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00:007h44, notre invité ce matin, c'est un ancien député qui est raccroché avec la politique.
00:05Il est aujourd'hui professeur de droit constitutionnel à l'université de Perpignan.
00:09Bonjour Christophe Euset.
00:10Bonjour à tous.
00:11D'abord votre regard sur le mouvement lycéen et étudiant.
00:14Est-ce qu'elle a raison, cette partie de la jeunesse, de se mobiliser ?
00:17Je crois qu'il y a toujours des raisons, oui, légitimes de se mobiliser.
00:20Il y a un inconfort, il y a un certain nombre d'insatisfactions.
00:24Oui, elle a raison de se mobiliser dans une certaine mesure, bien sûr.
00:26Particulièrement à Perpignan, je précise que vous êtes enseignant, vous, au niveau du campus Maï,
00:29qui est relativement récent, mais vous connaissez probablement les amphithéâtres qui fuient du campus du Moulin-Avent aussi ?
00:35Oui, on en entend parler.
00:37Bon, je ne sais pas si ce sont nos conditions de travail.
00:38Je crois qu'il y a surtout une effervescence générale dans le pays
00:43qui veut qu'on sorte dans la rue pour manifester un certain nombre de mécontentements.
00:47Et comment jugez-vous pour l'instant les réponses du gouvernement ?
00:50Le gouvernement gère en ce moment, comme vous le savez, l'édification d'un budget.
00:55Et on est dans une période un petit peu particulière parce que ce gouvernement n'a pas de majorité.
00:59Et tout le monde le sachant, je crois qu'on peut s'apprêter sur le mois passé,
01:03les deux mois qui arrivent, à avoir des mobilisations dans tous les domaines
01:06pour essayer d'obtenir une ligne budgétaire un petit peu plus favorable.
01:10Mais particulièrement sur le mouvement de la jeunesse, la réponse du gouvernement,
01:13est-ce qu'elle est à la hauteur aujourd'hui selon vous ?
01:15On peut toujours s'interroger sur les réponses qui sont apportées,
01:17mais je crois qu'on mélange un petit peu tout parce qu'il y a des réponses à très court
01:20terme
01:20avec des dépenses engagées qui impliquent le budget.
01:23Et puis après, il y a des réformes de long terme.
01:25Et vous savez comme moi que la vie politique et sociale n'acceptent pas toujours
01:29qu'on réfléchisse dans la durée.
01:30Il y a eu une réforme du lycée il y a quelques années, c'était avec Jean-Michel Blanquer.
01:36Comment jugez-vous finalement le bilan de l'éducation nationale
01:39après bientôt dix ans d'Emmanuel Macron au pouvoir ?
01:43Est-ce qu'on est arrivé là avec une mobilisation des lycéens, des étudiants ?
01:46Ce n'est quand même pas un terrible aveu d'échec.
01:48Oui, mais encore une fois, je vous le redis, on est en train de préparer le budget.
01:51Le gouvernement est en train de préparer le budget
01:53avec une situation dans laquelle il n'a pas de majorité.
01:55Il ne peut pas imposer ses choix.
01:57Il est obligé de les négocier.
01:58Donc forcément, les interlocuteurs essaient de tirer la couverture de leur côté.
02:02Ce qui est tout à fait légitime.
02:03On a eu les agriculteurs, on a eu les pompiers,
02:06on a eu hier les retraités, il y a les lycéens, il y a les étudiants.
02:08Et je vous annonce un scoop, il y en aura beaucoup d'autres avant la fin du mois de novembre.
02:11Et samedi, samedi, après-demain, la résurgence.
02:14Peut-être, on verra des gilets jaunes.
02:16En tout cas, il y a beaucoup d'appels à manifester, à se rassembler sur les réseaux sociaux.
02:19Avec plusieurs organisations lycéennes qui appellent à rejoindre ce mouvement.
02:23C'est la convergence des luttes, c'est ce week-end ?
02:25Je ne sais pas.
02:25Pour qu'il y ait convergence des luttes, il faudrait qu'il y ait convergence des intérêts.
02:30Je ne suis pas sûr.
02:31Peut-être que tout le monde n'a pas le sentiment d'être écouté.
02:33Peut-être que c'est ça le point commun entre les différents corps de métier dont vous parlez.
02:36C'est tout à fait vrai.
02:37Vous avez raison.
02:38Il y a un besoin d'écoute qui est très très fort.
02:39Et puis, il y a un autre élément aussi, M. Kohlbock.
02:41C'est qu'on voit bien qu'il y a une hystérisation de la vie politique liée à l'échéance
02:46présidentielle qui s'approche.
02:47On voit bien qu'elle est dans la tête de tout le monde.
02:49Et donc, ça parasite un petit peu les manifestations d'intérêts des uns et des autres.
02:53Quand vous dites que ça parasite, vous faites référence notamment aux accusations de la part de plusieurs parties
02:59qui expliquent que la France Insoumise notamment instrumentalise le mouvement des lycéens.
03:02C'est votre point de vue, ça ?
03:04Oui, évidemment, il y a une certaine façon d'instrumentaliser tout ça en disant
03:09« ça y est, l'heure est venue, on va arriver à un grand soir, on va pouvoir prendre au
03:12guiche pour tout redistribuer aux pauvres ».
03:13Mais on a exactement la même manœuvre de l'autre côté avec une configuration un petit peu différente.
03:18On dit « tenez bon, accrochez-vous, vous êtes en enfer ».
03:20Mais au mois de mai prochain, le Père Noël va passer et là, il y aura des cadeaux pour tout
03:24le monde.
03:24Mais quelle fin de mandat quand même pour Emmanuel Macron, dont vous avez été le député pendant plusieurs années, Christophe
03:29Feuzey.
03:30Quelle fin de mandat ? Rien ne va dans le sentiment.
03:34On est dans un monde compliqué, ça ne vous aura pas échappé.
03:37On est dans un monde qui est notamment traversé par des guerres qui se nouent un petit peu partout
03:41et qui impactent directement notre économie et notre climat social.
03:46L'hôpital, l'éducation nationale, le budget, les déficits, quel regard vous portez-vous sur ce bilan d'Emmanuel Macron
03:54finalement ?
03:55Moi, je suis moins à regarder le bilan toujours et toujours à l'arrière que à regarder vers l'avant.
04:00Et moi, ce que je vois vers l'avant…
04:01C'est important quand même de regarder un peu le bilan.
04:02Bien sûr.
04:03Neuf ans aux commandes du pays.
04:04Mais je reviens sur ce que je vous disais, sur cette hystérisation du débat politique
04:07qui fait qu'on fait naître des espoirs qui sont des espoirs un peu fous.
04:10Et moi, mon inquiétude, elle est pour le mois de juin prochain quand il va falloir retomber sur terre
04:14et se rendre compte qu'en réalité, tous les cadeaux du Père Noël qu'on avait promis ne sont pas
04:19abordables.
04:19Chaque fin de mandat présidentiel ne se termine pas comme ça, avec des manifestations, des grognes.
04:23Ce n'est pas systématique.
04:24En 2011, fin 2011, il n'y avait pas forcément d'immenses manises.
04:27Fin 2016, il n'y avait pas forcément d'immenses manifestations comme aujourd'hui.
04:30Mais Nicolas Sarkozy n'a pas été réélu en 2012.
04:33Et François Hollande n'a même pas pu candidater à sa propre succession en 2017.
04:38Et si on rétropédale jusqu'en 1965, on se rendra compte qu'en réalité,
04:42tous les chefs de l'État en fonction engendrent une très grande désillusion.
04:45Donc il y a de l'indulgence pour Emmanuel Macron, on l'entend ce matin dans votre bouche ?
04:48Non, indulgence dans le sens où on n'est pas dans la situation infernale qu'on nous décrit tous les
04:53jours.
04:53Et par contre, crainte dans le sens qu'on n'atteindra pas le paradis que nous promettent certains au mois
04:59de juin prochain.
04:59Emmanuel Macron, avec son fameux « en même temps », a su siphonner la droite et la gauche,
05:05le PS et les Républicains particulièrement faibles aujourd'hui.
05:08Est-ce que ce n'était pas une erreur de vouloir rassembler comme ça un grand bloc central ?
05:12Parce que quand ça ne fonctionne pas, et on n'a pas l'impression que ça fonctionne aujourd'hui,
05:15quand on veut de l'alternance, la seule solution reste les extrêmes, à la gauche ou à droite.
05:20Est-ce que ce n'était pas une erreur fondamentale, ça, dès 2017, dans le mouvement que vous avez rejoint
05:25?
05:25Oui, c'est la raison pour laquelle je l'ai rejoint.
05:28J'avais espoir qu'on puisse, dans une vision plus générale,
05:32transcender l'opposition entre la gauche et la droite.
05:34Je suis quelqu'un du centre, quelqu'un de modéré.
05:39Il s'avère que ça a été extrêmement compliqué, manifestement.
05:42Et par contre, encore une fois, je vous réitère mes inquiétudes pour la suite.
05:45Parce qu'on est prêt à se jeter dans le précipice, parce que le chemin est un peu chaotique.
05:49Je trouve ça très inquiétant.
05:50Le précipice, c'est l'extrême droite, c'est l'extrême gauche ?
05:52Ce sont les extrêmes en général, et les populismes en particulier,
05:55qui disent qu'on a des solutions simples à des questions qui sont en réalité extrêmement compliquées.
06:01Vous êtes assez sévère sur les propositions, notamment, de la France insoumise ou du Rassemblement national.
06:05Pour quelles raisons, après tout ?
06:07Parce que ce sont des farces comptables.
06:09Quand le RN veut baisser les taxes sur les carburants, c'est une farce ?
06:12Oui, mais c'est complètement, c'est surréaliste en réalité.
06:15Parce que, vous voulez que je m'y arrête deux secondes, si vous me les accordez.
06:18Il parle de baisser les taxes de 20 à 5,5 sur l'ensemble des énergies,
06:22ce qui entraînerait un coût pour l'État de 17 milliards d'euros.
06:25Et en face, bon, de façon démagogique, on dit qu'on va annuler l'aide médicale d'État
06:30qui coûte 1,2 milliard à l'État français et 3 millions de baisse à la dotation de l'Union
06:36européenne,
06:36ça fait 4 milliards.
06:37Et il en manque 14, je ne suis pas fort en maths, mais je sais quand même compter un petit
06:40peu,
06:41il en manque 14.
06:42Pareil pour les autoroutes, pareil pour les plans clim, pareil pour le plan pompier.
06:45Tout est bidon.
06:47Qu'est-ce que c'est finalement aussi, quand vous dites 15-17 milliards d'euros
06:50par rapport à la baisse de la TVA sur les carburants,
06:53qu'est-ce que c'est 15 à 17 milliards par rapport aux 1 000 milliards de dettes ces 9
06:57dernières années ?
06:58– Je ne sais pas, comment vous voyez les choses ?
07:00On paye aujourd'hui à peu près l'équivalent de l'impôt sur le revenu
07:02pour rembourser les intérêts de la dette.
07:04On est déjà pas mal endettés, je crois.
07:06Et quand j'écoute ce qui se propose…
07:09– Donc Emmanuel Macron a droit de creuser le déficit,
07:11mais pas le RN, pas la France Insoumise ?
07:13– Ah, écoutez, M. Kolbock, restez bien assis,
07:14parce que si on le suit, le plan clim de M. Jean-Philippe Tanguy,
07:18qui est à 200 milliards d'euros et qui représente à peu près l'équivalent
07:21de trois ministères importants dans notre pays,
07:23on n'aura pas chaud, probablement,
07:25mais on risque d'avoir chaud aux fesses, par contre, dans la vie de tous les jours.
07:28– Un mot sur Perpignan, vous aviez annoncé,
07:30on se souvient, votre candidature à la mairie avant de finalement renoncer.
07:34Louis Alliot réélu dès le premier tour, en mars dernier.
07:37Finalement, le Rassemblement National, Louis Alliot, convient bien aux Perpignanais.
07:40– Oui, apparemment, on s'accommode du nomant de cela, en fait.
07:44Moi, je vais à Perpignan tous les jours,
07:45c'est une ville qui s'effondre sur elle-même,
07:47qui n'a aucun projet, aucun dynamisme,
07:49un maire qui n'est pas là,
07:50qui n'a aucun intérêt, ni pour sa ville, ni pour ses habitants.
07:53Bon, si on s'en accommode, ça va,
07:55je pense qu'à un moment donné, quand même, les Perpignanais
07:56vont faire état de leur mécontentement, ça arrivera.
07:59– Alors, si la ville s'effondre ainsi,
08:01pourquoi est-ce qu'il a été réélu dès le premier tour aussi ?
08:03– C'est la situation particulière, comme vous le savez,
08:06qui a fait qu'il a été réélu,
08:07l'impossibilité de passer des accords vers le centre.
08:11J'espère qu'au niveau national,
08:12on arrivera à des solutions un petit peu plus intelligentes que ça.
08:15– Christophe Zé, merci beaucoup.
08:17Ancien député, aujourd'hui professeur de droit constitutionnel
08:19à l'université de Perpignan.
08:21Merci d'être passé par ici.
08:22– Merci à vous.