00:00Il évoque en effet comme rarement, devant Thierry de Mézières, son père et les blessures de son enfance.
00:04C'est avec beaucoup d'émotions et beaucoup de pudeur également qu'il livre les clés de l'amour qui
00:08le lie à son public.
00:09Et c'est le portrait de la semaine.
00:13Johnny c'est la France, il a son instinct.
00:15Il y a chez lui une timidité intimidante qui le protège et le cadenas.
00:19Le temps lui a pris un peu sa jeunesse, mais rien de ses fièvres.
00:22A 60 ans, il reste aux aguets, orgueilleux et sauvage,
00:25mais son blouson noir, son bouc de tartare et la fente de ses yeux planque à peine son cœur écorché.
00:31Je suis très émotif, je suis très sensible.
00:34Je n'ai peut-être pas l'air comme ça.
00:37Et c'est vrai que je me suis surpris des fois, c'est vrai que j'ai la larme à
00:42l'œil.
00:44Vous savez, je ne suis pas une grande gueule, moi.
00:48J'aime vivre ma vie, j'aime faire les choses que j'ai envie de faire.
00:52D'abord, j'aime être libre dans ce que je fais.
00:55Et je n'aime pas pour mon merde.
00:58Un jour, vous aviez dit, finalement, ça m'a plutôt plu qu'à une époque de ma vie,
01:01on me prenne pour un con, parce qu'on ne se méfie jamais des cons.
01:03Oui, c'est vrai.
01:05Maintenant, on se méfie de moi, c'est embêtant.
01:08Vous avez un côté comme ça inoxydable.
01:10On se dit que le temps n'a pas d'effet sur vous.
01:12C'est une illusion ?
01:12Je n'ai pas la place à la vie.
01:16Avec les gens de mon âge, je m'ennuie un peu,
01:17donc il ne faut pas vivre en disant,
01:19ça y est, ça sera temps, alors je vais vivre comme quelqu'un de 60 ans.
01:22Non, non, là, ça serait foutu.
01:25Moi, je chante et je vis toujours comme si j'avais 30 ans ou 40 ans.
01:29Non, mais un jour, vous aviez dit, j'aimerais mourir avant d'être fieux.
01:31Jolie formule.
01:32J'avais dit aussi, vivre vite et moins à la jeune.
01:34Vous savez, j'ai dû beaucoup de plonneries quand j'étais jeune.
01:36Ce qui est de paradoxal chez vous,
01:38c'est qu'on vous voit tout le temps très entouré,
01:40et on vous sent d'une solitude absolue.
01:42Vous êtes un solitaire ?
01:45Comme tous les gens très entourés.
01:47On est bien seuls, des fois, vous savez.
01:49Mais on peut être seuls au milieu de 50 personnes.
01:52J'ai envie de vous poser une question impossible.
01:54Est-ce que vous savez pourquoi vous êtes le premier ?
01:56Qu'est-ce que vous avez que les autres n'ont pas ?
01:57Vous me piégez, là, parce que,
01:59quelle que soit la réponse,
02:00ou je vais paraître prétentieux,
02:01ou alors je vais paraître trop humble.
02:05D'abord, je n'ai pas fait ce métier pour réussir.
02:08J'ai fait ce métier pour manger.
02:10J'ai fait ce métier pour manger parce que je n'avais pas de quoi manger.
02:13Donc, un peu comme un boxeur.
02:16De toute façon, un ring, il boxe parce qu'il a besoin de se nourrir.
02:19Et pourtant, vous ne paraissez pas rassasié.
02:21On a l'impression que vous avez toujours faim.
02:22Oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui.
02:24Parce que si on était satisfait, ça serait le début de la fin.
02:27Est-ce que ce n'est pas le secret des rockers, ça, justement,
02:29qu'un vrai rocker ne peut jamais devenir un petit bourgeois bedonant ?
02:33Alors là, ça, c'est très compliqué.
02:35Enfin, c'est beaucoup de boulot.
02:37C'est musculation, c'est une des meilleures d'abdos tous les jours.
02:42C'est de ne pas boire trop d'alcool.
02:44C'est un entretien constant.
02:46La joie, vous avez dit, comme une boutade,
02:49il n'y a plus que Mick Jagger et moi.
02:50Et c'est vrai.
02:51Finalement, de cette génération-là,
02:52soit ils sont partis en fumée,
02:53la drogue les a tués,
02:54soit, je crois que c'est une formule de vous aussi,
02:57ils sont devenus des petits bourgeois qui aiment la sucrerie.
03:00D'abord, je ne prends jamais de DCA parce que le sucre, ça fait grossir.
03:04Mais ce n'est pas ma tâche de thé, je n'ai pas été élevé comme un bourgeois.
03:06Je ne serai jamais parce que ce n'est pas mon éducation.
03:10Et vous qui avez été rocker et qui avez un peu bousculé,
03:13comme le rock'n'roll pouvait bousculer dans les années 60,
03:16est-ce que vous pouvez comprendre que les mouvements rap ou techno
03:19bousculent aujourd'hui comme le rock a bousculé autrefois ?
03:21Oui, bien sûr.
03:22Vous comprenez ces jeunes ?
03:23Absolument.
03:25Ce sont des frères d'arbres pour vous ?
03:26Vous parlez de la même chose ?
03:27Vous avez la même chose dans le ventre ?
03:29On a peut-être la même chose dans le ventre,
03:30mais on ne parle pas de la même chose.
03:32Moi, ce qui m'est arrivé de les fréquenter un petit peu
03:35par rapport à des amis rappeurs que j'ai,
03:38ce sont des écorchés vifs,
03:39ce sont des gens qui sont des mal-aimés,
03:41ou en tout cas, ils le pensent en tout cas.
03:44Et c'est vrai qu'on les met un petit peu comme ça,
03:46comme dans des camps,
03:47comme les Indiens aux Etats-Unis,
03:49on les a mis dans des camps.
03:52Johnny aura attendu ses 54 ans
03:54pour confesser un jour ce qu'il appelle
03:56sa vie de destroyance.
03:58L'enfant abandonné, l'alcool, la drogue,
04:00les insomnies, la peur de la nuit et des ténèbres,
04:03Johnny devenu depuis icône en noir et blanc.
04:06Pourquoi vous avez attendu si longtemps pour nous dire ça ?
04:11Peut-être parce que je ne savais pas comment le dire avant.
04:14Et c'est vrai qu'on se dit que
04:15pour avoir une mélancolie comme ça dans les yeux,
04:18il faut avoir vécu ça ?
04:20Oui, certainement.
04:22J'ai certainement vécu ça.
04:23Mais je m'en sers aussi.
04:27Les souffrances d'enfance restent à vie.
04:32Alors on s'en sort plus ou moins bien.
04:34Avec le temps, ça s'estompe.
04:36Mais ça ne disparaît jamais vraiment.
04:39Vous savez, on est tous à la merci de sombrer.
04:41Alors c'est bien quand on s'en sort.
04:43Est-ce que vous iriez jusqu'à dire que le fond de votre talent est né de ces souffrances-là
04:47?
04:48C'est que sans tout ça, vous ne seriez pas ce Johnny-là aujourd'hui ?
04:54Vraisemblablement, oui.
04:56Est-ce qu'on peut aller encore un tout petit peu plus loin
04:58et dire que s'il n'avait pas été abandonné par votre père à huit mois,
05:02qui est parti vague abonder,
05:03vous ne seriez pas Johnny Hallyday ?
05:07C'est possible.
05:09Et que de cette histoire-là, vous en avez fait un destin ?
05:12Oui, j'en ai fait un destin.
05:14Et puis vous savez, je l'ai, bon, je l'ai assumé.
05:17Si c'était à refaire, comme dit l'une des chansons ?
05:19On referait tout complètement.
05:22Autrement, on ne serait pas là aujourd'hui.
05:24Conneries comprises.
05:27Tout à l'heure, je vous ai demandé ce que vous aviez que les autres n'avaient pas
05:30et vous n'avez pas voulu répondre par pudeur.
05:32Est-ce que finalement, ce n'est pas justement cette vie
05:35qui fait beaucoup de souffrance, beaucoup de cassure,
05:37beaucoup de doute et beaucoup d'insomnie ?
05:39Si je dure, en tout cas, je crois que c'est parce que les gens ne sont pas cons.
05:43J'aime les gens et les gens le sentent.
05:47Ce sera la chute et merci beaucoup.
05:49Je savais bien que vous alliez en faire une chute.
05:53Johnny Hallyday, qui a bientôt 60 ans, n'en finit pas de se lancer des défis.
05:57Il va fêter son anniversaire au Parc des Princes au mois de juin prochain.
06:00Et puis Johnny qui sort aussi cette semaine un double album,
06:04À la vie et à la mort, avec 23 titres nouveaux.
06:06Voilà, c'est la fin de ce 7 à 8.
06:08Bonne soirée sur la une.
06:09On se retrouve dimanche prochain.
06:10Tout de suite, le journal Karchazal.
06:13Merci d'être avec nous pour la sortie de votre nouvel album,
06:17À la vie et à la mort.
06:17Mais je vous propose d'abord de regarder ce...