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  • il y a 1 jour
Le Parlement européen se prononce mercredi 21 janvier pour décider s'il envoie ou non l'accord du Mercosur devant la Cour de Justice de l'Union européenne, afin de juger si cet accord est légal ou non, au regard de la Constitution européenne. Si le parlement vote l'envoi du Mercosur devant la CJUE, le processus de ratification définitif sera suspendu. Plus de 5 000 agriculteurs et 750 tracteurs se sont installés mardi devant le Parlement européen à Strasbourg où ils resteront pendant deux jours.

Le point complet sur ce nouveau rebondissement dans la saga de l'accord commercial entre l'union européenne et les pays d'Amérique du Sud qui a débuté il y a 27 ans, avec le député européen David Cormand (Les Verts), et la porte-parole de la Confédération paysanne d'Alsace, Eglantine Berthet.


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Transcription
00:00Bonjour et bienvenue au Parlement européen de Strasbourg sur le plateau de l'humanité.
00:05Mercosur, ce n'est pas fini. Il y a une manifestation en ce moment même derrière nous.
00:09Alors je dis en ce moment, ça veut dire, on le précise toujours, c'est mardi après-midi, début d
00:13'après-midi au Parlement européen.
00:15Manifestation des agriculteurs, bien sûr, qui va durer jusqu'à demain, mercredi, puisqu'il y a un vote.
00:21On va en reparler avec vous dans quelques instants.
00:23David Cormand, vous êtes, je le rappelle, député européen du groupe des Verts.
00:27Et Eglantine Berthet, vous êtes la porte-parole de la Confédération Paysanne d'Alsace.
00:32Merci beaucoup. Bonjour et merci beaucoup à vous de t'être sur le plateau de l'humanité.
00:35Alors peut-être, peut-être avec vous, Eglantine Berthet, une réaction par rapport à cette manifestation.
00:40Vous n'y participez pas, vous, en tant que Confédération Paysanne, mais on ne va pas parler de ça, ça
00:45n'a à mon avis pas grande importance.
00:47Mais comment vous la situez, cette manifestation-là, importante quand même ?
00:51Il y a du monde dehors, dans le cadre des différentes manifestations, nombreuses, auxquelles on assiste spécialement en France et
00:57en Europe aussi, depuis maintenant plusieurs semaines.
01:00J'allais dire plusieurs années aussi, mais sans en reparler.
01:03Au niveau de la Confédération Paysanne, il y a beaucoup de manifestations sur tout le territoire en ce moment.
01:11Après, à Strasbourg, la Confédération Paysanne d'Alsace n'a pas appelé à manifester dehors.
01:15En revanche, on a plusieurs audiences avec des eurodéputés, on a spécifiquement ciblé les indécis, les indécises, afin d'essayer
01:24de se faire entendre de l'intérieur.
01:26Et alors ?
01:28Pour l'instant, c'est la petite délégation avec laquelle je suis venue, avec des paysans, paysannes de la Via
01:35Campesina et aussi du syndicat Fugea, les Belges, qui sont en train de parler en ce moment.
01:40Donc, pour l'instant, on a rencontré plusieurs eurodéputés qui écoutent ce qu'on a à dire.
01:48David Corbonne, on est à un moment très particulier de ces manifestations et de ces discussions autour de l'Hercosurde
01:54qui, rappelons-le, ont commencé il y a 27 ans maintenant.
01:56On est quand même dans une phase critique finale.
02:00Est-ce que vous pouvez nous réexpliquer en détail, puisqu'il y a un vote demain du Parlement européen, nous
02:05réexpliquer l'importance de ce dernier moment ?
02:09En tous les cas, peut-être ce dernier moment, on ne va pas dire dernier, on ne va pas, mais
02:12en tous les cas, c'est un moment extrêmement important, celui-là.
02:16Alors, bonjour, merci pour votre invitation.
02:19Ce qu'il faut comprendre, comment ça marche, les traités de libre-échange comme celui du Mercosur.
02:24Pour qu'il soit adopté, il y a un parcours institutionnel qui est le suivant.
02:28Première étape, la Commission, c'est-à-dire le gouvernement européen, présidé par Mme von der Leyen, doit valider, arrêter
02:36une négociation, en l'occurrence avec les pays du Mercosur, sur un traité de libre-échange.
02:41Ça, ça a été fait il y a un an, un an et demi.
02:43Deuxième étape, il faut que les États de l'Union européenne valident ce projet d'accord.
02:49Ça, ça a été fait le week-end dernier avec une majorité dite qualifiée d'État représentant un certain pourcentage
02:59d'habitants de l'Union européenne.
03:01Il fallait au moins 65% des pays représentant au moins 65% de la population de l'Union européenne
03:08et on est arrivé à 67, 68%.
03:11Donc, on n'a pas réussi à l'échelle du Conseil de bloquer cet accord.
03:16Pour qu'il soit ratifié, il y a une troisième et dernière étape, qui est le vote du Parlement européen.
03:22Mais on n'en est pas encore là.
03:24Là, pour l'instant, ça sera dans quelques mois, là, pour l'instant, le vote qui mobilise aujourd'hui les
03:31agricultrices et les agriculteurs, mais aussi nous, les écologistes et d'autres ici,
03:35c'est de faire appel de ce projet de traité à la Cour de justice de l'Union européenne parce
03:41que nous considérons qu'il y a des risques juridiques, des problèmes juridiques dans ce traité dont on pourra parler
03:47si vous voulez.
03:48– Qui ne soit pas conforme au traité européen, qui ne soit pas légal dans le cadre des traités.
03:51– Qui soit en contradiction avec un certain nombre de traités et de fonctionnement d'Union européenne.
03:56Il y a le fait qu'il soit scindé en deux entre sa dimension commerciale et sa dimension de coopération
04:03politique.
04:04Il y a l'autre élément qui me paraît très important, c'est qu'il y a dans ce traité
04:09des mesures qui permettraient au pays du Mercosur d'attaquer des législations futures
04:17au niveau européen en termes de protection environnementale ou sanitaire.
04:22– Et même sociale.
04:23– Et même sociale.
04:24Ça pose un problème d'ingérence.
04:26En fait, ça aurait une entité extérieure à l'Union européenne qui pourrait dire, en sorte de droit de veto,
04:31sur notre capacité de légiférer.
04:32Donc ça, c'est des interrogations sérieuses qu'on a et donc on veut un avis de la conscience.
04:38– Votre recours, c'est fait pour éviter ces fuites entre guillemets-là.
04:41C'est-à-dire qu'on a un effet boomerang qui nous arrive avec ce traité du Mercosur.
04:46C'est un peu ça l'histoire.
04:47– Oui, puis c'est pour sécuriser l'affaire parce que si on se rend compte, une fois qu'il
04:50serait ratifié,
04:52qu'il y a des vides juridiques ou des incertitudes juridiques, en fait, ce n'est pas une bonne chose.
04:57Donc ça, à ce stade, nous, on essaie de parler, y compris à ceux qui seraient pour ce traité de
05:01Mercosur,
05:02ce qui n'est pas notre cas, ce qui n'est pas mon cas, et de leur dire, attention, même
05:05vous qui êtes pour,
05:06il faut quand même une base juridique qui soit solide.
05:10On ne peut pas faire n'importe quoi.
05:12Donc là, on en est à ça.
05:14Et si une majorité de députés étaient d'accord pour faire appel à la Cour de justice de l'Union
05:20européenne,
05:20demain, c'est demain, ça interrompt le processus de ratification.
05:25C'est-à-dire, en fait, ça gêne le processus de ratification.
05:29Donc ce qui a déjà été ratifié, les étapes qui ont déjà été franchies, c'est fait,
05:32mais on ne pourrait pas le faire ratifier par le Parlement européen tant que la Cour de justice n'a
05:36pas rendu son avis.
05:37La signature qui a eu lieu samedi, c'était une signature, enfin, qui a eu lieu quand même avant que
05:44le Parlement européen donne le dernier mot.
05:46C'est quand même pas d'une élégance extrême.
05:48On peut dire que même si ça n'a pas une importance colossale dans le processus, c'est quand même
05:51vexant, non ?
05:53Pour moi, le problème, ce n'est pas d'élégance ou pas d'élégance, c'est que c'est une
05:56violence institutionnelle et démocratique.
05:58Parce que, d'ailleurs, Lorsée-la-Renadienne avait déjà fait le coup, rappelez-vous, au moment où elle avait signé
06:03la fin des négociations avec les pays du Mercosur,
06:07elle avait été là-bas, elle avait présenté les choses comme étant, c'est fait.
06:11Fini, acquise.
06:11Et d'ailleurs, beaucoup de citoyens disaient, ben alors, c'est fini le Mercosur.
06:14Je dis, mais non, c'est juste les négociations qui sont figées.
06:17Maintenant, il y a tout le processus de ratification qui doit suivre.
06:20Donc elle a cette stratégie de mettre devant le fait accompli à la fois les États, mais aussi, là en
06:26l'occurrence, le Parlement.
06:27Et le Parlement européen, c'est la représentation la plus démocratique, j'ai envie de dire, du peuple européen, via
06:33le vote aux élections européennes.
06:34Donc oui, il y a une violence institutionnelle et démocratique qui pose problème de la part de cette commission,
06:39surtout dans un moment où on voit la démocratie est fragilisée.
06:42Et donc, au-delà de la question du Mercosur, violenter ainsi nos institutions et nos principes démocratiques,
06:48je pense que c'est extrêmement grave de faire une chose pareille.
06:51Bon, et là, c'est ce qu'elle fait.
06:52– Alors, on le rappelle, le Mercosur, ce n'est pas non plus n'importe quel accord de libre-échange.
06:58C'est un... Les pays, on vient de les citer, l'Argentine, le Brésil, le Paraguay, l'Uruguay,
07:04avec derrière la Bolivie et le Venezuela, si jamais reprennent les négociations, etc.
07:08Donc c'est énorme. C'est un très gros marché.
07:12Les pays du Mercosur représentent, je crois, ils sont sixièmes.
07:16C'est le sixième économie mondiale, etc.
07:18Donc on va... On s'engage pour des choses très, très lourdes.
07:22Comment vous, au niveau agriculteur, au niveau paysan,
07:25vous ressentez le risque, effectivement, de cet énorme traité qui est en train de se présenter ?
07:31Ce n'est pas un petit traité, quoi. C'est ça qu'il faut dire.
07:33Oui, c'est un traité qui va favoriser l'agro-industrie.
07:36Et j'ai envie de dire, en fait, derrière les pays même du Mercosur,
07:40il y a l'agro-industrie américaine.
07:42Les groupes Cargill, en fait, c'est eux qui vont maîtriser la transformation des produits
07:48et qui vont ensuite les renvoyer via ce traité.
07:51Donc c'est vraiment... On parle là de division internationale du travail,
07:57mais pour l'agriculture, c'est quelque chose qui n'a pas de sens
08:00si on considère un peu la souveraineté alimentaire,
08:05mais aussi notre environnement, nos normes sociales,
08:08les équilibres socio-économiques à petite échelle.
08:12Et donc tout ça est balayé pour la valoriser
08:16et au bénéfice de l'agro-industrie.
08:20En France et là-bas.
08:21Et là-bas, les syndicats de travailleurs sont contre cet accord.
08:26C'est très clair.
08:27C'est ça. On a l'impression que les mobilisations qui ont lieu,
08:31notamment depuis les derniers mois, en France en tout cas,
08:35sont... Il y a un consensus.
08:37Les gens ont l'air d'être... Comment vous le ressentez-vous sur le terrain ?
08:41C'est vrai ou c'est pas vrai ?
08:42C'est une impression qu'on a que tout le monde vous soutient,
08:45les agriculteurs, par rapport à la question du Mercosur,
08:48ou c'est difficile ou c'est pas vrai tout à fait ?
08:50Comment vous le ressentez-vous ?
08:51Alors nous, à la Confédération Paysanne, on a un gros soutien des citoyens et citoyennes,
08:56puisqu'on a ce modèle de société qui va vers, pour une agriculture paysanne,
09:01ancrée dans un modèle socio-économique local,
09:06avec des rayonnements aussi de partout,
09:11donc avec des équilibres.
09:13Après, entre les différents syndicats,
09:18là, d'autres syndicats sont présents à Strasbourg pour lutter contre cet accord,
09:24mais c'est pas vraiment les mêmes raisons.
09:26Bien sûr.
09:26Voilà. Donc on...
09:29David Cormand, sur... Alors, vous vous lisiez tout à l'heure,
09:32vous êtes pas très nombreux, les députés qui ont demandé le vote de demain,
09:37celui qui peut peut-être, 145, je crois que vous étiez au départ.
09:41Pourquoi ? J'allais dire, pourquoi est-ce que...
09:44Alors, on va prendre l'échelle européenne.
09:46Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas plus de députés que ça dans différents groupes ?
09:49Je pense au groupe de gauche, puisqu'on parle aussi de la gauche ici,
09:53qui vous dit, ben oui, attendez, il faut marquer un coup d'arrêt à cette affaire
09:56et au moins vérifier ce que vous venez de dire.
09:59Alors, en vrai, 145, c'est pas si mal,
10:01parce que c'est un travail interparlementaire
10:03qui a été monté par Saskia Bricmont et Majdoulin Zbaï, au départ,
10:08qui sont mes collègues écolos,
10:11la première est belge, la deuxième est française,
10:13pour avoir une stratégie intergroupe
10:16par rapport au Mercosur.
10:17Et c'est là qu'est née l'idée de faire ce recours
10:19à la Cour de justice de l'Union européenne.
10:22Et on a souhaité ne pas inclure les groupes d'extrême droite
10:25dans ce groupe de travail,
10:27pour des raisons politiques, de cohérence politique,
10:30que ceux qui veulent le comprendre, le comprendront.
10:33Et donc, en fait, le périmètre qu'on a choisi,
10:35qui est déjà très large,
10:36c'est entre l'EF et la droite,
10:38en passant par les mafronistes,
10:40en passant par les socialistes,
10:41en passant par les verts.
10:43Donc, en fait, 145 qui étaient prêts
10:45à s'engager dans cette démarche-là,
10:47c'est significatif, surtout qu'il suffisait de 72 signatures
10:51pour proposer un vote.
10:53Donc, c'est deux fois plus que le nombre nécessaire.
10:55Donc, c'est pas si mal.
10:57Donc, après, on va voir si l'ensemble
10:58de signataires vont soutenir cette démarche juridique.
11:03Et l'ensemble des groupes qu'on n'a pas voulu associer
11:05à cette démarche,
11:06les groupes d'extrême droite,
11:07qui se disent hostiles au Mercosur,
11:11ils vont être appelés à voter
11:12sur cet appel à la Cour de justice de l'Union européenne.
11:15Donc, on va voir ce qu'il en est.
11:18Mais non, je trouve qu'on a été...
11:20On a essayé, en tout cas,
11:21d'être les plus efficaces possibles
11:23pour avoir une capacité d'entraîner
11:26et de convaincre nos collègues
11:28par rapport à ce danger du Mercosur,
11:30et en l'occurrence, sur cette question
11:31de recours à la Cour de justice.
11:32Donc, le vote de demain, mercredi,
11:34c'est un test quand même intéressant
11:36pour vous aussi,
11:37au sein du Parlement européen.
11:39Ça va être un décryptage complexe,
11:41vous êtes en train de le dire, là.
11:42Oui, mais il y a déjà eu des votes
11:44sur des amendements
11:45qui disaient du mal,
11:46du Mercosur, etc.,
11:47mais qui n'étaient pas décisionnaires,
11:49qui permettaient d'évaluer
11:50un peu les rapports de force.
11:52Très honnêtement,
11:52on est sur du 50-50.
11:54Donc, au moment où les gens nous écouteront,
11:55ils auront peut-être eu le résultat du vote.
11:57Mais on est dans du 50-50.
12:00Donc, on va voir ce que ça donne.
12:02Après, de deux choses l'une,
12:03soit il n'y a pas ce recours est minoritaire,
12:06donc il n'y a pas d'appel
12:06à la Cour de justice de l'Union européenne,
12:10des pays peuvent le faire.
12:11La Pologne, par exemple,
12:12il est question que la Pologne,
12:13la France aurait pu le faire.
12:15Sauf que quand c'est d'un pays,
12:16il n'y a pas l'aspect suspensif.
12:19Ça n'interrompt pas le processus,
12:22mais ça permettrait quand même
12:23d'avoir un avis de la Cour de justice
12:25de l'Union européenne.
12:26Ce qui est intéressant dans le fait
12:27que ce soit le Parlement qui le demande,
12:28d'ailleurs, d'abord,
12:30il y a la question démocratique.
12:31Ça, c'est la représentation du peuple européen
12:33qui le demande.
12:34Donc, ça a un autre sens.
12:35Et puis, ça a un caractère
12:36qui suspend le processus de ratification.
12:39Donc, il nous paraît plus important
12:41de passer, plus intéressant
12:43de passer par là.
12:44Mais comme je commençais à vous le dire,
12:46la stratégie de mise devant le fait accompli
12:48d'Orsina von der Leyen
12:49fait des ravages,
12:51y compris chez les parlementaires.
12:53Qui disent, c'est la peine, c'est terminé.
12:54Qui se disent, à quoi bon, etc.
12:56Et donc, à court terme,
12:58la Commission, peut-être,
12:59pourra se réjouir de cette façon de faire.
13:01Encore une fois,
13:02pour la solidité de notre démocratie
13:04et pour la suite,
13:04je trouve que c'est extrêmement grave
13:06de jouer avec ces procédures
13:08qui sont conformes aux traités,
13:10mais qui, en réalité,
13:12malmènent profondément nos institutions.
13:14Moi, c'est ça qui m'inquiète.
13:15Alors, il y a ce côté
13:16dont on est en train de parler là,
13:17politico-juridique, bien sûr,
13:19mais il y a le côté vie quotidienne également.
13:20Quand on parle avec les agriculteurs,
13:22depuis des années, finalement,
13:24on s'aperçoit que la crainte est réelle
13:25du Mercosur.
13:26Ce n'est pas un truc abstrait et général.
13:30Vous, dans votre environnement,
13:32parlons ici d'Alsace,
13:33puisque vous êtes représentant
13:34de la Confédération ici en Alsace,
13:35il y a des véritables craintes,
13:37notamment sur des secteurs
13:38particuliers agricoles ?
13:40Bien sûr, notamment pour la viande.
13:42On parle beaucoup de la viande bovine.
13:44Ce qui va arriver sur le marché européen,
13:46ce n'est pas des sous-produits.
13:47C'est les meilleurs produits,
13:49c'est la loyau,
13:51c'est ces produits qui permettent
13:52de valoriser au mieux
13:55une carcasse entière.
13:56Donc, si ces produits arrivent à bas coût,
13:59parce qu'on est en concurrence
14:01avec des travailleurs de la terre
14:04qui sont rémunérés à moins d'un euro de l'heure,
14:06donc ils vont forcément arriver
14:07à moins cher que ce que nous,
14:09on pourra proposer,
14:10ça casse toute l'économie
14:13de petites fermes en élevage bovin.
14:17Donc, évidemment, oui,
14:18il y a une peur réelle.
14:19Et je ne parle pas
14:20des éleveurs de volailles,
14:22des apiculteurs.
14:24Qui étaient là présents ?
14:25Bien sûr.
14:26Les apiculteurs italiens
14:26étaient nombreux ce matin,
14:28visibles.
14:29Il y a un énorme danger
14:30pour les apiculteurs apicultrices
14:31avec ce traité.
14:33David, comment on a tendance
14:34un peu à l'oublier
14:35parce qu'on parle
14:35des questions agricoles, bien sûr,
14:37mais il n'y a pas que ça
14:37dans le Mercosur.
14:38Il y a aussi des questions industrielles,
14:40des questions qui touchent
14:41tous les secteurs industriels.
14:43Ce n'est pas simplement
14:44l'agriculture, le Mercosur.
14:45Il faut le dire, on s'engage
14:46dans l'agriculture,
14:48on est en train d'en parler
14:48en détail,
14:49mais aussi dans d'autres secteurs.
14:51La logique de ces traités
14:52dits de libre-échange,
14:55d'ailleurs, on pourrait débattre
14:56du terme, mais bon,
14:57passons, c'est effectivement
14:58de favoriser des échanges économiques
15:01sur tous les secteurs économiques,
15:04dont l'agriculture, d'accord,
15:06mais l'industrie,
15:08les services publics, etc.,
15:10ou les services tout courts,
15:12d'ailleurs, bon, bref,
15:12sur tous ces aspects-là.
15:14Première chose quand même à dire,
15:16c'est que parfois,
15:16on a le sentiment que
15:18si on n'avait pas ce traité
15:20Mercosur,
15:20on ne commercerait pas
15:21avec l'Amérique du Sud.
15:22Ce qui n'est pas vrai.
15:22C'est stupide.
15:23On a déjà des échanges économiques
15:25avec l'Amérique du Sud.
15:26Tout comme on a des échanges économiques,
15:28on le voit,
15:28avec les États-Unis,
15:30à ma connaissance,
15:30on n'a pas de traité
15:31de libre-échange
15:31avec les États-Unis.
15:33Pourtant, on commerce
15:33déjà avec eux.
15:34Donc en fait,
15:35ce n'est pas parce que
15:35vous avez un traité
15:37dit de libre-échange
15:38que vous pouvez commercer.
15:41Ce n'est pas parce que
15:41vous n'en avez pas.
15:42Vous ne pouvez pas le faire.
15:43Donc il y a déjà moyen
15:44et on le fait de commercer
15:45avec l'Amérique du Sud.
15:47Là, ce qu'on fait,
15:47c'est qu'on intègre
15:48dans un marché
15:49qui ne serait pas
15:49un marché unique,
15:51mais on augmente
15:52les volumes
15:53d'échanges
15:54qu'il peut y avoir.
15:55Et dans cette affaire,
15:56en vérité,
15:57ce qui motive
15:58une majorité d'États
15:59de l'Union européenne
16:00et de l'Union européenne,
16:01ce n'est pas...
16:03Enfin, ça peut être
16:04en partie l'agriculture.
16:04J'y reviendrai.
16:05Mais c'est d'autres secteurs économiques.
16:08On parle beaucoup
16:09des voitures allemandes.
16:11En réalité,
16:12les projections
16:13qui ont été faites
16:14sur l'augmentation
16:15des ventes
16:15liées au marché
16:16du Mercosur
16:17seraient faibles.
16:18Mais il y a
16:19tous les secteurs
16:20des services.
16:21Donc ça,
16:21c'est un autre effet pervers
16:23par rapport
16:23à la population
16:24d'Amérique du Sud.
16:25On va favoriser
16:27l'exportation
16:28d'un certain nombre
16:29de gestions de services
16:30par l'Union européenne
16:31au détriment
16:32de services publics
16:33en Amérique du Sud
16:34ou d'entreprises
16:35en Amérique du Sud.
16:36Donc en fait,
16:36quand on présente ça
16:38comme un accord
16:39qui va permettre
16:39un co-développement
16:41équilibré,
16:41etc.,
16:42c'est pas ça
16:42à quoi on va assister.
16:43Et dans l'agriculture,
16:44c'est très intéressant
16:45de comprendre,
16:46à mon avis,
16:47qu'en fait,
16:47quand on dit
16:48que ce traité
16:49va desservir l'agriculture,
16:51ça dépend de ce dont on parle
16:52dans l'agriculture.
16:54Ce qu'il va tuer,
16:55ce traité,
16:55ce qui va contribuer à thé,
16:57c'est le modèle agricole
16:58qu'on aime bien.
16:58c'est-à-dire les exploitations
17:01plutôt familiales,
17:03de la polyculture élevage,
17:05des exploitations
17:06à taille humaine,
17:07etc., etc.
17:08Par contre,
17:09il y a des secteurs
17:10de l'agro-industrie
17:11qui se réjouissent
17:12de ces traités.
17:13Quels sont-ils ?
17:14Par exemple,
17:15l'agrochimie.
17:16Quand vous avez
17:17des entreprises
17:18comme Bayer Monsanto
17:19ou comme BASF
17:20qui produisent
17:21des insecticides
17:23qui sont interdits
17:24à la vente
17:24dans l'Union européenne,
17:25mais qui ne le sont pas
17:27dans les pays du Mercosur,
17:29ça leur favorise
17:30encore plus
17:31l'ouverture d'un marché.
17:32Quand vous avez
17:33des acteurs,
17:33pour ne pas les nommer,
17:34comme Avril ou Lactalis,
17:36qui sont des géants
17:37de l'agroalimentaire,
17:38eux,
17:39ils gagnent sur deux tableaux.
17:40Ils s'ouvrent
17:41un débouché
17:42en termes de produits
17:43transformés
17:43qu'ils vont pouvoir
17:44vendre en Amérique du Sud.
17:45Mais le deuxième effet
17:46qui se coule,
17:47c'est qu'ils vont pouvoir
17:48tirer vers le bas
17:49le prix d'achat
17:50de leur matière première
17:51parce qu'ils vont mettre
17:52en concurrence
17:52leurs fournisseurs européens
17:54avec les fournisseurs
17:55d'Amérique du Sud.
17:57Et le troisième acteur
17:58qui vont aussi
17:58en bénéficier,
17:59c'est la grande distribution.
18:01Ils sont très contents
18:02de développer
18:02leur modèle
18:03de grande distribution,
18:04de distribution
18:05tel qu'on le connaît
18:06en France,
18:07en Europe,
18:07qui est en Amérique du Sud.
18:08Mais on a des gros opérateurs,
18:10notamment français,
18:11de grande distribution.
18:12Donc en fait,
18:13derrière,
18:14c'est pour ça d'ailleurs
18:15qu'une partie des libéraux,
18:16y compris en France,
18:17malgré ce qu'ils disent aujourd'hui,
18:19ne sont pas hostiles
18:20à ce traité de libre-échange.
18:22Parce qu'en fait,
18:23une fois de plus,
18:23c'est une certaine vision
18:25de l'agriculture
18:26qu'on va tuer
18:27pour en favoriser
18:28une autre
18:28qui est l'agro-industrie
18:30en réalité.
18:31Alors,
18:32vous faites bien de parler
18:33des supermarchés,
18:35des grandes enseignes.
18:37On ne va pas jouer
18:38à les toises
18:38aux mauvaises augures.
18:39On espère que demain,
18:40les choses vont se passer
18:41de telle sorte
18:42qu'il y ait un arrêt,
18:43un petit peu,
18:44en tous les cas,
18:44un ralentissement
18:45et qu'on puisse repartir
18:46sur d'autres bases.
18:46Mais si ce n'est pas le cas,
18:47on entend parler aujourd'hui
18:48beaucoup de...
18:50Alors,
18:51il y a un certain nombre
18:51de collectivités locales,
18:53de mairies,
18:54de départements
18:54qui prennent par rapport
18:55à l'agriculture
18:56et par des mesures
18:57à l'heure actuelle
18:58qui disent
18:58non,
18:58on n'entrera pas
18:59de produits du Mercosur
19:00chez nous
19:00pour nos cantines,
19:01etc.
19:02Mais il y a aussi
19:04des grandes surfaces
19:05qui disent
19:05nous,
19:05on ne va pas prendre
19:07des produits agricoles
19:09du Mercosur,
19:09etc.
19:10C'est quoi ?
19:11C'est sérieux
19:12ou comment vous voyez ça ?
19:13Non,
19:15on sait très bien
19:15que les filiales
19:17des groupes
19:20même grandes
19:20et moyennes surfaces
19:22ne vont pas
19:23fermer les yeux.
19:24Alors,
19:24peut-être les six premiers mois.
19:25Mais c'est des traités
19:27qui auront un impact énorme
19:29dans la durée.
19:30Et je rebondis
19:30sur ce que disait
19:31M. Cormand.
19:32Effectivement,
19:34certains de nos élus
19:36vont être favorables
19:37à cet accord
19:37de libre-échange
19:38parce qu'ils ont à l'idée
19:39que la division internationale
19:41du travail
19:41va tirer les coups
19:42vers le bas
19:42et donc va permettre
19:43au marché
19:44même européen
19:45d'avoir accès
19:46à des produits
19:46à plus bas coût.
19:48Mais ce ne sera même pas ça
19:50parce qu'en fait,
19:50il y a tous les rapaces
19:51qui prennent
19:52leur commission
19:53sur la chaîne.
19:55Donc,
19:55d'une part,
19:56les paysans
19:57des pays du Mercosur
19:59qui sont exploités,
20:00qui produisent
20:00dans des conditions
20:01terribles
20:02ne vont pas être rémunérés.
20:04Et les citoyens
20:06et les citoyennes
20:07d'Europe
20:07ne vont pas non plus
20:09acheter à si bas coût
20:11parce qu'il y a
20:11toute la chaîne
20:12de l'agro-industrie
20:13qui s'en met plein
20:14les fouilles
20:15au passage.
20:16Donc,
20:16c'est vraiment
20:17un énorme mensonge
20:19et moi,
20:19les engagements,
20:20alors peut-être
20:20des collectivités,
20:22après,
20:22voilà,
20:23ça dépend,
20:23ça va changer
20:24à chaque élection,
20:26mais ça paraît peu tenable.
20:29Merci beaucoup
20:29à vous deux
20:30de ce décryptage
20:31extrêmement précis
20:32sur une question
20:32qui est complexe,
20:34qui est évolutive
20:34en permanence.
20:35Prochain épisode,
20:36donc,
20:36demain,
20:37mercredi.
20:38Merci à vous
20:39et on continuera
20:40avec vous
20:40à vous entendre
20:42sur ces questions
20:42qui sont cruciales.
20:43Merci à vous également
20:44qui nous avez suivis.
20:46et à très bientôt.
20:46Au revoir.

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