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  • il y a 16 heures
Le terme « Françafrique » désigne à un héritage historique et un système de dominations à l’œuvre dans les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines. Un rapport de l'association Survie « Que reste-t-il des intérêts économiques de la France en Afrique ? » apporte un éclairage nouveau alors que le discours sur la « fin de l'influence française en Afrique » a tendance à s'imposer dans le débat public. On en parle avec Benjamin König, journaliste au service Monde de l'Humanité et Théo Bourrieau, journaliste Web, qui anime l'entretien.

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Transcription
00:00Pourquoi la France-Afrique se porte toujours aussi bien ?
00:02Dans un rapport publié aujourd'hui, l'association Survie a épluché les relations économiques
00:08entre la France et le continent africain.
00:10L'influence française demeure intacte de par le nombre de filiales et leur poids économique,
00:15notamment dans les ex-colonies.
00:16Alors peut-être avant de rentrer dans le cœur du rapport,
00:18c'est important de réexpliquer très simplement ce que c'est que la France-Afrique,
00:22parce que c'est une notion dont on entend beaucoup parler,
00:25que beaucoup de monde utilise, mais qui n'a pas forcément tout à fait la même signification
00:29selon comment on l'emploie et qui l'emploie ?
00:31Oui, bonjour tout le monde. Bonjour Théo d'abord.
00:34Alors oui, effectivement, c'est une question qui est centrale,
00:38parce que c'est une expression qui est née dans les années suivantes,
00:44les indépendants, c'est-à-dire autour des années 60, selon les pays africains,
00:49mais en tout cas c'est à peu près ça.
00:52C'est une expression d'ailleurs au début qui n'était pas formée d'un seul mot d'ailleurs,
00:56qui était formée de France-Afrique.
00:59Avec un tir entre les deux.
01:00Voilà, et qui désigne, alors c'est un vocable un peu fourre-tout,
01:05qui est parfois utilisé à tort et à travers,
01:08mais qui désigne en gros l'ensemble des relations de domination
01:12entre la France et ses anciennes colonies.
01:15Que ce soit une domination politique avec des régimes mis en place,
01:21soutenus par Paris, qui n'a pas hésité à faire soutenir des assassinats,
01:28notamment Lumumba par exemple en RDC,
01:31enfin il y en a beaucoup d'autres, Sankara,
01:34on sait que la France aussi était impliquée,
01:37pas directement mais dans son assassinat,
01:39en tout cas elle soutenait Blaise Compaoré.
01:41Voilà, donc c'est d'abord une question politique,
01:44mais évidemment les deux sont liés avec l'économie,
01:47c'est-à-dire qu'en fait il fallait des régimes,
01:50alors on vous donne l'indépendance,
01:51mais on veut des régimes qui nous soient favorables
01:53pour maintenir nos intérêts.
01:55Voilà, c'est ça la France-Afrique.
01:56En gros, avec des personnages clés,
01:59notamment si, je pense que pas mal de monde le connaît,
02:03mais s'il y en a qui ne le connaissent pas,
02:04je vous invite à aller voir qui est Jacques Faucard,
02:08qu'on appelait le Monsieur Afrique de Charles de Gaulle,
02:11donc vraiment on est dans les années post-indépendance,
02:14et qui était le garant des intérêts français
02:17auprès des régimes africains.
02:18Voilà, c'est ça la France-Afrique.
02:20Voilà, je pense que c'était une petite mise au point nécessaire
02:21pour que tout le monde ait bien tous les mêmes éléments de compréhension.
02:25Je vous passe le début du rapport,
02:28enfin l'introduction du rapport qui m'a interpellé.
02:30Une déclaration d'Emmanuel Macron en 2026,
02:33il y a quelques jours, le 8 janvier.
02:35Au fond, nous nous sommes pris dans un espace du jeu très étonnant
02:39où nous, Français et Européens,
02:40nous subissons les discours anticoloniaux
02:42qui ne correspondent plus à des réalités, à notre pratique.
02:45Alors, est-ce que ces discours anticoloniaux
02:47ne correspondent effectivement plus à la réalité
02:49de ce qui se passe en ce moment ?
02:51Je pense que Emmanuel Macron a l'art d'inverser la réalité.
02:54Sur ce point, c'est assez évident,
02:56et notamment d'ailleurs sur l'ensemble de ses relations avec l'Afrique.
02:59On se souvient à l'époque qu'il disait que la France
03:00n'avait pas été remerciée pour ses interventions militaires au Sahel,
03:05contre notamment l'opération Barkhane,
03:07alors qu'elle a concouru à mettre le bazar,
03:11pour rester poli,
03:14en se plantant notamment sur la stratégie,
03:17sur l'analyse politique, etc.
03:21Alors, c'est intéressant,
03:22parce qu'en fait, ce qu'il dit là,
03:24notamment, c'est sur le fait qu'en gros,
03:26la France n'aurait plus vraiment d'intérêt particulier en Afrique.
03:29C'est-à-dire qu'elle est aujourd'hui traitée
03:33comme les autres pays,
03:35c'est-à-dire que c'est les pays africains
03:37qui décident de leurs contrats,
03:41de leurs accords économiques ou politiques
03:43avec d'autres pays, ce qui est vrai,
03:45et ce qui est heureusement enfin le cas.
03:48Emmanuel Macron semble attribuer ça
03:50à un discours anticolonial,
03:52ce qui en fait relève quand même
03:53de la souveraineté de chaque pays.
03:55C'est quand même normal que chaque pays
03:56puisse choisir ses partenaires,
04:00choisir avec qui il peut signer
04:01des contrats économiques ou autres.
04:04Donc déjà, ça, première chose.
04:05Mais c'est évidemment toujours pratique
04:08et facile d'accuser les discours,
04:11les décoloniaux, les anticoloniaux.
04:13Voilà. Alors, ce qu'il en est réellement maintenant,
04:16et c'est là qu'on va venir au fond du rapport.
04:19Un petit mot sur Survie, d'ailleurs,
04:20qui est une très excellente association
04:22qui existe depuis 1984
04:24et qui travaille sur l'ensemble
04:27de l'anticolonialisme,
04:29à la fois sur des sujets politiques,
04:32économiques, avec les anciens pays africains,
04:34mais aussi sur la Kanaki,
04:36et qui est très active,
04:38notamment sur les questions du Rwanda,
04:40à l'époque, par exemple,
04:41de la complicité de la France
04:42dans le génocide rwandais.
04:44Je vous ai mis là le site,
04:45voilà, survie.org,
04:46si vous voulez aller regarder
04:47tout ce qu'ils produisent,
04:49et donc notamment le rapport
04:51qui est sorti, il y avait en margoucette nuit,
04:53c'est ça, cette sortie ?
04:54C'est tout frais de ce matin ?
04:55Oui, c'était ce matin, exactement.
04:57Donc, en plus, oui, oui,
04:59ils font beaucoup, beaucoup de rapports
05:01du travail de fond sur ces sujets-là,
05:02et donc c'est des partenaires
05:05avec qui, sur qui on peut s'appuyer,
05:08avec qui on est en contact régulièrement
05:09sur beaucoup de sujets, voilà.
05:11Donc, survie a préparé ce rapport.
05:14La question de base,
05:15quand j'ai eu la porte-parole de survie,
05:17Pauline Tétillon,
05:17je lui dis, au fond,
05:18qu'est-ce qui vous a donné l'idée
05:20de faire ça ?
05:21Elle disait, en fait,
05:22on entend toujours des discours déclinistes
05:24sur la présence,
05:25la puissance française en Afrique,
05:27etc., du genre aujourd'hui,
05:30et puis d'ailleurs,
05:30on est foutu dehors politiquement,
05:32dans certains pays,
05:33par exemple le Burkina, le Mali, etc.,
05:35ou alors les bases militaires,
05:37et en fait, aujourd'hui,
05:38on n'a plus vraiment d'intérêt,
05:40la France n'a plus vraiment d'intérêt en Afrique.
05:42Alors, qu'est-ce qu'il en est réellement ?
05:45Eh bien, pour une part, c'est vrai.
05:47C'est la première partie de ce rapport.
05:49C'est-à-dire, en fait, pour une part,
05:51si on regarde superficiellement,
05:52si on regarde les parts de marché
05:55que représente la France en Afrique,
05:57ça a chuté.
05:58Depuis les années 70,
05:59l'âge d'or de la France-Afrique,
06:01et notamment la fin des années 70,
06:03en 79,
06:04les parts de marché de la France en Afrique,
06:06c'était 15%.
06:07C'est-à-dire que la France possédait en gros 15%
06:09de toutes les entreprises,
06:11de toutes les compagnies,
06:12de toute l'économie du pays ?
06:13Possédée,
06:14ou en tout cas,
06:15effectivement,
06:16c'est toujours pareil,
06:17parce que les parts de marché,
06:18c'est calculé sur les échanges commerciaux.
06:21Donc là, on parle vraiment d'échanges commerciaux.
06:23En fait, c'est toujours pareil,
06:24ça dépend de quels sont les indicateurs qu'on prend.
06:26Donc, il est vrai que les parts de marché de la France en Afrique
06:32ont drastiquement baissé,
06:34puisqu'aujourd'hui, c'est 3%.
06:35C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
06:37l'Afrique commerce avec la France
06:40pour 3% de son volume économique,
06:42alors que c'était 15% en 79.
06:45On attribue souvent ça à la Chine,
06:48à l'Inde, à la Turquie,
06:50voire aux États-Unis aussi,
06:52c'est-à-dire, en gros,
06:53à la concurrence internationale.
06:56Là encore, c'est une erreur,
06:59parce qu'en fait,
07:01cette baisse s'était amorcée
07:02à partir du début des années 80,
07:06donc 20 ans avant
07:07que la Chine arrive en Afrique
07:10ou que l'Inde arrive en Afrique.
07:12Et on se rend compte qu'aujourd'hui,
07:13même les parts de marché de la Chine
07:15sont loin d'être majoritaires,
07:17je ne sais plus exactement,
07:18mais c'est plus que la France,
07:19mais ce n'est pas...
07:21Ce n'est pas ça qui explique ce déclin-là.
07:24Il y avait aussi un exemple
07:25que tu cites dans le papier,
07:26c'est sur le coton,
07:27parce que c'est assez énorme.
07:29En 1956, la France importait
07:32344 000 tonnes par an de coton,
07:34aujourd'hui, même pas 10 000 tonnes.
07:36Mais à côté de cette baisse du coton,
07:38le rapport dit,
07:39c'est ce que tu écris dans le papier,
07:40c'est qu'il y a d'autres produits
07:41qui ont continué d'être exportés,
07:44notamment cacao,
07:46huile de palme, café.
07:47Comment on explique le très gros déclin du coton,
07:50mais sur les produits alimentaires,
07:53on voit toujours un commerce assez fort,
07:55des échanges commerciaux assez forts ?
07:57Eh bien, en fait, ça témoigne
07:58et ça met en lumière
07:59des choses qui nous concernent
08:02plutôt, nous, Français,
08:04c'est-à-dire, en gros,
08:06le déclin de notre industrie productive classique.
08:10Le coton, c'est un très bon exemple,
08:11c'est pour ça que je l'ai mis dans le papier.
08:13Dans le rapport, il y a beaucoup d'autres produits,
08:16beaucoup d'autres choses qui sont mises en lumière.
08:17Je vous invite vraiment à aller le lire,
08:19c'est très intéressant.
08:20Je vous le mets là, en plus,
08:20il fait 44 pages,
08:21ce qui, pour un rapport d'une association,
08:23reste assez digeste.
08:25Des fois, on voit 200, 300, 400 pages de rapports.
08:28Là, vous pouvez aussi aller lire.
08:29Vous pouvez surtout aller lire le papier de Benjamin
08:31qui vous fait un petit condensé de tout ça.
08:32C'est ça, c'est un condensé.
08:34C'est pour ça que j'ai choisi le coton,
08:35parce que c'est emblématique.
08:36C'est un produit phare,
08:37en plus des exportations de matières premières
08:41de nombreux pays africains,
08:43et notamment de nos anciennes colonies.
08:45Le coton, en fait, servait à quoi ?
08:47Il servait évidemment à l'industrie textile française.
08:49Sauf que l'industrie textile française,
08:52elle a été laminée par le néolibéralisme,
08:55par les délocalisations.
08:58Et aujourd'hui, la France n'importe plus de coton.
09:03Elle importe des vêtements déjà fabriqués.
09:05Ce n'est plus la France qui fabrique les vêtements.
09:07Non, non, carrément.
09:08On voit même que le luxe n'est plus fabriqué en France.
09:11On se rappelle de Merci Patron.
09:13C'était, par exemple, une entreprise de Bernard Arnault
09:16qui était délocalisée.
09:17Donc même le luxe n'est plus fabriqué en France,
09:19à part vraiment quelques petites entreprises,
09:21des PME, des choses comme ça.
09:24Mais ce que ça illustre, c'est du coup
09:26les mutations de l'industrie française.
09:28D'abord, le fait que l'industrie traditionnelle
09:31a été laminée.
09:32Je prends le coton pour l'industrie textile,
09:34mais c'est valable aussi pour l'aluminium,
09:37pour la sidérurgie, par exemple.
09:38Parce que pour la sidérurgie et l'aluminium,
09:41la bauxite, la matière première,
09:43venait de Guinée, principalement,
09:45et des grandes mines en Guinée.
09:47Or, aujourd'hui, la sidérurgie française,
09:50pareil, elle était totalement laminée.
09:52Et donc, aujourd'hui, la France
09:54n'importe quasiment plus de bauxite.
09:56Donc, en fait, ce que ça illustre,
09:58c'est qu'on a toujours, dans l'imaginaire,
10:01en France, et pas que en France d'ailleurs,
10:03cette idée que les relations entre la France
10:05et ses anciennes colonies africaines
10:08sont, en gros, le pillage des matières premières de l'Afrique.
10:11Et en fait, c'est beaucoup moins le cas aujourd'hui,
10:14mais pas parce que la France n'a plus d'intérêt,
10:17plutôt parce que son industrie, en fait, a été laminée.
10:20Donc, en fait, c'est plutôt le recul industriel français
10:22qui explique ce recul des parts de marché
10:24et notamment des exportations africaines vers la France.
10:30Encore un autre exemple,
10:32avec la diversification des fournisseurs
10:39avec l'uranium.
10:40Très souvent, on disait que l'uranium,
10:42le nucléaire français, dépend de l'uranium africain
10:45et notamment du Niger.
10:46C'est vrai qu'il y a...
10:47Avec Areva, Orano, maintenant.
10:48Voilà, Orano, etc.
10:50Et en fait, aujourd'hui,
10:51la plupart de l'uranium utilisé dans les centrales nucléaires françaises
10:55ne vient plus du Niger.
10:58Je crois que c'est très marginal, 5 ou 10 % seulement.
11:02Voilà.
11:02Donc, en fait, le premier point de ce rapport,
11:04c'est vraiment ça,
11:05c'est d'expliciter à quel point
11:07ce recul de la présence...
11:09Enfin, des échanges commerciaux, pardon,
11:12français avec l'Afrique
11:13est surtout dû au recul de l'industrie française.
11:16Dernière chose,
11:18ce que tu citais, café, cacao.
11:20Cacao, voilà.
11:21Alors, pourquoi ?
11:21Parce que l'industrie agroalimentaire française
11:25est une des plus puissantes au monde.
11:27Et aujourd'hui,
11:29c'est ces produits-là.
11:31Il y a café, cacao,
11:32mais par exemple aussi,
11:33huile de palme,
11:34dont on sait qu'elle est surutilisée
11:36dans l'industrie agroalimentaire,
11:37ou l'arachide aussi.
11:41Beaucoup, beaucoup utilisée,
11:42notamment parce que ça permet
11:43d'épaissir tous les plats en sauce,
11:45etc.
11:46Donc voilà,
11:47c'est vraiment emblématique
11:48des mutations de l'industrie française.
11:50Mais du coup,
11:51est-ce que ça veut dire...
11:52Spoiler, non,
11:53mais est-ce que ça veut dire
11:53que la France n'a plus aucun intérêt économique
11:57avec le continent africain,
11:58qu'elle a arrêté d'échanger,
11:59qu'elle a arrêté de piller les ressources ?
12:02Parce que...
12:03Un nom dont on entend beaucoup parler
12:05dans l'actualité,
12:05c'est Bolloré,
12:06et Bolloré est aussi présent en Afrique.
12:08Donc j'imagine les gens
12:09qui nous regardent,
12:10quand ils entendent
12:11« En fait, la France, finalement,
12:12a arrêté de piller l'Afrique »,
12:13ils vont peut-être dire n'importe quoi
12:15et Bolloré alors dans tout ça.
12:16Alors est-ce que tu peux nous éclairer
12:18sur est-ce que la France
12:19a vraiment complètement arrêté
12:20de piller l'Afrique ?
12:21Est-ce qu'elle n'a plus aucun intérêt commercial ?
12:23Eh bien non,
12:24cher Théo,
12:24chers auditeurs,
12:25on a vu comme c'est bien joué.
12:26C'est vraiment...
12:27Bien sûr que non,
12:29évidemment,
12:29la puissance économique française
12:31est toujours extrêmement présente,
12:34mais elle se fait différemment.
12:36Elle se fait par le biais,
12:36notamment,
12:37de ces grandes entreprises,
12:38de ces multinationales
12:39qui sont ultra présentes.
12:41Et là,
12:42il faut distinguer,
12:42évidemment,
12:43plusieurs pays.
12:45Elles sont notamment
12:46ultra présentes
12:47dans les anciennes colonies,
12:49ce qui est vraiment
12:50emblématique de la France-Afrique.
12:52Alors,
12:52quelles sont ces grandes entreprises ?
12:54Alors Bolloré,
12:55certaines sont issues
12:56d'ailleurs directement
12:57de la période coloniale.
12:59Bolloré,
12:59à la base,
13:00en Afrique,
13:00ses intérêts,
13:01c'est le tabac.
13:02Et ensuite,
13:03ça a été la logistique,
13:05les transports,
13:05ferroviaires et maritimes.
13:07Alors,
13:07il a vendu les ports,
13:09il y a eu pas mal d'articles
13:10il y a quelques,
13:11deux,
13:11trois ans,
13:12quand Bolloré a vendu
13:13les ports de CMA,
13:14CGM
13:15à d'autres armateurs logisticiens,
13:20notamment au Bénin,
13:21au Togo,
13:22les grands ports du Golfe du Guinée.
13:24Mais Bolloré est toujours
13:25très présent en Afrique
13:27sur ces secteurs-là,
13:28donc logistique,
13:29transport,
13:30ferroviaire,
13:31etc.,
13:31même si c'est moins le cas
13:32pour le maritime.
13:33Autre entreprise française
13:35qui est directement héritée
13:37de la période coloniale,
13:38c'est un groupe
13:39qui s'appelle SOMDIA.
13:41Alors,
13:41c'est très pratique
13:43de changer les noms,
13:44parce qu'avant,
13:45c'est évidemment
13:45tiré des compagnies sucrières coloniales.
13:48C'est vraiment
13:49les héritières directes.
13:50SOMDIA,
13:51donc spécialisé dans le sucre.
13:54Voilà,
13:55il y en a d'autres,
13:55Castel aussi,
13:56qui est un brasseur
13:57et qui a une mainmise
13:59sur,
14:01en gros,
14:01la bière en Afrique.
14:04La Castel qu'on boit aussi en France,
14:05elle est,
14:07comment dire,
14:07la matière première
14:08vient d'Afrique ?
14:09Alors,
14:09je ne pense pas que ce soit
14:11la matière première
14:12qui vient d'Afrique.
14:13C'est plutôt que le groupe français
14:15détient des marchés immenses
14:17dans ces pays-là.
14:18Et un bon exemple,
14:19c'est pour ceux
14:21qui y vendent régulièrement,
14:24que ce soit notamment
14:25dans les anciens pays
14:27coloniaux français,
14:29Sénégal,
14:29Mali,
14:29etc.
14:31Ce qui est
14:31Côte d'Ivoire,
14:32etc.
14:32C'est frappant
14:33la mainmise
14:34des entreprises françaises.
14:35Il y a du Canal+,
14:36c'est du Orange
14:36à tous les coins de rue.
14:37Les supermarchés,
14:38c'est Carrefour.
14:39Moi,
14:39je suis allé à,
14:40c'était où ?
14:42Je crois que c'était à Dakar,
14:43oui,
14:43où je suis quand même allé
14:44dans un décathlon.
14:44voilà.
14:46Et en fait,
14:47là,
14:48c'est là
14:48qu'elle est la puissance
14:49maintenant économique française
14:51en Afrique.
14:52Je donne juste quelques chiffres
14:54parce que ça,
14:55c'est un indicateur
14:56qui me paraît
14:56très révélateur
14:58et qui est mis en avant
14:59dans le rapport de survie.
15:00c'est la part de PIB
15:02des entreprises françaises,
15:04des filiales en fait,
15:05puisqu'elle crée
15:06Canal+, Afrique,
15:07Canal+, Sénégal,
15:08etc.
15:09Enfin,
15:10je ne fais pas tout le...
15:11Vous avez compris le principe.
15:12Eh bien,
15:13par exemple,
15:14le nombre de filiales
15:16de multinationales françaises
15:18en Afrique,
15:19c'est 2421.
15:22Énormément,
15:22présents partout,
15:23avec des parts de marché
15:24énormes.
15:25Je vais reprendre
15:26juste le chiffre.
15:28Le pays
15:32dont le PIB
15:33est le plus
15:34francisé,
15:35entre guillemets,
15:36c'est le Gabon,
15:36par exemple.
15:3716% du PIB
15:39du Gabon,
15:40c'est des entreprises françaises.
15:42Au Sénégal,
15:43c'est 15,5%.
15:44En Côte d'Ivoire,
15:45c'est 11,6%.
15:47Au Burkina Faso,
15:48qui a rompu politiquement,
15:50quoique,
15:51c'est encore un autre sujet,
15:52avec la France,
15:54c'est 12,4%.
15:55C'est-à-dire que 12,4%
15:57de toute la richesse
15:58produite au Burkina,
16:00ou 15,5%
16:01de toute la richesse
16:02produite au Sénégal,
16:03qui a un poids lourd économique,
16:05c'est des entreprises françaises.
16:06Et ces capitaux-là,
16:07ils sont rapatriés
16:08vers la maison mère,
16:09ils sont rapatriés
16:10vers la France.
16:10Donc,
16:11évidemment,
16:12que ça a un poids
16:14énorme
16:15et qui,
16:16en fait,
16:16empêche le développement
16:18d'économies souveraines.
16:18et ça a des répercussions
16:21politiques aujourd'hui,
16:21puisqu'on voit que la plupart
16:22des chefs d'État africains
16:24aujourd'hui
16:25et des nouveaux régimes,
16:26par exemple,
16:26au Sénégal,
16:27le PASTEF,
16:28mais aussi dans les pays
16:30Mali,
16:31Burkina,
16:31Niger,
16:32etc.
16:33Leur discours politique
16:34est axé sur la souveraineté économique.
16:36Qu'est-ce que ça veut dire ?
16:37Eh bien,
16:37ça veut dire qu'ils ne veulent plus
16:38être pillés,
16:40entre guillemets,
16:41mais ce n'est pas un pillage
16:42des matières premières
16:43comme ça pouvait l'être avant,
16:44justement.
16:44C'est ça que ce rapport
16:45met en exergue
16:46et qui est vraiment intéressant.
16:48En fait,
16:48cette prédation,
16:49cette domination économique
16:51se fait par le biais
16:52des grandes entreprises.
16:54Merci au Bol d'Histoire
16:55pour le Red.
16:56Bienvenue à toutes celles
16:56et ceux qui nous rejoignent.
16:57C'est l'International
16:58l'émission consacrée
17:00à ce qui se passe
17:00dans le monde de l'humanité
17:01tous les mardis matins.
17:02On est actuellement en train
17:04de parler d'un rapport
17:05de l'association survie
17:07sur la France-Afrique.
17:08La France-Afrique
17:08qui se porte très bien.
17:12J'ai aussi une question
17:13qui me vient comme ça
17:14que je n'avais pas noté.
17:14On entend aussi beaucoup
17:15parler des activités totales,
17:18notamment en Ouganda, etc.
17:20Est-ce que c'est évoqué
17:20dans ce rapport ?
17:22Est-ce que Total continue
17:24à aller chercher le pétrole,
17:26le gaz ?
17:27Bien sûr,
17:28c'est même un acteur majeur.
17:29Alors, je ne l'ai pas évoqué,
17:31je ne l'ai pas mis dans le papier
17:32parce que les hydrocarbures
17:34sont, on va dire,
17:35un secteur très particulier
17:36qui est quasiment autonome
17:38étant donné l'importance
17:41du pétrole et du gaz
17:42dans les échanges commerciaux
17:44et dans l'influence mondiale.
17:46Total est présent,
17:47je ne pourrais pas vous dire,
17:49mais dans un nombre,
17:50peut-être la moitié
17:50des pays africains,
17:51des intérêts énormes,
17:53au Gabon,
17:55en Ouganda,
17:56et au Quai,
17:56enfin,
17:57là,
17:58c'est sous le feu
17:59de l'actualité
18:00parce qu'il y a
18:00les grands projets...
18:02ICOP,
18:03les grands projets pétroliers
18:04portés par Total,
18:05mais d'ailleurs,
18:06qui n'est pas tout seul,
18:06il y a aussi
18:07l'entreprise de pétrole chinoise.
18:11Mais oui,
18:12bien sûr,
18:12ça y est,
18:14traité spécifiquement
18:15dans le rapport
18:15sur cette question
18:16des hydrocarbures
18:18parce que c'est une spécificité,
18:19c'est peut-être
18:20le seul domaine
18:20où la France
18:21est présente partout
18:22et ce n'est pas spécialement
18:23que dans ses anciennes colonies.
18:24Ah oui.
18:25Voilà.
18:25Parce que l'Ouganda
18:26n'est pas d'une ancienne colonie française,
18:27par exemple.
18:27Alors pour le coup,
18:28on appelle ça souvent
18:29l'Afrique anglophone.
18:31Il y a l'Ouganda,
18:32mais il y a aussi
18:32beaucoup d'autres pays,
18:33le Nigeria,
18:34qui est le premier producteur
18:36de pétrole en Afrique,
18:38l'Afrique du Sud.
18:39Alors l'Afrique du Sud
18:40étant une spécificité
18:41puisque c'est aussi
18:42une économie
18:43de type occidental.
18:46Donc voilà,
18:46mais effectivement,
18:48ça figure dans le rapport,
18:50c'est très intéressant.
18:51Mais j'allais dire,
18:53Total étant un État
18:54dans l'État,
18:57c'est le secteur
18:58des hydrocarbures
18:59et quasiment,
19:00quasiment,
19:01enfin voilà,
19:02il est présent partout
19:03et c'est le cas partout.
19:04J'ajoute,
19:05il n'y a pas que Total.
19:06Il y a des entreprises
19:07par exemple comme Perenco,
19:09Perenco qui est spécialisée,
19:10alors vraiment,
19:10dans ce qui se fait
19:11le plus dégueulasse,
19:11c'est-à-dire qu'eux,
19:12ils rachètent
19:13des puits de pétrole
19:13qui sont en fin de vie.
19:15Ah oui.
19:15Voilà,
19:18pour...
19:19Essourder les dernières gouttes.
19:20Jusqu'à la dernière goutte
19:21avec des méthodes écologiques
19:23et sociales
19:24qui sont absolument dégueulasses.
19:25Je vous invite aussi
19:26à regarder de près
19:28cette entreprise-là,
19:29Perenco,
19:29qui est vraiment
19:31une...
19:31Bon, allez,
19:32on va rester poli.
19:34Une saloperie.
19:34Moi, je n'ai pas de problème.
19:35On est sur Twitch,
19:36on peut dire
19:36que c'est une saloperie.
19:38Merci beaucoup,
19:39Benjamin.
19:39Est-ce qu'il y avait
19:39un dernier élément
19:41du rapport
19:41que tu voulais mettre en lumière ?
19:43De toute façon,
19:43on invite les gens
19:44à aller lire ton papier.
19:45Ils se sont vraiment
19:46très motivés
19:46à aller lire le rapport
19:47et aussi à aller suivre
19:48le travail de cette association.
19:50Survie,
19:51je vous remets
19:53leur page
19:54d'accueils
19:54survie.org.
19:55C'est assez facile
19:56à trouver.
19:57Est-ce qu'il y a un dernier élément
19:57que tu veux aborder ?
19:58Est-ce que tu penses
19:58qu'on a fait le tour
19:59pour ce matin ?
20:00On peut peut-être répondre
20:01à une ou deux questions
20:02du chat
20:02parce qu'il y a une question
20:03intéressante
20:05sur le franc CFA.
20:06Alors, le franc CFA,
20:08en fait,
20:08c'est l'outil
20:08qui permet
20:09cette domination économique.
20:11Évidemment que
20:12c'est les parties intégrantes
20:14de la puissance française
20:17en Afrique,
20:18notamment,
20:19évidemment,
20:19dans les anciennes colonies.
20:21Donc,
20:21on voit d'ailleurs
20:22que les pays de l'AES,
20:23l'Alliance des États du Sahel,
20:25Mali,
20:26Burkina,
20:27Niger,
20:28essaient de mettre en place
20:28une monnaie alternative
20:30au franc CFA.
20:32Macron avait fait
20:33un relifting
20:35du franc CFA
20:36il y a, je ne sais pas,
20:36quatre ans,
20:37un truc comme ça,
20:38qui était évidemment
20:38deux façades
20:39pour essayer de contenter.
20:41Parce que, évidemment,
20:42tout ça,
20:42ce dont on parle,
20:43et en plus,
20:44cette présence là partout
20:45quand on va dans ces pays-là,
20:46qu'on voit Canal+,
20:47Orange,
20:48Carrefour,
20:48etc.,
20:49ça nourrit le rejet aussi,
20:51le rejet politique
20:52de la France.
20:54Pour de bonnes raisons.
20:55Et donc,
20:57le franc CFA
20:58est toujours l'outil
20:59de cette domination.
21:02Ça me paraît difficile
21:04pour l'heure,
21:05étant donné,
21:06comme le dollar
21:07à l'échelle mondiale.
21:08Les pays de l'AES
21:09ont essayé de lancer
21:10une monnaie,
21:11mais évidemment,
21:11on sait qu'une monnaie
21:12au niveau mondial
21:13est adossée
21:14au cours de l'or.
21:16Je ne suis pas spécialisé
21:17en économie financière,
21:19mais ça pose
21:20beaucoup de questions
21:21sur la solidité
21:22d'une monnaie
21:23et la confiance
21:23qu'on peut avoir dedans.
21:25Mais c'est une question majeure.
21:26Le franc CFA, bien sûr,
21:28c'est pour ça que je trouve
21:28très intéressant
21:29que ce soit notifié.
21:30que ce soit notifié.
21:30CFA, bien sûr.

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