00:0011 kg d'oignons, là vous allez pleurer les gars, c'est de vivre.
00:03Je ne sais pas si je reprendrai une boucherie aujourd'hui, je ne sais pas.
00:06J'ai gagné mieux de la vie quand j'ai commencé, c'est clair.
00:08Pour pouvoir payer tout le monde, il y a des mois je ne me fais pas de salaire.
00:12Les gens me demandent mal à boucher les fins de mois, et ça se recense sur la consommation.
00:19Bonjour.
00:22Là on va à Rungis, faire les achats, on débute sa manie.
00:29J'y vais au minimum deux fois par semaine.
00:33Salut les gars, blouse blanche obligatoire.
00:39Je m'appelle Xavier, je suis boucher depuis 87, je suis marié, j'ai une fille, elle a 52 ans.
00:46On va aller du côté de la volaille et de la triperie, ainsi que le porc.
00:51Ça va ? Tu vas bien ?
00:52Ça va et toi ?
00:53C'est le bordel, t'es déjà débordé ?
00:57Ça va ?
00:58Tu vois, avant il y avait plus d'ambiance comme ça.
01:02Maintenant, tout le monde fait le plus et le moins la gueule.
01:06Avant, ça fourmillait plus que ça.
01:11Bon bah les gars, on va finir à Rungis, on va à la boutique, faire la mise en place.
01:18C'est reparti.
01:20Blouse, veste, tablier. J'ai commencé par faire les carreaux. Je suis bouché depuis 1987.
01:25Mes parents ont acheté la boucherie en 1976 et j'ai repris en 2008.
01:30C'est un métier dangereux.
01:31Il y a un problème qui peut arriver, c'est les coupures.
01:34Je suis désolé, c'est majeur, mais je n'ai pas vu un couteau en dessous ou un autre.
01:37Et puis je me suis coupé, c'est ma faute.
01:40Chez nous, ça n'arrive pas souvent. On fait attention, on n'est pas stressé.
01:43Tu te coupes quand t'es stressé.
01:45Mon père aussi, il s'est coupé la cuisse une nuit à l'hôpital et puis ça s'est remis.
01:51Ça faisait 15 jours qu'il avait pris la boutique.
01:53Il retournait bosser à la suite.
01:55On est dans un milieu aussi glissant. Par terre, c'est toujours gras.
01:58Ça nous arrive de tomber aussi.
02:00Aussi, on a quand même des poids à soulever.
02:02Le plus lourd que j'ai souvé, moi, c'est 80 kilos.
02:04Je me faisais mal au dos. Maintenant, on a un treuil, on essaye de faire attention.
02:08Si tu ne peux pas porter, si tu ne peux pas, bon, c'est toujours pas faire ce métier-là.
02:17Je n'ai personne derrière pour reprendre le relais.
02:19Je ferais que je vende. Ma fille, elle ne fera pas à la boucherie.
02:21Je ne la forcerai pas à faire ce métier-là.
02:23Depuis le Covid, on a mis des vitres.
02:25En plus, ça évite que les grands passent la main et viennent toucher l'avion.
02:30Moi, j'en ai vu.
02:37Quand tu regardes les matchs, moi, j'ai eu l'impression qu'ils étaient payés par les Sud-Africains pour
02:42perdre.
02:42Maintenant, je ne regarde plus.
02:43Moi, c'est la France qui m'intéresse.
02:45Je suis en train de boucher même des rose-bif.
02:47Ça ne t'intéresse pas ?
02:48Pas cela.
02:50Il est 7 heures et puis dans une heure, c'est l'ouverture.
02:53Là, je prépare mon boudin.
02:54Il faut 11 kilos d'oignons.
02:55Moi, c'est une recette de mon grand-père.
02:57Là, vous allez pleurer les gars.
03:02Une journée, je commence à dire 5 heures.
03:05Et puis, je termine le soir, il est 7 heures et demie avec une coupure de 2 heures et demie
03:10l'après-midi.
03:10Je ne travaille pas le lundi.
03:11Sinon, je travaille tous les jours.
03:13Enfin, lundi, j'ai toujours 2-3 courses à faire, 2-3 petits trucs à faire.
03:16Moi, je travaille 65-70 heures par semaine.
03:20J'ai toujours fait ça.
03:22Mon métier, je ne sais pas si c'est un métier d'avenir ou pas à l'heure actuelle.
03:26Je ne sais pas ce que ça va donner.
03:27On vend moins de viande.
03:29Par contre, on vend plus d'à côté, un peu plus de plats à préparer.
03:32Le métier change.
03:33Je ne sais pas si je reprendrai une boucherie aujourd'hui.
03:36Je ne sais pas.
03:37J'ai gagné mieux de la vie quand j'ai commencé, c'est clair.
03:39Pour pouvoir payer tout le monde, il y a des mois où je ne me fais pas de salaire.
03:42Il y a des deux mois où je me fais 1000 euros de salaire, ce n'est pas tous les
03:45mois, mais bon.
03:46Les prix ont augmenté à l'achat, mais je ne peux pas répercuter sur le prix de vente.
03:49Sinon, les clients ne viennent plus et je n'aurai plus personne.
03:52Les gens ont mal à boucher les fins de mois et ça se ressent sur la consommation.
03:56Quand tu payes l'essence à presque 2 euros le litre, c'est ce que tu dépenses en moins dans
04:00le commerce derrière.
04:01Je suis à mon compte.
04:02Ce qui manque, c'est une couverture en cas où si on se plante, on n'a pas le droit
04:05au chômage.
04:06Je suis obligé de prendre une assurance pour me couvrir.
04:08Si je me blesse ou que je suis malade, j'ai une assurance pour me payer des indemnités
04:14pour pouvoir embaucher quelqu'un.
04:15Je paye beaucoup de charges, mais je ne suis pas assez protégé.
04:18Ça pourrait être inclus dans les charges, avoir le droit au chômage.
04:21Ma femme est conjointe de laboratrice, on est deux, on est à la rue.
04:24Macron avait dit qu'il ferait pour qu'on ait le droit au chômage et on ne l'a pas.
04:28Nous, les artisans, je ne suis pas tout seul.
04:30Les boulangers, c'est pareil, mais bon, ça ira mieux dans quelques-uns, quelques temps.
04:40Avec mes gars et mes clients, c'est super sympa.
04:43On s'est connus depuis tout, qu'on a 15 ans, on se connaît.
04:46Mais ça, ça n'a pas de prix, ça.
04:48Il est 8 heures, donc on va ouvrir et les premiers clients vont arriver.
04:52J'espère qu'on va avoir pas mal de clients aujourd'hui.
04:54Bonjour, ça va ?
04:56J'aurai besoin de billettes de porc et de pâtés de poisson.
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