00:01Alors que le virus Ebola se développe extrêmement rapidement en République démocratique de Congo,
00:06avec un millier de cas recensés en dix jours, cette variante du virus Ebola ne dispose toujours
00:10pas ni de vaccins ni de traitements et se propage encore plus rapidement qu'entre 2013 et 2016.
00:16L'OMS affirme que l'épidémie pourrait être 2 à 4 fois plus importante que ce qu'annoncent
00:19les estimations officielles. Dans ce contexte, les professionnels de santé doivent non seulement
00:23lutter contre l'épidémie évidemment mais aussi faire face à la méfiance d'une partie de la
00:26population et à des actes de violence. Je me rappelle on avait déjà fait un sujet un petit peu
00:30un petit peu équivalent au moment où ça a commencé à vraiment prendre beaucoup d'ampleur, ça devait
00:34être en fin mai peut-être, début juin. Oui parce que l'épidémie a commencé en février mais c'est
00:38à
00:38partir de mai-juin que ça a commencé vraiment à être... L'OMS a commencé à vraiment tirer la
00:43sonnette d'alarme. Exactement. Et tu nous racontais déjà à l'époque que la population était extrêmement
00:47méfiante et avait du mal à croire à la dangerosité de cette épidémie. Qu'en est-il aujourd'hui ?
00:53Est-ce
00:54que c'est toujours un peu la même chose ou est-ce que finalement la population commence à être
00:59convaincue de la dangerosité d'Ebola ? Alors c'est une question qui est compliquée évidemment. Il y a
01:08pour se faire, justement le reportage le montre bien, c'est-à-dire qu'en fait la population on va
01:13dire qu'elle est méfiante vis-à-vis de ce qui relève des ONG, de ce qui relève du système
01:18de
01:18santé ou de l'état congolais. Voilà. Donc il faut que ce soit d'autres personnes qui fassent le travail
01:25de
01:25prévention, de gestes pour dire si vous êtes malade allez-vous faire soigner il faut aller
01:31dans un centre de traitement etc. Des gestes barrières tout ça ? Oui oui alors des gestes
01:35barrières c'est très compliqué parce que ça se transmet très facilement par les
01:38fluides corporels, l'ensemble des fluides corporels. Donc c'est pas tant les gestes
01:43barrières que plutôt si vous êtes malade allez consulter c'est sans doute Ebola parce
01:49qu'évidemment il y a beaucoup de gens qui disent mais non il n'y a pas d'épidémie,
01:52il y a des discours sur les réseaux sociaux qui sont complètement à côté de la plaque.
01:58En fait au Congo en RDC les leaders qui sont écoutés ce sont les leaders
02:02communautaires ou religieux. Donc en fait petit à petit le ministère de la
02:07santé notamment les autorités mais pas seulement les autorités essaient de
02:10passer de plus en plus par eux pour faire de la prévention et la prise en
02:13charge. Voilà. Tu parlais des discours qui sont
02:16relayés sur sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de fake news, beaucoup de théories
02:19du complot. Est-ce que tu peux nous parler de ces théories du complot ? Qu'est-ce qu'on
02:22qu'est-ce qu'on peut lire sur internet sur Ebola ? Il faut savoir que ça existe
02:26pour sur tous les sujets. De toute façon vous l'avez sur tout et n'importe quoi.
02:30Que ça n'existe pas, que c'est une punition divine, voilà ce genre de choses quoi.
02:35Enfin ça existe dans n'importe quelle épidémie et dans n'importe quel endroit du monde
02:40j'allais dire. Mais comme je le disais quand même la particularité de la RDC c'est
02:44qu'effectivement ce sont les leaders communautaires et religieux qui
02:46structurent quand même l'ensemble de la société. Il faut bien se rendre compte
02:50que c'est pas un état, évidemment qu'il y a un état avec des autorités, des
02:54ministères etc. Mais surtout sur une partie du territoire qui est très très
02:59très loin de Kinshasa. Il y a 3500 kilomètres, enfin 3000 kilomètres. L'Itouri donc la
03:04province qui est l'épicentre de l'épidémie avec la ville de Bouna est collée à l'Ouganda.
03:09C'est le long de l'Ouganda, enfin c'est les voisins de l'Ouganda. Donc c'est très très
03:11très loin de, on va dire, de l'autorité centrale de Kinshasa.
03:17Est-ce que, j'ai vu qu'il y avait des manifs de soignants, est-ce que tu peux nous
03:21raconter un petit peu ces manifs ?
03:23Contre quoi ou pourquoi les soignants se mobilisent ? Et quelle est la situation du système de santé actuellement ?
03:28Est-ce que le système de santé arrive à faire face à cette épidémie ?
03:32Oui, alors on va essayer de reprendre le début, notamment par rapport au bilan et à la prise en charge
03:38et à la guérison.
03:40Parce qu'il n'y a pas de vaccin, il n'y a pas de traitement identifié. Par contre, il
03:47y a des méthodes de traitement qui portent leurs fruits.
03:50Donc je vais donner un bilan. Donc le bilan a été réévalué là, hier. Le ministère de la Santé congolais
03:57donne des infos, un nouveau bilan à peu près tous les 4-5 jours.
04:00Là, on en est à 3262 cas identifiés. À 1437 décès. Ça peut paraître peu, c'est quand même beaucoup.
04:08Ça veut dire que ça tue la moitié quasiment des gens qui sont... 40% des gens qui sont identifiés.
04:15Et comme tu le disais tout à l'heure, on sait qu'en fait, c'est très, très largement sous
04:19-évalué. En fait, il faut multiplier, effectivement, par entre 2 et 4, peut-être même 5 ou 6.
04:26Et ça, c'est... L'OMS aussi le dit. Donc on en est là. Par contre, une chose qui est
04:32intéressante, on est à 550 guérisons.
04:34Des gens qui sont allés dans des centres de traitement, qui ont été pris en charge et qui ont été
04:38guéris.
04:39Alors, il n'y a pas de traitement, donc on essaie plusieurs molécules. Voilà, on ne dit pas, tiens, il
04:44faut prendre ce médicament-là.
04:45Surtout, il y a des variants suivant les... Alors là, c'est le même variant. Là, c'est la même
04:49souche. Et justement, il y a eu une nouvelle hier.
04:51Il y a un vaccin qui vient d'être mis au point en Angleterre, donc en moins de 3 mois,
04:57ce qui est aussi remarquable du point de vue scientifique,
05:00qui repose sur la même technologie que le vaccin contre le Covid, c'est-à-dire l'ARN messager,
05:05et qui est en train d'abord d'être testé là en ce moment et qui ensuite pourrait être distribué.
05:10Il faut bien voir que le système de santé, du coup, repose sur deux jambes, on va dire,
05:15à la fois les autorités congolaises et le système de santé congolais et les ONG sur place.
05:21Donc, voilà, il y a quand même une amélioration et notamment, on arrive à le guérir et peut-être un
05:26vaccin qui pourrait arriver.
05:28Évidemment, tout l'enjeu du vaccin, c'est comment il est distribué, à quel coût.
05:33S'il est facilement accessible ou pas, parce que s'il faut payer...
05:35On est toujours pareil qu'au moment du Covid, on s'en rappelle, si on laisse faire les labos pharmaceutiques,
05:39qui vont évidemment vouloir se faire doubler sur le dos.
05:44Donc, évidemment, un brevet public de ce genre de vaccin, c'est indispensable.
05:51Du coup, est-ce qu'on en vient à ma question sur...
05:53Non, non, je t'en prie, je t'en prie.
05:55Non, mais c'était important, c'était effectivement important de faire un petit point chiffre et bilan,
05:59les derniers bilans à notre disposition.
06:01Oui, je disais qu'il y avait des manifs de soignants.
06:04En tout cas, nos deux pigistes, donc Solène et je ne me rappelle plus du nom.
06:07Solène et Thibault.
06:08Solène et Thibault, voilà.
06:10Solène Caron-Challa et Thibault Ribault.
06:12Thomas Ribault, pardon, je vais arriver.
06:13Pour les plus anciens, Solène Caron, vous l'avez peut-être aperçu sur la chaîne YouTube de l'Humanité,
06:18puisqu'elle a fait partie de l'équipe il y a 4 ans, je crois.
06:21Oui, oui, c'est ça.
06:22Elle était passée au journal plusieurs mois, il y a quelques années.
06:26Et c'est comme ça aussi qu'elle a repris contact avec nous,
06:29après la fin de ses diplômes en poche, pour partir comme pigiste.
06:33Tout à fait.
06:34Et donc, nos pigistes nous parlent de manifestation de soignants.
06:37Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu de ces manifs ?
06:39Oui.
06:40Alors, les manifs, elles sont de deux ordres.
06:42Elles sont d'une part liées à ce que tu disais tout à l'heure, c'est-à-dire la
06:45défiance.
06:47Donc, on l'a évoqué, mais cette défiance, parfois, se transforme en violence.
06:50Il y a eu une douzaine d'attaques de soignants ou de centres de traitement d'Ebola.
06:56Donc, on voit que, voilà, beaucoup de Congolais peuvent considérer ça comme, en gros, des étrangers qui viennent répandre le
07:05mal chez les Congolais.
07:07Enfin, voilà, vous voyez un petit peu le genre de discours qu'il peut y avoir derrière, de manque de
07:11confiance.
07:12Et donc, les soignants, d'abord, la première chose qu'ils demandent, c'est évidemment de pouvoir travailler en sécurité.
07:18La deuxième chose, c'est que le ministère Congolais avait promis une prime pour les soignants en première ligne face
07:24à Ebola.
07:25Il y en a déjà une centaine qui ont été contaminées et il y a eu, alors, je ne sais
07:29pas exactement, je crois que c'est une vingtaine de décès.
07:32Ce qui est quand même beaucoup.
07:34Et donc, le ministère Congolais avait promis une prime qui, évidemment, n'est jamais arrivée.
07:39Et même, ils ont du mal à recevoir leur salaire.
07:43Voilà, vous voyez, quand on parle de problématiques aussi d'État dans la prise en charge par le système de
07:49santé, on en est là.
07:50Donc, il y a eu des personnels qui se sont mis en grève, des personnels soignants qui se sont mis
07:55en grève en RDC pour protester contre le fait que le ministère ne suive pas.
08:01Et est-ce que les soignants sont écoutés par la population ?
08:04Parce que tu disais que les autorités officielles, on va dire les ONG, avaient su, c'était beaucoup de méfiants
08:09chez la population,
08:10que du coup, l'État passait plutôt maintenant par des figures religieuses ou communautaires.
08:15Et les soignants, est-ce qu'ils sont un peu entre les deux ? Ils ne font pas complètement partie
08:18de l'État, mais en même temps, c'est...
08:20Est-ce que la population a confiance envers les soignants ?
08:23C'est ambivalent, ça dépend souvent aussi s'ils sont locaux ou pas.
08:28Là, par exemple, dans le reportage, j'ai trouvé qu'il y a une scène qui est assez marquante.
08:32C'est une femme qui a été guérie et qui revient quelques jours après en interpellant « docteur, docteur !
08:39»
08:39et qui l'enlace, qui la prend dans ses bras.
08:41Donc, on voit que quand même, il y a une prise en charge.
08:46Alors, c'est une docteur locale.
08:49Après, en fait, toute l'organisation des soins peut être différente, parce qu'évidemment, les infirmières souvent sont locales,
08:56mais les médecins peuvent être étrangers et venir avec des ONG.
09:01Donc, voilà.
09:02En tout cas, clairement, ce message de prévention est en train de permettre de faire avancer les choses.
09:09Notamment dans le fait qu'il faut aller se soigner, qu'il faut aller consulter dans ces centres de santé.
09:17Après, on n'en est pas encore au pic de l'épidémie.
09:19On ne sait pas du tout, d'ailleurs, à quel point elle va pouvoir...
09:24Enfin, quel pic elle va atteindre, voilà, pardon.
09:28Puisque, comme je vous disais, on en est à 3200 cas environ, mais qu'il faut multiplier ça par 4
09:33ou 5, donc on en est à 15 000.
09:34Est-ce qu'on va arriver à...
09:36Est-ce qu'on va arriver à, je ne sais pas, 50 000, 100 000, c'est difficile à dire.
09:41La dernière grande, grande, grande vague d'Ebola, justement, les autorités congolaises l'ont pointée.
09:48C'était entre 2014 et 2016.
09:50Alors, lui, il disait qu'il y avait 11 000 morts dans l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest.
09:53Alors, justement, ça, c'est encore un point que je voulais pointer.
09:56Le gouvernement congolais tente de minimiser en disant, on s'en occupe.
10:01Là, il y a beaucoup de buzz, il y a beaucoup de buzz.
10:03Ce n'est pas très important, etc.
10:05Ce qui n'est pas une meilleure façon d'accélérer la prise en charge et la prévention.
10:10Mais, voilà, ils disent, oui, c'est bon, il n'y a que 3 000 morts.
10:13Il y a 10 ans, il y en avait eu 11 000.
10:15Je vous invite vraiment à lire ce reportage, qui est assez long, mais qui se lit extrêmement facilement.
10:20Et tu faisais référence à la scène de cette femme guérie qui sort et qui, finalement, contribue aussi à dire,
10:24« Regardez, moi, je suis allé voir le médecin, je me suis fait soigner, et finalement, ça marche, etc. »
10:28Ces épidémies, on le sait, c'est un des principaux défis de l'humanité aujourd'hui,
10:32notamment au XXIe siècle, dans le contexte notamment de réduction, d'emprise écologique de l'humanité.
10:38Donc, évidemment, la question, ce n'est pas que la RDC et l'Ebola,
10:41c'est comment on répond à ces épidémies qui vont devenir de plus en plus nombreuses,
10:45comment on les prend en charge, et comment on répond aux besoins des populations.
10:49Voilà, donc c'est vraiment un sujet majeur.
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