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  • il y a 1 semaine
Le Mexique a été secoué par une vague de violences déclenchée dans une vingtaine d’États par les affidés de Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », tué lors d’une opération militaire menée dans la localité de Tapalpa, dans l’État de Jalisco, dimanche 22 février. Le retour au calme est en bonne voie selon les autorités, alors que 10 000 soldats ont été déployés en deux jours, dans l'ouest du pays.

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Transcription
00:00Comment la mort d'un puissant chef de cartel au Mexique a déclenché une vague de violence dans le pays
00:04?
00:04Dimanche 22 février, une opération menée contre le narcotrafic dans la localité de Tapalpa,
00:09à l'ouest du pays, a conduit à la mort de Nemezio Oseguera, alias El Mancho.
00:14Au total, au moins 26 personnes sont mortes.
00:17Alors avant qu'on rentre dans le contexte un peu général dans lequel s'est passée cette opération,
00:23qui était Nemezio Oseguera, alias El Mancho ? Qui c'était ?
00:28Alors, El Mancho, c'était donc le leader, c'était le numéro 1 du cartel Jalisco Nueva Génération,
00:37le cartel de Jalisco, qui est le cartel le plus puissant du Mexique.
00:46Donc c'est le cartel qui s'est imposé ces dernières années, qui a déplacé le cartel de Sinaloa,
00:51dont on entend beaucoup parler depuis l'arrestation, les multiples arrestations, évasion de son leader historique El Chapo.
00:59Donc El Mancho, c'était donc le leader de ce cartel, avec une autre approche du rôle de chef, on
01:07va dire,
01:08très discret, très peu de photos de lui.
01:11Et on savait qu'il était entre l'état de Jalisco et son état natal du Michoacan.
01:17C'est deux états qui sont collés.
01:19Et voilà, donc, au-delà de lui, le cartel de Jalisco, pour en parler un peu plus,
01:24pour entrer dans les détails de cette organisation.
01:29Peut-être que tu peux nous montrer, parce que je ne suis pas sûr que les gens connaissent très bien
01:32la géographie du Mexique.
01:34Peut-être que tu peux nous montrer les états dont tu nous parlais.
01:37Alors le Mexique, c'est 32 états, plus la capitale fédérale.
01:41Et donc il y a l'état de Jalisco, qui est ici.
01:45Donc c'est bien, c'est l'ouest du pays, avec sa capitale, Guadalajara.
01:49En fait, c'est une zone métropolitaine.
01:51Il y a ces quatre villes, c'est Sapopan, Tonalat, Laquepaque et Tlajomulco.
01:57Voilà, donc c'est la zone métropolitaine de Guadalajara.
01:59C'est plus 5-6 millions d'habitants.
02:02Et à côté, vous avez l'état du Michoacan, qui est l'état d'origine d'El Mencho.
02:09Donc on savait que c'est dans ce coin-là qu'il a été attrapé.
02:13Tapalca, c'est ça ?
02:14Tapalpa.
02:15Tapalpa, pardon.
02:16Tapalpa, c'est un très joli village.
02:19Là, c'est Tapalpa.
02:23Donc c'est à une heure et demie, deux heures de la capitale de l'État.
02:28Donc le cartel de Jalisco, c'est devenu le plus puissant.
02:30Comme je disais, il contrôle deux tiers des États du Mexique.
02:39Et c'est vraiment une organisation très, très, très puissante.
02:42Donc elle était considérée par les États-Unis comme la deuxième ou la troisième organisation criminelle la plus puissante au
02:48monde.
02:49Donc El Mencho a été recherché depuis très longtemps.
02:54Je crois que ça a été mis à prix pour 15 millions de dollars, je crois,
02:59donc recherché par la justice des États-Unis, donc pour le trafic de drogue.
03:05Donc voilà.
03:08C'est pour ça qu'en arrêtant El Mencho, les cartels réagissent comme à leur habitude dans ces situations-là.
03:16C'est-à-dire qu'ils tentent d'imposer par la force la récupération de leur chef.
03:23Ça, c'est déjà arrivé dans le passé avec lui.
03:26Tu veux dire qu'en déclenchant des violences, en fait, c'est pour mettre pression pour que leur chef soit
03:31libéré ?
03:32Voilà.
03:33Ça, c'est la stratégie de base.
03:36Donc ces blocages qu'on voit là, ce n'est pas du tout la première fois que ça arrive.
03:39Il y en a eu plusieurs, il y a eu plusieurs épisodes comme ça dans l'histoire récente, sur les
03:4310 dernières années, sur les 15 dernières années au Mexique.
03:48Des fois, ça fonctionne.
03:49Par exemple, il y a quelques années, dans l'État de Sinaloa, ce cartel avait réussi à obtenir la libération
03:54du fils d'El Chapo,
03:57en menaçant le gouvernement de mettre la ville de...
04:01C'était Culiacán à l'époque, je crois, de mettre vraiment la ville à feu et à sang.
04:04Ils en ont les moyens parce que c'est des cartels très puissants.
04:08Et donc voilà, c'est une façon de faire pression.
04:10Dans ce cas-là, ce qui s'est passé, c'est que l'opération a été un succès pour l
04:15'armée mexicaine.
04:16El Mencho a été arrêté et on ne sait pas encore trop les détails, mais il est mort durant le
04:21trajet qu'il emmenait vers Mexico.
04:23C'est durant le trajet, ce n'est pas lorsqu'il a été...
04:25Ce n'est pas lors de l'affrontement.
04:27On imagine qu'il a été blessé et qu'ensuite, il est mort suite à ses blessures dans l'avion,
04:31je crois, qui le transportait vers Mexico.
04:36Donc à ce moment-là, l'objectif, ce n'est plus de récupérer le chef, mais c'est de montrer
04:42justement la puissance, la force, le contrôle territorial qu'ont les cartels face à l'État.
04:49Ce n'est pas parce que notre chef est mort qu'on est impuissant, on continue d'exister, on continue
04:53de...
04:54Voilà. On imagine qu'il y a un ordre qui a été donné dans toutes les ramifications du cartel.
04:59Donc comme je vous disais, c'est deux tiers des États du Mexique.
05:01Et donc dans une vingtaine d'États, on a eu ce qu'on appelle au Mexique les narco-blocages, les
05:07narco-bloqueos.
05:09La plupart, je crois qu'il y en a eu près de 70, rien que dans l'État de Jalisco.
05:13Et donc c'est des véhicules qui sont incendiés en bloquant les avenues, en bloquant les axes principaux.
05:20Et des incendies, des assassinats pour mettre la pression.
05:25Et ce qui oblige toute la population à rester confinée chez elle.
05:29Avant qu'on revienne sur le rôle des États-Unis dans tout ça, parce que c'est quand même important.
05:34Est-ce qu'on a une idée du bilan ?
05:35Parce que moi, j'ai regardé hier, j'avoue que je n'ai pas eu le temps de regarder ce
05:37matin.
05:37J'ai regardé hier, on était à 26 morts lors de ces affrontements, vagues de violences.
05:41Déjà, est-ce qu'elles sont toutes finies ? Est-ce que la vague de violences est terminée ?
05:44Est-ce que le calme est revenu ?
05:46Ou est-ce qu'il y a encore des endroits où il y a, comme tu disais, des barrages, voire
05:50des affrontements entre les membres des cartels et les forces armées ?
05:54Alors, je n'ai pas les derniers chiffres.
05:56Mais tout ça, ça a commencé, ça a eu lieu dimanche.
06:00Dès le dimanche soir, le gouvernement insistait sur le fait que 90% des barrages avaient été enlevés.
06:08On peut imaginer qu'il n'y en avait pas autant qui ont été enlevés, parce qu'il y a
06:14quand même des images qui circulaient, des vidéos.
06:17J'en ai reçu pas mal où on voit qu'il y avait encore de l'activité de la part
06:21des narcotrafiquants.
06:21Mais l'État a envoyé 10 000 soldats, je crois, pour vraiment essayer de mettre fin à tout ça.
06:34Avec un contexte évidemment qui est important si on considère que le Mexique va recevoir la Coupe du Monde de
06:41football dans quelques mois.
06:42Donc vraiment, l'État a tout intérêt à montrer sa propre puissance, qu'il contrôle le territoire pour réimposer sa
06:48force face à ce cartel.
06:51Donc la Coupe du Monde, avec les États-Unis et le Mexique, c'est ça, c'est les deux pays
06:55qui...
06:55Et le Canada.
06:56Et le Canada, c'est sur les trois pays.
06:57Voilà, et donc certains matchs auront lieu à Mexico et certains dans la ville de Guadalajara.
07:02Ah oui, d'accord. Justement là où beaucoup de choses se passent.
07:05Voilà. Et bon, on peut rappeler par exemple que El Mencho, c'est pas la première fois qu'il est...
07:09En 2015, il a failli se faire arrêter.
07:12Et à cette époque, il avait été plus fort que l'État.
07:17À l'époque, c'était le gouvernement de droite d'Enrique Peña Nieto.
07:20Donc 2012 à 2018, qui était au pouvoir.
07:24Et ce cartel avait abattu un hélicoptère de l'armée.
07:28Donc ça montre la force de frappe qu'ont ces cartels.
07:32Et d'ailleurs, c'est le cartel de Guadalajara qui, en 2020, avait tenté d'assassiner l'actuel ministre de
07:39la Sécurité publique, Omar García Arfouch.
07:43À l'époque, c'était le chef de la sécurité de la ville de Mexico, de la capitale.
07:49Et il s'en prenait donc au cartel, notamment au cartel de Jalisco, qui est en train de monter en
07:55puissance dans la capitale.
07:56Et donc, il a souffert un attentat.
07:58En 2020, je crois que trois de ses gardes du corps sont décédées.
08:05Et voilà.
08:06Donc, alors que la ville de Mexico est quand même un sanctuaire ou plutôt une zone relativement calme, si on
08:13compare au reste du pays.
08:14Très calme même, on pourrait dire.
08:15Et faire un attentat contre le chef de la sécurité de la ville de Mexico en 2020, ça montrait la
08:24force de frappe vraiment de ce cartel qui, aujourd'hui, subit un coup très dur de la part de ce
08:29même personnage qui, aujourd'hui, est le ministre de la Sécurité, Omar García Arfouch.
08:35J'ai envie de te poser une question.
08:36C'est que pour beaucoup de gens qui ne connaissent pas le Mexique, qui ne connaissent le Mexique qu'à
08:40travers la culture populaire, les films, etc.,
08:42c'est vrai que le Mexique est souvent présenté comme un pays en pro-gang à la violence, extrêmement dangereux,
08:47etc.
08:48Qu'en est-il ? Là, tu disais effectivement que Mexico, c'était plutôt un sanctuaire de paix, entre guillemets.
08:54Est-ce que cette vision très violente du Mexique, très dangereuse, est-ce que c'est une vision qui est
09:00plutôt réaliste ?
09:01J'imagine que c'est plus compliqué que ça.
09:03Mais est-ce que, voilà, tu peux nous parler de la violence au Mexique ?
09:07Qu'est-ce qu'elle représente ? Est-ce qu'elle fait vraiment partie du quotidien des Mexicains et des
09:10Mexicaines ?
09:10Elle fait partie du quotidien, comme un peu partout en Amérique latine, qui est le continent le plus violent du
09:17monde.
09:18Mais bon, pour mettre en parallèle, on peut noter que le Mexique est une des premières puissances touristiques au monde.
09:26Donc, il y a énormément d'étrangers qui se rendent au Mexique tous les ans.
09:30Et tout ça pour vous dire qu'il n'y a pas de...
09:33C'est comme partout, il y a des endroits où il ne faut pas aller et d'autres où il
09:36ne se passe aucun problème.
09:43Donc, voilà, on peut dire qu'il y a des zones qui sont dangereuses, mais globalement, on y vit très
09:50bien, de ce point de vue-là, en sachant où aller ou ne pas aller.
09:54Et il faut noter aussi un phénomène qui est un peu triste, on pourrait dire, c'est qu'il y
09:58a...
09:59On reviendra sur ça plus tard, mais le Mexique a traversé une vraie descente aux enfers,
10:04avec une exacerbation du niveau de violence phénoménale durant ces 15 dernières années.
10:12Et la population s'habitue.
10:14Donc, le niveau d'acceptation de violence est monté tellement haut qu'aujourd'hui, par exemple, ces narco-blocages,
10:22c'est pas si...
10:27Avec une violence aussi qui est très graphique, les cartels communiquant à travers les réseaux sociaux,
10:35là-bas, on s'habitue à voir des scènes horribles.
10:39Et donc, comme partout en Améclatine aussi, malheureusement, on s'adapte, on accepte la violence,
10:45même si la situation s'améliore depuis ces dernières années au Mexique.
10:48Donc, on peut revenir sur ça un peu plus tard.
10:51Oui. Alors, vas-y, vas-y.
10:53Oui, juste sur l'opération en soi, il y a quelque chose qui est important de souligner,
10:58c'est que tout de suite, le gouvernement états-unien a voulu tirer la couverture vers lui.
11:03C'est ça que je voulais te demander, justement, sur le rôle des États-Unis,
11:06parce qu'on sait maintenant que le prétexte de la guerre contre le narcotrafic
11:11a justifié beaucoup de politiques impérialistes violentes des États-Unis,
11:15évidemment sur le Venezuela, mais globalement sur toute l'Amérique latine.
11:19Dans quelle mesure ? Donc là, c'est une opération militaire menée par le Mexique.
11:22A priori, les États-Unis n'ont rien à faire là-dedans.
11:25Mais quand même, est-ce qu'au-dessus de cette opération, il n'y avait pas la pression des États
11:30-Unis
11:30qui disait à Claudia Chimbone, globalement, la présidente du Mexique,
11:34« Là, il va falloir intervenir, sinon on va le faire nous-mêmes. »
11:37Alors, les États-Unis ont eu un rôle dans cette affaire.
11:43La présidente Claudia Chimbone, je la cite,
11:46elle a précisé que l'opération avait été menée avec des informations complémentaires
11:51fournies par les États-Unis, mais qu'elle avait été menée de A à Z
11:56sans aucune participation des forces militaires états-uniennes.
12:00Et là, les mots sont importants, c'est très important politiquement,
12:02parce que, oui, il y a une coopération,
12:04et c'est ce que son gouvernement met en avant depuis le retour de Trump au pouvoir,
12:08qui est très agressif sur ce sujet-là.
12:11Et elle, elle se montre totalement disposée à coopérer du point de vue du renseignement.
12:16Et donc là, elle le dit, elle l'admet, oui, il y a eu des informations complémentaires.
12:20C'est-à-dire que ce n'est pas eux qui nous donnent, c'est un échange, on est copains.
12:24Ils nous ont donné des informations, mais ça a complété ce que nous, nous avions déjà.
12:28Et surtout, pas de soldats états-uniens qui ont participé directement,
12:33parce que ça, c'est quelque chose, c'est une menace que Trump agite depuis très longtemps.
12:39Il y a quelques mois, on se rappelle qu'il avait menacé de bombarder certaines zones du Mexique,
12:43là où les États-Unis pensaient qu'il y avait des cartels importants de drogue.
12:47Oui, c'est très récurrent de la part de Trump.
12:49Toutes les deux semaines, il dit que le Mexique est un narco-État,
12:53que ce sont les cartels qui dirigent le pays, que le gouvernement ne contrôle rien.
12:57Ensuite, il se calme, il passe à autre chose. Ensuite, ça recommence.
12:59Et donc là, c'est très important, ces mots de Claudia Schoenbaum,
13:04pour réaffirmer que le Mexique domine son territoire.
13:09Et souverain aussi quelque part.
13:11Et souverain, n'a pas besoin des États-Unis, mais qu'il coopère et qu'il le fait volontiers.
13:16Et donc, c'est très important politiquement pour réaffirmer, comme tu le dis, sa souveraineté.
13:22Tu disais aussi qu'effectivement, il n'y avait pas eu de force de soldats états-uniens,
13:27mais que c'était des armes états-uniennes que les soldats mexicains avaient utilisées dans cette opération militaire ?
13:35Non, ce n'est pas ça que tu m'as dit hier soir ?
13:36Que les cartels.
13:38Ah oui, pardon, c'est les cartels. J'ai tout mélangé.
13:41Les cartels utilisent beaucoup d'armes qui proviennent des États-Unis.
13:44Alors là, selon les informations du gouvernement, 80% des armes qui étaient en possession des cartels,
13:51des narcotrafiquants qui se sont fait arrêter lors de cette opération, 80% venaient des États-Unis.
13:57Alors, il n'y a rien de nouveau dans tout ça, parce que c'est quelque chose que le gouvernement
14:00mexicain dénonce depuis très longtemps.
14:01C'est justement le rôle de l'industrie de l'armement des États-Unis qui permet d'une certaine façon
14:10aux cartels mexicains d'avoir une telle puissance.
14:14Il faut savoir qu'aux États-Unis, n'importe quel citoyen peut se procurer des armes, même des armes de
14:21guerre, des armes lourdes.
14:23Et sur toute la frange, sur toute la frontière qui donne sur le Mexique, il y a 4000 points de
14:32vente, 4000 armuries.
14:34Donc, si on regarde le plan de la répartition des armuries aux États-Unis, elles sont très nettement collées, principalement
14:40collées à la frontière.
14:41Pourquoi ? Parce qu'ils savent très bien que ces armes vont traverser la frontière de façon illégale.
14:46Mais il n'y a aucune mesure qui est mise en place pour empêcher ça. D'ailleurs, je crois que
14:50l'Humanité, on a publié un papier sur ça il y a moins de deux semaines,
14:56où une nouvelle enquête du New York Times montre comment des armes, alors ce n'est pas seulement des armes
15:03qui peuvent être vendues aux civils,
15:04c'est des armes destinées à l'armée des États-Unis, ont fini dans les mains des cartels.
15:10Donc, tout ça pour souligner encore le laisser-faire des autorités états-uniennes.
15:15Et ça, c'est quelque chose que le Mexique réclame beaucoup, parce qu'il dit, oui, c'est vrai, on
15:18a un problème de violence chez nous.
15:20D'où il vient, on en revient après. Mais vous avez aussi un rôle à jouer.
15:25Oui, c'est ça, parce que là, les États-Unis, Donald Trump disent, en fait, le Mexique est un narco
15:29-État, vous n'êtes pas souverain, vous faites n'importe quoi.
15:32Sauf que les États-Unis ne mettent rien en place pour limiter l'accès aux armes du cartel.
15:37Mais aussi, où va la drogue qui est produite par les narcotraffics ?
15:44Ça va en priorité aux États-Unis aussi.
15:46Donc, si les États-Unis et l'administration de Trump voulaient vraiment baisser la violence au Mexique et la violence
15:52qui arrive aux États-Unis,
15:53ce serait en contrôlant les armes et la drogue.
15:56Et la consommation.
15:57Les États-Unis, c'est le premier pays consommateur de drogue au monde.
16:01Donc, c'est le plus grand marché.
16:02C'est un marché pour les cartels.
16:03C'est un marché dont les bénéfices sont phénoménaux.
16:09On parle de milliards de dollars tous les ans.
16:12Si les États-Unis voulaient vraiment tarir ce flux de drogue et s'en prendre à la consommation, au final,
16:20c'est un problème de santé publique.
16:21C'est un problème de santé publique, mais il n'y a pas, en tout cas au niveau fédéral aux
16:26États-Unis, de politique de santé publique pour viser à freiner la consommation, à la réduire, à prendre soin de
16:31ces gens qui sont malades.
16:33Quand on consomme des drogues dures, c'est difficile, voire impossible, avec les nouvelles drogues, de s'en sortir.
16:39Donc, tant qu'il y aura un marché, c'est là aussi, c'est ce que disent les États-Unis,
16:44tant qu'il y aura un marché, tant qu'il y aura de la demande, les cartels continueront d'opérer
16:50et de se battre et de créer des situations violentes parce que le marché est tellement juteux.
16:57Tu parlais de drogue dure. La drogue qui circule du Mexique vers les États-Unis, c'est quoi ? C
17:01'est essentiellement de la cocaïne ?
17:03Alors, ce qui est la cocaïne, oui, beaucoup, mais c'est les nouvelles drogues de synthèse qui sont en train
17:10de prendre le marché et qui font des ravages aux États-Unis.
17:15Mais bon, rien n'est fait de ce côté-là, du point de vue des autorités.
17:18Oui, si Trump avait vraiment quelque chose à faire de la lutte contre la drogue, il commencerait par mettre en
17:23place des vraies politiques d'accompagnement et de régulation.
17:26Pour viser la consommation, oui.
17:27Oui, pour viser la consommation. Louis, tu commençais à dire tout à l'heure que le Mexique vivait une véritable
17:33descente aux enfers depuis une quinzaine d'années.
17:35Qu'est-ce que c'est que cette descente aux enfers ?
17:38Alors ça, c'est quelque chose de très intéressant et dont on parle assez peu dans la plupart des médias
17:44mainstream.
17:46C'est vrai qu'il y a une réalité de violence au Mexique. Je parlais de descente aux enfers.
17:52Tout ça, ça a commencé en 2006. Ça a commencé avec la droite au pouvoir, ou plutôt qui se perpétue
17:58au pouvoir à travers une fraude électorale.
18:02Donc en 2006, c'est la gauche qui remporte l'élection présidentielle. C'est prouvé presque scientifiquement, je vais dire,
18:11au niveau statistique.
18:12Mais la droite fait une fraude, comme c'est une vieille habitude au Mexique.
18:17Ça a été une vieille habitude au Mexique, sans que ça ne dérange jamais l'Occident durant tout le siècle
18:21dernier.
18:22Et donc c'est Felipe Calderón, du Parti Action National, qui s'impose au pouvoir.
18:30Sauf qu'à l'époque, il perd contre Hamlo, le président López Obrador, qui donc s'était présenté en 2006.
18:37Et Hamlo, avant de devenir candidat à l'élection présidentielle, c'était le maire de la ville de Mexico.
18:42Donc il jouissait sur place d'un très fort soutien populaire.
18:46D'une légitimité assez importante.
18:48Et d'un soutien dans la ville, dans la capitale.
18:50Donc quand Felipe Calderón remporte, ou plutôt s'impose à la présidence,
18:56la gauche bloque, ou en tout cas fait des énormes manifestations, donc en 2006, dans la capitale.
19:03Et lui, il se voit un peu, il faut qu'il impose sa légitimité.
19:07Alors qu'est-ce qu'il fait ?
19:08Moins d'une semaine après avoir pris le pouvoir, il déclare qu'il lance la guerre contre la drogue, la
19:17guerre contre les cartels.
19:18Ce n'était pas prévu dans son programme.
19:21C'est vraiment une façon d'asseoir son autorité.
19:25Sauf que les cartels réagissent et disent, ah d'accord, tu veux nous faire la guerre ?
19:29Eh bien, nous allons faire la guerre.
19:31Alors qu'auparavant, il y avait des accords, et par le biais de la corruption,
19:34disons que le Mexique était divisé entre 4 ou 5 gros cartels,
19:37et que tout le monde s'entendait bien avec les autorités.
19:39Enfin, il y avait une connivence qui fait qu'il y avait une relative paix.
19:44Tout d'un coup, eh bien, ça a été la guerre.
19:46Donc les cartels pour montrer leur puissance, pour ne pas se laisser faire face à un État qui voulait leur
19:50faire la guerre,
19:52ont commencé à être très, très, très violents, à s'en prendre à la population civile,
19:58avec de l'autre côté les militaires qui ont été sortis des casernes pour mener cette guerre,
20:04des militaires qui n'étaient pas faits pour ce genre d'activité.
20:07Et donc, on peut dire que la population civile s'est retrouvée prise en étau entre, d'un côté, les
20:13cartels,
20:14et de l'autre, l'État mexicain.
20:17Et alors, donc, il y a eu une véritable descente aux enfers.
20:21Depuis fin 2006, depuis décembre 2006, et la déclaration de cette guerre,
20:25il y a eu une explosion du taux d'homicide.
20:30Moi, j'ai vécu là-bas de 2000 à 2010,
20:32et le pays que j'ai quitté, donc en 2000, quand je suis revenu en France,
20:37c'était déjà plus le même que celui que j'avais connu au début des années 2000,
20:42avec donc une explosion de la violence.
20:44Et si on regarde les chiffres, c'est assez dantesque.
20:48Enfin, on parle de 400 000 morts.
20:51Lié à cette guerre contre le narcotrafic ?
20:54À l'explosion du taux d'homicide lié à cette guerre.
20:56400 000 morts par an ?
20:57Non, depuis 2016.
20:59Oui, 400 000 morts, 120 000 disparus.
21:02Donc, c'est plus que tous les disparus sous les dictatures de l'opération Condor,
21:08durant les dictatures militaires du siècle dernier au Côte-Sud.
21:11Des fosses communes, des violations des droits de l'homme permanentes,
21:15donc avec cette population prise en étau entre les deux.
21:18Donc, on peut vraiment parler de descente aux enfers.
21:21Et ça a bien fait les affaires des États-Unis,
21:23parce que qui dit guerre contre la drogue, c'est ce dont tu parlais tout à l'heure,
21:26dit facilité d'accès pour les États-Unis, parce qu'on fait appel à eux.
21:31Enfin, la droite, les gouvernements de droite font appel aux États-Unis
21:35pour signer des accords de coopération militaire.
21:38Les États-Unis, donc, mettent simplement encore plus avec leurs agences.
21:43Et bon, tout ça, au final, ça sert à leurs opérations d'espionnage.
21:47Donc, comme tu le disais, le trafic de drogue, c'est le prétexte parfait
21:52pour les États-Unis pour intervenir.
21:55Et donc, oui, voilà, avec une hypocrisie qui est quand même totale,
22:03parce que le ministre de Felipe Calderón, qui est chargé de la sécurité publique,
22:08c'est Renaro García Luna,
22:11c'est lui, c'est le chef de l'antidrogue, de la guerre contre la drogue.
22:15Alors, et c'est quelque chose qu'au Mexique, tout le monde savait depuis le début,
22:20il était lié avec le cartel de Sinaloa, en fait.
22:22Il faisait la guerre au cartel, sauf à un, celui d'El Chapo,
22:28et au point de...
22:32Il purge une peine de prison actuellement aux États-Unis,
22:36parce que finalement, ça a été prouvé qu'il collaborait avec les cartels.
22:39Mais il a fait tout le mandat de Felipe Calderón.
22:41Donc, de fin 2006 jusqu'à...
22:43Jusqu'à 2012.
22:45Et donc, les États-Unis, qui savent tout ce qui se passe au Mexique,
22:49parce qu'ils ont une présence au niveau des renseignements
22:53qui leur permet de tout écouter,
22:57évidemment qu'ils savaient ça.
22:59Ils le savaient, mais voilà, c'est la duplicité,
23:02c'est l'hypocrisie de cette politique étrangère américaine,
23:05enfin nord-américaine, de soi-disant guerre contre la drogue.
23:08En fait, l'objectif n'est jamais de mettre fin au trafic de drogue,
23:12parce que le trafic de drogue est un prétexte pour eux
23:15d'avoir une main mise sur le pays
23:17et d'être présent et donc ouvrir les portes de l'ingérence.
23:22Tu disais une descente aux enfers depuis une quinzaine d'années.
23:25Ça en est où aujourd'hui ?
23:26Parce que Claudia Schoenbaum, la présidente du Mexique,
23:29qui est une présidente de gauche progressiste,
23:32est-ce qu'elle finalement, elle est obligée de continuer
23:35à mener cette grande petite drogue, elle est prise là-dedans ?
23:37Ou est-ce que la gestion du narcotrafic par la gauche
23:42est différente de celle de la droite ?
23:44Alors le combat contre la drogue continue,
23:46mais effectivement, il y a eu un changement de paradigme total.
23:50Pourquoi ? Quand Hamelot, Andrés López Obrador,
23:56parvient enfin à se faire à la tête du pays en 2018,
24:01parce que le soutien populaire qu'il a est tellement fort...
24:06Hamelot, c'était celui qui s'opposait à Felipe en 2006,
24:10qui a gagné, mais qui en fait, c'est le président de droite
24:13qui a remporté le pouvoir.
24:14Il s'est repassé la même chose en 2012.
24:16Il a encore une fois gagné, mais là, le système de fraude était différent,
24:20mais là, c'est Peña Nieto qui s'impose, donc la droite encore.
24:23Et en 2018, le soutien populaire qu'il a est tellement fort,
24:27le soutien accumulé durant toutes ces années,
24:29que là, c'est impossible pour la droite de tricher,
24:31il faut le laisser parvenir au pouvoir.
24:33Et là, une des premières choses qu'il fait,
24:35c'est de déclarer la fin de la guerre contre la drogue,
24:39ou plutôt la fin, le changement de stratégie,
24:41parce que le problème existe toujours.
24:43Le pays est embourbé dans une violence extrême.
24:49Mais donc, il décide de s'attaquer à ce problème
24:52avec une approche progressiste,
24:55c'est-à-dire qu'au lieu de miser sur le tout sécuritaire
24:58et sur la répression, avec les conséquences que ça peut avoir
25:01en matière de violation des droits de l'homme,
25:03il décide de s'occuper aux racines du problème,
25:07aux racines sociales.
25:08Donc la pauvreté, on imagine...
25:10Exactement.
25:11Et donc, il axe toute sa politique sur la lutte contre la pauvreté.
25:15D'ailleurs, c'est le slogan de ce gouvernement de gauche,
25:19c'est « Pour le bien de tous, priorité aux pauvres ».
25:22Parce qu'il sait que c'est par le bas de la pyramide
25:24qu'il faut commencer à améliorer la situation
25:27si on veut que le pays sorte du gouffre.
25:29Donc ça, depuis 2018, il y a un changement de paradigme,
25:33on est en 2026.
25:34Est-ce que ce changement de paradigme a commencé à apporter ses fruits ?
25:38Est-ce qu'il a été déjà perpétué par Claudia Sheinbaum ?
25:42Et on en est où là ?
25:43Oui, alors, dans cette stratégie, il a quand même renoncé.
25:50Il y a eu un renoncement par rapport à ce qui était sa campagne présidentielle.
25:53Il avait promis de renvoyer les militaires dans les casernes.
25:57Une fois arrivé au pouvoir, il est face à une situation qui est intenable
26:01et donc finalement, il continue la militarisation du pays
26:05en créant un nouvel organisme, la garde nationale.
26:10Mais au final, c'est la poursuite de la militarisation du pays.
26:15Mais donc avec une approche visant à respecter les droits de l'homme.
26:21Et ça a des résultats.
26:25Ça a des résultats durant son gouvernement.
26:27Alors c'est impossible de résoudre une situation infernale en 10 ans.
26:31Ça demande plusieurs dizaines d'années.
26:33Mais il a réussi à stabiliser le taux d'homicide.
26:37Ça s'est stabilisé durant son gouvernement.
26:39Donc il n'y a plus eu de montée du taux d'homicide.
26:43En 2024, sa successeur, Claudia Schoenbaum, arrive aussi portée par un très fort soutien populaire
26:54parce que le mandat d'Amelot était très bon.
26:56Il était très apprécié.
26:57Donc elle remporte très nettement l'élection de 2024.
27:00Et elle continue cette même stratégie de s'attaquer à la racine du problème.
27:06Et là, durant sa première année de mandat,
27:10là, on commence à voir que la courbe commence à descendre.
27:12Il y a eu moins de 32% du taux d'homicide.
27:16Alors on en est toujours à 60 homicides par jour, ce qui est énorme.
27:20Mais on voit bien que la situation s'améliore et surtout on voit d'où on vient.
27:25Donc ça commence à porter ses fruits.
27:27Et elle, elle a aussi beaucoup misé sur une intensification des...
27:33Elle a voulu plus miser sur le renseignement
27:36et sur une coopération des polices des différents États.
27:41Et elle a tiré profit de...
27:44Alors Amelot a été moins frontal dans son attaque contre les cartels.
27:48Ça lui a été reproché.
27:49Mais sa stratégie, c'était de abrazos no balasos.
27:51Ça veut dire des accolades, pas des balles.
27:54Donc voilà, vraiment...
27:56On se tolère pour pas qu'on s'y aille dessus, quoi.
27:59Donc pendant tout son mandat, il n'a pas attaqué frontalement les cartels.
28:03Ça lui a été reproché.
28:04Mais en même temps, il renforçait discrètement, on pourrait dire, la garde nationale.
28:10Arrive Claudia Schenbaum.
28:11Elle a cet appareil sécuritaire, répressif à sa disposition.
28:17Et on en voit le résultat aujourd'hui avec donc cette opération qui a été menée de à z par
28:22l'armée mexicaine
28:23et avec des résultats satisfaisants.
28:26Enfin, avec un succès.
28:27Un succès, oui.
28:43Un succès.
28:44Pour parler d'un contexte et d'une politique plus globale.
28:47Et on essaie un petit peu de remonter dans le temps.
28:49C'est aussi ça.
28:50C'est aussi grâce aux journalistes spécialisés que vous êtes, que vous connaissez bien le terrain.
28:54Donc voilà, là, on vous laisse s'appuyer sur la mort d'El Mencho dimanche
28:59pour parler un peu plus du contexte du Mexique.
29:02Est-ce qu'on s'arrête là, Louis ?
29:03Est-ce qu'on a fait le tour ?
29:05Pour terminer, on peut dire que la mort d'El Mencho ne signifie pas la disparition de ce cartel.
29:14Tout peut arriver.
29:15Il peut y avoir...
29:16Alors, est-ce qu'il va y avoir une phase de reconfiguration ?
29:18Il y a déjà plusieurs.
29:19Il y a 4, 5 noms de possibles successeurs qui circulent.
29:24Est-ce que ça va être une succession violente ou pas ?
29:26Est-ce qu'il va y avoir des divisions ?
29:27Tout ça, c'est un peu tôt pour le dire.
29:31Mais ce qui est sûr, c'est que le gouvernement mexicain a marqué des points avec la mort d'El
29:40Mencho.
29:40Il a marqué des points auprès de sa population ou auprès des États-Unis
29:43ou des deux ?
29:44Auprès des deux, j'irais.
29:46Mais surtout des États-Unis qui reconnaissent l'efficacité de l'opération.
29:53Et ça permettra à Donald Trump de mettre un peu en veilleuse toutes ses attaques frontales
30:00en parlant de narco-État.
30:02Oui, c'est vrai.
30:02Oui, c'est vrai.

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