a plein de mesures qu'on connaît bien,
09:00notamment qu'on a bien vues au moment de la crise de 2008,
09:02où on a au moment de la crise des dépenses,
09:05et puis, un peu plus tard, des politiques d'austérité pour serrer la ceinture, on va dire.
09:11Nous, on pense, justement, que c'est le moment de mettre la pression sur nos députés
09:15pour faire entendre cet autre son et de dire,
09:19nous ne voulons pas payer pour cette crise dont nous ne sommes pas responsables.
09:22Et, bien sûr, vous allez me dire, les plus riches, les grandes entreprises,
09:25est-ce qu'ils sont directement responsables de la crise du coronavirus ?
09:28Peut-être pas, mais en tout cas, ils peuvent payer,
09:30et ils ont été largement exonérés d'impôts ces dernières années.
09:33Je rappelle que si on cible ces catégories de la population,
09:36non seulement ils ont les moyens,
09:37mais en plus, ce sont ceux qui pratiquent le plus massivement l'évasion fiscale.
09:40Et quand on regarde les différents travaux,
09:42on se rend compte qu'en réalité, si on prend tous les impôts confondus,
09:45en proportion de leurs revenus, les très très riches payent moins d'impôts que les classes moyennes.
09:49Donc ça, ce n'est pas normal, et donc on pense que c'est le bon moment.
09:54Alors, ça peut être maintenant, mais ça peut être aussi plus tard.
09:57Le débat va se poursuivre quand il va y avoir la loi de finances, j'ai envie de dire, normale,
10:01à la fin de l'année pour l'année prochaine.
10:03Mais on pense vraiment que c'est le bon moment de faire en sorte que ce débat
10:07que refuse pour l'instant le gouvernement soit l'ucolopathe, j'ai envie de dire.
10:12Alors, on vous invite à aller sur le site d'Attac, c'est france.attac.org,
10:15et vous trouverez tout de suite sur la lune un petit module d'interpellation de votre député.
10:20Vous pouvez choisir votre député ou vous pouvez aussi contacter d'autres députés de votre département.
10:26On vous invite vraiment à mettre la pression en particulier sur les députés
10:29qui sont réticents à cette démarche, ceux de La République En Marche et les Républicains notamment.
10:35Et nous, de notre côté, on est en train de travailler à des alliances
10:38avec les députés insoumis, avec les communistes.
10:41Et puis, on va essayer de construire également des alliances avec des députés socialistes,
10:44voire avec les dissidents de La République En Marche,
10:48le nouveau groupe qui est en train de se créer.
10:50Puisque vraiment, l'objectif, c'est d'arriver à, j'ai envie de dire,
10:53isoler La République En Marche dans ses propres contradictions.
10:56Ils n'arrivent pas à assumer.
10:58Sauf que maintenant, c'est documenté.
11:00Il ne sait le montre.
11:01Oui, bien sûr, la politique fiscale que vous avez menée depuis deux ans
11:03favorise les très riches, et ce n'est pas normal.
11:05Et en temps de crise, il serait quand même normal de les faire contribuer un peu plus.
11:10Très bien.
11:10Merci Raphaël de nous avoir accordé un peu de votre temps.
11:14Et on rappelle que pour vous rejoindre et recevoir vos informations,
11:17il suffit de se connecter sur votre site franceattaque.org.
11:22Merci Raphaël, au revoir.
11:23Merci à vous.
11:24Bonne journée.
11:29Sous-titrage Société Radio-Canada
11:33C'est parti.

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