00:00Voyons Régis Le Sommier qui vient de...
00:02Alors, vous avez 57 ans, généralement les mémoires ça s'écrit quand on en a 70 ou 80,
00:09mais là vous avez peur de mourir ou quoi ?
00:11Vous dites que l'adrénaline vous maintient, que vous avez malgré votre condition physique,
00:17ça se passe en Ukraine, un drone vous poursuit et puis finalement vous manquez de souffle,
00:22vous vous dites finalement j'ai plus 22 ans, mais vous nous dites mais en fait il y a deux
00:26catégories de personnes,
00:27il y a ceux qui font leur plan épargne vieillesse et puis il y a aussi ceux comme moi qui...
00:32Ça va durer longtemps cette affaire ?
00:34Parce que moi j'en connais une qui ne va pas aimer, mais je ne vais pas dévoiler son nom.
00:37Non mais c'est l'idée de toucher les limites, les confins de sa jeunesse en fait,
00:42et je dis c'est à la fois le plus beau métier du monde d'être grand reporter,
00:47et en même temps c'est celui qui vous permet de rester en vie le plus longtemps possible,
00:51c'est-à-dire, voilà, moi c'est comme ça, cette philosophie-là à laquelle j'adhère depuis que j
00:56'ai choisi ce métier,
00:56j'ai choisi ce métier, un jour je suis arrivé en stage à Paris Match et j'ai écouté simplement
01:01les grands reporters
01:02qui revenaient, à l'époque c'était la Tchétchénie, les Balkans, et qui racontaient leurs histoires,
01:07et en même pas deux semaines je me suis dit, c'est ça que je veux faire, voilà,
01:10et depuis j'ai toujours essayé de faire ça, et alors évidemment ça a des limites, évidemment...
01:15Est-ce que le plus grand coup d'épée dans le dos qu'on a pu vous faire,
01:20c'est pas justement le fait de vous avoir envoyé dans un conflit armé terrible où vous seriez sans protection,
01:26c'est le fait premièrement de vous avoir totalement discrédité quand vous avez osé montrer dans la guerre en Ukraine
01:33le côté russe, j'allais dire le côté obscur de la force,
01:37et puis aussi d'avoir montré que dans une armée justement qui était là pour aider l'Ukraine,
01:42il y avait d'autres personnes qui s'engageaient, notamment pour le compte des Américains.
01:46Oui, ça c'est deux de mes reportages effectivement qui m'ont beaucoup coûté,
01:51après il y a eu aussi mon interview avec Bachar Al-Assad,
01:55où j'avais l'impression quand même d'avoir décroché,
01:58le type n'avait pas parlé depuis trois ans, il y avait une guerre épouvantable en Syrie,
02:02ça me paraissait logique.
02:03Qui se terminait par une guerre bactériologique aussi.
02:06Oui, avec des attaques chimiques, etc.
02:08Enfin bref, le type avait du sang sur les mains,
02:10et ça me paraissait logique en étant le reporter d'aller lui tendre un micro et d'essayer de comprendre.
02:16Et pour ce qui est des Russes, c'est quand même quelque chose d'assez étonnant,
02:20propre à notre temps.
02:22Quand j'étais à Paris Match, dans la dernière partie de ma carrière là-bas,
02:26j'ai beaucoup couvert l'Afghanistan.
02:28Et en couvrant l'Afghanistan, j'ai été pas mal de fois avec les talibans,
02:33à la fois dans l'opposition, quand ils sont revenus au pouvoir,
02:36j'ai même fait un documentaire sur le Canal+,
02:38sur le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan en 2021.
02:41Bref, je les connaissais par cœur.
02:43Jamais personne à l'époque me disait
02:45« tu fais la propagande des talibans ».
02:47Pourtant c'est un groupe épouvantable, ultra meurtrier,
02:50qui a pris des journalistes en otage, bref.
02:53Voilà, je n'avais jamais de grief sur ma façon de rendre.
02:57Ça t'a le droit, ça t'a pas le droit.
02:59En mettant un ongle en Russie,
03:02j'ai eu l'impression d'être tout à coup,
03:04d'être rentré dans une machine qui m'a transformé en agent russe.
03:07Et ça, c'est terrible parce que c'est fait par des gens,
03:11en général c'est pas les gens de terrain.
03:12En ce moment-là, il n'y a pas plus tard que 5 minutes,
03:16j'étais avec un copain journaliste, je vais pas le citer,
03:19pour pas qu'il est dans merde,
03:20qui est en Ukraine avec une équipe de dronistes,
03:22côté ukrainien.
03:23Et on échange.
03:25Donc avec ceux qui sont sur le terrain,
03:27moi j'ai pas de problème,
03:28et ils ont pas de problème à ce que j'aille côté russe.
03:30Certains même d'ailleurs, que je ne citerai pas non plus,
03:33aimeraient aller côté russe,
03:34pour pouvoir avoir une vision des deux.
03:35Mais on leur dit, tu peux pas raisonnablement partir avec les deux.
03:38Mais ce sont des types de plateaux,
03:40c'est ça, c'est une idéologie,
03:43et ce sont des lignes éditoriales qui sont totalement...
03:45Mais je veux dire, Pierre, c'est ça qui est terrible aujourd'hui,
03:47c'est que, j'ai fait ce métier pendant 30 ans,
03:50on prenait des balles en allant là-bas,
03:52moi j'ai perdu mon meilleur ami en Libye en 2011,
03:55Chris Andros, qui a été tué par un obus de Kadhafi.
03:58aujourd'hui, on prend des balles en revenant ici.
04:02C'est ça qui a changé,
04:03et vous êtes jugé sur l'endroit où vous allez,
04:06et non pas sur ce que vous faites,
04:08ce que vous y faites.
04:09Vous allez en Russie, vous êtes forcément...
04:12Voilà.