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  • il y a 1 jour
Face à la stratégie du scandale permanent de Trump, comment doivent réagir les médias ?
Trump : comment BIEN en parler dans les MÉDIAS ?
Comment les médias doivent-ils parler de Trump ?

Est-ce que Donald Trump figure une impasse pour le journalisme ? C'est une question qu'on se pose beaucoup à la rédaction. Comment traiter Trump alors qu'il sature les médias de ses frasques ? Pour en parler Cyprien Caddeo, journaliste politique, reçoit Christophe Deroubaix, spécialiste des Etats-Unis.

00:00 L'omniprésence de Trump
6:05 Les menaces de Trump et la stratégie du buzz permanent
16:04 Trump, un super client que les médias adorent ?
23:12 Ce que fait oublier Trump
28:04 Rationnaliser les actions de Trump

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Transcription
00:01Est-ce que Donald Trump figure une sorte d'impasse pour le journalisme ?
00:05C'est un peu un sujet coulisse qui nous intéresse aujourd'hui puisqu'on va se poser la question du
00:08traitement médiatique de Donald Trump.
00:10Comment traiter Donald Trump tout simplement alors qu'il sature les médias d'outrance de ce qu'on appelle des
00:15dingueries parmi nous
00:17et de communication à un rythme industriel presque ?
00:21Pour en parler, je suis avec Christophe Deroubet qui est grand reporter à l'Humanité et qui suit le dossier
00:25américain depuis combien de temps déjà ?
00:27J'ai commencé en 1996, j'ai arrêté pendant quelques années quand j'étais correspondant à Marseille.
00:35Je suis revenu aux Etats-Unis depuis 15 ans à peu près à l'élection de Barack Obama.
00:40Et alors du coup ce qui va nous intéresser, pour être tout à fait honnête avec le chat, on a
00:44eu cette idée de sujet un peu coulisse aussi
00:46de comment on aborde la matière journalistique parce qu'on a cette discussion entre nous deux déjà.
00:52Je t'abreuve de contenu, ah Trump a encore dit ça, on est vraiment dans South Park, Trump a fait
00:57ceci cela.
00:58Et c'est aussi une discussion qu'on a plus généralement à la rédaction sur comment suivre le rythme, est
01:02-ce qu'il faut suivre le rythme de Donald Trump ?
01:05On va d'abord en discuter un peu entre nous et puis on prendra les questions du chat aussi qui
01:08ont sans doute encore,
01:09on a beaucoup de choses à dire, qui peut-être eux-mêmes saturent de Donald Trump.
01:14Première question, toi comment tu abordes en tant que titulaire du dossier Etats-Unis à l'UMA, tu abordes le
01:21sujet Donald Trump ?
01:24Avec une grande concentration de tous les instants parce qu'en fait, je crois que je n'ai jamais vraiment
01:32eu un sujet journalistique à traiter.
01:34Je me suis occupé un peu de l'Afrique d'abord, puis des Etats-Unis, puis j'ai été à
01:39la rédaction en chef, j'étais au sport, correspondant à Marseille.
01:42J'ai touché un peu à plein de trucs que j'avais envie de faire dans le journal, c'est
01:46très bien comme ça.
01:47Jamais j'ai eu un objet journalistique qui demandait une concentration de tous les instants, c'est-à-dire 7
01:52jours sur 7, 24 heures sur 24, tu as toujours demandé.
01:55En fait, le téléphone est toujours à côté de moi, même les jours off, je garde les notifications allumées.
02:02Donc, une grande concentration, une grande énergie, c'est une sorte d'astreinte de sportif de haut niveau.
02:06Tu te dis, tous les jours, tu joues une finale de Ligue des Champions.
02:10Le premier truc, bon, ça c'est un peu pour l'anecdote, mais le deuxième, c'est avec distance.
02:17Voilà, le premier réflexe qui me vient quand quelque chose vient de Donald Trump, une déclaration, une annonce, c'est
02:23tout de suite de prendre la distance.
02:25Parce que je pense que le piège ultime dans lequel tombent un certain nombre de médias, c'est pas pour
02:31stigmatiser un certain nombre de médias,
02:33mais il faut en reparler, c'est plus sur l'économie générale, le système général et la stratégie médiatique et
02:38politique de Trump, c'est de foncer tête première dans le truc.
02:41Voilà, donc il y a un côté mou l'État et mou l'État et taureau un peu qu'il
02:45faut éviter.
02:46Peut-être commencer par ça, parce que Donald Trump, lui, a très bien compris comment marche le système informationnel contemporain,
02:52c'est-à-dire aussi intégré avec les réseaux sociaux,
02:53les chaînes d'info en continu.
02:54C'est tout un écosystème qui produit des effets sur la façon dont on traite l'information et on sait
02:59qu'il a très bien compris comment faire un peu assurer le shit show permanent, en fait, par ses déclarations.
03:04C'est aussi une stratégie qui a même été théorisée, je mets ça comme ça, on l'a en tête
03:08tout de suite, parce que c'est très important.
03:09Cette notion de « fluid zone », qui a été notamment théorisée par Steve Bannon, qui a été son conseiller
03:14éphémère, mais qui est un peu l'éliminence grise des extrêmes droits,
03:20et qui avait dit qu'il suffit d'inonder la zone, c'est-à-dire vraiment de tout le temps
03:24saturer de contenu les grands médias pour qu'ils n'arrivent plus à suivre la cadence.
03:31C'est donc contre ça que tu veux te prévenir ?
03:33Le truc complet de Bannon, c'est « flood the zone with shit », inonder la zone de merde.
03:40Déjà, l'eau, c'est chiant, mais la merde, c'est encore pire.
03:43Et donc, oui, c'est une théorie... Je pensais, en préparant cette émission, je repensais à une phrase de Nicolas
03:50Sarkozy, on en parlait hier tous les deux,
03:52quand il était président, si j'étais ministre des petits pois, vous entendriez parler des petits pois tous les jours.
04:00C'est-à-dire que la stratégie politique, c'est la communication en continu, tout le temps, tout le temps,
04:06et donc apparaître comme centrale.
04:09Et ce qui donne aussi une centralité, c'est la réaction de l'écosystème autour, finalement, quand tu te cales
04:15là-dessus.
04:16Trump porte ça à un autre niveau, à la fois lui, parce que personnellement, sa personnalité, égotisme, même sans faire
04:22de psychanalyse de comptoir, le porte à ça,
04:25et puis parce qu'il y a la stratégie derrière de Bannon, en effet.
04:27Et donc, l'idée de Bannon, c'est de dire, écoutez, les médias, on va les perdre rapidement, enfin, on
04:33va les perdre rapidement, ils vont nous perdre rapidement,
04:36donc on va inonder la zone de tas de trucs, ils ne vont pas savoir faire le tri entre tout
04:43ça, et donc finalement, nous allons pouvoir continuer à dicter notre agenda,
04:45parce qu'ils vont tout le temps courir, après, bon, ils vont écoper, un peu de merde là, on va
04:49en remettre là, on va en mettre là, et finalement, c'est toujours nous qui décidons qu'il y a
04:53de la merde à écoper.
04:53– Oui, il a la maîtrise du tempo, en tout cas. – Oui, complètement, complètement.
04:56– C'est le risque. Mais alors, il y a une difficulté, parce qu'il y a le Trump candidat
05:00qui avait la même méthode, par ailleurs, et le Trump président.
05:03À partir du moment où il est président, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait, est parole
05:06présidentielle, qui engage techniquement la première puissance mondiale,
05:09puisqu'il est à la tête de l'État. Comme quand Macron dit quelque chose, il engage normalement la parole
05:13de l'Élysée, et donc la parole de la République française.
05:15Comment tu fais, du coup, parce que quand il était candidat, tu pouvais ignorer ses outrances en disant, c'est
05:19une stratégie de campagne,
05:20là, c'est une stratégie toujours, mais ça a des effets politiques un peu plus conséquents.
05:25– Je ne vais pas parler d'ignorer, je vais parler de prendre de la distance, de trier un peu,
05:31de prendre du recul,
05:33et de se dire comment on traite ça, pas forcément dans un timing très réactif, alors que les télés en
05:41continu.
05:42Je reviendrai après sur un point là-dessus, sur les télés en continu, et le rythme qu'elles imposent finalement
05:48un peu à tout le monde,
05:49pas seulement sur les contenus, mais aussi sur le rythme.
05:52Alors oui, c'est vrai que quand Trump dit, je veux envahir le Groenland, alors qu'il est président,
05:58ce n'est pas tout à fait pareil que quand il est candidat, clairement.
06:00Donc tu es quand même obligé, de fait, de le prendre au sérieux.
06:05Je ne dis pas qu'il ne faut pas le prendre au sérieux.
06:07– Je prends un cas concret, parce qu'on en avait discuté un petit peu en préparant l'émission,
06:11c'est la succession de menaces d'invasion de Donald Trump.
06:14Et prenons un exemple, alors on aurait pu en prendre d'autres, mais je vais prendre celui-là,
06:17l'exemple canadien.
06:19Donc Trump, ça donne par exemple ce sujet-là, c'est la télé canadienne en l'occurrence,
06:24mais il y en avait aussi la télé française, où on apprend que l'armée canadienne
06:27étudie un scénario d'invasion après les menaces de Trump.
06:31Concrètement, toi, comment tu prends cet objet-là,
06:35parce que c'est quand même le président américain qui dit un peu sur un ton badin,
06:38« Eh tiens, si on faisait du Canada un cinquantaine de l'État,
06:41donc si on l'annexait en gros, c'est quand même quelque chose qui a des... »
06:46Enfin voilà, c'est un fait politique.
06:47Comment tu l'abordes ? Est-ce que tu le prends au sérieux ?
06:50Est-ce que ne pas le prendre au sérieux, c'est une façon de traiter l'information ?
06:53Comment toi, tu te positionnes par rapport à ça ?
06:55– Premier réflexe, c'est de penser que c'est du bullshit, comme on dit,
07:03que c'est une façon de peser dans le rapport de force.
07:08Et mon deuxième, je ne développe pas plus, mon deuxième réflexe,
07:11c'est quand même de regarder de près ce que ça veut dire.
07:14Encore une fois, on ne peut pas ne pas prendre au sérieux ce que dit Donald Trump.
07:18Par définition, c'est le président de la principale puissance mondiale.
07:21Donc on est obligé de lui accorder ce crédit-là.
07:25Et puis, mon deuxième réflexe, c'est de la distance et de dire,
07:29bon, OK, il va envahir le Canada.
07:31Je ne crois pas une seule seconde, mais je ne suis pas là pour croire ou pas croire.
07:34Ce n'est pas mon boulot de croire ou pas croire.
07:35C'est quels sont les éléments, les faits,
07:37qu'est-ce que je peux aller chercher dans ma connaissance des États-Unis,
07:41des institutions états-uniennes, de l'ONU, d'autres choses,
07:45des rapports de force, des forces sociales.
07:47En fait, je conçois mon boulot comme ça.
07:49Il y a des faits qui arrivent et j'essaye d'agréger avec ma vision constituée au fil des années.
07:57Et puis, à un moment, je me dis, mais trop tardivement,
08:02je fais une sorte d'autocritique ou d'introspection,
08:05j'ai eu cet argument qui venait dans ma tête trop tardivement de,
08:09mais peut-être que Trump veut envahir le Canada, je ne peux pas savoir.
08:12En tout cas, en faire le 51e État des États-Unis, jamais, pour une raison simple,
08:17c'est qu'un État aux États-Unis a le droit à deux sénateurs par État,
08:24quelle que soit la population, 800 000 Wyoming, 40 millions Californie,
08:29et Canada, 40 millions d'habitants aussi, et un certain nombre de députés.
08:32Et en l'occurrence, c'est une cinquantaine de députés.
08:35Donc, si Trump envahissait le Canada, imaginons,
08:38et transformait le Canada en 51e État,
08:40le Canada enverrait deux sénateurs à Washington et 52 députés,
08:43dont on peut présumer quand même qu'il ne voterait pas pour l'envahisseur,
08:47pas le parti qui l'envahit, même si les partis des États conservateurs du Canada,
08:53les provinces conservatrices du Canada,
08:54et donc que Trump ferait rentrer au Congrès
08:58une sorte de cheval de droit contre sa propre majorité.
09:01Donc, il ne transformera jamais.
09:03Déjà, les Républicains refusent de transformer Porto Rico,
09:06qui est un État associé et colonisé, en 51e État,
09:10exactement pour cette raison, et de transformer également la capitale fédérale en État.
09:14Donc, je peux dire, je peux affirmer sur la base de connaissances que j'ai,
09:19de discussions aussi avec des collègues, des spécialistes, des sources,
09:23exactement, que Trump ne fera pas du Canada le 51e État.
09:27Est-ce que Trump envahira le Canada ?
09:30Oui, là, en fait, c'est presque que tu le prends au mot.
09:32Tu le prends au mot, tu dis, bon, allons voir si concrètement,
09:34c'est crédible, et en tout cas, c'est possible,
09:36et quels effets ça produirait.
09:39J'avais d'autres exemples, pareil, pour un peu sur des cas concrets,
09:43parce qu'en gros, il y a quasiment une news, voire plusieurs, par jour,
09:46qui concernent Trump.
09:47Alors, certes, celles sont plus sérieuses,
09:49touchées au conflit au Moyen-Orient, par exemple, etc.,
09:51mais d'autres, c'est vraiment du buzz permanent.
09:54Je vais prendre deux exemples.
09:56Tu me diras si tu veux s'arrêter sur l'un ou l'autre.
09:57Alors, celui-là, c'était, il faut le relancer, par contre,
10:00c'était, voilà, c'était, donc, au moment d'une conférence de presse,
10:02Donald Trump convie une employée de chez McDo qui vient faire du livraison à domicile,
10:07entre guillemets, mais à la Maison-Blanche,
10:08et il dit à la meuf du McDo de rester pour assister à la conférence de presse.
10:12Donc, c'est vraiment un moment très gênant, très cringe pour la pauvre dame.
10:17Voilà, et en plus, il parle de, oui, il parle d'Iran et de Moyen-Orient
10:20avec à côté l'employé du McDo.
10:22Et deuxième exemple, c'est très récent, c'était hier, je crois.
10:25Trump qui dit, il a même fait sur le compte officiel de la Maison-Blanche,
10:28qui dit, tiens, on va renommer ICE en nice, en rajoutant national au début,
10:32comme ça, les détracteurs de la polémique seront obligés de dire nice agent,
10:36donc les gentils agents, au lieu de dire ice agent.
10:39Et donc, ça fait pareil, des titres un peu partout.
10:42Comment, toi, est-ce que là, tu penses que les médias qui ont traité ça,
10:45se sont laissés avoir à la stratégie de la floute de zone, là ?
10:49Ou est-ce qu'il y a quelque chose à en tirer, quand même ?
10:51Et comment on l'angle, en gros, comment on l'aborde ?
10:53Oui, alors, je ferais une petite différence entre...
10:55Les deux sujets ?
10:56D'abord, entre la télé et la presse écrite.
11:01De toute façon, la télé est condamnée, enfin, les chaînes d'info en continu
11:04sont condamnées à faire de l'info en continu.
11:07Ce ne se font pas forcément les journaux états-uniens,
11:10le New York Times a un peu plus de temps.
11:15Peut-être sur le dernier, sur Ice.
11:17Alors, Ice, c'est la police de l'immigration.
11:19Je mets la fiche de propagande que le Comte de la Maison Blanche a publiée.
11:23On peut en rester à ça.
11:25Nous, notre boulot, il est toujours d'aller derrière les rideaux un peu.
11:32Toujours en coulisses, toujours à la périphérie pour essayer de mieux comprendre.
11:37ou derrière, backstage, comme tu veux.
11:40Et moi, ce que je lis à travers ça, à travers Ice ou Nice,
11:43on peut être sur le côté...
11:46On peut le prendre de différentes manières.
11:47Moi, la manière dont je le prends, pour moi, c'est un aveu de faiblesse.
11:54Trump a été obligé de sortir l'ice de Minneapolis
11:58après que les agents fédéraux aient tué deux citoyens américains
12:02et que surtout que la force militante de la ville
12:06se soit auto-organisée pour chasser l'ice.
12:09On a vu des reportages, des scènes là-dessus.
12:14Et donc, il a perdu la bataille de Minneapolis.
12:16Il a voulu engager, début décembre, une bataille à Minneapolis
12:19pour des raisons qui ne doivent absolument rien au hasard.
12:22C'est la ville, je vous rappelle, dans laquelle George Floyd
12:25a été assassiné par un policier blanc en 2020,
12:28dans laquelle il avait déjà eu un grand mouvement antiraciste.
12:30Donc, il avait choisi Minneapolis.
12:31Il a perdu la bataille.
12:32Et donc, il a perdu la bataille politique
12:34et donc, il essaye de la regagner sur le narratif.
12:37Avec ce petit coup de...
12:38C'est une sorte de petit coup de...
12:40Une provoque ?
12:42Oui, aux États-Unis, on appelle ça...
12:43C'est les coups de Madison Avenue.
12:45Madison Avenue, à New York, c'est la rue des publicistes,
12:47comme on peut le voir dans Mad Men.
12:48Donc, c'est un coup de com' de publiciste,
12:50histoire de détourner un peu la tension.
12:52C'est le truc de magicien, tu sais.
12:54Voilà, hop, regardez.
12:55Mais non, mais t'as perdu politiquement, en fait.
12:56T'as perdu à Minneapolis.
12:58Au lieu de discuter du fond de...
13:00Aïs, à quoi ça a servi ?
13:01Et est-ce que c'est une bataille en brèche ?
13:03On a rien de discuter du ripollinage,
13:04de communicationnel, etc.
13:06Et alors, pour l'exemple de...
13:08McDo ?
13:09De McDo, qu'on pourrait presque...
13:10Alors, parce que là, il parle...
13:11C'est comme lunaire de le voir parler.
13:12Je vais remettre l'extrait de le voir parler du Moyen-Orient,
13:14à côté de quelqu'un qui n'a rien demandé.
13:16Donc, il y avait de McDo.
13:17Il y avait l'exemple aussi avec le gars déguisé en lapin de Pâques
13:20au sommet de la Maison Blanche,
13:21où pareil, il y avait comme une scène lunaire.
13:23Comment tu l'abordes ?
13:24Alors, peut-être sur McDo déjà,
13:25puisque c'était aussi une opération de com'
13:27vis-à-vis de sa politique.
13:28Oui, oui, c'est une opération de com'
13:30parce qu'il...
13:31Bon, d'abord, je me suis mis à la place
13:33de cette pauvre salariée,
13:35obligée de livrer des McDo à Donald Trump.
13:38et en plus d'être quasiment prise en otage médiatique par Trump.
13:45Oui, elle n'a pas trop le choix.
13:46Oui, elle n'a pas trop le choix, voilà.
13:48Moi, mon truc sur la scène de McDo,
13:50je ne sais pas comment les télés ont regardé,
13:52parce que je ne passe pas non plus à regarder les télés.
13:53Enfin, si, la télé américaine, un peu,
13:55mais pas la télé française.
13:56Mais ce qui est intéressant dans cette histoire,
13:58c'est de rappeler que...
14:01Donc là, il fait la pub, pour être concret,
14:03d'un projet de loi que les Républicains ont voté
14:06pour défiscaliser les... pour boire.
14:09Bon, mais...
14:09Et moi, mon approche, c'est d'apporter des éléments aux lecteurs.
14:13Par exemple, si je traite...
14:14Je ne l'ai pas fait, mais si on demande de traiter,
14:16c'est de dire, écoutez, Trump fait ça,
14:18mais en même temps, les majorités républicaines au Congrès
14:21refusent depuis 2009 d'augmenter le salaire minimum.
14:23Le salaire minimum aux Etats-Unis fédéral,
14:26c'est par définition un minimum.
14:28Certains Etats les plus progressistes
14:30ont augmenté le salaire minimum à 15 dollars,
14:32mais c'est 7,25 dollars.
14:347,25 dollars aux Etats-Unis,
14:36tu vis clairement sous du seuil de pauvreté.
14:38Et le salaire minimum pour les salaires qui sont typés,
14:43avec pourboires, les serveurs,
14:44elles, par exemple, les livreurs,
14:46c'est 2,50 dollars.
14:49Et donc, j'essaierai d'apporter cette information.
14:53Et une deuxième information,
14:54c'est que sur le projet de loi sur les pourboires,
14:59ça fout le...
15:00T'as vu le « why » comme on dit à Marseille,
15:02ça fout le « beans » dans les restaurants,
15:04parce que les serveurs vont être défiscalisés de leur pourboire,
15:08mais ceux qui sont en cuisine,
15:09eux, ont un salaire qui ne sont pas sans pourboire,
15:12donc n'auront pas cet avantage.
15:14Donc, y compris l'association syndicale des restaurateurs,
15:17dit « non, mais vous me foutez le bordel chez moi,
15:19les gens s'opposent entre eux ».
15:21Bon, voilà, j'apporterai ces deux petits éléments d'information.
15:24Au passage, j'ai fait aussi la pub de McDo,
15:25parce que ce n'est pas la première fois qu'il le fait, d'ailleurs.
15:29Mais c'est intéressant ce que tu dis,
15:30parce que typiquement, là, c'est un sujet,
15:32c'est un short d'M6 sur Instagram,
15:34mais en gros, M6, il montre juste l'image un peu insolite
15:38de voir le président avec un employé de McDo
15:40dans une conférence de presse qui parle de l'Iran,
15:42et il rajoute que c'est une opération com, quand même,
15:44sur ce que tu racontais,
15:46sur sa loi de défiscalisation des pourboires,
15:50je ne sais pas si c'est une loi ou un décret,
15:52mais ils ne disent pas ce que tu dis,
15:56il n'y a pas de cette contextualisation sur
15:58« oui, du coup, ça s'inscrit dans la politique sociale des républicains,
16:01qui a telle limite, etc. »
16:03Donc, en fait, j'ai l'impression que souvent, les médias,
16:06en fait, il y a toujours les médias américains, bien sûr,
16:08mais français aussi, font une news sur Trump,
16:11et un peu, il y a un peu le côté « on va au spectacle,
16:12regardez le monstre, un petit peu ».
16:14Il y a quand même ce côté-là.
16:16Et aussi, il y a des gens qui nous demandaient
16:17« est-ce qu'il n'y a pas une volonté politique de la part de certains médias
16:19de suivre la stratégie de la floude zone ? »
16:20Il nous demande quelqu'un dans le chat.
16:21Alors, est-ce que c'est une volonté politique ?
16:22Je ne sais pas, mais en tout cas, il y a un peu un confort aussi
16:25pour certains médias, à l'heure où on sait que
16:27produire de l'information rapidement, pour pas cher,
16:30c'est comme un souci structurel des médias,
16:32pour le meilleur, surtout pour le pire.
16:35Et donc, Trump, est-ce que ce n'est pas un très bon client,
16:36en fait, tout simplement, pour de nombreux médias,
16:38parce que ça leur fournit l'info, en fait, tout simplement ?
16:40L'info est pas cher.
16:41Oui, non, tu as raison, c'est une rente.
16:43Trump est une rente, clairement.
16:45D'ailleurs, il l'avait dit il y a quelques années,
16:47en parlant du New York Times, en s'attaquant au New York Times,
16:49une fois de plus, en disant « Mais pourquoi vous m'attaquez ?
16:51Vous ne devez pas vous plaindre.
16:54Grâce à moi, vos consultations sur le site augmentent. »
16:58Et c'est vrai aussi de l'été, de toutes les télés états-uniennes
17:02et en France aussi.
17:04Trump, comme tu dis, c'est un bon client, c'est une rente.
17:06Donc, on met du Trump, sans recul.
17:09Donc, en fait, c'est reprendre des images.
17:12C'est évidemment que les images de McDo
17:14sont pensées par l'équipe de com' de Trump,
17:16si ce n'est par Trump lui-même.
17:17Donc, les reprendre sans recul,
17:19sans pas de côté, c'est pas du journalisme.
17:22Pour moi, c'est pas du journalisme.
17:23C'est relayer la com'.
17:23Oui, je ne suis pas là pour dire qui est journaliste ou pas.
17:26Je ne suis pas le juge ultime ou suprême.
17:29Mais en l'occurrence, c'est relayer la com' purement et simplement.
17:32Bien sûr.
17:34Mais avec un côté, on ne relaie pas de la com'.
17:37Tu vois ?
17:38Ce n'est pas grossier.
17:39Enfin, ce n'est pas grossier.
17:41Ça n'apparaît pas grossier.
17:42C'est un fait comme ça.
17:44De la même façon, parce que McDo, il l'a fait deux fois.
17:45Il l'a fait celui-là.
17:47Puis, pendant la campagne,
17:50il est allé flipper des burgers dans un McDo,
17:52je ne sais plus où, à quel endroit.
17:53Évidemment, toutes les télés sont venues.
17:55Et Trump a dit, oui, oui, quand je serai président,
17:58tout ira mieux pour les salariés de McDo.
18:03Et toujours pareil, sans recul de la part de...
18:05Oui, c'est l'image rigolote.
18:07On l'a diffusé.
18:08Oui, voilà.
18:08On vous rendait compte.
18:09Puis, la même campagne, il avait aussi fait les boueurs.
18:12C'est marrant, en fait, de se mettre à la place d'un éboueur avec les caméras.
18:16Puis, après, je me barre, je laisse le truc.
18:17Mais toi, tu vas reprendre ton boulot.
18:18Tu vas faire 40 heures par semaine, mal payé.
18:20Ah bon.
18:22Est-ce qu'il y a des réflexions dans les médias américains aussi sur comment appréhender Trump ?
18:28Parce que, je crois que c'est CNN qui a une réflexion sur le fait que, en fait, CNN, qui
18:33est plutôt hostile à Trump, notamment pendant la campagne,
18:36s'était rendu compte qu'ils faisaient beaucoup plus de sujets sur Trump, pour lui rendir du mal, bien sûr,
18:41que sur la campagne démocrate.
18:42Et que, du coup, en fait, leur traitement de la campagne, c'était essentiellement couvrir les dingueries de Trump,
18:47pas mettre en valeur ou mettre en perspective, en tout cas, les contenus démocrates, le fond des programmes, en fait.
18:53Et donc, finalement, ils se rendaient compte qu'ils avaient surcouvert Trump, en mal, certes, mais surcouvert quand même, sous
18:58-couvert les démocrates.
19:00Et qu'on ne savait pas forcément les effets escomptés.
19:03Est-ce que cette réflexion-là, elle est...
19:05Pareil, est-ce que, dans toi, dans ta pratique, comment ça ricoche ?
19:10Moi, ça a moins de...
19:12Oui, tu n'as pas le même rôle que CNN.
19:13Oui, je n'ai pas le même rôle que CNN.
19:14Voilà, on est bien d'accord.
19:15Ce n'est pas le même puissant.
19:17Non, clairement.
19:18Mais je trouve intéressant la façon dont CNN a évolué.
19:23La première parmi les grands réseaux, pour X raisons.
19:26D'abord, Fox News ne va pas évoluer, parce que Fox News, c'est son fond de commerce.
19:29C'est clairement Trump.
19:32Et donc, par exemple, CNN a un peu inversé les choses.
19:35En France, depuis 10 ans, on fait du fact-checking, comme on dit.
19:40Je trouve ça très bien, mais j'ai toujours considéré,
19:43enfin, moi, toujours appris, depuis que je suis rentré à l'UMA, je n'ai pas fait d'école de
19:46journalisme,
19:46que le fact-checking, ça faisait partie du boulot même.
19:49On a créé quelque chose de spécial là-dessus.
19:50Très bien, ça peut mettre en lumière.
19:52Et donc, ils sont passés du fact-checking ou du boncage.
19:55Ils présentent des choses différemment.
19:57Par exemple, Trump dit, l'inflation, là, récemment, je parle, suite à la guerre en Iran.
20:03Non, non, l'inflation, tout va bien.
20:05C'est revenu à un niveau inférieur, au niveau qui était le sien pendant la présidence de Biden.
20:12Donc, avant, CNN présentait ce titre en disant, mais non, mais en fait, on a vérifié Donald Trump à tort.
20:19Et en fait, ils font l'inverse maintenant.
20:21Ils disent, l'inflation, ils partent du fait établi, non pas du ce que dit Trump, mais du fait établi.
20:26L'inflation est à 3,2% en glissement, le même niveau qu'en août 2024 sous Biden.
20:32Et Donald Trump dit que l'inflation n'est pas au même niveau.
20:37Donc, ils mettent place Donald Trump en menteur, en porte-à-faux.
20:42Voilà, exactement.
20:43Je vous le mets, c'est un nom anglais, donc c'est le « true ».
20:45Le « true sandwich », donc en gros, une vérité, le mensonge de Trump, ou de quelqu'un d'autre,
20:49dans l'occurrence de Trump, et « re-une vérité ».
20:51Et donc, ça évite de faire le titre sur la bêtise de Donald Trump, tout simplement.
20:57Voilà, exactement.
20:57C'est l'intérêt que ça.
20:59Donc, ça prouve qu'il y a quand même une réflexion en cours.
21:02Est-ce que tu vois des...
21:05J'ai quand même l'impression qu'il fait un peu des petits en France, quand même, Trump, dans cette
21:08méthode.
21:08Parce que quelqu'un a dit dans le chat, est-ce qu'on assiste à la datisation de la politique
21:11?
21:12Alors, sans vouloir faire offence à Rachida Dati, je pense que c'est plutôt Rachida Dati qui a pris les
21:16méthodes de Trump,
21:16notamment sur le fait de se mettre en scène dans des métiers pénibles, à la Febauer aussi, etc.
21:21Ça ne lui a pas réussi.
21:22Ça ne lui a pas réussi, effectivement.
21:23Mais pendant un temps, effectivement, elle a été surcouverte, parce qu'elle faisait quasiment une vidéo tous les jours, etc.
21:30Est-ce qu'il y a une contagion, finalement ?
21:33Parce qu'on a aussi une structure médiatique qui est proche de celle des États-Unis.
21:35On a des chaînes d'infos en continu qui sont montées en puissance.
21:38On a des réseaux sociaux qui prennent une place importante.
21:42Oui, oui, il y a contagion.
21:45Mais alors, nous, notre boulot, il est à la fois de regarder la contagion, parce que c'est un fait,
21:49et de mettre cette contagion, les effets de cette contagion en rapport de la réalité, de la contre-contagion.
21:57C'est-à-dire, tu vois, Rachida Dati, c'est un très bon exemple.
21:59En effet, elle a fait la Trump.
22:02Donc, je suis au milieu de tout en dictant l'agenda et en fournissant à la bête médiatique, matin, midi
22:10et soir, des éléments.
22:11C'est repris.
22:12Bon, finalement, elle a quand même pris une tolle, une grosse, grosse tolle.
22:14Donc, ça veut dire qu'à un moment...
22:17Mon boulot, il est là.
22:19Il est à la jonction des deux.
22:20C'est-à-dire, OK, donc ça, ça peut fonctionner à un moment, mais ça se heurte à des contradictions,
22:25à des limites.
22:25Et notre boulot, nous, journalistes, il est cette tectonique des plaques, un peu.
22:30Et donc, de ne pas donner du crédit, mais de ne pas laisser ce crédit seul, de le mettre en
22:37rapport avec d'autres éléments, ce que j'ai dit tout à l'heure, les forces sociales, ce que vous
22:40voulez, pour la réalité, en gros, des faits, d'autres faits.
22:45Et Rachida Dati, oui, donc, de même manière que Trump, en demeurant, parce que pendant qu'on parle de Trump,
22:52enfin, pas nous, là, en l'occurrence, parce que nous, on est en train de passer de l'autre côté.
22:55Mais pendant qu'on parle de, les chaînes d'info, on continue, on parle de Trump, McDo et compagnie.
23:02On oublie que Trump est le plus impopulaire des présidents à ce stade, qu'il se prépare à une défaite
23:09à mid-terms et compagnie.
23:13Justement, c'était ma question, parce que c'est, si on regarde, il faudrait faire presque une étude quantitative que
23:19nous n'avons pas faite, mais sur le, si on compte depuis janvier,
23:22tous les titres de presse français sur les États-Unis, je pense qu'on peut dire, sans se tromper, que
23:26trois quarts, c'est avec Trump dans le titre.
23:29Est-ce qu'à focaliser à ce point sur Trump, du fait de ce qu'on a raconté, la saturation,
23:32etc., on ne passe pas à côté de ce qui se passe par ailleurs aux États-Unis,
23:36comme un pays de 300 millions d'habitants, où il y a quand même des situations diverses, il y a
23:39des mouvements sociaux, il y a des mouvements de résistance.
23:40Tu parlais tout à l'heure des Ice Watchers, par exemple, à Minneapolis, qui sont directement en réaction à la
23:45politique de Trump.
23:46Mais il y a des mouvements de fonds, des choses sociologiques à aller chercher aux États-Unis.
23:50Est-ce que finalement, on ne passe pas à côté, et encore une fois, à relier avec la question de,
23:54ça coûte moins cher de faire une news sur Trump,
23:57en mettant la vidéo de com' de Trump, que d'aller envoyer un reporter au long cours, ou payer des
24:04piges aux États-Unis, sur des gens qui connaissent le terrain ?
24:06Oui, ça c'est le boulot qu'on essaye de faire nous à l'humain, c'est-à-dire qu
24:09'à la fois de regarder un peu ce qui se passe du côté de Trump,
24:12et surtout de ne pas se laisser prendre dans ce piège. Donc par exemple, sur Minneapolis, on a fait un
24:20papier sur les raisons pour lesquelles Trump devait passer,
24:23plus un reportage sur les Ice Watchers et l'auto-organisation des... Ce que ne font pas... Encore une fois,
24:28je vais redire ce que j'ai dit tout à l'heure, c'est le piège.
24:32Le piège de Trump, c'est d'attirer toute l'attention, à la fois pour être central, et donc finalement,
24:38ce qui s'est passé pendant la campagne électorale,
24:39tu as raison, une partie des journaux américains s'est rendu compte, même si c'était pour débonquer ou critiquer
24:45Trump,
24:46c'était Trump qui était au milieu de TV, même quasiment de Kamala Harris, qui était totalement sur le côté.
24:53Nous, on essaye de faire ce boulot, j'estime que... Encore une fois, je reviens sur le...
24:58D'ailleurs, on parlait de... Depuis combien de temps tu suis aux Etats-Unis ?
25:03De mon temps, moi, monsieur, il n'y avait pas de chaîne d'info en continu. Non, mais ça changeait
25:07beaucoup de choses.
25:07Oui, bien sûr.
25:08Tu vois, parce que ça donne vraiment... Ça dicte vraiment le rythme du traitement de l'information.
25:20Quand je suis arrivé au journal, j'avais un rédacteur en chef qui avait utilisé une formule qui restait... Code
25:26cabane, donc, qui restait marquée.
25:27C'est qu'il faut éviter de traiter l'actualité comme un rat crevé au fil de l'eau.
25:31Alors, la formule est violente. Elle est violente, mais elle est belle. Voilà.
25:35Et oui, donc, il ne faut pas la traiter comme un rat crevé au fil de l'eau.
25:38Ce qu'on tendance à faire... Oui, mais ce n'est pas cher, tu as raison.
25:41C'est-à-dire, c'est... Je ne sais plus, c'est Chapoutot qui disait sur les chaînes d'info
25:44en continu,
25:45c'est que tu payes l'électricité, le loyer, mais après...
25:50Éventuellement, pour les experts.
25:51Mais ça ne coûte rien. Ça ne coûte rien.
25:53Donc, évidemment, tu ne vas pas sur le terrain.
25:54Non, c'est de l'info low cost, de toute façon.
25:55Oui, totalement.
25:58Et est-ce qu'il y a des questions dans le chat ? Je n'ai pas vu.
26:02Est-ce que...
26:03Il y a des qui nous parlent de...
26:04Oui, parce que les chaînes d'info en continu, en plus, c'est un modèle américain à la base.
26:07C'est la machine, pour le coup, que c'est imposé.
26:11C'est un peu plus ancien aux Etats-Unis qu'en France, d'ailleurs.
26:13Je ne sais pas si tu avais déjà...
26:14Il y avait déjà des chaînes d'info sous bouche.
26:16On continue ?
26:18La première, c'est CNN.
26:20C'est CNN qui a joué un rôle crucial dans la fin de la guerre de Bush en Irak,
26:30Bush père, débarquement en Somalie, qui était vraiment la chaîne de l'Empire à l'époque,
26:35pour faire simple, qui ne l'est plus.
26:37Et puis après, les conservateurs, via Roper Murdoch, le mania australien des médias
26:46et Roger Ailes, ont compris ça et ont créé en 1996 Fox News.
26:51Fox News, donc, il y a une chaîne ultra conservatrice d'info en continu,
26:54qui, là, pour le coup, dicte vraiment...
26:57C'est le modèle de CNews, en gros, et qui dicte totalement l'agenda médiatique.
27:02Il y a une petite différence, parce qu'on parle parfois de...
27:05Enfin, c'est pas tout à fait dans le sujet, mais on parle de CNews comme étant la petite fille
27:11cadette française de Fox News.
27:13Ce qui est vrai, la différence aux Etats-Unis, maintenant, c'est que les autres chaînes se sont découplées.
27:19C'est-à-dire, avant, Fox News donnait le tempo et les autres suivait.
27:23Comme j'estime que BFM et LCI suivent le tempo donné par Fox News.
27:28C'est plus vrai aux Etats-Unis.
27:29Enfin, en tout cas, c'est plus vrai pour CNN.
27:32Oui, donc, il y a une réflexion, là aussi, qui a été faite.
27:35Effectivement, et même, je vais vous dire, parfois même France Info, s'il livre en France, malheureusement.
27:39Oui, et raison pour laquelle le petit monde trumpiste,
27:46enfin, oui, c'est Larry Ellison, j'ai cherché son nom,
27:48va au nom de Donald Trump, a fait une offre pour racheter la maison mère de CNN.
27:52Et donc, les alliés de Trump vont racheter CNN pour mater et dompter CNN.
27:59Oui, ça fait partie du deal avec Paramount, c'est ça ?
28:01Oui, exactement.
28:02Oui, c'est ça qui est encore un autre sujet.
28:05Peut-être une dernière question, parce que c'est aussi un truc qu'on n'a pas fait dans une
28:08discussion entre nous deux,
28:09c'est l'arbitrage entre l'approche rationnelle de ce que fait Trump,
28:15enfin, la volonté de rationaliser ce que fait Trump,
28:16et la part d'hubris, de psychologie, on va dire, appelons ça comme on veut, de Donald Trump.
28:23Je dis ça parce qu'on a une discussion, souvent, moi, des fois, je te dis,
28:25je trouve que tu mets un peu trop de côté le facteur, non pas qu'il soit fou, c'est
28:28pas la question,
28:29mais le facteur, oui, hubris de Trump, l'égo de Trump, finalement, les affects, vraiment,
28:33qui traversent chaque homme et aussi les chefs d'État.
28:36Et toi, tu me dis, oui, mais justement, on ne peut pas subir en plus sa stratégie de « full
28:41of the zone »,
28:42il faut prendre du recul, il faut rationaliser.
28:44Comment on arbitre ça ?
28:47Parce que je pense qu'il y a une part des deux, de toute façon.
28:48Oui, oui, on est toujours, en fait, on est toujours sur un fil,
28:52alors j'essaye de trouver un équilibre, c'est-à-dire que, par exemple, concernant Trump, clairement,
28:57bon, alors, déjà, Trump, quand tu es journaliste, même à l'humain,
29:01que tu suis, les États-Unis, on te parle de Trump.
29:05parce que c'est devenu, en dehors de nos cercles familiaux et amicaux ou sentimentaux,
29:11Trump, c'est le personnage quotidien de votre vie, c'est votre compagnon quotidien.
29:15Donc voilà.
29:16Et le premier truc qui me vient tout le temps, mais y compris les très proches, ma famille,
29:19c'est « mais il est fou, ce Trump ».
29:20Et moi, je me braque un peu là-dessus, et donc je prends beaucoup de distance en disant
29:25« mais il n'est pas fou, on ne peut pas penser la politique comme étant un produit d'acteurs
29:31fous ».
29:32En revanche, il faut aussi, c'est là où je tente d'avancer comme ça,
29:36il y a une dimension psychologique qu'il faut prendre en compte.
29:41Je n'ai pas mon CAP de psychanalyse, mais enfin, il faut quand même, on voit que c'est un
29:46personnage particulier.
29:48Donc, je n'ai jamais écrit, par exemple, d'articles sur ce côté psy,
29:53mais parfois, je suis obligé de constater que ça joue un rôle, clairement.
29:59Je prends un exemple, la visite de Zoran Mamdani à la Maison-Blanche.
30:04Donc, Mamdani annonce, le maire démocrate socialiste de New York annonce qu'il va à la Maison-Blanche.
30:10Je vois sa stratégie, c'est-à-dire qu'il va aller porter la ligne de front qu'il a
30:14portée à New York,
30:14qu'il va aller la porter à Maison-Blanche.
30:16Trump avait menacé d'envoyer l'ice, de couper les fonds et compagnie.
30:18Donc là, Zoran Mamdani dit « je vais y aller directement ».
30:21Je vois sa stratégie.
30:23Je pensais que ce serait confrontationnel.
30:25Et en fait, Mamdani a manœuvré assez intelligemment en flattant un peu Donald Trump sans en rabattre sur ses critiques.
30:35Il a continué à dire que devant la presse et en présence de Donald Trump,
30:37que Donald Trump était un fasciste et que ce qui se passait au Palestine était un génocide.
30:43Et donc, il l'a flatté.
30:44Mais en même temps qu'il l'a flatté, je lis aussi dans mon analyse dans ce qui se passe,
30:48c'est à la fois, il y a de l'hubris ou du tempérament de Trump,
30:52mais il y a aussi peut-être une part de stratégie de Trump.
30:55C'est-à-dire que peut-être que ça arrange, Trump, que la figure montante chez les démocrates,
30:59ce soit un musulman socialiste pour mieux le vilipender, le stigmatiser et dire à ses troupes
31:04« dans six mois, c'est eux qui vont être au pouvoir ».
31:06Donc il faut toujours essayer de mêler un peu les éléments et d'avancer comme ça.
31:12qu'à un cas, mais on essaye d'avancer.
31:14Tu me disais qu'il y avait un élément aussi que tu prenais en compte du coup de psychologie,
31:18c'est sa détestation de la défaite.
31:21Oui, c'est la win, quoi.
31:24Oui, oui, oui, c'est la win.
31:25Oui, bon, ça, il y a des choses qui se sont écrites là-dessus.
31:28Sa nièce, Marie Trump, a écrit un bouquin expliquant à quel point le père de Donald Trump
31:33était un tyran qui ne supportait pas la défaite,
31:39qui a brisé le frère aîné de Donald Trump qui est mort assez jeune d'alcoolisme.
31:46Et la pire insulte que Donald Trump fait à ses adversaires, c'est ça, c'est un loser.
31:52Donc absolument ne pas perdre.
31:55Donc tu vois, par exemple, si on prend un exemple sur la guerre en Iran,
31:58dans le fait que Trump refuse de reconnaître qu'il est pris dans un piège.
32:11Pour eu du stressage, je me rappelle que les soldes américains morts au combat étaient des losers.
32:15Ils étaient des losers, oui.
32:15Il faut vous dire vraiment le...
32:18Oui, oui.
32:19Il y a à la fois chez lui de...
32:23Je pense, ce côté, je ne veux pas reconnaître que j'ai perdu.
32:27Mais en même temps, si tu dégages cet aspect de psychologie personnelle,
32:31quel pouvoir, surtout un pouvoir états-unien, la principale puissance,
32:35va reconnaître qu'ils ont été pris dans un piège ?
32:38Je regardais récemment un doc sur la guerre du Vietnam.
32:42A priori, Lyndon Johnson n'était pas du tout dans la même veine psychologique,
32:48ou psychanalytique, ou psychiatrique que Donald Trump.
32:50Et en même temps, ils ont développé exactement la même chose sur le Vietnam.
32:53Non, non, mais ça va aller, il n'y a pas de problème, on va continuer,
32:57on est dominant, on n'est pas pris dans un piège, on n'est pas battu.
33:00C'est pour ça que j'ai tendance à penser, il faut prendre en compte,
33:04mais ça reste un élément mineur, quand même, ou périphérique.
33:07Ce n'est pas un élément central pour moi.
33:08Quelqu'un dans le chat dit, je ne vois pas l'intérêt de le psychologiser,
33:11il vaut mieux étudier les conditions qui lui permettent de faire toutes ces dingueries
33:15en toute impunité.
33:16Oui, je suis assez d'accord avec ça.
33:17Les questions institutionnelles, le capital qui le soutient,
33:21toutes ces questions en fait aussi.
33:22Et non, dans une démocratie plus fonctionnelle,
33:26il n'y aurait peut-être pas possibilité tout simplement d'avoir quelqu'un comme ça au pouvoir.
33:31Oui, il n'y aurait pas possibilité d'avoir quelqu'un comme ça au pouvoir.
33:34En même temps, alors ça c'est un autre débat aussi,
33:36mais ce sont des débats qui évoluent au jour le jour,
33:39sur par exemple Trump fasciste.
33:41Je pense qu'on peut qualifier Donald Trump de fasciste.
33:44Robert Paxton, le grand historien étasunien,
33:47avait refusé de l'appeler fasciste.
33:49Désormais, depuis un an, il l'appelle fasciste.
33:51Est-ce que pour autant les États-Unis sont un pays fasciste ?
33:55Non, pour l'instant, je ne suis pas au stade de qualifier les États-Unis de pays fascistes.
34:00Les institutions sont ébranlées, sont secouées.
34:03La Cour suprême est plutôt avec Donald Trump.
34:07Mais pas les caractéristiques d'un pays fasciste.
34:11L'armée n'a pas basculé au service interne de Donald Trump.
34:15La Cour suprême, malgré tout, a retoqué les droits de douane de Donald Trump,
34:20qui en avait fait un de ses arguments de campagne,
34:23un des principaux éléments de sa première année.
34:28Donc on n'est clairement pas dans...
34:29Il peut y avoir des éléments fascistes,
34:31mais ça ne fait pas des États-Unis un pays fasciste.
34:34Oui, il y a le projet fasciste, on va dire,
34:35et le concret de ce qui a été appliqué ou pas.
34:38Exactement, c'est toujours ça qu'il faut qu'on confronte, nous, comme journalistes.
34:41C'est le projet et les obstacles auxquels se heurte le projet.
34:46Et je prends un petit exemple, toujours sur les États-Unis.
34:49Ça a quand même évolué très vite entre...
34:51Fin janvier, je fais un sujet, une ouverture du journal
34:54sur la première année de Donald Trump.
34:57Et on est plutôt sur...
34:59Donald Trump est un peu tout puissant.
35:01J'ai interviewé un chercheur français qui dit
35:04« Donald Trump est tout puissant, aucun président n'a jamais été aussi puissant ».
35:08Dans mon papier, je ne suis pas tout à fait sur cette ligne,
35:11mais je lui donne la parole quand même.
35:13Mais dans mon papier, je suis sur...
35:15Oui, il a avancé.
35:17Le rouleau compresseur est en marche.
35:19Deux mois après, je refais un autre sujet dans l'Humas,
35:21les cinq échecs de Donald Trump.
35:22C'est-à-dire que les choses se sont décantées assez rapidement.
35:26Et sur les sujets, la Haïs, la guerre nationale a dû être retirée de Los Angeles,
35:31la guerre en Iran, c'est un échec, les droits de douane ont été retoqués, et compagnie.
35:36Et donc, c'est pour ça que je reviens à ma première réponse, c'est la distance.
35:42La distance physique et géographique, mais la distance temporelle.
35:45Il faut se donner le temps.
35:46Alors, je sais que ça peut faire un débat, on l'a tous les deux.
35:48Je l'ai aussi avec mes collègues, je peux avoir avec ma hiérarchie.
35:51J'ai tendance à vouloir me donner du temps.
35:54Et je préfère, de deux défauts, je préfère être trop lent que trop rapide.
36:02C'est peut-être une façon de répondre aussi au rythme imposé par Donald Trump.
36:11Sous-titrage Société Radio-Canada

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