00:00Je me tourne maintenant vers Monsieur Culture.
00:04Victor, vous êtes avec nous pour nous parler d'un sujet auparavant tabou, mais qui revient
00:09souvent au cinéma en ce moment.
00:10Oui, Maïténa, car le ciné, en cette rentrée, raconte de plus en plus d'histoires qui contiennent…
00:17C'est vrai, c'est vrai.
00:19Carence de Janéry, qui met en scène Adèle Exarpopoulos et Sarah Girodo amoureuse.
00:23Dans la vie d'une femme aussi de Charline Bonchouat-Tacé, Léa Drucker, une chirurgienne,
00:26vit une passion torride avec Mélanie Thiry.
00:28Ce n'est pas nouveau-nouveau, l'année dernière, déjà, Afzia Erzy avait cartonné avec son
00:32film La Petite Dernière, justement, le récit d'une jeune femme musulmane et lesbienne
00:37primée à Cannes.
00:38Ces trois films dépassent les 300 000 entrées, les femmes qui s'aiment au cinéma deviennent
00:42un thème récurrent.
00:43Il était temps.
00:44Qu'est-ce que ça raconte de la société, Victor ?
00:46Que la société s'ouvre, bien sûr, mais surtout que des cinéastes de femmes imposent
00:50enfin leur histoire et leur sensibilité.
00:52Afzia Erzy, Charline Bourgeois-Tacé, Jeanne Hery, qu'elles soient lesbiennes ou non, ce
00:57sont des femmes qui racontent des femmes.
00:58Et ça change tout.
00:59Parce que pendant des décennies, les lesbiennes au cinéma étaient soit invisibles, soit
01:04monstrueuses, soit condamnées à mourir.
01:06Et je sais de quoi je parle, alors non, je ne suis pas lesbienne, pas encore, mais je
01:09suis gay.
01:10Et dans les années 90, j'étais terrifié de voir que les gays, à l'écran, mourraient
01:13toujours dans d'atroces souffrances ou qu'ils étaient souvent des assassins psychotiques
01:18à neutraliser, comme dans Julie Lescaut par exemple.
01:21« Rien ne prouve pour l'instant qu'il a tué cet homme.
01:24Lescaut a toujours fait du bon boulot.
01:26Laissons-la agir sereinement. »
01:28Et oui, laissons ce jeune gay, tranquille, il n'a pas tué l'imprimeur ! Même traitement
01:32pour les lesbiennes.
01:33Il était innocent, en vrai, dans l'épisode ?
01:35Il était innocent, mais tout juste, franchement, pendant les 58, il fallait tenir le spectateur,
01:39il était vraiment méchant, méchant.
01:40Il ne s'entendait pas avec son père qui était le commissionnaire d'épisode.
01:41Non, on ne fait pas tout l'épisode non plus.
01:43Voilà.
01:43Même traitement pour les lesbiennes.
01:45Quand on regarde la majorité des classiques au cinéma, c'est souvent édifiant.
01:48Mrs.
01:48Danvers, dans Rebecca de Hitchcock, film de 1940, c'est une gouvernante possessive
01:53et folle, capable de tuer la nouvelle épouse par jalousie.
01:56Ou pire peut-être, il y a des lesbiennes aussi érotisées, filmées pour et par des
02:01hommes, sans souci de réalisme, comme dans Mulholl on Drive.
02:04Et ce, quand bien même ce film est un grand film.
02:06Tout bascule en fait en 2013, avec la vie d'Adèle, d'Abdelatif Kéchiche, qui dépasse
02:11le million d'entrées, qui remporte, vous le savez, la Palme d'Or à Cannes.
02:14Un amour entre femmes devient un événement du cinéma mondial, même si encore une fois
02:18on avait droit à un regard masculin parfois problématique.
02:21Treize ans plus tard, dans Garance, c'est assez intéressant, c'est une histoire d'amour
02:24qui va peut-être aider Adèle Exarpopoulous à sortir de l'alcoolisme, ce n'est plus
02:28la lesbienne comme sujet unique.
02:30Ces films, ils font l'écho des théories féministes ?
02:32Oui, Maïté Nain, on va se la péter un peu, les philosophes, la philosophe américaine
02:36Adrienne Rich théorisait déjà dans les années 80 l'hétérosexualité obligatoire comme
02:41une institution politique, ce n'est pas une nature, c'est une norme.
02:45Et la philosophe française Monique Wittig enfonce le clou, elle parlait de pensée straight
02:48pour désigner tout ce qui structure la société autour du couple homme-femme.
02:53Alors ces films ne disent pas « devenez lesbienne », ils disent que nos désirs sont parfois
02:57modelés par le patriarcat.
02:59La liste de fiction saffique devrait continuer de s'allonger dans les semaines qui viennent.
03:03Roma Elastica, le film de Bertrand Mandicot avec Marion Cotillard et Noémie Merland, nous
03:08promet une romance inoubliable, ça sort en décembre.
03:11Et il y a encore « The Hunting Vibe » saison 2 sur Netflix le 26 novembre.
03:14On s'emballe pas quand même, en 2025 selon une étude, les lesbiennes ne représentent
03:18que 31% des personnages queer à l'écran et les réalisatrices, malgré des signes
03:22encourageants, sont encore trop peu nombreuses.
03:25J'ai bloqué sur fiction saffique.
03:28Oui, c'est pas mal non ?
03:30En fait, c'est pas forcément une fiction lesbienne, c'est saffique.
03:34Ça pourrait peut-être arriver mais pas que, on peut avoir des relations avec des femmes
03:36mais on n'est pas forcément lesbienne, etc.
03:38Et c'est ça la plus-value d'être remplacé par quelqu'un qui ne vous ressemble pas.
03:41Jamais Xavier Leherpère n'aurait dit fiction saffique, je ne pense pas.
03:44Ça dit qu'il aurait.
03:45Merci beaucoup Victor !
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