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  • il y a 8 heures
L'incendie géant qui ravage la Gironde depuis le 22 juillet a déjà détruit 42 000 hectares et 240 habitations, provoquant l'évacuation de plus de 220 000 habitants. Plus de 2 500 sapeurs-pompiers, épaulés par 1 500 soldats et 1 200 policiers, sont mobilisés pour tenter de maîtriser les flammes. Si la progression du feu s'est stabilisée, les autorités redoutent une reprise avec la vague de chaleur annoncée.

Décryptage avec Aliénor Lions, Antoine Portoles et Pierre Cazemajor. (vidéo enregistrée le 27 juilley).

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0:00 Intro
0:25 Le point sur la situation en Gironde
14:44 Incendies : les responsabilités politiques

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News
Transcription
00:01Le méga-feu qui s'est déclenché ce 22 juillet se poursuit en Gironde.
00:06Les autorités redoutent une vague de chaleur qui relancerait les flammes,
00:09qui ont déjà brûlé 42 000 hectares.
00:12200 000 personnes ont été évacuées dans la région.
00:14Pour en parler, nous sommes avec Pierre Cazemajor,
00:17qui est journaliste Société à l'Humanité,
00:19et Antoine Portolès, notre envoyé sur place.
00:22Antoine, est-ce que vous pouvez nous faire un point sur la situation ?
00:25Cette nuit, la nuit de dimanche à lundi,
00:27a été assez favorable pour les pompiers.
00:30Ils estiment que grâce aux conditions météorologiques,
00:35la situation s'est légèrement stabilisée,
00:38c'est-à-dire que le méga-feu n'a que très peu progressé
00:41par rapport à ce qui s'est passé depuis mercredi.
00:43Pour la première fois cette nuit, il y a une fenêtre de tir
00:47pour espérer contre-attaquer,
00:50ne pas terminer fixer le feu,
00:53mais en tout cas essayer de contre-attaquer,
00:55circonscrire ce feu qui a dévoré plus de 42 000 hectares
00:58et qui continue d'avancer, mais très légèrement.
01:02Cette fenêtre de tir va bientôt se refermer
01:04parce que comme tu l'as dit,
01:05demain, il y a des fortes chaleurs qui reviennent.
01:08Donc ça, c'est un gros danger pour les sapeurs-pompiers.
01:11Et l'autre élément, c'est les vents tourbillonnants
01:13qui malheureusement, d'une heure à l'autre,
01:16peuvent faire changer la direction des flammes.
01:20Ce qui complique encore plus la tâche
01:22parce qu'il y a trois secteurs aujourd'hui
01:25qui sont particulièrement impactés.
01:31C'est le secteur sud, le secteur ouest
01:33et le secteur est.
01:34Le secteur est étant le plus difficile actuellement
01:37entre Marche Primes et Pyroton.
01:41Donc là-bas, c'est très compliqué encore.
01:43Et c'est ce qu'il nous a expliqué ce matin sur le terrain.
01:48C'est que là, il y a cette fenêtre de tir depuis cette nuit.
01:53Ce matin, ça a continué.
01:54Mais apparemment, d'ici la fin d'après-midi et ce soir,
01:58si les vents reprennent, ça peut repartir.
02:02Donc il y a un sursis.
02:04Et donc on va voir comment ça évolue dans la soirée.
02:07Mais en tout cas, il y a quand même de l'optimisme
02:09qui se dégage sur le visage des pompiers.
02:11On sent que là, pour la première fois, il y a quelque chose qui se passe
02:14et qu'on va pouvoir essayer d'en finir avec cette catastrophe.
02:19Et ces difficultés-là qui sont évoquées,
02:22est-ce qu'elles veulent dire que ce feu a un caractère assez inédit
02:25par rapport à d'autres feux que les pompiers ont connus ?
02:28Ce que nous disent les sapeurs-pompiers sur place,
02:31c'est qu'ils ont été confrontés pour la première fois en France
02:35à un phénomène de pyrocumulonimbus.
02:38On va expliquer longuement ce que c'est dans le journal de demain.
02:41Ce phénomène convectif qui permet à ce méga-feu
02:46de créer son propre climat, sa propre météo,
02:50et ainsi d'engendrer ce qu'on appelle des orages de feu.
02:54Dit comme ça, c'est assez impressionnant,
02:55mais c'est purement scientifique, c'est du réel.
02:58Et donc ces orages de feu qui permettent ensuite
03:02de projeter à plusieurs centaines de mètres de distance
03:06de Nouvelle-Bresse, et donc décupler la puissance de ce feu.
03:12Donc ces orages de feu, il y en a eu à plusieurs reprises,
03:15dont un avant Tierssoir.
03:17C'est ce qui a provoqué d'ailleurs un nouveau front sur le sud-est.
03:22Vous savez, ce week-end, le feu est vraiment descendu
03:25de manière radicale d'un coup en direction de la 63
03:28qui relie le bassin d'Arcachon à Bordeaux.
03:30C'est ce qui explique pourquoi l'autoroute a été coupée
03:33et pourquoi le feu menace désormais les communes de Sestas
03:37au sud-ouest de Bordeaux,
03:39et pourquoi il s'approche dangereusement de la métropole bordelaise.
03:42Donc voilà, c'est inédit parce que depuis mercredi,
03:45donc là, on est au cinquième jour,
03:49si je ne dis pas de bêtises, de cette catastrophe.
03:51Et on voit que même si aujourd'hui, il y a une sorte d'académie,
03:56en tout cas, jusqu'à lundi, ce feu, il avançait terriblement.
03:59Et en fait, les sapeurs-pompiers, malgré toute la détermination,
04:03l'héroïsme dont sont preuves ces soldats du feu,
04:08ils sont impuissants.
04:09Ils sont impuissants parce qu'on est face à vraiment un monstre.
04:12C'est comme ça qu'on l'appelle ici, dans le coin.
04:14Un monstre de feu qui avance terriblement
04:17et qu'on ne peut pas stopper.
04:19Et donc ça, c'est lié, évidemment, comme je l'ai dit,
04:22à des conditions météorologiques très défavorables,
04:24des vents très puissants.
04:26Une température qui, jusqu'à il y a peu, était très élevée.
04:29On va voir demain si le fait que le mercure repasse au-delà des 30 degrés,
04:34ça va empirer la situation.
04:35C'est probable, mais on ne peut pas encore imaginer
04:38à quel point ça va impacter la situation sur le terrain.
04:42Et puis, on n'en a pas parlé,
04:44mais la question de la sécheresse dans la forêt,
04:47depuis des mois et des mois,
04:48le manque de pluie depuis des mois et des mois,
04:50les sinistrés nous l'ont répété à plusieurs reprises,
04:52il ne pleut plus ici depuis des mois.
04:55On n'a pas eu de véritable pluie
04:56qui a permis de recharger les sols
04:59et de créer un temps soit peu d'humidité.
05:02Tout est sec.
05:03Tout est sec.
05:04Et entre le manque de pluie, la sécheresse
05:06et les canicules à répétition
05:07qui se sont succédées là,
05:10depuis le mois de juillet notamment,
05:13voilà ce qui se passe aujourd'hui.
05:15C'est le résultat de ça aussi.
05:17Il faut en avoir conscience.
05:19Pour eux, c'était des signes avant-coureurs cette sécheresse
05:21ou du moins c'était des risques qui existaient ?
05:24Oui, bien sûr, bien sûr.
05:25C'est ce que nous expliquait d'ailleurs très bien
05:27un sinistré que j'ai rencontré avant-hier
05:30sur la commune d'Odange
05:32qui disait, voilà,
05:34il y a quelques jours encore,
05:35on se baladait avec ma femme dans la forêt
05:38et on se disait,
05:40mais à tout moment, en fait,
05:40il suffit d'une allumette
05:42et tout part en vrille.
05:43Et c'est vraiment cette image, je trouve,
05:46qui est très parlante
05:47de se dire que la moindre étincelle,
05:50le moindre impact
05:51peut créer ce qu'on voit aujourd'hui.
05:54Alors là, l'enquête est en cours
05:55pour déterminer les causes
05:56du départ de l'incendie à Somos,
05:58puisque c'est partie de Somos,
06:00au nord du bassin d'Arcachon.
06:03Il se dit que
06:05ce serait lié à une opération
06:07des agents d'Enedis
06:09à l'aide de débroussailleuses,
06:10mais pour l'instant, on n'en sait trop rien.
06:12C'est encore trop tôt.
06:13Par l'aide d'ici, au conditionnel.
06:15Oui, oui, c'est beaucoup trop tôt.
06:16L'enquête déterminera
06:18si les causes sont exactes ou pas.
06:21Dans tous les cas, on voit que
06:22sur cette forêt landaise,
06:24la moindre étincelle, en fait,
06:27fait partir le tout en fumée.
06:29On l'a vu aussi à Biscarros, du coup,
06:30puisqu'il y a encore un second feu
06:32qui lui aussi n'est toujours pas fixé
06:35et qui a parcouru plus de 3600 hectares,
06:38mais dont les conditions sont quand même
06:40plus favorables au sud du bassin.
06:42Et là aussi, visiblement,
06:44encore une fois, on parle conditionnel,
06:45mais ce serait une fourgonnette stationnée
06:47au bord de la route qui aurait pris feu
06:49et qui aurait transmis, en fait,
06:52le feu se serait transmis depuis le véhicule
06:54jusqu'à la brousse et puis jusqu'à la forêt.
06:57Et donc, tout ça va extrêmement vite
06:59et donne le résultat qu'on voit aujourd'hui.
07:01Donc, c'est vraiment impressionnant.
07:04Est-ce que tu peux nous dire un mot
07:06sur le nombre de personnes qui sont mobilisées
07:09pour faire face à ce feu ?
07:12Donc, combien de sapeurs-pompiers,
07:14de soldats, de policiers ?
07:15Est-ce que tu as pu un peu t'entretenir avec eux ?
07:19Alors, à l'heure où on se parle,
07:20il y a un peu plus de 2500 effectifs
07:23de sapeurs-pompiers venus de toute la France,
07:27épaulés par plus de 1500 soldats de l'armée,
07:29si je ne dis pas de bêtises.
07:31Il y a aussi quelques 1200 policiers et gendarmes
07:33qui sont là principalement
07:35pour sécuriser la zone autour,
07:39empêcher que des gens entrent
07:41dans une zone à risque ou voilà.
07:45Et puis après, il y a les moyens aériens.
07:47Donc, je ne vais pas refaire toute la liste,
07:49on la connaît, mais les Canadair, les DASH,
07:52les hélicoptères, les avions Air Tractor
07:54et puis le fameux A400M, l'avion militaire
07:58qui est venu en renfort à partir de samedi
08:00et qui continue d'opérer encore ce lundi
08:02au niveau de la Cano.
08:05Donc, ça, c'est pour les effectifs.
08:07À cela, il faut vraiment comprendre
08:09qu'il y a aussi toute une mobilisation citoyenne.
08:12Ce ne sont pas que des sapeurs-pompiers
08:14qui se battent contre le feu,
08:16c'est aussi des silviculteurs,
08:17des agriculteurs qui sont en plein dans le feu,
08:21qui, eux, n'ont pas beaucoup d'équipement
08:22et qui essaient de prêter main-forte
08:24comme ils le peuvent à ces soldats du feu,
08:26soit en venant avec leur tracteur,
08:30en tractant des grosses cuves à eau
08:31et en permettant aux camions-citernes
08:34de recharger leur stock
08:35pour ensuite repartir sur le front,
08:37soit en créant ce qu'on appelle des pare-feux,
08:41c'est-à-dire des sortes de tranchées
08:44à des endroits très précis sur une ligne de front
08:46lorsque les flammes arrivent sur site
08:50pour tenter de stopper ce front
08:52qui avancent inéluctablement.
08:54Donc voilà, c'est vraiment un travail considérable.
08:58On ne se rend pas compte à quel point c'est dantesque
09:01en termes de coordination,
09:03en termes d'organisation.
09:04Et puis, il faut aussi dire un mot pour les bénévoles
09:07qui, par centaines, par milliers de toute la région,
09:10affluent, aident.
09:12J'ai rencontré des gens hier à Bordeaux,
09:15au Parc des Expositions,
09:16là où il y a le plus gros site d'accueil des sinistrés en Géronde,
09:21qui m'ont dit,
09:22mais voilà, nous, c'est cet après-midi qu'on s'est décidé.
09:25Moi, je suis venu avec ma fille,
09:27moi, je suis venu avec mon frère, avec mon père.
09:29On est venus cet après-midi, on s'est inscrits,
09:31et on y va, et on ne réfléchit pas.
09:32On aide les gens, on fait ce qu'on peut,
09:34on participe à l'effort.
09:36Et encore une fois, on est dans ce climat de guerre,
09:40situation exceptionnelle, situation extrême,
09:41inédite en France.
09:43Et d'ailleurs, c'est aussi sur le plan économique,
09:46il y a plus de 14 000 entreprises qui sont impactées pour l'instant.
09:49C'est inédit depuis le Covid.
09:51Donc, il y a vraiment ce climat de guerre qui est là.
09:53Et face à ça, une mobilisation à la fois des forces de sécurité
09:58et des sapeurs-pompiers,
09:59et puis une mobilisation citoyenne, bien sûr,
10:01qui est vraiment exceptionnelle.
10:03Qu'est-ce que tu peux dire de l'ambiance
10:05et de l'état d'esprit un peu sur place ?
10:08Quels sont les sentiments, les ressentis un peu principaux ?
10:13C'est un mélange de tout, c'est un mélange de tout.
10:15Du point de vue des sinistrés, beaucoup de peine, évidemment.
10:20D'abord, pour ceux qui ont perdu leur logement,
10:22je rappelle qu'à l'heure où on se parle,
10:24il y a plus de 240 maisons qui ont été détruites
10:27sur l'ensemble du bassin,
10:29dont 170 rien que dans la commune du Porges.
10:31Donc, une des communes, ce sera sans doute la commune
10:33la plus particulièrement touchée par ce méga-feu.
10:36Donc, il y a ces habitants qui ont perdu leur logement
10:39et puis il y a ceux qui sont toujours dans l'incertitude,
10:41qui sont sinistrés,
10:42qui ont été évacués sur d'autres communes,
10:44qui ont dû subir certains, parfois,
10:46plusieurs évacuations sur plusieurs jours,
10:48qui sont harassés, qui n'en peuvent plus,
10:51qui sont en sécurité, évidemment,
10:52sur des lieux d'accueil dans les communes avoisinantes,
10:54mais qui sont vraiment dans une situation de détresse
10:57et qui, en plus de ça,
10:59sont dans l'incertitude sur le fait que
11:01leur logement, leur maison,
11:05ait été impacté ou pas.
11:07Ils ne savent pas s'ils pourront rentrer à la maison
11:08et s'ils rentrent, ils ne savent pas dans quel état
11:12ils retrouveront leur maison.
11:13Donc, il faut imaginer vraiment le sentiment
11:16qui les traverse aujourd'hui.
11:22Après, étonnamment, il y a quand même
11:23ce que j'expliquais sur l'élan de solidarité
11:25qui s'est formé très vite, très spontanément
11:27dans toute la région.
11:29Il y a quand même un esprit de corps qui règne.
11:31Je pense que c'est ce qui est le plus important
11:32à retenir, là, ici.
11:35Malgré la détresse, malgré les inquiétudes,
11:39tout ça, je pense que les gens savent
11:44qu'il faut rester soudé dans cette épreuve.
11:47C'est une épreuve dantesque.
11:51J'ai l'impression quand même
11:52que les gens agissent en responsabilité aussi.
11:56Il y en a qui essayent de ne pas céder à la panique,
12:00qui essayent de faire ce qu'ils peuvent
12:02avec les moyens du bord.
12:03Il y en a qui craquent.
12:04C'est normal parce qu'encore une fois,
12:06comme je l'ai dit, il y a beaucoup de fatigue
12:07qui se joue depuis des jours.
12:09Mais les gens, chacun essaie de se mettre
12:11à sa place, d'agir comme il peut.
12:15C'est une épreuve.
12:17Ça va encore durer longtemps.
12:20Combien de temps, on ne sait pas.
12:22Mais les gens font corps
12:26et essayent de tenir debout comme ils le peuvent.
12:30Est-ce qu'il y a aussi une manière dont nous,
12:33ici en région parisienne ou ailleurs en France,
12:35on peut aider d'une manière ou d'une autre ?
12:38Bien sûr, oui.
12:39Il y a les collègues de dons via le Secours Populaire
12:41et bien d'autres associations partout en France
12:44qui envoient des dons, des denrées alimentaires,
12:47de l'eau, des serviettes hygiéniques,
12:50etc., sur site, dans la région,
12:51dans les centres d'accueil,
12:53principalement à Bordeaux, au Parc des Expositions
12:54parce que c'est le plus important.
12:56Je rappelle qu'il y a jusqu'à...
12:58Le site est prévu pour accueillir
13:01jusqu'à 10 000 personnes,
13:02donc c'est quand même quelque chose de massif.
13:05Donc vous pouvez tout à fait,
13:06les personnes partout en France
13:08peuvent donner soit des associations
13:10type Secours Populaire
13:11ou d'autres organismes.
13:13Et puis après, soutenir les pompiers,
13:15évidemment.
13:16Soutenir les pompiers,
13:17ça me paraît évident de le dire.
13:20Et puis, alors ça, c'est...
13:21Pour le coup, c'est les pompiers
13:22qui n'arrêtent pas de le dire.
13:24S'il vous plaît, faites attention.
13:27Faites attention lorsque vous vous baladez en forêt.
13:31Là, je discutais avec un colonel,
13:33un commandant ce matin
13:34qui me disait encore
13:35« Mais hier, on a chopé deux personnes
13:37au-dessus du bassin
13:39qui s'amusaient à faire un barbecue dans la forêt. »
13:42Et alors, on sait que ces comportements,
13:44évidemment et heureusement d'ailleurs,
13:46sont épiphénoménaux
13:47et que les gens ne sont pas bêtes
13:50dans leur grande majorité.
13:51Heureusement.
13:52Mais malheureusement,
13:53il y a encore des gens
13:55par-ci, par-là
13:56qui ne respectent pas les consignes.
13:58Je rappelle qu'on est en vigilance noire.
14:01Donc vraiment, c'est...
14:03Voilà, il faut réfléchir un minimum.
14:05Et donc, oui, pas de barbecue.
14:07Quand on fume une cigarette,
14:09pour les gens qui fument,
14:10on fait très attention
14:11à où on met son égo.
14:13Bon, voilà, je ne vais pas refaire
14:14toute la liste des consignes,
14:16mais par les temps qui courent,
14:19le fait que les pompiers
14:20soient mobilisés partout en France
14:21parce qu'il y a des feux,
14:22malheureusement, partout sur le territoire,
14:25évitez, faites attention.
14:27En tout cas, c'est la consigne
14:28que répètent,
14:29sur laquelle insistent les pompiers.
14:31On n'a pas envie de devoir,
14:35en plus de la gestion de ce méga-feu
14:37et de d'autres feux partout dans le pays,
14:39d'avoir à gérer ce genre
14:40de comportement individuel
14:41qui nuise à la communauté,
14:43qui nuise à tout le monde.
14:44La question des feux,
14:45c'est aussi une question politique.
14:47Et pour cet angle-là,
14:48on est avec Pierre Cazemajor.
14:50Est-ce que ces incendies
14:51auraient pu être évités
14:53ou, à minima,
14:54est-ce qu'ils auraient pu être
14:55pris en charge plus efficacement
14:57si le gouvernement avait agi autrement ?
14:59Alors, être évités,
15:01ça, je ne sais pas.
15:02Mais à contre,
15:02est-ce qu'on aurait pu mieux agir,
15:04ou en tout cas avoir
15:05des évitifs plus conséquents,
15:06des moyens plus conséquents
15:07pour mieux y faire face ?
15:09Oui, là,
15:10tous les syndicats de pompiers
15:13s'accordent dessus,
15:13les pompiers aussi,
15:16les SDIS,
15:17les services départementaux
15:18de lutte contre les incendies.
15:20Tout le monde s'accordent à dire
15:21qu'effectivement,
15:22on aurait pu,
15:23si certaines choses avaient été faites,
15:25agir de manière plus conséquente
15:28contre ça.
15:28Quelle chose, par exemple ?
15:30Par exemple,
15:31la CGT Pompier
15:34déclarait en 2021
15:35qu'il y avait quand même
15:35une perte de 1 000 camions citernes
15:37pour lutter contre les feux de forêt
15:38justement entre 2004 et 2021.
15:44On sait à quoi est due la perte ?
15:47Souvent, usure,
15:48manque de remplacement,
15:49ce genre de choses.
15:50Et en fait,
15:52c'est un manque qui peut se faire ressentir,
15:53ce manque de 2 000 camions,
15:55qui est petit à petit remplacé.
15:56Et d'ailleurs, c'est ce derrière quoi
15:58peuvent plus ou moins se cacher
16:00les ministres et le gouvernement.
16:02Le Royaume-Unié se déclare finalement
16:03qu'on faisait face aux incendies
16:05comme il fallait,
16:06qu'il y avait assez des polémiques,
16:07que le France-Bashing,
16:08ça suffisait.
16:09La porte-parole du gouvernement,
16:11Maude Bréjon,
16:11déclarait que les moyens
16:12avaient massivement augmenté.
16:14Elle parlait de mensonge
16:15de l'opposition de gauche
16:16quant aux critiques
16:17des avis du manque de moyens.
16:18Parce qu'en fait,
16:19il y a eu une augmentation
16:21d'un certain nombre de matériel,
16:23mais en fait,
16:24une augmentation qui succède
16:25à une perte de matériel
16:27qui avait eu lieu finalement
16:28pendant une quinzaine d'années.
16:30Oui,
16:30et qui, elle,
16:31pouvait être anticipée.
16:32C'est ça.
16:32Et en fait,
16:33du coup,
16:33aujourd'hui,
16:33on se retrouve presque à un...
16:35On revient à un niveau
16:35presque qui est similaire
16:38à avant,
16:40avant finalement,
16:41la perte de ce matériel-là.
16:42Sauf qu'entre le temps,
16:43on sait que les risques climatiques
16:43ont augmenté.
16:44Il y a tout un tas de rapports
16:45qui ont été faits.
16:46Réalisé 2024,
16:47il y avait un rapport
16:47interministériel
16:48sur la politique de prévention
16:49et de lutte
16:49dans le contexte
16:50du changement climatique
16:51contre les incendies de forêt
16:52qui déclare qu'effectivement,
16:53il va falloir faire plus attention,
16:55avoir mieux équipé
16:56les forces.
16:57Donc là,
16:58on est surtout
16:58sur des considérations matérielles.
17:00On imagine aussi
17:01qu'il y a des considérations humaines,
17:03notamment les personnes
17:05qui sont mobilisées
17:05pour faire face à ces feux.
17:07Est-ce que de ce côté-là,
17:08aussi,
17:08il y a des manquements ?
17:09Tout à fait,
17:10il y a des manquements.
17:10J'ai pu m'entretenir
17:11avec certains pompiers
17:12déployés actuellement
17:13sur le feu
17:14et on déclarait
17:15que les conditions
17:16de travail
17:17dans lesquelles
17:18ils devaient faire face
17:18au feu
17:19étaient tout bonnement
17:19insupportables.
17:21J'ai l'exemple notamment
17:22d'une colonne de pompiers
17:24qui est descendue
17:24depuis Normandie,
17:25donc quand même
17:256 heures de route,
17:27à peine arrivées,
17:28directement,
17:28on les envoie au feu.
17:29Pas de temps de repos,
17:30pas de capacité
17:31d'intervenir
17:32dans de bonnes conditions.
17:33C'est corrélé
17:33à un manque d'hommes,
17:34un manque d'hommes important.
17:36Aujourd'hui,
17:36il y a 40 000 pompiers
17:37professionnels en France,
17:38200 000 volontaires
17:39et sur les syndicats,
17:40il manquerait 16 000 pompiers
17:41professionnels en plus
17:44en fait, aux incendies.
17:46Donc ces 16 000 pompiers
17:47professionnels
17:48qui manquent aujourd'hui,
17:49ils sont cruellement
17:49à se sentir
17:50pour ces hommes
17:51et ces femmes
17:51qui interviennent
17:52dans des conditions
17:52extrêmement dures.
17:54Certains dorment
17:54entre deux camions
17:56sur des picots
17:56quand on va retirer au feu.
17:58Donc oui,
17:58il y a un manque d'hommes
17:59important aujourd'hui
17:59pour faire face
18:00comme il se doit
18:02à ce qui se passe.
18:03Et en termes
18:04de moyens financiers ?
18:06En fait,
18:06tout ça justement
18:06est aussi corrélé
18:07à un manque de moyens,
18:09que ce soit en termes
18:10de matériel
18:11et en termes aussi
18:12d'hommes et de femmes
18:13qui luttent contre le feu,
18:15c'est que
18:16les financements
18:17en fait
18:18propres
18:19des SDIS,
18:20des services départementaux
18:21de lutte contre les incendies,
18:23ils ont baissé en fait,
18:24en ce sens
18:25qu'on a décentralisé
18:26une bonne partie
18:28l'administration.
18:29Donc les départements
18:30maintenant
18:30sont plus
18:32indépendants
18:32qu'autrefois.
18:34Autrefois,
18:34on est dans une fourchette
18:36à peu près
18:36de quelques années,
18:38on le sait ?
18:39Je ne sais pas
18:40de quand date
18:41la mise en place
18:42de cette indépendance,
18:45mais en tout cas,
18:46en fait,
18:46on a mis en oeuvre
18:46des politiques
18:47qui ont permis
18:48de décentraliser
18:48certaines choses
18:49au sein des départements,
18:50sans pour autant
18:52permettre d'avoir
18:52des moyens suffisants
18:53pour faire face
18:54à certaines choses.
18:55Du coup,
18:55ce qui se passe,
18:55c'est que les départements,
18:56les conseils départementaux,
18:57ils sont obligés
18:57en fait
18:58de répartir
18:59certaines sommes.
19:00Et du coup,
19:01notamment,
19:02certaines sommes
19:02qui sont allouées
19:03au sein des services départementaux
19:04de lutte contre les incendies,
19:05on peut revoir
19:06leur part baisser,
19:07parce que ça s'en dit,
19:08ils ne s'en déclarent pas
19:09tout le temps
19:09et du coup,
19:10dans la tête
19:11de certains exécutifs départementaux
19:13en France,
19:14on se dit,
19:15on en a peu,
19:16il y a d'autres choses
19:17qu'on n'en a plus besoin régulièrement.
19:19On pense que ce n'est pas
19:20une priorité
19:20jusqu'à ce que ça devienne
19:21une priorité.
19:22Exactement.
19:23Et du coup,
19:23ce financement-là,
19:25il se ressent actuellement
19:26dans le matériel
19:27et dans l'équipement
19:28des pompiers.
19:29Par exemple,
19:31un pompier m'expliquait
19:32qu'en Gironde,
19:34il y avait pendant
19:34une bonne part de temps
19:37un gros focus
19:38sur des casings
19:39qui étaient déployés
19:39au sein des Landes
19:41un peu partout
19:41dans les campagnes.
19:42C'était les années 80,
19:43parce qu'à l'époque,
19:44il y avait eu des grands feux,
19:45on s'est dit,
19:45il va falloir s'habituer
19:47et lutter contre ça.
19:49C'est à petit,
19:50finalement,
19:50ces casings-là,
19:50elles n'ont pas forcément
19:50été maintenues,
19:52il y a eu un moins d'investissement
19:53et certaines équipes
19:54ont pas été renouvelées.
19:55Il y a des critiques
19:56qui ont été émises
19:58notamment du côté
19:59de l'opposition
19:59par rapport
20:00à la manière
20:01dont la Macronie
20:03a géré
20:04ces incendies-là
20:06au fur et à mesure
20:07des années.
20:08Est-ce que tu peux
20:09nous en dire
20:10un petit peu plus ?
20:11J'ai pu m'entretenir
20:12avec certains élus
20:13au sein des départements
20:15concernés.
20:16Il y a un peu,
20:17c'est une critique
20:17qui peut être récurrente,
20:18en tout cas,
20:18justement,
20:18on a laissé l'élu de gauche.
20:19C'est une critique
20:20de la gestion libérale
20:22ou néolibérale
20:22un peu de tout ça.
20:24Comment ça se traduirait ?
20:26On se traduit,
20:26c'est qu'on cherche
20:27à faire des économies
20:28et du coup,
20:29on se dit
20:29qu'on n'a pas forcément
20:30besoin de lutter
20:31contre l'incendie
20:32quand il n'y en a pas.
20:33Du coup,
20:34on baisse certaines sommes
20:36et quand il y en a,
20:37problème,
20:37il n'y a pas les moyens
20:39suffisants
20:39pour y faire face.
20:41Du coup,
20:41c'est un peu
20:42une gestion court-termiste.
20:44Il y avait un peu
20:44cette notion
20:44de gestion court-termiste,
20:46de pas de vision
20:46de long terme
20:47sur ce qu'il faudrait faire.
20:49Notamment,
20:50je me souviens
20:50d'un pompier
20:51avec qui j'ai échangé
20:52qui disait que dans les années 80,
20:53aussi,
20:54on pouvait en fait
20:54déplacer certaines colonnes
20:55de pompiers
20:56via des trains
20:56qui permettent en fait
20:57aux hommes et femmes
20:58d'arriver plus rapidement
20:59pour lutter contre les incendies,
21:01moins épuisés,
21:02des choses
21:03qu'aujourd'hui
21:03ont disparu,
21:04sûrement pour des raisons
21:06d'économie,
21:07en tout cas,
21:08c'est ce qui semblait
21:09transparaître.
21:10Jusqu'à maintenant,
21:11on parlait,
21:11on était centré
21:12sur la France.
21:14Est-ce qu'il y a
21:14de l'aide
21:15qui vient d'ailleurs,
21:16notamment de l'Europe,
21:18de l'Union européenne ?
21:18Oui,
21:19cette Europe,
21:20elle est vivement saluée
21:21par les autres sapeurs-pompiers.
21:23Ça leur fait chaud au cœur
21:24nécessairement
21:24d'avoir
21:26du renfort
21:27d'autres sapeurs-pompiers.
21:29Mais aussi,
21:30il y a une certaine part
21:33de colère
21:33et aussi
21:37certains sont en deuil
21:37parce qu'ils ont quand même
21:38perdu trois collègues
21:39récemment.
21:39Il y a aussi une forme
21:40de colère
21:40en ce sens que
21:41s'ils avaient suffisamment
21:42finalement
21:43de matériel,
21:44de moyens humains,
21:45en fait,
21:45il n'y aurait pas besoin
21:46de tout ça.
21:47C'est pareil,
21:47c'est pour l'aide
21:49des civils,
21:50des bénévoles
21:50qui sont là
21:50pour aider
21:51les sapeurs-pompiers.
21:52Évidemment qu'elle est louée,
21:53elle est louable,
21:54cette aide.
21:56Mais si le sapeurs-pompiers,
21:58en fait,
21:58le français était suffisamment doté,
21:59s'il y avait assez de canadaires,
22:01il y avait,
22:01Emmanuel Macron,
22:02il y avait 1er en 2022,
22:03combien d'augmenter
22:04le nombre de canadaires.
22:04Les canadaires qui devaient être là,
22:06ils ne sont toujours pas.
22:08Et du coup,
22:08cette aide,
22:08elle est évidemment bienvenue.
22:10Mais aussi,
22:11elle est bienvenue aussi
22:11parce que
22:13la France n'est pas à même
22:17parce qu'elle n'était pas le seul
22:18parce qu'elle ne s'est pas donné
22:18les moyens de lutter
22:20contre ce qui se passe.

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