00:0010 875 euros par mois, retenez ce chiffre, ça c'est la somme astronomique qu'une française devait rembourser après
00:07avoir contracté plus de 60 crédits à la consommation.
00:1160 sans que personne ne l'en empêche. Voilà un exemple drastique que présente dans les colonnes du monde la
00:18fondation Crésus chargée d'aider ce genre de cas.
00:21On n'a pas plus de détails sur son niveau de vie mais ce qu'on sait c'est que
00:24pour s'en sortir elle aurait envisagé le suicide.
00:27Ça vous donne une idée de sa détresse. Cette dame, elle fait partie des nombreux dossiers qui se multiplient depuis
00:33janvier.
00:34La Banque de France, elle en a enregistré plus de 120 000 en 9 mois, 11% de plus que
00:39l'an dernier sur la même période.
00:40Alors Mathis, ça veut dire quoi ? Sur-endettement, dossier de sur-endettement ?
00:44En fait, quand une personne ne peut plus payer ses dettes, elle entame une démarche auprès de la Banque de
00:48France qui va négocier auprès des créanciers,
00:52par exemple un étalement des mensualités, un gel des dettes, une réduction des taux d'intérêt, taux d'intérêt qui
00:57peuvent parfois aller jusqu'à 20% voire les dépasser.
01:01Vous allez me dire comment c'est possible d'accumuler autant de prêts à la consommation, de crédits à la
01:05consommation ?
01:06C'est parce qu'ils prennent des formes de plus en plus variées.
01:09La forme la plus vicieuse, on peut citer notamment, ce sont les paiements fractionnés.
01:14Des créanciers les proposent sans s'assurer que leurs consommateurs peuvent bien les rembourser.
01:19Situation qui sera bientôt un peu plus encadrée parce que fin novembre, le 20 novembre, une directive européenne va obliger
01:26les prêteurs à vérifier la solvabilité des emprunteurs.
01:29Il n'empêche que les sociétés financières, M. Guillonnet, ont une part de responsabilité.
01:34Comment se fait-il qu'elles ne vérifient pas si le client est solvable ?
01:38On le vérifie. Le problème, c'est que les paiements fractionnés ne remontent pas sur les fichiers, notamment FICP.
01:47C'est quoi des fichiers FICP ?
01:48C'est le fichier d'incident bancaire qui permet de lister toutes les personnes qui ont eu des défauts de
01:56paiement sur le remboursement des crédits.
01:58Il faut déjà avoir eu un défaut de paiement. Pardon, mais tant qu'on n'en a pas eu un,
02:02on peut faire autant de crédits qu'on veut.
02:03Le problème, c'est que lorsqu'on demande des extraits de compte aux clients pour savoir s'il y a
02:08des crédits qui sont retirés chaque mois,
02:11si vous avez plusieurs banques et que vous ne donnez pas l'ensemble des extraits de compte, vous pouvez venir
02:17contourner le problème.
02:20Concernant cette dame, il suffit aussi de faire plusieurs crédits en très peu de temps.
02:25Vous n'avez pas le temps d'avoir les premières mensualités qui remontent.
02:28Et là, pour le coup, on est sur de l'escroquerie sur ce système-là.
02:31– Que fait-on quand on ne peut plus rembourser ? Parce que ce que disait Mathis, et c'est
02:35très intéressant,
02:36c'est-à-dire que ces situations-là, elles ne sont pas uniques, elles se multiplient plus 11% de
02:40sur-endettement.
02:41– Oui, plus 10% l'année dernière également.
02:43On a à peu près 476 000 clients fichés sur ce fichier FICP contre 9 millions de détenteurs de crédits.
02:53Donc vous voyez, ça fait à peu près 5%.
02:57Les banques ne font pas non plus n'importe quoi, puisque 95% remboursent quand même leurs crédits.
03:03Voilà, c'est…
03:04– Aux États-Unis, il y a un fichier central, en quelque sorte, qui regroupe tous les prêts contractés.
03:10Si vous ne remboursez pas vos mensualités, votre score baisse.
03:13Au contraire, si vous remboursez vos mensualités en temps en heure, votre score augmente.
03:16C'est plutôt vertueux, en fait, comme système.
03:18Pourquoi on n'a pas, nous, en France, ce fichier central qui permettrait de mieux contrôler, justement ?
03:22– C'est demandé par l'ensemble du secteur bancaire.
03:25C'est accepté par la Banque de France, mais c'est, pour l'instant, bloqué au niveau du ministère de
03:30l'Économie et des Finances.
03:32– C'est vous qui vous disent non ?
03:33– C'est vous qui disent non.
03:34– Mais pourquoi ?
03:35Enfin, pardon, mais on aimerait bien comprendre.
03:37Quel est l'intérêt de pousser les consommateurs à se surendetter et ne pas limiter, justement ?
03:42Parce que vous, vous êtes pénalisé quand les personnes ne remboursent pas.
03:45– On abandonne à peu près 1,3 milliard de crédits chaque année.
03:50Et nous, on est confrontés, en tant que salariés du secteur bancaire, à des instabilités sur ces sujets-là.
03:55– Alors, vous avez peut-être un élément de réponse.
03:57– Non, mais ce qu'il faut dire, c'est très important, ce qu'a dit Mathis, sur le micro
04:01-crédit.
04:01C'est-à-dire que l'endettement a changé de forme.
04:03Ce n'est plus, je prends un crédit à la consommation auprès de ma banque,
04:06c'est désormais, j'achète une machine à laver et on me propose, là, de faire un micro-crédit,
04:11de payer en plusieurs fois, parfois avec des frais.
04:13Et c'est ça qui a changé ces dernières années et qui fait augmenter le niveau d'endettement.
04:17Et c'est pour ça qu'on a des situations ultra compliquées.
04:20Donc, c'est lié plus à la consommation et comment elle a évolué aujourd'hui qu'au comportement des banques.
04:25– Et je rajouterai le leasing auto, tout ça, ça rentre aussi dedans.
04:28– Oui, bien sûr. Est-ce que vous vous trouvez confrontés à des Français
04:30qui contractent des crédits pour boucler leur fin de mois ?
04:33– Oui, bien sûr. Ça, ce sont les crédits renouvelables.
04:36Ce qu'on appelle les crédits renouvelables, c'est à peu près 27% des crédits qui sont octroyés en
04:41France en ce moment.
04:42Donc, bien sûr qu'on trouve…
04:44– Pour acheter à manger ? Enfin, pour faire son finance ?
04:47– Avec la baisse du pouvoir d'achat, obligatoirement, les Français cherchent des solutions
04:52pour pouvoir se nourrir, pour pouvoir se loger.
04:54Et le crédit est une solution, mais pas dans la durée.
04:59– Alors, vous dites que vous laissez filer un milliard d'euros non remboursés ou un peu plus chaque année,
05:04mais ces prêts, ils coûtent très cher.
05:05C'est-à-dire qu'il y a des taux d'intérêt, comme disait Mathis, qui sont autour de…
05:08Enfin, qui dépassent même les 20% d'intérêt.
05:10Donc, on se retrouve vite dans cette spirale à rembourser plus d'intérêt tous les mois.
05:15– Alors, on étale en fait, à un moment donné, ces crédits sur des vrais crédits à la consommation
05:21qui ont des taux moins importants, parce que les taux à 20%, c'est ces fameux crédits renouvelables,
05:27c'est ces fameux découverts autorisés, etc.
05:30Donc, quand vous avez un vrai conseiller bancaire devant vous, vous êtes accompagnés avec des crédits qui sont à des
05:37taux plus raisonnables.
05:38– Non, non, on va réagir.
05:39– Oui, les plus pauvres, ils ont rarement un conseiller bancaire.
05:42Il y a même des sociétés qui restructurent vos crédits pour faire baisser les remboursements.
05:48Et c'est peut-être pour ça que le gouvernement n'intervient pas, parce que ce serait carrément une mesure
05:52anti-pauvre.
05:53Ce sont les pauvres qui sont dans cette situation-là.
05:55– Oui, mais le problème, c'est que continuer à accorder des crédits à des personnes qui ne sont pas
05:59en capacité de rembourser,
06:01c'est la situation qu'on vit aujourd'hui avec ces personnes-là, qui n'y arrivent plus en fait.
06:08– Les pauvres.
06:09– Les personnes en difficulté.
Commentaires