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  • il y a 9 heures
En 2024, au moins 272 400 personnes, quasi-exclusivement des femmes, ont été victimes de violences conjugales, selon le ministère de l’Intérieur. Des chiffres largement sous-estimé, puisqu’ils ne se basent que sur les plaintes déposées. En 2025, on compte déjà au moins 152 féminicides. À l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et de toutes les manifestations qui ont eu lieu ces derniers jours, nous donnons la parole à celles qui subissent et qui luttent contre ces violences, et qui pointent l’abandon de l’État.

Pour en discuter, Elise Bainville, gérante d’un bar à Palaiseau, dans l’Essonne, victime violences conjugales de la part de son conjoint, et mère d'une fille victime de viol par l’un de ses anciens amis et Mine Günbay, directrice Générale de la Fédération nationale Solidarité Femmes, un réseau de 83 associations qui accueillent, accompagnent et hébergent les femmes victimes de violences et leurs enfants. Solidarité Femmes, c’est aussi le 3919, le numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, sont nos invitées.

En plateau également, Kareen Janselm, journaliste à la rubrique société de l’Humanité et spécialiste des enjeux féministes et LGBTQIA+, et de la lutte contre les VSS.

00:00 Introduction : 272 400 victimes de violences conjugales
01:26 Comment les victimes de VSS sont-elles accompagnées ?
20:08 Prendre conscience du système de violence
29:03 La lutte pour l'égalité hommes-femmes n'est pas une priorité du gouvernement
37:34 La société civile s'empare-t-elle pleinement de la lutte contre les VSS ?

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Transcription
00:01En 2024, au moins 272 400 personnes, quasi exclusivement des femmes, ont été victimes de violences conjugales, selon le ministère
00:08de l'Intérieur.
00:09Et encore, ce sont des chiffres largement sous-estimés, puisqu'ils ne se basent que sur les plaintes déposées.
00:14En 2025, on compte déjà au moins 152 féminicides.
00:18Bref, les rapports de domination et de violence se perpétuent et le patriarcat tue.
00:22A l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes et de
00:26toutes les manifestations qui ont lieu ces derniers jours,
00:28on voulait donner la parole à celles qui subissent et qui luttent contre sa violence et pointer l'abandon de
00:33l'état des victimes.
00:34Pour en discuter, Élise Bainville, vous êtes gérante d'un bar à Palaiso, dans l'Essonne, depuis 10 ans.
00:41Vous êtes une ancienne institutrice, vous avez subi des violences conjugales de la part de votre conjoint.
00:45Votre fille a subi un viol par l'un de vos anciens amis.
00:47Ça vous a poussé à vous former sur les questions de violences sexistes et sexuelles et à vous engager localement
00:52en politique.
00:52Bonjour Élise.
00:53Bonjour.
00:54Et merci d'être là.
00:54Bonjour Élise.
00:55Avec plaisir, merci à vous.
00:56Mide Gounbaï, à votre droite, vous êtes la directrice générale de la Fédération nationale Solidarité Femmes,
01:01un réseau de 83 associations qui accueillent, accompagnent et hébergent les femmes victimes de violences et leurs enfants.
01:07Solidarité Femmes, c'est aussi le 3919, le numéro d'écoute nationale destiné aux femmes victimes de violences.
01:13Et avec nous, évidemment, Karine, Karine Janselme.
01:16Bonjour Karine, tu vas bien ?
01:17Bonjour, très bien.
01:19Tu es journaliste à la rubrique Société de l'Humanité et spécialiste notamment des enjeux féministes et de la lutte
01:24contre les VSS.
01:24Merci à toutes les trois d'être venus.
01:28Je commençais à le dire, Élise, vous étiez en relation avec un homme pendant dix ans.
01:31Vous teniez avec lui un bar.
01:33Il a été violent avec vous.
01:34Il vous a frappé et vous nous racontiez que c'est parce que votre fils a hurlé qu'il vous
01:38a lâché.
01:39Vous avez décidé de partir, de vous enfuir.
01:41Vous avez, vous avez, vous êtes enfui de votre maison.
01:43Vous avez laissé derrière vous votre maison, votre bar, tous les papiers, finalement extrêmement précieux.
01:48À ce moment-là, vers qui vous êtes tournée pour trouver de l'aide ?
01:51Comment vous avez été reçue, accompagnée ?
01:54Je me suis tournée vers ma famille.
01:56Mes parents, ce sont mes parents qui m'ont accueillie à ce moment-là.
01:58Donc on a vécu à nombreux dans un petit F2 pendant pas mal de mois,
02:02le temps que je puisse récupérer tout ce qu'il fallait que je récupère pour le coup.
02:09Je me suis tournée de manière assez logique vers les forces de l'ordre.
02:15Donc je suis allée à la police d'abord et puis à la gendarmerie.
02:18Enfin, à la gendarmerie d'abord pour porter plainte pour les violences que j'avais subies.
02:24Et par la suite, il a fallu aussi que j'aie affaire à la police nationale.
02:27Et ça a été un petit peu plus compliqué à ce moment-là, pour le coup.
02:30Parce que je me suis retrouvée, en fait, il a fallu que je récupère mon entreprise,
02:36que je récupère la gestion du bar, que je récupère tout ça.
02:38Donc j'ai été accompagnée par mon avocat, pour le coup, qui a très très bien travaillé.
02:42Et je me suis retrouvée à un moment où j'avais licencié tout le monde,
02:47où j'étais la seule dans mon entreprise, j'étais la seule à même à gérer mon bar.
02:51Et j'avais pour autant toujours mon ex qui y était.
02:55Et donc j'ai été obligée d'aller à la police pour leur expliquer la situation,
02:57que donc mon commerce était exploité par quelqu'un qui n'avait rien à y faire.
03:00Et ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient rien pour moi.
03:02C'est la seule réponse que vous avez eue de la part des forces de l'ordre,
03:05police et gendarmerie, c'est qu'on ne peut rien faire pour vous ?
03:07Oui, à ce moment-là, oui.
03:08Est-ce que c'était une réponse auxquelles vous attendiez ?
03:10Non, pour le coup, j'étais évidemment très surprise.
03:14Je me suis dit que du coup, c'était chouette,
03:15parce que je pourrais aller exploiter la boulangerie du coin, si j'avais envie, du coup.
03:20Et non, non, j'ai eu aucune aide, aucune orientation, rien du tout, à ce moment-là.
03:23Alors, quand vous avez déposé plainte, ça s'est bien passé ?
03:28Vous avez été tenue au courant de la situation ?
03:32Alors, ça a mis deux ans.
03:33Je n'ai jamais eu de nouvelles pendant deux ans.
03:36Et au bout de deux ans, on m'a demandé si je souhaitais encore porter,
03:40enfin, si je souhaitais aller au bout de cette affaire.
03:42Et deux ans après...
03:44On parle bien de la plainte pour violence.
03:45Oui, tout à fait, oui.
03:47Et donc, au bout de deux ans, j'ai décidé de laisser tomber,
03:50parce que ça ne servait à rien.
03:50Il était parti, je n'avais plus aucun contact avec lui,
03:53et que ça aurait mis en plus mes enfants en difficulté, à mon avis, à ce moment-là.
03:59Je rappelle un petit chiffre.
04:0086% des plaintes pour VSS terminent en non-lieu,
04:0295% pour le viol,
04:05selon l'Institut des politiques publiques d'avril 2024.
04:076% des femmes victimes de violences ou d'agressions sexuelles portent plainte.
04:11Donc, ce que vous racontez, ça montre aussi que,
04:13quand on subit des violences, c'est extrêmement dur déjà de déposer plainte.
04:17Ensuite, de faire en sorte que la plainte aille au bout.
04:20Et ensuite, même quand la plainte va au bout,
04:21finalement, il y a très peu de chances que l'auteur des violences
04:25finisse par être jugé.
04:27Peut-être, Miné, ce que raconte Élise
04:31sur la façon dont elle a été reçue par les forces de l'ordre,
04:34vous qui travaillez avec beaucoup d'associations qui accompagnent,
04:36qui reçoivent, qui écoutent les femmes victimes de violences,
04:38est-ce que c'est des récits, des témoignages que vous entendez souvent ?
04:43Absolument.
04:44Certaines choses se sont améliorées dans les commissariats,
04:47mais ça reste encore des témoignages qu'on entend également au 39-19.
04:50C'est ce que nous, on appelle des dysfonctionnements polices,
04:53dans nos statistiques.
04:56Ce qu'il faut dire, c'est qu'effectivement,
04:58il y a différentes manières d'être accompagnées
05:01dans cette sortie des violences.
05:04Dans la situation d'Élise, c'est plutôt vers sa famille
05:07qu'elle s'est tournée.
05:08Certaines femmes n'ont pas, effectivement,
05:10non plus de contact parfois avec leur famille
05:13ou n'ont pas de lien suffisamment fort avec leur famille.
05:16Donc elles vont plutôt pousser la porte des associations
05:18qui, parfois, vont pouvoir leur trouver des structures d'hébergement.
05:21Il y a autant de témoignages de femmes
05:23que de situations différentes.
05:25Et c'est ça aussi qu'il faut pouvoir entendre
05:27et que parfois, soit les forces de l'ordre,
05:30soit les professionnels qui sont en contact
05:31avec les femmes victimes n'appréhendent pas bien.
05:35Vous disiez qu'il y a certaines femmes
05:36qui se tournent vers des associations.
05:37Ça n'a pas été votre cas, Élise, pour plein de raisons.
05:39Vous n'aviez pas à la force,
05:40vous n'y avez pas forcément les contacts, connaissances, etc.
05:43Est-ce que, pourquoi Minet,
05:45c'est un enjeu aussi pour les associations,
05:46se rendre accessible, disponible, présente sur le terrain,
05:50qu'on ne soit pas obligé de faire une demi-heure de voiture
05:53ou 45 minutes de transport ?
05:54Évidemment, c'est un enjeu,
05:55mais comment on fait pour rendre plus accessibles
05:58les associations qui viennent en aide
06:00aux victimes de violences, de sexité sexuelle ?
06:02Alors, déjà, il y a le 39-19,
06:04qui est la ligne d'écoute d'information et d'orientation.
06:07En 2024, c'est plus de 100 000 femmes
06:08qui ont appelé le 39-19.
06:11Donc, ça veut dire que c'est une porte d'entrée.
06:13Ce n'est pas la seule.
06:14Et donc, nous, on a aussi vocation
06:15à mieux faire connaître ce numéro
06:17qu'on a créé et qu'on gère depuis 1992,
06:20où les femmes vont trouver dans cet espace-là
06:22une écoute bienveillante et surtout pas injonctive.
06:24C'est-à-dire qu'elles ont, au bout du fil,
06:26des écoutantes qui sont des professionnels
06:28et qui vont pouvoir les accompagner, déjà,
06:30un, à déposer leurs témoignages, là, au téléphone,
06:33et de pouvoir les accompagner à décrypter
06:34ce qu'elles sont en train de vivre.
06:36Parce qu'effectivement, il y a différentes formes de violences.
06:38Et ce que dit Élise aussi,
06:39c'est qu'elle a vécu des violences économiques conjugales,
06:42également.
06:43Il y a les violences physiques
06:44et il y a les violences économiques conjugales.
06:45Nous, à la Fédération nationale solidarité femmes,
06:47on a identifié sept types de violences conjugales.
06:49Ce n'est pas uniquement les coûts.
06:50Et donc, c'est aussi important d'avoir, au bout du fil,
06:53des professionnels qui sont en capacité
06:54de pouvoir les accompagner,
06:55à dire que ce que vous êtes en train de vivre là,
06:57c'est aussi des violences économiques
06:58et il faut poser déjà les mots.
07:00C'est très important parce que toutes les femmes
07:03n'ont pas forcément toujours conscience
07:04de l'ampleur des violences qu'elles vivent.
07:06Et les statistiques, en 39-19, nous le prouvent,
07:08les femmes vivent toujours deux à trois types de violences
07:10en même temps.
07:12C'est-à-dire que dans les témoignages,
07:13on va savoir que peut-être ça a commencé
07:15par des violences administratives
07:16et puis ça s'en est suivi des coups.
07:19C'est important aussi parce que l'accompagnement
07:22doit se faire de manière plus globale
07:24avec ces femmes qui sont victimes
07:25de plusieurs formes de violences.
07:27Vous parlez des violences financières.
07:29C'est MEDAC qui a retrouvé un chiffre.
07:31Je crois que c'est un chiffre de la Fondation des femmes.
07:33Engager une procédure de ce type,
07:35quand on a subi une violence,
07:36ça coûte plus de 10 000 euros à une victime.
07:38Donc sortir 10 000 euros, c'est quand même extrêmement...
07:40Enfin, ce n'est pas donné à tout le monde.
07:42Élise, vous nous disiez que quand ça s'est passé,
07:44c'était pendant le Covid,
07:45donc déjà votre barre était fermée.
07:46Donc en termes de finances, ce n'était pas terrible.
07:49Moi, je n'avais aucun revenu.
07:50Vous n'aviez aucun revenu.
07:50Et en plus, on imagine que ça a été un gouffre financier
07:53parce que vous avez quand même porté plainte.
07:54Ça a duré deux ans.
07:56Comment vous en êtes sortie financièrement ?
07:59J'ai mis en place, en fait, une campagne de crowdfunding.
08:05En fait, c'est mes clients qui m'ont sauvée.
08:08En gros, j'ai expliqué que j'étais...
08:12Parce que du coup, quand mon ex-compagnon gérait le bar,
08:15en fait, ça a été fait n'importe comment.
08:17Donc j'avais des dettes fiscales,
08:18j'avais des dettes sociales.
08:19Donc j'avais le droit à rien pendant le Covid.
08:21Ça a duré combien de temps, lui, à la gestion du bar ?
08:24Il est resté une année à peu près.
08:28Oui, c'est énorme.
08:29Oui, donc il a vraiment bousillé la finance de mon entreprise,
08:33pour le coup.
08:34Et j'ai repris le bar au mois de janvier.
08:37Au mois de mars, on était fermé pour le Covid.
08:39Donc je n'avais pas eu le temps de remettre tout à plat.
08:42Et pendant cette période-là, ensuite, je n'avais rien.
08:45Et je suis restée fermée presque 11 mois.
08:47Donc ça a été très, très compliqué.
08:48Ok. Karine, tu avais une question, je crois.
08:54Je peux juste compléter, Karine, sur la question des violences économiques.
08:58On vient de sortir une étude avec le Crédit Mutuel et l'IFOP
09:01sur les violences économiques conjugales.
09:04Et en fait, 28% des femmes témoignent ne pas avoir de compte bancaire personnel.
09:08Ça, c'est quand même encore aujourd'hui.
09:1130% d'entre elles ne disposent pas de revenus en propre,
09:16autre que celle de leurs partenaires.
09:17Et 48% d'entre elles nous disent qu'elles ne pourraient pas quitter le domicile
09:20parce qu'elles n'en ont pas les moyens.
09:22Donc cette question des violences économiques conjugales,
09:24elle est vraiment au cœur de la question des violences conjugales.
09:28Et c'est très important de la prendre en considération.
09:30Une fois que vous avez récupéré votre bar,
09:32donc évidemment, on est très contents que vous ayez pu redresser votre bar,
09:36mais ce n'est pas pour autant que la situation était réglée.
09:39Est-ce que vous pouvez nous raconter un peu l'après,
09:41une fois que vous avez récupéré votre bar,
09:42comment ça s'est passé, notamment avec votre ancien conjoint ?
09:46Du coup, comme je n'avais d'aide de personne,
09:49que mes parents, même s'ils m'ont hébergée,
09:51ne pouvaient pas m'aider physiquement à récupérer l'endroit,
09:55j'ai été aidée par des jeunes hommes un peu costauds
10:02qui sont venus m'aider pour faire sortir tout le monde
10:04puisque j'étais chez moi et il fallait que je puisse rentrer.
10:10J'ai été accompagnée par des gens, moi je les appelle mes chevaliers,
10:13ils m'ont sauvé la vie à ce moment-là.
10:15Ils m'ont ensuite aidée parce que je subissais des menaces,
10:20des menaces de mort.
10:21J'avais des gens qui venaient me mettre la pression
10:23pendant que je travaillais,
10:25qui venaient déclencher des bagarres,
10:27ce genre de choses.
10:29Et donc du coup, j'avais ces jeunes hommes
10:31qui étaient là autour de moi
10:32et qui faisaient ma sécu, clairement.
10:36Donc j'avais quelqu'un qui était de façon anonyme
10:39dans la clientèle, qui était cachée,
10:41puis j'avais quelqu'un à côté de moi tout le temps,
10:42pratiquement tout le temps.
10:43Ça a duré combien de temps cette situation ?
10:45Ça a duré deux ans à peu près.
10:50Et aujourd'hui, vous êtes sereine dans votre bar,
10:52vous avez retrouvé un petit peu l'habitude,
10:56est-ce que maintenant dans votre bar, tout se passe bien ?
10:58Vous êtes à l'aise d'y travailler ?
11:00Vous n'êtes plus toujours sur le qui-vive en disant
11:02qu'est-ce qui va se passer ?
11:03Non, non, non, en fait, j'ai fait un gros travail
11:05de nettoyage, entre guillemets,
11:08parce que mon ex-compagnon s'était amusé
11:10à faire des trafics en plus, en tout genre, dans le bar.
11:14Et vous n'étiez pas au courant,
11:15mais derrière votre dos, il organisait des...
11:16C'est ça.
11:18Et du coup, j'ai été obligée de tout nettoyer,
11:21de faire que toute cette clientèle
11:22qui est habituée à ce genre de choses dégage
11:24et que ça laisse place à la clientèle que moi je voulais,
11:27c'est-à-dire une clientèle familiale
11:28où les femmes peuvent venir,
11:30elles sont en sécurité, elles ne sont pas embêtées.
11:32Voilà, quoi.
11:33Et justement, vous n'aviez pas peur
11:34qu'il arrive, qu'il revienne avec d'autres amis ?
11:37Non, la vie s'est un peu occupée de lui maintenant.
11:40Parce qu'il a fait des mauvais choix, forcément,
11:41et du coup, il est loin.
11:45Donc, psychologiquement, vous étiez sereine, finalement.
11:48Vous avez réussi à reprendre...
11:50Petit à petit, oui.
11:51Petit à petit.
11:51Petit à petit.
11:52Ça a été difficile,
11:53et puis on a eu d'autres épreuves après, mais oui, oui, oui.
11:57Et judiciairement, en fait,
11:58vous avez aussi subi des freins
12:00quand vous êtes allée à la police.
12:02Vous nous avez raconté, par exemple,
12:04pour déposer plainte, ça avait été un peu compliqué.
12:08Aussi, pour la...
12:10Comment on appelle ça ?
12:11La confrontation aussi.
12:12Ça, c'était plus par rapport à ma fille, pour le coup.
12:17Mais par rapport aux violences, en fait,
12:19j'ai été reçue une fois par la police
12:21et je n'ai plus jamais eu de nouvelles.
12:23Du tout.
12:24Et vous nous aviez raconté, il me semble,
12:26dans la préparation,
12:27que vous étiez en discussion...
12:29Enfin, quand vous aviez voulu expliquer
12:31ce qui vous était arrivé,
12:31on vous avait été reçue par une femme
12:33qui vous écoutait,
12:34et puis qu'il y avait quelqu'un
12:35qui n'arrêtait pas de passer,
12:36qui faisait des blagues.
12:36Ça aussi, c'était par rapport à ma fille aussi.
12:38D'accord.
12:39Oui.
12:39Peut-être qu'on peut quand même en parler, non ?
12:41On évoque ce qui s'est passé avec votre fille.
12:44Donc, c'est un de vos amis,
12:45du groupe dont vous nous avez parlé,
12:47qui vous a aidé à vous relever, finalement,
12:49qui a profité de cette situation,
12:51qui a profité de la vulnérabilité
12:52dans laquelle était votre famille,
12:53évidemment, on imagine bien.
12:54C'est ça.
12:55Et qui a violé votre fille,
12:57qui était alors âgée de 16 ans,
12:58qui en a maintenant 19.
12:59Peut-être d'abord, comment elle va, votre fille ?
13:02C'est une guerrière.
13:03Donc, elle a fait un très gros travail sur elle
13:07pour pouvoir continuer à vivre normalement.
13:10Elle a de grosses séquelles.
13:11Elle a un syndrome post-traumatique assez sévère.
13:15Mais comme elle est très vaillante,
13:17elle a réussi à passer son bac.
13:19Elle l'a eu avec mention.
13:21Maintenant, elle est à la fac.
13:22Elle est en deuxième année de psycho.
13:25Et ce n'est pas complètement anodin
13:26qu'elle soit en psycho,
13:27puisqu'elle a décidé cette...
13:29Enfin, elle s'est engagée dans cette voie
13:31parce qu'elle veut travailler
13:33justement sur les agresseurs.
13:34En fait, elle voudrait comprendre
13:35d'où ça vient, comment on peut aider,
13:37comment on peut soigner,
13:38comment on peut comprendre,
13:39et puis apporter sa pierre à l'édifice là-dessus.
13:41Comme c'est fait dans certains pays, je sais.
13:45Voilà.
13:46Je m'excuse, je reviens un tout petit peu en arrière.
13:49C'était aussi par rapport justement
13:51aux violences économiques
13:52dont on parlait juste avant.
13:53Et je voulais vous demander, Minet,
13:54est-ce que vous...
13:56Justement, vous pouvez apporter
13:57un petit peu des solutions
13:58pour aider financièrement
14:00les femmes qui sont victimes,
14:01notamment si elles ont besoin
14:02de payer des frais judiciaires
14:03ou des choses comme ça.
14:04Est-ce que...
14:05Parce que c'est une des raisons
14:06qui doit, j'imagine,
14:07décourager les personnes
14:08à faire des démarches aussi.
14:10Le fait de ne pas pouvoir
14:11avoir d'indépendance financière
14:12ou pas les moyens.
14:14Quand on sait que 48% d'entre elles
14:16ne pourraient pas partir
14:17parce qu'elles n'ont pas les revenus,
14:19ça nous interroge déjà
14:20et ça doit venir aussi
14:21interroger la société
14:22quand on nous dit
14:22mais pourquoi elles ne partent pas ?
14:24Pourquoi la première claque,
14:25elles ne partent pas ?
14:25Parce qu'en fait, souvent,
14:26elles ne peuvent pas partir aussi.
14:28C'est en moyenne cette fois, non ?
14:30J'avais lu ça quelque part.
14:31Oui, alors effectivement,
14:33il peut y avoir jusqu'à 7 allers-retours
14:34jusqu'à ce que la décision définitive
14:36se prenne
14:36mais on sait aussi
14:37que quand le parcours
14:38est facilité
14:39et qu'il y a un accompagnement,
14:40ça peut descendre.
14:41Ce chiffre peut aussi descendre.
14:42Donc d'où l'importance
14:43d'un accompagnement global
14:45parce qu'il faut savoir
14:45qu'en fait,
14:46le parcours de sortie
14:47des femmes victimes de violences,
14:48et ils en témoignent,
14:49c'est un parcours de la combattante.
14:50C'est-à-dire qu'il y a
14:51une revictimisation
14:52et que surtout,
14:53les violences ne s'arrêtent pas
14:54au moment où les femmes
14:54quittent le domicile.
14:5530% d'entre elles,
14:56au 39-19 sur 100 000 appels,
14:58nous disent que les violences
15:00ont continué au moins
15:01un an après.
15:02Donc c'est important aussi
15:04dans nos représentations collectives,
15:05quand les femmes ont quitté le domicile,
15:07elles ne sont pas encore
15:07sorties des violences.
15:08Donc ça, c'est la première chose.
15:09Mais pour revenir à votre question,
15:12alors, avant de dire peut-être
15:13comment on peut les aider,
15:14rappelez quand même
15:15que travailler sur la lutte
15:18contre les violences faites aux femmes,
15:19ça nécessite de penser
15:20des politiques publiques globales.
15:22Et donc si on veut lutter
15:23contre les violences économiques conjugales,
15:25eh bien ça veut dire
15:26qu'il faut,
15:26dès le plus jeune âge,
15:27travailler à une meilleure orientation
15:29des jeunes filles
15:30qui sont encore orientées
15:31beaucoup dans des filières
15:32sous-payées du CAIR,
15:33par exemple.
15:34C'est la question du temps
15:35de travail subi des femmes.
15:37C'est les inégalités de salaire,
15:39c'est les congés parentaux
15:40qui ne sont pas suffisamment
15:41équilibrés
15:42et qui, tout ça,
15:43engendre in fine des inégalités
15:45qui vont faire le terreau
15:46ensuite de violences économiques.
15:48Ensuite, nous,
15:49on a des plaidoyers,
15:50par exemple,
15:51parce que l'aide juridictionnelle,
15:52le montant,
15:52est un tout petit peu trop,
15:54le plafond est trop
15:55par rapport à des femmes
15:56qui parfois ont des revenus
15:57qui ne sont pas élevés,
15:58mais elles sont juste à la limite
16:00et donc elles ne peuvent pas
16:00bénéficier de l'aide juridictionnelle.
16:02Donc notre fédération,
16:03ce qu'on fait,
16:03c'est qu'on a des partenaires privés
16:05qui nous aident.
16:06Donc là,
16:06on a un partenariat
16:07avec AXA Juridica
16:08pour pouvoir venir combler
16:11et soutenir les femmes financièrement
16:13pour qu'elles puissent
16:13entreprendre des démarches juridiques.
16:15Et c'est très important
16:16parce que sans cela,
16:17elles ne pourraient pas le faire.
16:18Donc nos associations
16:18ont ce type de levier,
16:20par exemple.
16:20Je sais que vous vous renvoyez
16:22vers différentes associations,
16:24pas que par rapport à ce sujet,
16:25mais par rapport à beaucoup
16:27d'autres choses aussi
16:27pour essayer de les protéger
16:29ou de les aider.
16:30Et je vous ai écouté hier
16:31sur France Culture
16:32et vous avez notamment expliqué
16:34que les structures
16:35vers lesquelles vous allez
16:36renvoyer les personnes
16:37sont submergées,
16:38qu'il y a des temps d'attente
16:38pour des consultations
16:39qui s'allongent de plus en plus,
16:41qu'il y a des problèmes
16:41de financement,
16:42des baisses de subventions.
16:44Et du coup,
16:44c'est quoi en fait ?
16:45C'est les difficultés
16:46auxquelles se confondent
16:47les associations ?
16:47Et c'est un peu ce que vous venez
16:49de dire aussi.
16:49Est-ce que c'est quelque chose
16:50du coup d'une politique
16:51plus globale
16:53de finalement,
16:53voilà,
16:54d'abandonner un petit peu ?
16:56Alors nos associations,
16:57comme les autres têtes
16:58de réseau féministe,
16:59le Planning,
17:00la FNCIDFF,
17:01Femmes Solidaires,
17:02on est tout un peu
17:03dans la même situation.
17:04C'est-à-dire qu'on est
17:05des têtes de réseau
17:06avec une fédération
17:07et des associations
17:07en territoire.
17:08Le 39-19,
17:09c'est une ligne d'écoute.
17:11Et donc on oriente les femmes.
17:12Ça repose sur un triptyque.
17:13L'écoute,
17:14l'information,
17:14l'orientation.
17:15Et donc nous,
17:16on a eu des moyens supplémentaires
17:18pour pouvoir écouter
17:19plus de femmes.
17:20Et le résultat est là,
17:22puisqu'en 2024,
17:23on a eu plus de 100 000 appels.
17:24Donc ça veut dire déjà
17:25que les femmes
17:27nous appellent,
17:28qu'elles ont bien
17:28identifié ce dispositif
17:29et puis surtout qu'elles pensent
17:32qu'au bout de la chaîne,
17:33elles vont avoir de l'aide.
17:34Et c'est ça qui est...
17:34C'est un suivi qui doit être...
17:35Donc c'est sûr,
17:36il faut avoir le temps,
17:38etc.
17:38Il faut que des professionnels
17:39ensuite sur les territoires,
17:41puisque nous,
17:41on oriente les femmes
17:42au plus près de chez elles.
17:44Tout à l'heure,
17:44vous posiez la question,
17:45il ne faut pas qu'elles soient
17:46trop loin.
17:46On a une cartographie très précise
17:48de toutes les associations
17:48sur tout le territoire
17:49vers lesquelles on peut
17:50orienter ces femmes.
17:51Le problème,
17:52c'est qu'effectivement,
17:53quand on oriente ces femmes
17:54vers ces associations
17:55depuis à peu près
17:56six mois, un an,
17:58soit les délais d'attente
17:59sont trop longs
18:00parce qu'il n'y a pas
18:00assez de professionnels
18:01d'assistantes sociales,
18:02de juristes dans les associations,
18:06soit elles trouvent porte-close
18:07parce qu'il y a beaucoup
18:08d'associations qui ont aussi fermé.
18:10Il faut le savoir.
18:11Et donc, en fait,
18:12aujourd'hui,
18:12c'est tout l'écosystème
18:13en territoire qui est fragilisé.
18:15Et donc, nous,
18:15ce qu'on dit,
18:16c'est que si on veut lutter
18:19favorablement
18:19contre les violences faites aux femmes,
18:21il va falloir soutenir
18:22les associations
18:23parce que sans cet écosystème,
18:25on rajoute encore
18:26de la difficulté
18:27et avant tout,
18:27on met en danger
18:28les femmes et leurs enfants.
18:29Il s'agit vraiment
18:30de mise en danger actuellement.
18:32Je crois que c'est hier,
18:34Aurore Berger
18:34parlait de l'aide universelle
18:36que toute femme
18:37qui est victime,
18:39qui subit des violences,
18:42auxquelles elle peut accéder.
18:43C'est quoi cette aide universelle ?
18:45Alors, l'aide universelle,
18:47c'est une aide
18:49qu'on peut recevoir une fois
18:51dont le montant de tête
18:53va entre 700 et 1200 euros
18:55en fonction de vos revenus.
18:56Je crois que la moyenne
18:56est plutôt autour de 850-900 euros.
18:59Et donc, c'est...
19:00C'est pas pour un couple, ça ?
19:01C'est pas...
19:01Il me semble que c'est même moins
19:02si on est tout seul, non ?
19:04Le montant qu'on a pour les femmes,
19:06je crois que c'est autour de 800 euros.
19:07À revérifier,
19:08je veux pas dire de bêtises.
19:10Et donc, la dame
19:11peut le mobiliser une fois
19:13pour pouvoir effectivement
19:14entreprendre les premières démarches.
19:16Peut-être acheter
19:16les premiers jouets
19:17que les enfants ont dû laisser
19:18à domicile,
19:19un peu de nourriture,
19:20peut-être une nuit d'hôtel.
19:21Donc, c'est un coup de pouce,
19:22en fait,
19:23et c'est une fois.
19:24Donc, c'est une aide
19:24qui est essentielle
19:25pour les femmes
19:26qui la mobilisent
19:27et elles sont beaucoup
19:28à la mobiliser.
19:29Mais ça ne suffit pas.
19:30En fait, c'est la première pierre.
19:32Ensuite, il faut que derrière,
19:34l'ensemble des dispositifs
19:35puissent suivre ces femmes.
19:36Nous, les professionnels
19:38qui accompagnent ces femmes
19:39dans les structures d'hébergement,
19:40parce qu'on gère aussi
19:41un réseau d'hébergement
19:42pour femmes victimes de violences,
19:44elles mobilisent évidemment
19:45cette aide pour les femmes.
19:46On a même un partenariat
19:48avec le Crédit Mutuel
19:49pour ouvrir un compte bancaire
19:50gratuitement aux femmes
19:51qui sont hébergées
19:52dans nos structures.
19:53Donc, vous voyez,
19:53on trouve plein, plein de solutions,
19:54plein de partenaires,
19:55mais en fait,
19:56il faut que ce soit plus lisible,
19:57il faut que ce soit plus facile
19:58pour les femmes,
19:59parce que, en fait,
20:00celles qui ne savent pas,
20:02celles qui ne viendraient pas
20:03vers des associations
20:05qui n'ont pas l'information,
20:06eh bien, c'est encore
20:07plus compliqué pour elles.
20:09Je reviens à vous, Élise.
20:10En préparant cette interview,
20:11vous nous disiez
20:12qu'en fait,
20:12c'est ce qu'a subi votre fille
20:14qui vous a poussé
20:15à essayer de comprendre,
20:17à vous former,
20:18à vous politiser
20:18sur le sujet, finalement.
20:19Est-ce que vous pouvez nous expliquer
20:20pourquoi c'est à ce moment-là,
20:21vraiment,
20:22où vous vous êtes posé
20:23beaucoup de questions,
20:23où vous avez finalement
20:24essayé de prendre du recul ?
20:25Donc, pourquoi à ce moment-là ?
20:26Et aussi, finalement,
20:27qu'est-ce que vous avez appris,
20:28compris ?
20:29À quelle conclusion
20:30vous êtes arrivée ?
20:31En fait,
20:32quand ma fille
20:34s'est faite agresser,
20:36j'ai eu un moment
20:37forcément de stupeur.
20:39On a cru mourir
20:40à ce moment-là.
20:42Et en fait,
20:43je me suis aperçue
20:44que ma mère
20:45avait été victime,
20:46que j'avais été victime aussi,
20:47même avant
20:48la relation de 10 ans,
20:50et que du coup,
20:50ma fille était victime.
20:51Et là,
20:51ça a été vraiment insupportable,
20:53cette espèce
20:53d'obligation
20:56presque générationnelle,
20:57pour le coup,
20:57là,
20:57c'était insupportable.
21:00j'avais une culpabilité en moi
21:01qui était absolument terrible
21:03et donc,
21:03j'ai été voir une psychologue
21:08et il y a plein de choses
21:09qui se sont déclenchées.
21:10J'ai des souvenirs
21:12qui me sont venus
21:12d'une agression
21:13quand j'étais toute petite.
21:14Je devais avoir 4-5 ans
21:15à peu près.
21:16Et en fait,
21:17je me suis aperçue
21:17que c'était à partir
21:18de cette agression-là
21:19que tout avait été enchaîné.
21:21En fait,
21:21j'ai été conditionnée
21:22dans une espèce de violence
21:25acceptée,
21:25on va dire.
21:27Et c'est là
21:28que je me suis rendue compte
21:29que c'était vraiment,
21:30c'était structurel,
21:31que c'était presque étatique,
21:33que c'était systématique,
21:34vraiment.
21:36Et je pense aujourd'hui
21:37que la seule solution,
21:38c'est de s'engager
21:39effectivement en politique
21:40pour pouvoir justement soutenir,
21:44pour mettre en place
21:45des politiques
21:45qui soient efficaces,
21:47des contrôles
21:48dans les écoles
21:48pour les enfants
21:49quand on sait qu'il y a,
21:50je crois que c'est
21:51un enfant sur cinq
21:52qui est victime
21:53de violences dans les classes.
21:55Enfin, il y a énormément
21:56de choses à faire.
21:57C'est l'éducation populaire
22:00aussi qui doit pouvoir
22:00prendre le pas là-dessus.
22:03Et je pense que ça doit
22:04venir d'en bas
22:05et pas forcément d'en haut
22:06parce que là,
22:08par exemple,
22:08dans ma commune,
22:09il y a des choses
22:10qui sont faites.
22:12Je n'ai pas l'impression
22:12qu'il y a un vrai fond derrière,
22:14que ce soit vraiment
22:14une vraie volonté
22:15d'aider les femmes
22:16et d'arrêter les violences.
22:20Par exemple,
22:22dernièrement,
22:23je ne sais pas
22:23si vous avez déjà
22:24entendu parler
22:24du dispositif Angela.
22:29C'est quelque chose
22:31qui a été mis en place
22:32dans ma commune.
22:33À pas les eaux, on n'aura pas.
22:47À pas les eaux, oui.
22:51et demander à parler à Angela
22:52et c'est le nom de code
22:53pour qu'on la mette en sécurité
22:54et qu'on appelle la police.
22:55Par exemple, dans un bar,
22:56la poste ou que sais-je.
22:57Voilà, c'est ça.
22:58Dans les établissements publics
22:59en général.
23:01Souvent, il y a un sticker
23:01sur la porte.
23:02C'est ça, exactement.
23:04Il y a tout plein d'infos.
23:05Et en fait,
23:06sur la commune de Palaiso,
23:07ça a été fait un peu
23:08n'importe comment,
23:09j'ai trouvé.
23:09Enfin, pour le coup,
23:12c'est les commerçants.
23:12Donc, moi, je fais partie
23:13des commerçants
23:14qui peuvent relayer l'information
23:16et être hyper efficaces
23:17puisqu'on est absolument partout.
23:19Et en fait,
23:20on a été convoqués
23:21dans la semaine à 14 heures.
23:22Donc, autant dire,
23:23on travaille tous
23:23à ce moment-là.
23:24Donc, on ne peut pas participer
23:25à la formation.
23:26Et il n'y avait pas grand-chose
23:27à faire, à mon avis,
23:28pour que ça puisse être accessible
23:29à tous les commerçants.
23:30En fait, je pense,
23:31il suffisait, par exemple,
23:32qu'il y ait une animatrice
23:34de l'association
23:34qui se déplace
23:35chez chaque commerçant.
23:37La formation,
23:37elle dure un quart d'heure.
23:39Enfin, vraiment,
23:39ce n'était pas très compliqué.
23:40Il n'y a pas d'efforts
23:41qui sont faits.
23:42J'ai vraiment juste l'impression
23:43que c'est fait pour cocher
23:43une case.
23:44On l'a fait.
23:44On peut le mettre
23:44dans le journal.
23:45Et voilà.
23:46Ce qui est peut-être compliqué aussi,
23:47c'est que c'est vrai que,
23:48même si ça,
23:49c'est une très bonne initiative,
23:50j'imagine,
23:52c'est vrai que la plupart
23:52des violences sont faites
23:53au domicile,
23:54dans le foyer,
23:55loin des regards aussi
23:56des personnes.
23:57Et c'est vrai qu'on a l'impression
23:59aussi qu'au niveau médiatique
24:00et politique,
24:01il y a beaucoup de focus
24:01sur ce qui peut arriver
24:02dans la rue ou dans les bars
24:03qu'il faut bien sûr combattre.
24:05Mais du coup,
24:05on ne parle pas
24:06de l'immense majorité
24:07des violences
24:07qui se passent malheureusement
24:08dans l'intimité du foyer
24:09et donc qui est complètement invisibilisée.
24:11C'est là où on parlait aussi
24:12des distances et tout ça.
24:13Je crois qu'il y a eu une étude
24:14il y a pas longtemps
24:15qui expliquait que les femmes
24:16qui vivaient à la campagne
24:17étaient beaucoup plus isolées
24:18et étaient plus vulnérables
24:21aussi à ça.
24:23Et d'ailleurs,
24:24je voulais demander par exemple,
24:26est-ce que ce sont justement
24:26un petit peu comme vous
24:27des situations personnelles
24:29ou des choses
24:30qui peuvent arriver à des proches
24:31ou à soi-même
24:32qui font que les personnes
24:33vont s'intéresser
24:34aux questions des VSS ?
24:36Et parce qu'effectivement,
24:36si c'est pas forcément accessible,
24:38c'est pas quelque chose
24:38qu'on apprend,
24:39donc est-ce que c'est parce
24:40que les gens sont concernés par ça
24:43que les personnes vont...
24:45Je crois qu'Élise le disait
24:46assez clairement,
24:47globalement,
24:48toutes les femmes ont vécu
24:49ou vont vivre une fois dans la vie
24:51une forme de violence.
24:53Que ce soit dans l'espace public,
24:55au travail,
24:56à la maison,
24:56dans la rue,
24:57dans les transports,
24:58voilà.
24:59C'est quand on est dans un système
25:04patriarcal où les rapports
25:05de domination sont en défaveur
25:07des femmes,
25:08évidemment que toutes les femmes
25:09vont vivre à un moment donné
25:11une forme de violence.
25:12La question,
25:13c'est que parfois,
25:14c'est tellement intégré
25:15comme étant la norme,
25:17le fait que les hommes
25:18aient le droit sur nos corps,
25:20le fait qu'on gagne moins,
25:21le fait que de toute façon,
25:23on ne doit pas prendre trop de place
25:24à partir d'une certaine heure
25:25dans l'espace public.
25:27Cette culture-là est tellement installée
25:28qu'il faut lutter pour la déconstruire.
25:31Et donc,
25:31c'est pour ça que nous,
25:32on milite pour l'éducation
25:33à la vie affective et sexuelle
25:34dès le plus jeune âge.
25:36Et donc,
25:36ça,
25:36c'est effectivement quelque chose
25:38que peuvent faire les collectivités,
25:39soutenir ce type d'action
25:41par de la sensibilisation,
25:42par des actions
25:43dans les établissements scolaires,
25:44par le réaménagement
25:46des espaces publics
25:47en faveur des femmes et des hommes
25:48et les filles et les garçons aussi.
25:50Donc,
25:50en fait,
25:51c'est vraiment un changement culturel
25:53qu'il faut emmener.
25:54Et là,
25:55on sent qu'on est dans un moment
25:56où on est à nouveau
25:58en train de répéter des évidences.
25:59En fait,
26:00on avait l'impression
26:00que des choses
26:00avaient été intégrées un petit peu.
26:02C'est souvent l'illusion
26:03de l'égalité aussi,
26:04sans doute,
26:05qui vient nous rebercer.
26:07Mais c'est important aussi
26:08de se dire
26:09que ça peut concerner tout le monde.
26:10Mais effectivement,
26:11l'endroit aujourd'hui
26:12le plus dangereux
26:13pour les femmes et les enfants,
26:14c'est la maison.
26:15Et l'engagement
26:16dans les associations,
26:17les personnes qui viennent travailler
26:18dans les associations
26:19qui aident les victimes de violences,
26:21est-ce que justement,
26:22elles aussi,
26:24souvent,
26:24c'est des personnes
26:25qui ont été concernées
26:27par ces violences ?
26:28Dans le cadre de mes fonctions,
26:30je vais un peu
26:31à la rencontre
26:31des associations
26:32de nos territoires.
26:33D'abord,
26:33en ce qui concerne
26:34les femmes elles-mêmes
26:35qui sont accueillies
26:36par nos structures.
26:37Vous parliez
26:37d'éducation populaire
26:38tout à l'heure.
26:39Moi,
26:39je suis impressionnée
26:40de comment,
26:41par l'action collective,
26:42l'empowerment collectif,
26:44la question de la sororité,
26:45comment les femmes
26:46dans ces espaces-là,
26:48certes,
26:49sont arrivées
26:49en tant que victimes,
26:50mais elles reprennent
26:51leur place de citoyenne
26:52à part entière.
26:53Et ça,
26:53c'est ce que le collectif
26:54leur permet aussi.
26:55Et donc,
26:55ces femmes-là,
26:56soit elles s'engagent
26:57parfois dans nos associations.
26:58On a parfois
26:59des femmes victimes
27:00qui ont été accompagnées,
27:01qui sont trésorières,
27:02membres de l'association
27:02ou qui,
27:03à leur tour,
27:03accompagnent d'autres femmes
27:04ou qui jouent
27:05des rôles de relais
27:06dans des communes
27:07plus petites,
27:08par exemple,
27:08pour identifier
27:09des femmes victimes
27:10et les accompagner.
27:11Donc,
27:11ça,
27:11c'est essentiel.
27:13Et après,
27:13encore une fois,
27:15je reviens à ce que
27:16j'ai dit tout à l'heure,
27:17quasiment toutes les femmes
27:18vont vivre à un moment donné
27:20leur vie des violences.
27:21Mais ça ne veut pas dire
27:22que parce qu'on a vécu
27:22des violences,
27:23on s'engage
27:23sur cette question de violence.
27:24Il y a des personnes
27:25qui veulent rester très loin
27:26aussi de cela
27:27parce que c'est tellement
27:29insupportable.
27:30On parlait de psychotrauma
27:31tout à l'heure.
27:32Ça dévaste des vies.
27:33C'est aussi possible,
27:35évidemment,
27:35de s'en sortir.
27:36Mais ça dévaste des vies.
27:38Et donc,
27:38il faut aussi faire très attention
27:40quand on est professionnel
27:41en charge de ces questions-là,
27:43de pouvoir être accompagné
27:44et mettre à distance
27:45effectivement
27:46des histoires plus personnelles,
27:47par exemple.
27:48C'est vrai que quand on s'intéresse
27:49au sujet,
27:49on entend beaucoup plus
27:50les termes de patriarcat,
27:52etc.
27:53Mais en réalité,
27:53c'est plutôt traité
27:54comme des faits divers.
27:55Et c'est vrai que
27:56quand on ne s'intéresse pas à ça,
27:58pour accéder à ces informations
27:59et se rendre compte
28:00que c'est quelque chose
28:01de global
28:02et de politique,
28:03c'est quand même aussi
28:05toute une autre démarche.
28:06Oui,
28:07et puis je pense qu'il y a aussi
28:08une petite musique de fond
28:09qui tend à dépolitiser
28:11la question des violences
28:12faites aux femmes.
28:14Quand je parlais tout à l'heure
28:14de pseudo-consensus,
28:16d'illusion de l'égalité,
28:17il y a aussi cette idée
28:18de dire que bon,
28:19c'est bon,
28:19on en a trop fait
28:20pour les bonnes femmes,
28:21là c'est bon,
28:21on a atteint l'égalité.
28:23Six féminicides dans une semaine,
28:25ça doit nous alerter
28:26sur l'état de notre démocratie,
28:27en fait,
28:28parce que ça fait partie
28:29des obligations
28:30de pouvoir effectivement
28:31protéger
28:32les femmes et les enfants.
28:34Ça doit nous dire...
28:34C'est la semaine dernière,
28:35on précise.
28:36Il y a eu quatre femmes
28:37d'ailleurs qui ont été tuées
28:37la même journée.
28:39Absolument,
28:39la même journée
28:39et six dans la semaine.
28:41Et donc ça,
28:41ça dit quand même
28:42quelque chose
28:42de l'état de la situation.
28:43Toujours, oui,
28:43par leur conjoint
28:44ou ex-conjoint
28:45et soit au domicile,
28:46soit juste à l'extérieur
28:47du domicile.
28:48Soit en ayant déjà
28:49porté plainte plusieurs fois
28:50ou pas aussi.
28:51Soit en ayant aussi
28:52parfois un téléphone
28:53grave danger ou pas.
28:54Voilà,
28:55donc en fait,
28:55on voit bien
28:56qu'il y a des manquements
28:57dans la protection
28:59des femmes
29:00et que sans doute,
29:01on prend encore
29:02toujours pas assez au sérieux
29:03cette question-là.
29:04On parle de politique,
29:05on parle justement
29:05des manquements.
29:06En 2017,
29:07Emmanuel Macron promettait
29:08que la lutte
29:08contre les inégalités
29:09hommes-femmes
29:09serait la grande cause
29:11de son quinquennat.
29:11En 2020,
29:12il réitère,
29:13il dit la même chose.
29:14Hier,
29:14la mise de l'égalité
29:15entre les femmes
29:16et les hommes,
29:16Aurore Berger,
29:17disait la même chose
29:18et reprenait
29:18les propos d'Emmanuel Macron.
29:20On écoute.
29:20La grande cause
29:21des deux quinquennats
29:21du président de la République,
29:22vous vous souvenez
29:23qu'en 2017,
29:23quand il fait sa campagne
29:24et qu'il l'annonce,
29:25beaucoup ricanent aussi
29:26en se disant
29:27que ce n'est pas un sujet
29:27suffisamment sérieux
29:28pour être érigé en grande cause
29:29et en faire un des axes clés
29:31d'ailleurs de son programme.
29:32Il y a beaucoup de choses
29:33qui ont évolué en huit ans.
29:34Il y a beaucoup de choses
29:35qui vraiment ont progressé
29:36sur les moyens,
29:37sur la loi qui a été changée,
29:39sur les outils à disposition
29:40pour protéger les femmes.
29:42On disait évidemment
29:43ce dont on parle,
29:44c'est de la politique évidemment.
29:46Quand vous écoutez Aurore Berger,
29:47quand on se rappelle
29:48des promesses d'Emmanuel Macron,
29:49est-ce qu'on est toujours convaincus ?
29:52Est-ce que finalement
29:53Aurore Berger,
29:54qui est un 25 novembre 2025,
29:55donc c'était hier,
29:56après tout ce qui s'est passé,
29:58est-ce que vous êtes d'accord
29:58avec le fait que finalement
29:59ça a progressé
30:00et qu'il y a des moyens
30:00qui ont été mis, etc.
30:02Alors au moment du Grenelle
30:04des violences conjugales,
30:05effectivement,
30:06des moyens supplémentaires
30:07ont été mis en place.
30:08On en est le bon exemple.
30:10Je vous disais tout à l'heure
30:11qu'il y a eu plus de moyens
30:12en 39-19 pour avoir
30:14plus d'écoutantes.
30:15Et donc le résultat,
30:15il s'est fait sentir.
30:16Et donc en partant
30:17de cette expérience-là,
30:19on devrait se dire effectivement
30:20que quand on met des moyens,
30:21il peut y avoir des résultats.
30:23Il y a eu plus de téléphones
30:24graves danger,
30:24il y a eu des bracelets
30:25anti-rapprochement.
30:26La difficulté,
30:27c'est peut-être la mise en œuvre
30:28et la mise en application.
30:29Mais ce qu'il faut se dire,
30:30c'est qu'on partait
30:31de tellement loin
30:32que ce qui a été mis en place
30:34était déjà sans doute
30:35pas assez important.
30:37Mais surtout,
30:38que depuis 2017, 2019,
30:40quand même,
30:40je vous rappelle
30:40qu'on a eu un phénomène mondial
30:42qui s'est appelé MeToo,
30:44alors qu'il y a un petit peu
30:45frôlé juste les côtes
30:46de la France
30:46et qu'il n'y a sans doute
30:47pas suffisamment pénétré
30:50culturellement
30:50l'ensemble de la société.
30:51Mais du coup,
30:53on a aussi envoyé
30:54un message aux femmes.
30:55On leur a dit,
30:55écoutez, parlez.
30:57Parlez, on vous croit
30:58et on va vous accompagner.
30:59Et du coup,
31:00ça veut dire
31:00qu'on a plus de femmes
31:01sans doute qui parlent
31:02et qui veulent être accompagnées.
31:04Et il n'y a pas suffisamment
31:05aujourd'hui, par exemple,
31:06de places d'hébergement.
31:07Nous, on a des difficultés
31:08à loger des femmes
31:09qui souhaitent partir.
31:12Donc voilà,
31:13oui, des choses ont été faites.
31:14Ce serait faux de dire
31:15que rien n'a été fait.
31:16Mais on part de tellement loin
31:17qu'il manque aujourd'hui
31:19des moyens aux associations.
31:20Et je parlais tout à l'heure
31:21des manques annoncés pour 2026
31:23qui nous inquiètent énormément
31:24sur l'accompagnement
31:26des associations
31:27sur le terrain concrètement.
31:28Élise, peut-être une réaction
31:30à propos de...
31:30Oui, moi, je...
31:31Oui.
31:33Une réaction ?
31:34Je pense qu'effectivement,
31:35il y a des choses,
31:35c'est ce que je disais tout à l'heure,
31:36il y a des choses qui sont faites
31:36juste pour dire
31:37qu'on a couché une case.
31:39Mais est-ce qu'il y a vraiment
31:40quelque chose derrière ?
31:41Non, quand on voit
31:42le président qui va dire
31:43que Gérard Depardieu,
31:45c'est un phénomène...
31:46Enfin, je ne sais plus...
31:47Je me montre ça.
31:48C'est ça, ce genre de choses.
31:50Quand on voit
31:50qu'il y a des soumissions chimiques
31:51faites par des gens
31:53au gouvernement,
31:54quand on voit un ministre
31:56qui a été accusé de viol
31:57qui est en poste...
32:00Non, enfin,
32:01ce n'est pas suffisant,
32:02en tous les cas.
32:02S'il y a des choses
32:03qui ont été faites,
32:03ce n'est absolument pas suffisant.
32:05Et là, c'est bien
32:06dans les consciences collectives
32:07qu'il y a du changement de fait.
32:10Je pense que le fait
32:11de libérer la parole,
32:14le hashtag,
32:14je pense que c'est ce qui a fait
32:15le plus évolué en vrai
32:17la parole de la femme
32:19en France et dans le monde,
32:20je pense, en vrai.
32:22Peut-être une des manières
32:24de faire changer les choses,
32:24c'est aussi par la loi.
32:26Il y a une loi qui,
32:27en ce moment,
32:27qui a été déposée,
32:28deux projets de loi, en fait.
32:29La loi dite intégrale.
32:30Est-ce que Karine,
32:31tu peux nous faire un petit point
32:31sur ce que contient cette loi,
32:33d'où elle vient,
32:34qu'est-ce qu'elle prévoit ?
32:35Alors, OK.
32:37Donc, c'est une grande loi cadre,
32:39intégrale,
32:40qui va englober
32:40toutes les thématiques
32:41autour des violences sexuelles.
32:44L'inspiration,
32:44elle est venue
32:45de la loi espagnole
32:46qui a été votée en 2004,
32:47qui a permis quand même
32:48de baisser de 24 %
32:49les violences de genre.
32:51Et lundi dernier,
32:52il y a eu 109 députés
32:53de différents horizons politiques,
32:56excepté l'extrême droite,
32:58qui a été présentée
32:59par la socialiste
33:01Céline Thiebo-Martinez
33:02et donc qui a déposé
33:03cette proposition de loi
33:05à l'Assemblée nationale.
33:06Ça fait presque un an
33:08que le texte est travaillé
33:09avec des associations.
33:10Il y avait une coalition féministe
33:12qui a réuni
33:12une centaine d'associations,
33:13notamment la Fédération nationale
33:17solidarité femmes,
33:19mais aussi des universitaires,
33:21des professionnels du droit
33:22qui avaient construit
33:23140 propositions
33:25et 78 ont été retenues
33:27dans ce texte
33:28qui a été déposé lundi.
33:30Et puis, mardi,
33:32il y a la ministre déléguée
33:32chargée de l'égalité
33:33au revoir Berger
33:34qui a annoncé à son tour
33:35un projet de loi cadre
33:37sur la même thématique.
33:39Alors, est-ce que c'est
33:39de la compète ?
33:40Est-ce que c'est
33:41de la complémentarité ?
33:42Au moins, ça veut dire
33:43que la question, maintenant,
33:44elle est centrale.
33:45Et ça ne se résumera
33:47peut-être plus
33:47qu'à quelques annonces
33:48le 25 novembre.
33:49Enfin, on peut l'espérer.
33:50Alors, qu'est-ce qu'il y a
33:51dans cette loi ?
33:52Donc, ça couvre
33:53toutes les sphères
33:54où la violence s'exerce.
33:55Donc, ça veut dire
33:55la justice, la police,
33:57la santé, le travail,
33:59l'éducation, le numérique.
34:01Et ça vise donc
34:02à combler les angles morts
34:03du droit.
34:05Il propose, par exemple,
34:06une juridiction spécialisée
34:08sur les violences sexistes
34:09et sexuelles
34:10qui regrouperaient
34:12les affaires civiles
34:13et pénales,
34:15comme en Espagne.
34:16Et la fin des cours
34:18criminelles départementales
34:19avec un retour
34:20à la cour d'assises,
34:21par exemple,
34:21pour les crimes de viol,
34:22pour juger des crimes de viol.
34:25Côté police,
34:26on rendrait obligatoire
34:26un socle d'actes d'enquête
34:28pour limiter les classements sans suite.
34:31Il y a un article
34:32qui devrait préciser,
34:33par exemple, aussi
34:34que le devoir conjugal
34:35n'existe pas.
34:37Rappelons qu'en janvier,
34:38la Cour européenne
34:39des droits de l'homme
34:40a quand même sanctionné
34:41la France
34:42parce qu'un divorce
34:44pour faute
34:44avait été prononcé
34:45à l'encontre
34:46d'une française
34:47qui avait refusé
34:47des relations sexuelles
34:49à son mari.
34:50On en est encore là.
34:51On en est encore là
34:51et ce n'est pas dans la loi
34:52et pourtant, voilà.
34:55Donc, ils estiment
34:56qu'écrire un article
34:57là-dessus,
34:58préciser ce fait
34:59serait assez important.
35:01Il y aurait aussi
35:02un accès inconditionnel
35:03à l'aide juridictionnelle
35:05pour les victimes.
35:07Et puis, enfin,
35:08je résume,
35:09il y a énormément
35:10d'autres propositions.
35:12Ça s'adresse aussi
35:13aux enfants.
35:14Violences sexuelles
35:15faites aux enfants
35:15parce que ça relève
35:16du même continuum
35:17de domination.
35:19Donc, les enfants,
35:20pour une fois,
35:20ne sont pas oubliés
35:21et le texte propose
35:22de mettre en place,
35:23par exemple,
35:23dès la maternelle,
35:24un entretien individuel
35:26pour prévenir
35:27et déceler
35:28des situations de violence
35:29qui seraient faites
35:30par des professionnels
35:31de santé.
35:32Le crime d'inceste
35:34serait aussi reconnu
35:35comme une infraction
35:36à part entière.
35:37Les cousins
35:37seraient ajoutés
35:38à la liste
35:39des potentiels agresseurs
35:40de ce crime.
35:42Et on retrouve là aussi
35:43des concordances
35:44avec une autre loi
35:45qui a été présentée
35:46la semaine dernière,
35:48enfin, déposée en tout cas
35:49sur la non-prescription
35:51des crimes sexuels
35:52sur mineurs,
35:53dont l'inceste.
35:54Alors, Miné,
35:55je m'adresse à vous,
35:56mais est-ce que ce n'est pas
35:57une avalanche
35:58de propositions de lois
35:59sur les violences sexuelles ?
36:00En ce moment,
36:01il y en a un peu partout.
36:02Est-ce que ça veut dire
36:03qu'il y a quelque chose
36:05qui se joue,
36:06que ça y est,
36:07enfin,
36:07c'est au cœur
36:08de nos considérations
36:09qu'il va vraiment
36:10y en avoir une en 2026
36:12qui sera votée ?
36:12Ou est-ce que c'est juste
36:14opportuniste ?
36:15Je pense qu'en fait,
36:16toutes les mesures
36:17qui permettent
36:18d'aller chercher
36:19les angles morts
36:20des politiques publiques
36:21ou de la loi,
36:22c'est important.
36:23Ce travail qui a été mené,
36:24effectivement,
36:25il a consisté
36:26à aller voir les manquements.
36:27Alors, c'est vrai
36:28que le cadre législatif français
36:29est plutôt assez complet,
36:30mais il y a encore
36:31des espaces
36:32dans lesquels
36:32on peut améliorer les choses.
36:34Donc, évidemment,
36:34nous, les associations,
36:36on soutient les démarches
36:37qui vont permettre
36:37d'aller chercher
36:38ces angles morts-là.
36:40Ce qu'on demande,
36:41c'est effectivement
36:42que quand les mesures
36:43sont mises en place,
36:44la formation des professionnels
36:46puisse toujours être pensée
36:47et que des moyens financiers
36:49puissent être déployés.
36:50Sans cela,
36:51effectivement,
36:51ce ne sera pas efficace.
36:53C'est ce qu'a fait l'Espagne,
36:54en fait.
36:55L'Espagne,
36:56ça a été accompagné
36:57d'une révolution culturelle
36:58et à la fois
36:59de moyens financiers
37:00pour pouvoir le faire.
37:02Mais voilà,
37:02toutes ces dynamiques
37:03qui permettent
37:03de remettre
37:05cette question-là
37:06dans l'actualité
37:06tout en repolitisant
37:08le sujet.
37:09effectivement.
37:10Donc ça,
37:10c'est très important.
37:11Ce n'est pas un fait divers,
37:12c'est un fait politique,
37:13c'est un fait sociétal,
37:15c'est systémique.
37:15Et donc,
37:16c'est ça dont il faut parler
37:17et le rapport vif
37:19de Gwena Lajolicoz
37:20et de M. Corbeau,
37:22magistrats,
37:22les deux,
37:23est très intéressant
37:24à cet égard-là
37:25parce qu'il s'agit vraiment
37:26de faire une révolution culturelle
37:28de la part de ceux
37:28qui font appliquer les lois.
37:31Il y a une dernière question.
37:33Oui, c'est ce que j'allais dire.
37:33Je choisis la bien l'oumi.
37:35C'est une dernière question
37:36pour toutes les deux
37:37mais qui est un peu large
37:38mais voilà,
37:38c'est la dernière.
37:40C'était simplement
37:41parce que hier,
37:42c'est la journée internationale
37:43pour l'élimination
37:44de la violence
37:44à l'égard des femmes
37:45et donc il y a eu
37:46des manifs,
37:47des ateliers,
37:47des événements
37:48toute la semaine
37:49et est-ce que vous avez
37:50l'impression que la société civile
37:52s'empare pleinement
37:53de cette lutte ?
37:54Est-ce qu'il faudrait
37:56que ce soit plus ?
37:57Est-ce que,
37:58comme vous dites,
37:59il y a eu quand même
37:59des changements,
38:00il y a eu quand même
38:00quelques prises de conscience,
38:01etc.
38:02Mais est-ce qu'il y a
38:03assez de mobilisation
38:04ou de mouvement,
38:06on va dire ?
38:07En fait,
38:07je trouve que c'est toujours
38:08un peu délicat
38:09d'attendre des femmes
38:10qu'elles se mobilisent
38:11encore et encore
38:12là où parfois
38:12elles sont abîmées
38:13par les classements sans suite,
38:15par ces parcours sans fin.
38:17Ça, c'est un peu
38:18le rôle des associations
38:19d'essayer effectivement
38:20de pouvoir mobiliser
38:21encore des citoyennes
38:23et des citoyens
38:23sur la question.
38:25Mais c'est vrai
38:26que c'est compliqué
38:26parce qu'on est dans un moment
38:27particulièrement compliqué,
38:29dans un contexte sociopolitique
38:30et économique
38:31très anxiogène
38:32pour beaucoup de gens.
38:33Donc voilà,
38:34il faut remettre aussi
38:35tout ça en perspective.
38:36Les mobilisations citoyennes,
38:38elles existent aussi
38:39quand on arrive
38:39à recréer de l'espoir,
38:40que les utopies sont concrètes.
38:42Et donc,
38:42je pense qu'il faut
38:43que collectivement
38:44on se dise
38:44que l'éradication du patriarcat,
38:46ce n'est pas juste
38:47un vain mot.
38:48on peut y arriver,
38:49il y a des endroits
38:50où effectivement
38:51la lutte contre les violences
38:53faites aux femmes
38:53fait ses preuves.
38:54Donc on sait comment faire
38:55et donc il faut
38:56qu'on puisse agir
38:56collectivement
38:57pour obtenir cela.
38:59Élise,
39:00vous êtes politisée,
39:01vous êtes formée
39:02sur la question
39:02assez récemment finalement.
39:04Est-ce que vous avez l'impression
39:05que de plus en plus
39:06de gens se forment,
39:07de plus en plus de gens
39:08politisent la question
39:08des violences sexistes
39:09et sexuelles ?
39:10Est-ce que vous avez l'impression
39:10que ça va un peu
39:11dans le bon sens ?
39:13Moi je vois les discours
39:16de mes clients
39:16dans mon bar
39:17puisque je vois quand même
39:17pas mal de monde passer
39:19et effectivement
39:19je trouve que ça change.
39:21Ça change.
39:21Il y a pas mal de choses
39:22qui étaient encore admises
39:24il y a quelques années
39:25qui ne le sont plus
39:27et je trouve qu'il y a
39:28des éléments de langage
39:28qui rentrent chez tout le monde
39:30en fait
39:30et qui sont très utiles
39:33quand on subit une attaque
39:35parfois pas volontaire
39:36parce que c'est juste
39:37quelqu'un de mal construit
39:40en face de soi
39:41on a des éléments de langage
39:43pour lui répondre
39:44et je pense que c'est par là
39:45aussi que ça passe
39:47je pense pas qu'il faille
39:48s'affronter
39:49pour ce genre de lutte
39:50il faut éduquer tout le monde.
39:53Juste il y a quelqu'un
39:53dans le chat
39:54qui parle de la question
39:55des moyens
39:56évidemment parce qu'on aura beau
39:58Aminé vous le disiez
39:59au niveau légal
40:00il y a déjà un certain nombre
40:01de choses qui existent
40:02mais évidemment
40:02si on met pas les moyens derrière
40:04les associations demandent
40:053 milliards
40:05si on met pas les moyens
40:06derrière financiers
40:07on pourra annoncer
40:08toutes les lois intégrales
40:09que l'on veut
40:09il n'y a absolument rien
40:10qui échangera
40:11donc évidemment
40:13qu'il y a besoin
40:14d'argent
40:15très concrètement
40:15pour que le sujet avance
40:17et que les violences
40:19envers les femmes reculent.
40:20Oui et c'est tout
40:21l'écosystème associatif aussi
40:22parce qu'en fait
40:23les associations
40:24ne travaillent pas seules
40:25il faut savoir que
40:25sur un territoire
40:26c'est des espaces de santé
40:28c'est des médecins
40:29c'est des centres socioculturels
40:31pour les enfants
40:31je veux dire
40:32c'est vraiment tout un écosystème
40:33dont il s'agit
40:34les femmes
40:35c'est pas juste
40:35dans nos associations
40:36donc c'est important
40:37qu'elles puissent être
40:38accompagnées convenablement
40:39avec leurs enfants
40:39partout.
40:41Merci beaucoup
40:41à toutes les deux
40:43Élise Bainville
40:44vous êtes gérante
40:45d'un bar à Palaiso
40:46est-ce qu'on peut dire aux gens
40:46d'aller boire un coup
40:47chez vous
40:47s'ils passent à côté ?
40:48Bien sûr venez au Cham
40:48Au Cham ?
40:49Au Cham
40:50Ah mais c'est lié au handball
40:51Je note
40:51Pardon ?
40:52Est-ce que c'est lié au handball
40:53ou pas du tout ?
40:53Pas du tout
40:54Ah d'accord
40:54parce que c'est un geste
40:55du handball
40:56C'est un petit peu comme ça
40:57Je sponsorise l'équipe de handball
40:59de Palaiso
41:00Bah oui oui évidemment
41:02Merci beaucoup Élise Bainville
41:03Merci beaucoup Miné Gounbaye
41:05vous êtes directrice générale
41:06de la Fédération Nationale
41:07Solidarité Femmes
41:08et évidemment merci à toi
41:09Karine Jean-Selm
41:10tu es journaliste
41:10à la rubrique Société
41:11de l'Humanité
41:12merci beaucoup à toutes les trois
41:13et puis on invite les gens
41:14à aller boire un coup
41:15chez Élise
41:15et puis peut-être à rejoindre
41:20les informations sont disponibles
41:21sur vos sites internet
41:22sur les réseaux sociaux etc
41:24Merci beaucoup à toutes les deux
41:25Merci

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