00:00Et on rappelle que demain, comme chaque vendredi, ce sera la semaine d'Alain Duhamel à cette même heure.
00:05L'histoire en direct maintenant avec Virginie Giraud.
00:07Les appels à se mobiliser samedi, le 17 octobre, se sont multipliés ces derniers jours encore.
00:13Né sur les réseaux sociaux, ce mouvement a été rejoint par les lycéens, certains gilets jaunes,
00:17accompagnés aussi par des syndicats pour dénoncer notamment le coût de la vie.
00:20Et l'historienne que vous êtes, Virginie, regarde tout ça et y trouve un air de déjà-vu.
00:26En France, il y a une longue tradition des manifestations populaires.
00:29C'est-à-dire quand la fiscalité devient trop pesante, quand le pouvoir d'achat s'effondre pour ceux qui
00:33travaillent.
00:34Sous l'ancien régime, on appelait ça les jacqueries.
00:37Au XIVe siècle, les jacques, c'était le nom générique que les nobles donnaient aux paysans.
00:42Pas les plus miséreux, mais une sorte de classe moyenne qui possédait des terres et des moyens de production.
00:48A cette époque, la France traverse une crise multifactorielle.
00:52Guerre de cent ans, grandes pestes, effongrements démographiques.
00:56Et en corollaire, hausse des impôts et stagnation du prix des céréales.
01:00Et puis cerise sur le gâteau.
01:01Le roi Jean II le Bon a été fait prisonnier par les Anglais.
01:05Et on doit payer une rançon de 4 millions d'écus.
01:08Ce qui représente environ 1,2 milliard d'euros quand même.
01:11Il faut bien comprendre que pour les Français, si le roi a été fait prisonnier,
01:16c'est parce que les chevaliers l'ont trahi.
01:18Et ça, c'est grave.
01:19Ce contexte explosif aboutit à une série d'insurrections.
01:23Insurrections, il y a celles menées par le prévôt des marchands Etienne Marcel à Paris.
01:27Et à la campagne, dans les zones céréalières, les premières jacqueries, qu'on appelle alors des effrois,
01:33parce que ça fait peur, éclatent à partir de mai 1358.
01:37Les révoltes des jacques visent les nobles, c'est-à-dire l'élite,
01:41dont la fonction est de protéger le royaume et les plus faibles.
01:44Les jacques n'ont plus confiance en cette élite.
01:47Ils se sentent trahis, exploités.
01:49Ils attaquent donc les demeures des chevaliers, ils les tuent et ils brûlent leur maison.
01:54Et donc là, c'est l'escalade de la violence, Virginie.
01:56Comment la colère des jacques va-t-elle s'apaiser ?
01:58Elle ne s'apaise pas.
01:59La colère des jacques est matée avec l'aide des armées du roi de Navarre, Charles le Mauvais.
02:04Ça ne s'invente pas.
02:05Les jacqueries de 1358 sont toutes écrasées dans le sang.
02:08Mais cette répression ne s'arrête pas là.
02:10Il y aura 4 à 10 jacqueries en moyenne chaque siècle jusqu'à la Révolution française
02:15et à chaque fois réprimées de la même manière.
02:17On va recommencer à parler des jacqueries en France en 1907
02:21avec la révolte des vignerons à Narbonne,
02:23réprimée par l'armée avec la bénédiction de Clémenceau, alors ministre de l'Intérieur.
02:28Et on comptera 7 morts et 33 blessés parmi les manifestants.
02:33Aujourd'hui, on ne peut plus parler de jacqueries
02:34parce que le mouvement des gilets jaunes est en grande partie urbain
02:37et ne se cantonne pas aux zones rurales.
02:39Et surtout, la violence est bien moindre,
02:42tant du côté des manifestants que du côté de l'État, et tant mieux.
02:46Les jacqueries racontées par Virginie Giraud ce matin.
02:49Ce qui est intéressant, c'est qu'on voit toujours la correspondance dans l'histoire entre...