00:00Je trouve que ce qui s'est passé est abominable, absolument, il n'y a pas de nom pour décrire
00:04une ignominie pareille.
00:06Je suis professeure d'histoire, j'enseigne l'éducation morale et civique, je travaille sur la liberté d'expression avec
00:12mes élèves
00:13et on est dans un pays qui respecte les libertés.
00:16Il faut absolument qu'on soit tous ensemble pour que c'est un acte pareil, de barbarie pareil, ne se
00:21reproduise plus jamais.
00:37Un choc, vraiment un choc.
00:40C'est même difficile de trouver les mots pour expliquer ça.
00:44On ne pouvait pas imaginer qu'en tant que professeur, qu'en véhiculant le savoir, en apportant tous les jours
00:50des preuves,
00:51qu'on s'intéresse à tous et à tout le monde, on pouvait être des victimes.
00:54Ça m'a beaucoup surprise.
00:56Mais ça fait plaisir de voir ce monde autour de nous aussi, de se dire qu'on est nombreux et
00:59qu'on ne va rien lâcher
01:01et continuer à enseigner comme on veut pour former des citoyens qui seront libres de penser par eux-mêmes.
01:07Sur ma pancarte, nous avons écrit « L'école pleure, mais n'a pas peur ».
01:11Je suis enseignante et malgré le chagrin, malgré l'émotion qui m'étreint depuis deux, trois jours,
01:19je me dis « il faut continuer, il faut continuer à aborder ces sujets-là avec les élèves ».
01:23Moi, je suis enseignante de français en lycée et j'aborde tous les sujets qui sont un peu difficiles,
01:29comme la tolérance, les intégrismes, même le féminisme.
01:33Je leur explique quel est l'histoire, le fondement de ces inégalités parfois, le fondement de ces heurts.
01:42Et je pense que c'est important.
01:43Toute parole doit être dite, doit être prononcée, parce que c'est comme ça qu'on apprend à vivre ensemble.
01:50Et je pense que c'est les valeurs de la République.
01:51C'est ça, Nicole ?
01:56Évidemment, on connaît beaucoup d'enseignants.
01:57On a plein de collègues, des amis avec qui on était à l'école, etc.
02:01Et voilà, tout le monde est vraiment profondément choqué et meurtri.
02:05Et c'est vrai que ce pauvre monsieur, on ne le connaissait pas,
02:07mais je pense que c'est tout le corps enseignant.
02:11Et j'espère plus largement toute la société française qui est touchée par ce qui vient de se passer.
02:16Je me rappelle de Charlie, malheureusement, il n'y a pas si longtemps,
02:18où il y a eu vraiment un vrai mouvement populaire.
02:21Et j'espère qu'on va retrouver ce moment populaire et qu'on ne sera pas qu'entre enseignants.
02:25Ce n'est pas normal ce qu'ils ont fait.
02:26C'est honteux.
02:28Il n'y a pas à tuer un prof parce qu'on n'est pas d'accord avec ce qu
02:30'on dit.
02:33Ça ne se fait pas ce qu'ils ont fait.
02:35Je suis venu pour honorer la mémoire de Samuel Paty, qui a été sauvagement assassiné,
02:41pour avoir tout simplement diffusé, dispensé un cours sur la liberté d'expression,
02:46qui, je rappelle, fait partie des valeurs fondamentales de la République, le ciment de la République.
02:51Et puis témoigner aussi notre soutien, notre solidarité à l'égard de sa famille et ses proches.
02:58Et exprimer aussi ma colère. La colère de dire non à l'obscurantisme,
03:02non à la dictature de la pensée unique,
03:04et réaffirmer mon attachement aux valeurs de la République.
03:07Vous n'aurez pas ma haine, puisque je pense que la haine est un réflexe qui serait trop facile pour
03:14ces gens-là.
03:14Je me refuse de les appeler barbares, parce que pour moi, ce sont des hommes qu'on a endoctrinés avant
03:18tout.
03:18Des hommes et des femmes qu'on a endoctrinés avant tout.
03:21Et pour moi, ça leur donnerait une porte de sortie de les sortir de l'humanité.
03:27Et ça, je le refuse.
03:28Merci.