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Lors de cette table ronde enregistrée à Futurapolis Santé, la commandante Audrey Renard, cheffe du département des Sciences du comportement (DSC) de la gendarmerie nationale, retrace l'émergence et les enjeux de l'analyse comportementale en France.

Créé en 2001 dans le sillage de l'affaire Guy Georges, ce service pionnier a dû surmonter le scepticisme initial d'un milieu d'enquêteurs très masculin pour imposer la psychologie au cœur de l'investigation judiciaire.

Inspirée dans sa vocation par des films comme « Le Boucher de Hanovre » et « Le Silence des agneaux », Audrey Renard montre comment les méthodes de la psycho-criminologie se sont imposées au fil des décennies comme une aide précieuse pour les forces de l'ordre.

Intervenant le plus souvent à chaud sur les scènes de crime, les analystes comportementaux étudient chaque indice physique pour y déceler la « trace psychologique » laissée par le criminel. Cette méthode s'appuie sur un triptyque rigoureux combinant expérience du terrain, travail collectif et travaux issus de la recherche universitaire.

Outre l'analyse sur le terrain, la gendarme prépare les stratégies d'interrogatoire lors des gardes à vue pour favoriser l'obtention d'aveux. Partant du principe qu'aucun tueur ne naît monstre et refusant les méthodes d'intimidation ou d'humiliation, elle privilégie l'empathie et la compréhension des ressorts psychologiques du suspect pour créer un climat d'écoute. Une approche méthodique qui s'est montrée déterminante lors d'affaires retentissantes, comme celles de Michel Fourniret et de Jonathann Daval.

§ #LePoint #LPT #Sciences #Gendarmerie #Profilage #Crimes #FaitDivers #Futurapolis #AudreyRenard

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00:03Bonjour, merci d'être là si nombreux cet après-midi. L'heure du crime à Montpellier
00:09aujourd'hui, ça n'est pas minuit, c'est 14 heures et quelques minutes. On est ravis
00:14d'accueillir la commandante Audrey Renard. On féminise maintenant dans l'armée et
00:19c'est très bien. Alors pour analyser les circonstances d'un crime, envisager le profil
00:24de son auteur et l'interroger ensuite lorsqu'on l'a sous la main, il faut un peu de psychologie.
00:31Or bizarrement, cette idée n'allait pas de soi il y a encore quelques années lorsque
00:36vous avez rejoint en 2008 le département des sciences du comportement de la gendarmerie
00:41nationale que vous avez l'honneur de diriger. Vous êtes, cela vient d'être dit, ce que
00:46l'on appelle dans les séries américaines une profileuse. En France, on dirait plutôt
00:51une analyste comportementale et ça n'a pas toujours été facile d'imposer cette
00:56discipline dans le milieu, disons-le, un peu machiste de la gendarmerie. En tout cas,
01:02c'était le cas. Lorsque vous êtes arrivée, vous écrivez dans ce livre passionnant,
01:08profileuse, que ce fut un vrai combat pour s'imposer dans le milieu des enquêtes judiciaires.
01:16Oui, effectivement, ça a été long, ça a été difficile d'imposer peut-être la
01:24psychologie et l'analyse comportementale au sein de l'enquête judiciaire. Ce n'était
01:29pas forcément acquis au départ, sans doute pour plusieurs raisons, parce qu'à la fois
01:35on a été porté par les séries et par les films. C'est une bonne chose parce qu'on parle
01:43de nous, quelque part, on développe la discipline. Et en même temps, il y a une
01:47forme de petite décrédibilisation, on va dire, de la matière avec des enquêteurs
01:53et des magistrats qui étaient peut-être un petit peu sceptiques en se disant que c'était
01:58une discipline qui venait des Etats-Unis et qui n'avait peut-être pas son rôle à jouer
02:06ici en France. Après, par ailleurs, il se trouve que moi, j'ai intégré une équipe,
02:12ce que le département existe depuis 2001. Moi, je suis arrivée en 2008. Donc j'avais
02:17déjà mes collègues qui avaient un peu débroussaillé le terrain. Je pense qu'elles
02:22en ont, elles ont beaucoup œuvré pour ça. Je dis elles parce qu'elles étaient trois
02:26femmes au départ. Là aussi, la féminisation de l'emploi n'a pas toujours été simple
02:32dans un milieu d'enquêteurs très masculin. Mais bon, voilà, on est toujours là aujourd'hui
02:3725 ans plus tard.
02:38Alors c'est l'affaire Grégory qui avait conduit la gendarmerie à créer son institut de recherche
02:43criminelle, de police scientifique. Et c'est l'affaire Guy Georges, le tueur en série de
02:47l'Est parisien, qui a conduit, qui a convaincu la gendarmerie de la nécessité de se doter
02:52d'un tel service, d'analyse comportementale.
02:56Absolument. Alors même que l'affaire Guy Georges est quand même une affaire menée par la
03:00police, pas par la gendarmerie. Et pour autant, la gendarmerie a effectivement franchi le pas
03:08du développement de l'analyse comportementale en son sein, ce qui n'a pas toujours été
03:13évident pour la police. Pour le coup, ils ont développé un service d'analyse comportementale
03:18beaucoup plus tardivement que celui de la gendarmerie.
03:21Alors l'archétype de la profileuse, on parlait tout à l'heure des séries et des films,
03:25c'est le personnage de Clarice Starling, la jeune stagiaire du FBI qu'incarne à merveille
03:31Jodie Foster dans Le silence des agneaux. Pour ceux qui ont vu ce film, je pense que nous
03:36sommes un certain nombre dans la salle. Est-ce qu'elle vous a inspiré ?
03:41Oui, assurément.
03:42Est-ce qu'elle vous a donné envie de faire ce métier ?
03:43Oui, assurément. En tous les cas, je ne sais pas si elle m'a donné envie ou si elle
03:48a continué, en tout cas son personnage, a continué à me dire que je pouvais me diriger
03:58vers cette voie-là. Parce qu'en fait, il y a un film qui est plus ancien, dont je parle
04:04dans le livre, que j'avais pu voir en étant plus jeune, qui est Le boucher de Hannover,
04:10qui est suivi par un psychiatre, qui est un tueur en série allemand, qui a été suivi
04:15par un psychiatre. Et en fait, dans ce film, on met en scène le psychiatre avec ce tueur
04:20en série. Et c'est à ce moment-là où je, effectivement, je me dis, tiens, il y a des
04:25gens qui s'intéressent à ce type de personnes. Il y a peut-être des choses à creuser dans
04:31ce domaine-là. Et ça veut dire qu'on a le droit de s'y intéresser. Voilà. C'était
04:35à ce moment-là que c'est né. Après, il y a eu, effectivement, le silence des agneaux.
04:41Alors, vous avez côtoyé de grands criminels, disons-le. Je pense à Michel Fournier,
04:45par exemple, l'ogre des Ardennes. On y reviendra dans un instant. D'autres aussi.
04:50Et vous dites pourtant, continuez à croire en l'homme. En l'épigraphe de votre livre,
04:56il y a cette citation du dramaturge américain Edward Albee. Chaque monstre était d'abord
05:02un homme. Au fond, pour entrer dans la tête des criminels, pour faire votre métier, il
05:08faut être humaniste. Oui, je crois. C'est effectivement parce que si on veut comprendre
05:16leur mode d'action, leur mode de fonctionnement, ce pourquoi ils passent à l'acte, quelles sont
05:26leurs motivations sous-jacentes, en fait, à passer à l'acte. Je crois qu'il faut s'intéresser
05:32à ce qu'ils sont profondément. Ils ne sont pas nés tueurs. Le tueur né n'existe
05:39pas, cette idée des positivistes italiens du 19e. Voilà. Elle est révolue. Donc, il y a
05:49forcément quelque chose dans le parcours de la personne, dans son développement, dans
05:54les personnes qu'il a côtoyé, les personnes qui l'ont façonné, les personnes qui l'ont
05:58éduquées, les rencontres, bonnes ou mauvaises, que cette personne a faites, qui l'ont nourrie
06:06et ont fait, à un moment donné, que peut-être les choses, effectivement, dérapent. Bon, même
06:13si, effectivement, dérapent peut-être un euphémisme. Donc, l'idée, c'est quand même
06:17de comprendre l'être humain qu'il y a derrière parce que ces personnes-là ont besoin, en fait,
06:25d'être comprises. Et si on a envie qu'elles nous parlent, si on a envie qu'elles nous
06:29disent ce qu'il s'est passé, parce qu'en fait, moi, je travaille dans le cadre d'une
06:33enquête judiciaire. Je ne suis pas là en tant que thérapeute post-sententielle, mais
06:39dans le cadre d'une enquête judiciaire, on a envie de savoir qu'est-ce qu'il s'est
06:42passé. Et si on y va frontalement en imaginant que c'est en humiliant la personne et en ne
06:49le remettant que face à l'acte monstrueux qu'il a commis, que les choses vont se débloquer,
06:54je crois qu'on se trompe véritablement.
06:56Alors, on va faire un plan en deux parties, comme on a bien appris, parce que vous travaillez
07:02effectivement sur deux terrains différents. Le premier, c'est la scène de crime, où vous
07:07vous rendez lorsque un crime vient d'être commis, ou en tout cas, lorsqu'on vient de
07:13le découvrir. Et ensuite, il y a les locaux de garde à vue, où vous conseillez, si on
07:20peut dire, les enquêteurs dans leur stratégie d'interrogatoire, quand un suspect a été
07:25confondu et sur le point d'être interrogé. Et contrairement à ce qu'on peut penser,
07:32vous ne vous intéressez pas seulement au cold case, ces vieilles histoires dont on essaye
07:38de trouver une issue, mais le plus souvent, vous êtes appelé en urgence, vous intervenez
07:43à chaud sur la scène de crime, en même temps que les enquêteurs qui débarquent.
07:47Absolument. C'est la majeure partie de nos dossiers. Ce sont effectivement des dossiers
07:51qui sont très... des affaires qui viennent de se produire. Et donc, on est appelé plutôt
07:59sur ces affaires-là. Il n'empêche qu'on est aussi appelé sur des anciennes affaires.
08:04Et on travaille effectivement à la fois sur l'analyse d'une scène de crime pour déterminer
08:10quel peut être le profil de l'individu qui a commis les faits. C'est-à-dire, que nous
08:14dit la scène de crime ? Que la scène de crime, on va l'analyser d'un point de vue
08:20le plus
08:20objectif possible. Et d'un point de vue criminologique, on va aller retirer ce qui
08:26nous paraît essentiel pour mettre en lumière des caractéristiques de la personnalité
08:31de l'individu. Donc, on va pouvoir ensuite donner des orientations d'enquête aux enquêteurs
08:36qui travaillent sur les dossiers pour essayer d'aller identifier la personne qui a commis
08:41les faits. Puis après, effectivement, il y a la seconde partie. Quand un individu est
08:46identifié dans le cadre de ses affaires, on va là aussi apporter notre concours, notre
08:53aide, notre savoir-faire, notre expérience au profit des enquêteurs pour élaborer des
08:58stratégies d'interrogatoire. Mais plus globalement, notre département a vocation à multiplier
09:06notre champ d'action, y compris dans tout ce qui est renseignement criminel de manière
09:11générale, puisque nous faisons partie d'un grand service qui s'appelle le service central
09:15de renseignement criminel de la gendarmerie.
09:17Alors, comme le cadavre en médecine légale, la scène de crime, elle parle. Alors, on y
09:22laisse des indices, des cheveux, des traces diverses et variées, mais aussi des indices
09:28psychologiques. Et vous dites que vous, analystes du comportement, vous percevez sur la scène
09:34de crime ce que les autres, et notamment les enquêteurs de terrain, ne voient pas. Alors,
09:39qu'est-ce que vous voyez que les autres ne voient pas sur une scène de crime ? Il y
09:42a
09:42plein d'exemples passionnants de votre livre.
09:45Alors, je ne pense pas que les enquêteurs ne le voient pas. C'est juste qu'ils ont une
09:52façon de travailler qui peut-être provoque cet effet tunnel qui ne leur permet pas d'envisager
09:59peut-être les choses de manière plus globale. On leur demande de récolter des indices.
10:04Ils vont récolter des indices sur une scène de crime. Nous, on va avoir un champ plus large.
10:10C'est-à-dire qu'on va leur laisser faire leur travail, évidemment, de tout ce qu'on appelle
10:14la police technique et scientifique. Mais là où un individu laisse des traces de lui,
10:22c'est-à-dire des fibres, des cheveux, des poils, de la salive, peu importe, de quelque
10:28nature que ce soit, il laisse aussi une trace psychologique. C'est-à-dire qu'on ne peut
10:33pas passer à l'acte de manière extrêmement violente. Quand il y a eu un passage-acte entre
10:39deux personnes, il y a nécessairement quelque chose de l'individu, de l'auteur, qui reste.
10:47Une signature criminelle, c'est le terme qu'on utilise parfois.
10:50Alors, la signature criminelle, c'est vraiment un terme en criminologie qui veut spécifiquement
10:54dire quelque chose. C'est-à-dire, c'est ce que l'auteur a fait qu'il n'était pas
10:59nécessaire de faire pour tuer la victime, par exemple, dans le cadre d'un homicide.
11:03Donc, ce n'est pas forcément ça, parce qu'on peut être aussi dans le cadre...
11:06Et donc, tout le monde, tous les auteurs n'utilisent pas une signature criminelle.
11:10Ils peuvent aussi n'utiliser que le strict nécessaire dans la violence faite pour tuer
11:16la victime. Là, on va vraiment aller se demander,
11:20par exemple, pour quelle raison la victime a-t-elle été déshabillée,
11:24alors que peut-être il n'y a pas de traces de viol par ailleurs,
11:27ou pour quelle raison il y a eu une mise en scène de la scène de crime,
11:33pour quelle raison l'auteur laisse des traces de lui, c'est-à-dire son ADN,
11:36pourquoi n'a-t-il pas pris de précaution ?
11:39Est-ce que c'est parce qu'il s'en fiche ? Parce que peut-être il n'est pas
11:42suffisamment
11:44intelligent, on va dire ? Ou est-ce que c'est parce qu'il n'a pas d'antécédent judiciaire
11:47?
11:47Ou parce qu'il se dit être au-dessus de ça ?
11:50Donc en fait, c'est des éléments qu'on va aller...
11:52C'est finalement, on part des mêmes éléments que l'enquêteur,
11:56seulement on va les interpréter d'une autre manière.
11:59Alors on va prendre des exemples, pour bien comprendre,
12:01des exemples malheureusement assez pénibles,
12:03c'est vrai que vous ne travaillez pas sur des bluettes, disons-le.
12:08C'était le 6 novembre 2011, vous recevez un appel du patron de la SR de Nîmes,
12:13comme on dit, la section de recherche de la gendarmerie de Nîmes.
12:17Le cadavre d'une fillette de 8 ans vient d'être retrouvé,
12:20elle est dans un état épouvantable, elle a été étranglée, poignardée, violée,
12:24et les enquêteurs penchent tout de suite pour l'hypothèse d'un prédateur sexuel.
12:30Vous arrivez, et très rapidement, vous démentez cette hypothèse
12:35et vous proposez une autre piste.
12:39Est-ce que vous avez cette histoire en tête ?
12:41Forcément, c'est celle qui vous a le plus marquée, dites-vous.
12:44Qu'est-ce que vous découvrez ?
12:46Et qu'est-ce qui vous permet de dire
12:49que ça n'est sans doute pas l'œuvre d'un prédateur sexuel ?
12:53Effectivement, c'est une affaire qui m'a beaucoup marquée.
12:56Quand on me demande quelle est l'affaire qui m'a le plus marquée dans ma carrière,
12:59puisque ça fait 18 ans que je fais ce métier,
13:01c'est probablement celle que je cite.
13:04Premièrement, parce qu'il s'agit d'une victime qui est une enfant,
13:07donc c'est toujours quand même compliqué,
13:10qui que nous soyons et quelle que soit l'expérience que nous ayons,
13:13de faire face à l'homicide d'un enfant.
13:16C'est un dossier sur lequel j'ai eu à participer à l'autopsie,
13:20donc ce n'était pas le meilleur moment de ma carrière,
13:25mais ce qui était nécessaire pour notre travail.
13:28Donc voilà, il faut le faire,
13:29parce que ça va nous donner des indices justement
13:34de ce qui a pu être fait à ce moment-là à la victime
13:37et nous donner des indications sur l'auteur que les enquêteurs recherchent.
13:42Et là, sur le moment, on le recherche activement.
13:45On sent un individu qui peut être potentiellement dangereux.
13:49Après, effectivement, les enquêteurs, au départ,
13:51et c'est normal qu'ils partent là-dessus,
13:54partent sur la piste d'un prédateur.
13:59Néanmoins, il y a des circonstances spatio-temporelles,
14:02notamment, qui commencent à mettre un peu à mal cette hypothèse-là,
14:07puisqu'on est au mois de novembre,
14:08il pleut, il fait nuit, puisqu'on est le soir.
14:13Et cette jeune fille n'était pas censée sortir à cette heure-là,
14:17à ce moment-là.
14:18Enfin, tout le monde était chez soi.
14:20On est dans un village du Gard où il n'y a pas de commerce,
14:24pas de restaurant, pas de boîte de nuit.
14:25Donc, en fait, on n'est pas censé sortir à ce moment-là.
14:29Et donc, l'idée d'un prédateur,
14:31le prédateur, c'est quand même quelqu'un qui, globalement,
14:35recherche sans cesse la bonne opportunité.
14:37Donc, il va se mettre dans des dispositions
14:39qui vont favoriser que ces opportunités arrivent.
14:43Il va se mettre en chasse, comme disait Michel Fournier.
14:46Voilà, c'est ça, tout à fait.
14:48Mais, pour le coup, Michel Fournier,
14:50il était vraiment, c'était un vrai prédateur.
14:52Il passait ses jours et ses nuits
14:55à regarder ce qu'il se passait dehors,
14:59à observer, à suivre des jeunes filles
15:01pendant plusieurs jours, pendant plusieurs semaines,
15:04avant éventuellement d'entrer en contact avec elles.
15:07Là, on n'a pas du tout cette structure-là.
15:10On a une jeune fille qui n'était pas censée être là,
15:13donc qui se retrouve au mauvais moment, au mauvais endroit,
15:16face à un individu qui s'en prend à elle.
15:21Mais l'individu ne pouvait pas savoir qu'elle serait là.
15:23Il n'était pas en chasse.
15:24Ce n'était pas possible.
15:26Par ailleurs, il va laisser son ADN, en fait,
15:28sur la scène de crime.
15:30Donc, c'est quelqu'un qui, visiblement,
15:32a quand même agi dans la précipitation,
15:34de manière très opportuniste,
15:36sans aucune préparation.
15:37Et on le voit notamment dans la manière
15:39dont il laissera la jeune fille,
15:42comme ça, à découvert,
15:43à quelques kilomètres du lieu des faits.
15:47Ça n'est pas l'œuvre de quelqu'un
15:48qui a préparé son acte,
15:50qui a prémédité son geste
15:51et qui a ciblé sa victime.
15:55Donc, déjà, là, on s'écarte de ce chemin
15:58que peut-être prenaient les enquêteurs au départ.
15:59Mais voilà.
16:01Après, nous cheminons ensemble avec les enquêteurs.
16:03Tout ça, c'est quelque chose de très collectif, finalement.
16:05Vous déjouez ce que vous appelez l'effet tunnel.
16:08C'est ce biais cognitif
16:10qui conduit à s'enfermer, peut-être,
16:12un peu trop vite dans une hypothèse.
16:15Disons que je mettrais l'effet tunnel
16:16aussi en lien avec un autre biais
16:19qui est le biais de l'expérience.
16:20Parce que, bien sûr que l'expérience
16:25est un atout, probablement.
16:28Dans beaucoup de métiers,
16:30avoir de l'expérience, c'est un atout,
16:32y compris dans le mien.
16:35Néanmoins, il y a aussi ce biais d'expérience
16:37qui met en lumière
16:40le fait que, peut-être,
16:41quand on a des situations qui se ressemblent,
16:44on va venir calquer un peu
16:46la situation qu'on a connue par le passé.
16:48On va se dire,
16:49ah tiens, c'est peut-être la même
16:50que je suis en train de vivre actuellement.
16:51Et on va faire comme ça
16:52des espèces de copier-coller
16:53qui, peut-être,
16:54ne nous mèneront pas sur la bonne piste.
16:57Donc, je crois qu'il faut y faire très attention.
17:00Donc, il faut, pour ça,
17:02travailler de manière collective.
17:04Je pense que pour réduire la subjectivité
17:07et pour être les plus objectifs possibles,
17:09et c'est ce vers quoi nous tendons systématiquement,
17:12c'est de travailler en groupe.
17:14On ne travaille jamais seul sur un dossier.
17:16Donc, il y a de la contradiction permanente.
17:18Moi, je travaille avec mes collègues
17:19et entre nous, on se dit,
17:21pourquoi tu dis ça ?
17:22Moi, je dis ça.
17:22Pourquoi tu dis ça ?
17:23Quels sont tes arguments ?
17:24Comment tu vas pouvoir le défendre
17:25demain quand tu te retrouveras
17:27devant une cour d'assise
17:28et qu'il va falloir que tu défendes
17:29l'écrit que tu auras mis
17:32dans cette procédure judiciaire ?
17:33Parce que c'est ça aussi, à la fin.
17:35C'est, devant une cour d'assise,
17:37est-ce que vous êtes en mesure
17:38de pouvoir défendre ce que vous avez écrit ?
17:40Donc, on est quand même responsable.
17:41On est officier de police judiciaire
17:43à compétence nationale.
17:44On est responsable de ce qu'on écrit
17:46et de ce qu'on dit.
17:47Donc, je crois que ça,
17:48c'est quand même très important.
17:49Donc, se méfier de son flair,
17:51ce qu'on appelle le flair
17:52chez les enquêteurs
17:52qui, parfois, peut vous jouer des tours,
17:55arriver avec un œil neuf,
17:57autant que faire se peut,
17:59tout en mobilisant son expérience.
18:01Absolument.
18:02Après, le flair des enquêteurs
18:04et leur intuition,
18:05ils ont souvent une bonne intuition.
18:07Oui, on dit ça.
18:07Moi, j'aime beaucoup travailler
18:09avec les enquêteurs
18:09et je trouve que, majoritairement,
18:11ils sont quand même très bons
18:14et ils ont une bonne intuition.
18:16Ce qui leur manque, parfois,
18:17c'est peut-être de savoir
18:19pourquoi ils ont cette intuition.
18:20Et puis, nous, si on peut venir,
18:21les aider à comprendre
18:22pourquoi ils ont telle ou telle intuition,
18:24ça donne du crédit
18:27à ce flair, effectivement.
18:29On vous suit sur une autre scène de crime.
18:31Nous sommes cette fois en 2020
18:32dans l'Ain.
18:33Une jeune femme
18:34qui était venue
18:35cueillir des champignons
18:36est retrouvée morte
18:38dans une forêt.
18:39Vous vous rendez sur place,
18:40quasiment au même moment
18:41que les enquêteurs
18:43de police judiciaire.
18:45Et très rapidement,
18:47vous formulez ce diagnostic.
18:49l'auteur était certainement en colère
18:51avant de croiser sa victime.
18:53C'est un familier du secteur.
18:55Il est instable,
18:57en difficulté dans sa relation aux autres,
18:59notamment aux femmes.
19:01Il est d'intelligence moyenne.
19:03C'est ce que vous dites.
19:04Et bingo !
19:05L'auteur est effectivement célibataire,
19:07natif de la région,
19:09employé dans un abattoir.
19:11Comment est-ce que vous avez vu tout cela ?
19:14Vous vous êtes douée
19:15de dons de divinité ?
19:17Malheureusement, non.
19:18De divinatoire, plutôt.
19:20Non, non.
19:21Malheureusement, non.
19:22J'aimerais, mais non.
19:24En fait, il faut savoir
19:24que dans notre travail,
19:26il y a ce qu'on appelle
19:29un triptyque
19:30de nos compétences.
19:31C'est-à-dire que notre travail
19:32se base à la fois
19:33sur notre expérience,
19:35qui est à prendre en compte, évidemment.
19:38Il y a aussi notre connaissance,
19:44notre formation universitaire,
19:46puisqu'en fait,
19:47nous travaillons dans ce département
19:48avec une formation universitaire
19:49assez solide au départ.
19:51Et puis, il y a aussi
19:52la recherche universitaire.
19:53Et ce que nous pouvons dire parfois
19:56dans nos procès verbaux
19:59relève de cette recherche universitaire.
20:01Il y a des chercheurs en France,
20:03en Europe,
20:05outre-Atlantique aussi beaucoup,
20:06aux Etats-Unis, au Canada.
20:09qui produisent de la recherche
20:11et qui publient de la recherche
20:13en criminologie,
20:14en psychocriminologie.
20:15Et en fait,
20:15il y a des grandes typologies
20:18qui sont mises à jour
20:21avec, effectivement,
20:23selon ce que vous allez retrouver
20:24sur une scène de crime,
20:25vous allez pouvoir avoir
20:26des tendances
20:27d'un certain type d'individus.
20:30Ça, c'est issu de la recherche.
20:31Donc, si vous calquez ça
20:33à la fois sur notre expérience
20:35et puis sur le fait en question,
20:37parce qu'il faut toujours
20:38individualiser
20:39et on ne fait pas de généralité.
20:43On prend le cas en particulier,
20:44mais on part quand même
20:45de certaines généralités.
20:47Eh bien,
20:48si ça correspond au cas
20:50que nous sommes en train de traiter,
20:51effectivement,
20:52nous pouvons avoir la possibilité
20:54de mettre en lumière
20:56un certain nombre de détails
20:58qui vont pouvoir aider
20:59les enquêteurs.
21:00Sur ce cas-là,
21:01on a même pu donner
21:03une tranche d'âge,
21:04ce qui n'est pas toujours évident,
21:07qui d'ailleurs correspondait
21:08au suspect qui a été interpellé.
21:11Et la tranche d'âge
21:12est vraiment très...
21:13C'est à la fois une donnée
21:15qui peut être assez efficace
21:20pour les enquêteurs
21:21dans leur recherche d'un suspect,
21:23mais qui est une donnée
21:25qui peut être difficilement décelable.
21:29Alors, parlons maintenant
21:31de la deuxième phase,
21:33qui est la phase de l'interrogatoire.
21:36Disons-le, vous êtes là
21:37pour obtenir des aveux,
21:38pour arracher des aveux.
21:40On n'en est pas sortis.
21:41Il y a l'ADN,
21:42il y a la police scientifique,
21:43mais on veut des aveux,
21:45ce que l'on appelait autrefois
21:46la reine des preuves.
21:48Il y a...
21:49J'ai retrouvé dans un vieux manuel
21:50de police,
21:51le commissaire Lambert,
21:52qui conseillait aux enquêteurs
21:54de susciter le vertige mental
21:57pour conduire aux aveux.
21:59Et vous êtes là pour ça,
22:00pour que le suspect passe à table,
22:02comme on dit.
22:03Absolument.
22:03Vous l'assumez ?
22:04Absolument.
22:05Alors, je n'arrache pas les aveux,
22:06nous n'arrachons pas les...
22:07Oui, on ne les extorque pas.
22:09Non, on n'extorque pas les aveux.
22:11Néanmoins, on met à la disposition,
22:15on se met à la disposition des enquêteurs,
22:17on met à la disposition des enquêteurs
22:18nos compétences,
22:20notre savoir-faire,
22:20pour effectivement favoriser
22:24l'obtention d'aveux.
22:25Parce que ce n'est pas...
22:30Ce n'est pas que dans le passé,
22:31vous disiez,
22:33avant, c'était la reine des preuves,
22:34l'aveu.
22:35Non, ça l'est toujours, en vrai.
22:36Bien sûr qu'aujourd'hui,
22:38on a des techniques scientifiques,
22:43génétiques,
22:43qui permettent de véritablement confondre
22:46des individus, bien sûr.
22:49Néanmoins, moi, je sais qu'il y a des dossiers
22:51sur lesquels on peut avoir un ADN,
22:53on peut avoir identifié très clairement l'individu,
22:57s'il ne nous a pas donné d'aveu.
22:59Franchement, c'est extrêmement frustrant,
23:02et je pense que ça ne satisfait absolument personne.
23:05Bien sûr, moi, ça ne me satisfait pas,
23:07mais bon, moi, c'est pas très grave.
23:09Mais ça ne satisfait pas les enquêteurs,
23:11ça ne satisfait pas le magistrat.
23:13Et je pense que même pour l'individu,
23:16à un moment donné,
23:17de pouvoir parler de ce qu'il a fait,
23:22raconter un peu ce qui s'est passé,
23:24son contact avec la victime,
23:26la manière dont les choses se sont produites,
23:28je pense que c'est une nécessité.
23:31Alors, prenons un exemple.
23:33Nous sommes en 2010, à Reims,
23:34une femme a été tuée.
23:36D'abord, premier rapport,
23:38premier rapport, apport de votre intervention,
23:42c'est que l'hypothèse d'un cambriolage
23:45ne tient pas du tout, vous l'écartez,
23:47mais bon, on n'a pas le temps de le raconter.
23:50Mais très rapidement,
23:52le mari de la victime et son amante,
23:54sa maîtresse, sont confondus,
23:57ils sont en garde à vue,
23:58et vous avez affaire à des coriaces,
23:59ils ne lâchent rien.
24:01Et là, vous soufflez à l'oreille de l'enquêteur,
24:03qui l'interroge,
24:04vous lui recommandez de glisser à la maîtresse,
24:08que son amant l'accuse pour essayer de sauver sa peau,
24:12c'est-à-dire que vous essayez de les opposer.
24:15Et puis, finalement,
24:16ce travail de pression psychologique paye,
24:19et ils reconnaissent les faits.
24:22Vous êtes psychologue clinicienne,
24:24donc normalement, la mission du psychologue,
24:25c'est de soutenir un sujet
24:27pour transformer ses failles en force.
24:30Vous, c'est le contraire.
24:31Vous exploitez les fragilités du suspect
24:33pour le conduire aux aveux,
24:35et donc à sa perte.
24:36Il y a une part de manipulation, quand même,
24:39dans ce travail que vous faites,
24:40une manipulation qui profite à la société,
24:43bien sûr, mais quand même.
24:46Alors oui, effectivement,
24:47je n'aime pas employer ce terme de manipulation,
24:50parce que moi, je n'ai pas le sentiment
24:53de manipuler les gens,
24:54et je ne crois pas que ce soit cela que nous fassions.
24:57On met au service des compétences
25:00que nous avons, effectivement,
25:02de l'audition,
25:05de savoir comment on interroge quelqu'un,
25:07parce que ce n'est pas si facile que ça,
25:08parce que ça demande d'être formé,
25:12et effectivement,
25:13de pouvoir mettre toutes les chances de notre côté
25:18pour pouvoir obtenir des aveux.
25:21Après, la personne qu'on interroge
25:23a elle-même son conseil,
25:25elle est avec un avocat,
25:27donc elle peut aussi être conseillée
25:29par son avocat
25:30pour répondre à nos questions.
25:32Mais l'idée, c'est effectivement
25:33de trouver un terrain d'entente,
25:36d'aller au plus près de l'individu
25:38que nous avons en face de nous,
25:41pour avoir une connivence,
25:43au moins momentanée.
25:44Il ne s'agit pas de s'en faire un ami,
25:46on est d'accord,
25:47mais c'est au moins dans ce temps
25:49qui nous est donné de la garde à vue,
25:51et c'est un temps très court,
25:52qui est très limité de manière juridique.
25:56Oui, 48 heures au maximum.
25:5848 heures au maximum.
25:59Oui, oui, 48 heures pour les affaires
26:02que nous, nous traitons,
26:04mais c'est 15 heures d'audition.
26:0615 heures d'audition, ce n'est pas beaucoup.
26:07Donc il faut quand même aller rapidement,
26:11faire coutume avec l'individu
26:12que nous avons en face de nous.
26:13Exactement, instaurer une proximité
26:15et faire preuve d'empathie, écrivez-vous.
26:17Alors, je pense à ce meurtrier dont vous parlez,
26:20meurtrier d'une jeune femme encore,
26:22totalement verrouillé.
26:23Il y a un détail qui vous frappe,
26:25c'est qu'on a retrouvé chez lui
26:27des décorations militaires.
26:29Et cette découverte, vous en faites
26:31une espèce de levier,
26:33et la muraille se lézarde.
26:34Alors racontez-nous ce que vous avez recommandé
26:36le jour-là.
26:37Je crois que sur ce fait,
26:39ce qui est assez marquant,
26:40c'est justement, pour le coup,
26:42notre capacité opérationnelle.
26:44C'est-à-dire qu'il y a ce qu'on a dans les bouquins,
26:46il y a ce qu'on a en théorie,
26:48il y a ce qu'on a dans notre expérience,
26:49qu'on essaye de mettre à profit chaque jour.
26:52Néanmoins, je crois qu'il faut avoir
26:53vraiment une capacité d'adaptation.
26:56Et ce détail dont vous parlez,
26:57en fait, nous ne l'avions pas,
26:59ni dans nos livres,
27:00ni dans notre expérience.
27:01Là, il s'agissait d'être très observateur
27:05dans la perquisition,
27:08qui a eu lieu juste avant son interrogatoire,
27:11parce que généralement,
27:11les interrogatoires sont précédés
27:12d'une perquisition chez la personne.
27:15Et donc là, on a été suffisamment observateur
27:18pour pouvoir se dire qu'effectivement,
27:20il y avait des choses
27:20qu'on ne savait pas de lui,
27:21qui n'étaient pas dans la procédure,
27:24et qui peut-être allaient nous servir
27:26pour l'interroger.
27:27C'était quelqu'un qui était très,
27:30très à cheval,
27:33sur les décorations militaires.
27:35C'était un ancien para,
27:36et donc, vraiment,
27:39ça lui tenait vraiment à cœur,
27:41et on l'a vu chez lui.
27:42Et là, on s'est dit,
27:43ça, il va falloir qu'on s'en serve,
27:44mais ça, c'est justement notre capacité,
27:46ce qu'on appelle la capacité opérationnelle.
27:48C'est, on s'adapte à l'événement.
27:50Et donc, le gendarme qui l'a interrogé,
27:52qui est aussi un militaire,
27:54a essayé de créer une espèce de connivence
27:56avec lui.
27:57Alors, on parlait tout à l'heure
27:58de Michel Fourniret,
28:00sans doute le degré le plus élevé
28:02sur l'échelle de Richter de la perversité,
28:05celui qu'on a appelé l'ogre des Ardennes.
28:09Alors, vous avez été appelé à la rescousse,
28:11et là, on parle de cold case,
28:12par la juge Sabine Kéris,
28:14qui dirige aujourd'hui
28:15le pôle cold case de Nanterre,
28:17les affaires non élucidées,
28:19pour deux enquêtes,
28:22la disparition de deux jeunes femmes,
28:24Marie-Angèle Domès et Johanna Parrish.
28:27Et là, vous avez préparé la juge.
28:29Vous dites, je l'ai coachée,
28:31un an de préparation,
28:34avant d'interroger Michel Fourniret
28:36sur ces deux dossiers non élucidés.
28:38Qu'est-ce que vous lui avez conseillé
28:39à la juge Sabine Kéris ?
28:41Il a fini par reconnaître, d'ailleurs,
28:43Michel Fourniret, ses deux meurtres.
28:46Comment vous lui avez conseillé de procéder ?
28:48C'est un coaching assez long.
28:50Nous étions plusieurs, aussi,
28:52de notre département,
28:53parce qu'encore une fois,
28:54on ne travaille jamais seul.
28:56Je pense que Mme Kéris
28:58ou même d'autres juges d'instruction
29:00avec lesquels nous travaillons aujourd'hui,
29:03eux, ils voient des dossiers arriver
29:06sur leur bureau
29:07et ils n'ont pas forcément l'habitude
29:09de ce type d'individu.
29:12Et non pas que nous,
29:12on en ait plus l'habitude,
29:14mais quand même.
29:15Et puis, on a la ressource bibliographique, aussi.
29:17Donc, il va vraiment nous permettre
29:19de pouvoir donner des conseils
29:20sur sa posture.
29:22Michel Fourniret,
29:22c'était quelqu'un d'extrêmement narcissique.
29:24Donc, de toute façon,
29:27sa posture de juge d'instruction
29:29allait être favorable,
29:30en fait, aussi,
29:32pour entendre Michel Fourniret,
29:34qui avait besoin d'être entendu
29:35par des gens...
29:36De son rang.
29:37De son rang.
29:39Voilà.
29:39Que lui, en tous les cas,
29:41considérait comme quelqu'un de valable,
29:44quelqu'un qui mettait des gens
29:45comme ça dans des cases.
29:46Et ceux qui étaient en dessous de lui
29:48ne valaient que peu de choses.
29:50Donc, il y avait cette façon aussi
29:53de...
29:54Un peu de mise en scène,
29:56mais de montrer
29:57qui est le juge,
29:58qui est le juge d'instruction,
30:00comment se positionner
30:01par rapport à lui,
30:03comment l'entendre.
30:04Plutôt être dans la bienveillance.
30:06Effectivement,
30:06après la bienveillance,
30:07nous, on la recommande systématiquement,
30:09quasiment,
30:09parce que c'est un vrai levier
30:13pour accéder à une personne,
30:16en fait, clairement.
30:17Donc, ce sont une multitude de conseils.
30:20On l'a conseillé pendant un an
30:22qu'on a pu, effectivement,
30:24lui donner,
30:25mais surtout aussi,
30:26comprendre qui était Michel Fourniret,
30:28comment il fonctionnait,
30:30quelle était sa personnalité
30:31au regard de ses expertises psychiatriques,
30:33des expertises psychologiques.
30:34Alors, comment il fonctionne,
30:35Michel Fourniret ?
30:36C'est un grand pervers,
30:36mais...
30:37En fait,
30:38c'est ce que je dis assez souvent,
30:41c'est que lui,
30:42pour lui,
30:43c'est un jeu d'échecs
30:44permanent,
30:45en vrai.
30:46Donc,
30:47il voit quel pion vous avancez,
30:49il avance ses pions
30:50en fonction de ce que vous,
30:51vous avancez.
30:51Donc, c'est très stratégique.
30:52Donc, en face,
30:53il faut être stratégique.
30:54En fait,
30:55il va vous regarder faire,
30:56il va beaucoup vous observer,
30:58et c'est quelqu'un d'extrêmement narcissique,
31:02et donc, ensuite,
31:04il faut se mettre à sa hauteur.
31:07Et lui laisser de la place.
31:09Il faut lui laisser de la place,
31:10il faut lui laisser avoir raison,
31:12il faut lui laisser...
31:13Il y a des gens comme ça.
31:14Si vous le coupez,
31:15si vous n'êtes pas en mesure de l'entendre
31:17et de réceptionner son narcissisme,
31:19en fait,
31:19il ne vous parlera pas,
31:20et là,
31:20vous aurez perdu.
31:22J'ai encore plein de questions à vous poser,
31:23mais on va donner la parole à la salle.
31:24J'en ai une dernière,
31:25je voulais qu'on parle de Jonathan Daval,
31:27vous savez,
31:28ce mari éploré
31:29qui a fini par reconnaître
31:31le meurtre de sa femme,
31:34Alexia,
31:34dans la région de Besançon.
31:37Alors, d'abord,
31:37sur la scène du crime,
31:38on a retrouvé des lunettes
31:40posées sur le visage tuméfié
31:42de la victime,
31:43et puis un drap
31:44qui ressemblait presque
31:45à un linceul,
31:47et ça,
31:47ça vous a interpellé.
31:50Comment vous avez interprété,
31:52effectivement,
31:52ces détails un peu singuliers ?
31:55Et puis ensuite,
31:56on parlera de son audition
31:57en deux mots.
31:58C'est typiquement
31:59les choses
32:01qu'on va récolter
32:02sur la scène de crime
32:03qui vont nous permettre
32:05de savoir
32:05quel est le lien
32:06de connaissance
32:07entre l'auteur et la victime,
32:08parce que c'est quand même
32:09souvent ce qui nous est demandé,
32:10est-ce que l'auteur
32:11connaît la victime ?
32:12C'est une des questions principales
32:13à laquelle il faut
32:14nécessairement
32:15que nous répondions.
32:16Donc évidemment,
32:17on a des éléments
32:18sur la scène de crime
32:19qui peuvent nous permettre
32:20d'alimenter cette question,
32:21et le fait qu'il y ait eu
32:24cette espèce
32:26de mise en scène,
32:30de gestes
32:31de réparation,
32:32on va dire,
32:33de choses qui ont été...
32:34C'est cette dichotomie
32:35entre la violence du crime
32:37et à la fois
32:38ces gestes précautionneux
32:40d'après coup
32:41qui questionnent
32:42et qui nous font
32:43effectivement dire
32:45qu'il y a
32:46un fort lien
32:47de connaissance
32:47entre l'auteur
32:48et la victime,
32:48parce que s'il n'y en avait pas,
32:50l'auteur ne prendrait pas
32:50autant de précautions.
32:52Et là,
32:52vous êtes tombé
32:53au moment de l'audition,
32:54vous étiez à côté
32:55des enquêteurs
32:56dans ce fort
32:56là où a eu lieu
32:57la garde à vue.
32:58Daval,
32:59c'est un visage de poupon,
33:00ce n'est pas un grand prédateur.
33:01L'épreuve était accablante
33:02et là,
33:03vous tombez sur un os.
33:04Vous pensez
33:05qu'il va très rapidement
33:06avouer
33:07et vous vous y reprenez,
33:08enfin pas vous,
33:09mais vos collègues,
33:09à quatre reprises
33:10avant d'extraire
33:12un petit peu
33:12quelque chose
33:13des interrogatoires.
33:14Et vous dites,
33:15ça a été pour moi
33:16une leçon d'humilité.
33:19Disons qu'effectivement,
33:20je crois que nous avions imaginé
33:22que ça serait plus simple
33:24parce que nous avions pensé
33:25qu'aller travailler
33:28sur la culpabilité
33:29de cet homme
33:31s'agissant de l'homicide
33:33de sa femme,
33:33ça allait fonctionner.
33:36Ça n'est pas si simple que ça.
33:37Parce qu'en fait,
33:37il y a d'autres éléments
33:38qui viennent contrebalancer cela.
33:45En l'occurrence,
33:47la médiatisation de cette affaire
33:49nous a plutôt desservi
33:50puisqu'effectivement,
33:51il s'était beaucoup,
33:52beaucoup,
33:52beaucoup renforcé
33:53dans l'histoire
33:55qu'il s'était construite,
33:56dans cette histoire
33:59de sa femme
34:00qui part faire un jogging
34:01et qui se fait tuer
34:02par quelqu'un,
34:03par une mauvaise rencontre,
34:06on va dire.
34:06Et il était,
34:07très soutenu
34:11par sa belle famille
34:12et par sa propre famille.
34:14Donc tout cela
34:14l'a grandement verrouillé.
34:16Et peut-être que
34:18nous l'avions
34:19un tout petit peu minimisé.
34:21On s'en est rendu compte
34:22pendant la garde à vue
34:22qu'effectivement,
34:23il y avait des verrous
34:23qui allaient être
34:24très difficiles à lever
34:26qu'ils s'étaient construits
34:27au cours des derniers mois.
34:30Merci beaucoup.
34:31C'était absolument passionnant.
34:33On vous applaudit,
34:34commandante.
34:34Merci beaucoup, Nicolas.
34:35Sous-titrage Société Radio-Canada
34:38Sous-titrage Société Radio-Canada
34:43Sous-titrage Société Radio-Canada
34:44Sous-titrage Société Radio-Canada

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