00:00Je suis Rodrigo, je travaille aux urgences de l'Hôtel Dieu.
00:03Ce soir, ça a été la dernière garde au niveau des urgences.
00:07Et pour le coup, je procède à la fermeture des urgences de l'Hôtel Dieu.
00:20Ça a été très violent pour nous.
00:21Lundi matin, à midi, on a appris par la direction
00:25que les services des urgences de l'Hôtel Dieu allaient fermer.
00:28Le mercredi, nous étions la dernière équipe de nuit à travailler
00:33et qu'à 7h du matin, le service des urgences était fermé.
00:36C'est rebelote pour nous.
00:38Lors de la première vague, le service d'urgence a été fermé une première fois
00:41durant à peu près 100 jours.
00:43Concrètement, là, si on part sur Cochin, c'est pour pallier au manque de personnel
00:48qui se fait sentir de plus en plus sur Cochin.
00:52Ils ne savent plus quoi faire.
00:53Les arrêts maladie tombent tous les jours.
00:57Il y a des collègues qui démissionnent.
00:58C'est la première fois qu'on voit des démissions aussi rapides.
01:02C'est des prises de décisions.
01:05C'est un mécontentement en règle générale.
01:08Je pense que tout le monde est fatigué du mal-être de l'hôpital.
01:14Non seulement on est redéployé dans un service,
01:17mais on nous a clairement fait comprendre
01:19qu'on n'allait pas dépendre que de ce service.
01:22En fonction de l'activité et si les moyens le permettaient,
01:25on pouvait être déplacé dans d'autres structures en aval
01:28pour pouvoir remplacer en fait au manque de personnel.
01:32Donc on pouvait se retrouver un jour redéployé sur un service de pneumologie,
01:37comme de médecine interne, comme d'ophtalmologie.
01:41Donc on se dit, concrètement, demain je vais aller travailler,
01:44où est-ce que je vais être ?
01:45Il manque tellement de personnel que, par exemple,
01:47des fois dans des services, on est avec des intérimaires,
01:50avec des personnes qui font des heures supplémentaires
01:52qui ne sont pas forcément de ce service.
01:53Et pour le coup, on est deux personnes,
01:56deux soignants qui nous retrouvons dans un service
01:58où ce n'est pas notre spécialité
02:00et on ne connaît pas le service en fait.
02:04On aurait pu tout à fait mettre en place une stratégie
02:07pour pouvoir orienter les patients au service d'urgence.
02:10On aurait pu aussi ouvrir des lits, tout simplement,
02:12pour pouvoir prendre en charge les patients.
02:14Parce que ce qui fait défaut aujourd'hui,
02:16c'est des lits en réanimation,
02:17mais aussi des lits d'hospitalisation pour les patients.
02:20Il y a le problème du Covid,
02:21mais il y a aussi les autres patients
02:22qui ne sont pas Covid à être pris en charge.
02:25On sait qu'il y a eu les victimes un peu collatérales
02:28avec toute la déprogrammation des prises en charge
02:31de ces patients-là.
02:32Et que finalement, se priver d'un service d'urgence,
02:36même s'il a une activité légère,
02:38mais un hôpital de proximité,
02:41on pense que ce n'est peut-être pas la meilleure solution, justement.