00:0017h49 sur France Inter et Benjamin Diomel, vous recevez le ministre des affaires étrangères.
00:05Bonjour Jean-Noël Barraud.
00:05Bonjour.
00:06Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:08Je voudrais commencer bien sûr par la situation en Ukraine et ce mot lâché par Volodymyr Zelensky
00:12qui dit s'être ressenti trahi par Donald Trump.
00:15Je rappelle qu'à l'occasion de frappe russe dans la nuit de mardi à mercredi,
00:18l'Ukraine n'aurait pas bénéficié du renseignement américain pour prévenir les attaques.
00:22Le président ukrainien qui a également dénoncé la coupure de Starlink,
00:25le réseau de satellites d'Elon Musk utilisé par l'armée ukrainienne pour se défendre.
00:30Jean-Noël Barraud, est-ce que les Etats-Unis sont en train de lâcher définitivement l'Ukraine ?
00:34Benjamin Diomel, ne nous laissons pas contaminer par la propagande de Vladimir Poutine.
00:39Ça fait 20 fois depuis le début de la guerre d'agression russe en Ukraine
00:42qu'on nous annonce que l'Ukraine va chuter, que les Etats-Unis abandonnent l'Ukraine.
00:47Qu'est-ce que c'est la vérité ?
00:48La vérité c'est que ça fait bien longtemps que l'Europe, que nous assumons l'essentiel du soutien à
00:53l'Ukraine
00:53et de la pression sur la Russie.
00:55Regardez ce qui s'est passé ces derniers jours.
00:57Nous avons transféré 6 milliards d'euros à l'Ukraine.
01:00Nous avons pris, j'y étais moi-même à Luxembourg,
01:031600 sanctions, gel d'avoir interdiction d'accès au territoire européen
01:07contre des responsables russes du complexe militaro-industriel.
01:11Et avant-hier, nous avons littéralement arrêté, arraisonné un navire de la flotte fantôme russe.
01:15Jean-Noël Barraud, on va parler dans un instant de la stratégie des Européens,
01:18mais là, il ne s'agit pas de la propagande de Vladimir Poutine,
01:20il s'agit de mots utilisés par le président ukrainien.
01:23Quand Volodymyr Zelensky parle de trahison de Donald Trump,
01:26quand est-ce que je viens d'évoquer, à savoir le renseignement et la question des satellites,
01:30est-ce que ce mot de trahison, vous le reprenez à votre compte ?
01:33Est-ce que vous le comprenez ?
01:34Mais on a régulièrement entendu Volodymyr Zelensky exprimer avec beaucoup de franchise son opinion
01:39sur l'attitude des alliés, et il n'a pas toujours épargné d'ailleurs les Européens.
01:43Mais il ne faut pas sortir les choses de son contexte.
01:45Volodymyr Zelensky a également exprimé son souhait de poursuivre sa collaboration avec les Etats-Unis.
01:50Et s'agissant du renseignement, puisque vous me relancez sur ce sujet,
01:53rappelons-le, deux tiers du renseignement qui est fourni à l'Ukraine,
01:57l'est aujourd'hui par les Européens et singulièrement par la France.
01:59Pour bien comprendre ce que vous dites ce matin Jean-Noël Barraud, au fond c'est quoi ?
02:02C'est un non-événement que les Américains aient décidé de priver l'Ukraine d'un certain nombre de renseignements
02:08?
02:08Que les réseaux de satellites d'Elon Musk aient vu leur débit diminuer ?
02:13C'est quoi ? Ça n'a aucun impact sur la situation en Ukraine ?
02:15On mène une guerre sur le champ de bataille mais aussi dans les esprits.
02:20Et chaque fois que l'occasion se présente, le Kremlin et ses trolls sur les réseaux sociaux
02:27exploitent, amplifient un certain nombre de phénomènes ou d'événements pour nous décourager.
02:31Décourager les Ukrainiens, mais ça ne fonctionne pas de toute évidence
02:34puisque chaque fois qu'on est arrivé à l'automne, on nous a dit que l'Ukraine ne tiendrait pas
02:38l'hiver
02:38et chaque fois l'Ukraine en est sorti en tenant le front.
02:41Et pour nous décourager, nous, nous dissuader de poursuivre notre soutien à l'Ukraine.
02:44Alors je vais essayer de poser la question différemment.
02:46Est-ce que selon vos informations, les Etats-Unis ont effectivement baissé ou diminué ou coupé le renseignement apporté aux
02:52Ukrainiens ?
02:52Il y a dans le domaine public une information qui semble suggérer que le débit de Starling a été ralenti.
03:01Mais je le redis.
03:01Et vous avez entendu Elon Musk expliquer que c'était la responsabilité du gouvernement fédéral
03:05puisque, sans être trop technique, il parle de Starshield qui est la déclinaison militaire de son réseau de satellites.
03:11Et alors, le renseignement qui est apporté à l'Ukraine aujourd'hui, il est essentiellement par l'Europe et par
03:15la France.
03:15Nous continuons notre stratégie qui produit des effets considérables, permet à la résistance ukrainienne de tenir le front.
03:22Bien évidemment, ça n'est pas parfait puisqu'on voit, comme vous l'avez rappelé, les bombardements très cyniques, très
03:28meurtriers sur les villes de l'arrière.
03:29On travaille activement.
03:31Donc la France et l'Europe sont en mesure de pallier cette défaillance américaine ?
03:34La France, l'Europe, les Ukrainiens.
03:37On est mobilisés notamment pour protéger le ciel ukrainien avec des projets de collaboration pour développer au plus vite des
03:43missiles intercepteurs de missiles,
03:46beaucoup moins chers et beaucoup plus rapidement produits que ça n'était le cas jusqu'à présent.
03:50Comment avez-vous réagi Jean-Noël Barraud quand vous avez entendu Donald Trump expliquer qu'il était temps que l
03:54'Ukraine soit dotée d'un nouveau président ?
03:55Que c'est à l'Ukraine qu'il appartient de choisir son dirigeant.
03:59Vous savez, l'autodétermination des peuples.
04:01Est-ce que vous avez été choqué par cette phrase du président américain ?
04:05C'est depuis le début de la guerre plusieurs fois qu'on entend cette question-là de ressurgir des élections
04:15en Ukraine.
04:16Et d'ailleurs, les Ukrainiens y sont prêts.
04:17Le président Zelensky a dit qu'il était prêt à des élections, mais à condition qu'un cessez-le-feu
04:22puisse intervenir.
04:23Il l'a redit ces derniers jours.
04:24que la Russie cesse ses bombardements constants et désormais journalier sur les villes de l'Ukraine.
04:30Et dans ces cas-là, des élections pourront se tenir.
04:32Quand on ajoute à cela l'accord passé entre Vladimir Poutine et Donald Trump sur le diesel russe,
04:37avec l'importation massive de diesel russe aux Etats-Unis,
04:41alors même, et vous l'évoquiez au début de cet entretien Jean-Noël Barraud,
04:43que l'Europe a pris des sanctions cette semaine,
04:46est-ce que quand on met tout ça bout à bout,
04:48on arrive à la conclusion que tout simplement Donald Trump n'est plus un allié des Français,
04:52n'est plus un allié des Européens ?
04:53Là encore, ne nous laissons pas intoxiquer.
04:55La production de diesel et même d'hydrocarbures par la Russie
05:00s'est effondrée depuis le début de la guerre et singulièrement depuis le début de l'année.
05:04Sous le double effet de quoi ?
05:05Eh bien, des frappes menées avec beaucoup de talent par les Ukrainiens
05:09et puis sous l'effet des sanctions très lourdes que nous avons prises.
05:12Ce ne sont pas quelques dizaines de milliers de barils de diesel qui vont changer les choses.
05:16C'est un peu plus que ça, dans l'accord qui a été conclu.
05:18Les recettes pétrolières de la Russie se sont effondrées,
05:21malgré la hausse des prix, malgré tous les événements au Proche-Orient.
05:24Donc tout ça ne change rien dans la relation entre la France-Europe et Donald Trump ?
05:27Tout ça ne va entamer en rien la détermination des Ukrainiens et des Européens
05:31à résister contre le dessin impérialiste et colonial de Vladimir Poutine.
05:36Un peuple qui aspire et qui se bat pour sa liberté et son indépendance,
05:40rien ni personne ne peut lui résister.
05:43Jean-Noël Barraud, vous serez la semaine prochaine au Proche-Orient avec Emmanuel Macron.
05:46Le 24 septembre, le président annonçait l'envoi de moyens militaires
05:49pour protéger le site de Yambou en Arabie Saoudite.
05:52C'était il y a trois semaines.
05:54Est-ce que vous pouvez nous donner des nouvelles des moyens militaires
05:57qui étaient censés être envoyés ou est-ce que c'était un effet d'annonce
06:00puisqu'on n'a pas eu de nouvelles de ces moyens militaires ?
06:02Les discussions se poursuivent avec l'Arabie Saoudite
06:06pour bien mesurer ce que sont ses besoins.
06:09Nous avons, dès le départ, annoncé que nous étions prêts à déployer des militaires,
06:15des capacités de détection, des radars, mais aussi du matériel de défense.
06:20Vous savez, ces choses-là prennent un peu de temps.
06:22Il faut acheminer aussi les matériels.
06:23Mais simplement, c'est quoi l'échéance ?
06:23Est-ce que c'est une question de semaine, une question de mois ?
06:25C'est une brève échéance puisqu'il est nécessaire
06:30que nous puissions protéger les infrastructures énergétiques de l'Arabie Saoudite
06:34pour que ce corridor puisse fonctionner
06:37et que ne vienne pas s'ajouter à la hausse des prix que nous connaissons actuellement
06:43une complication supplémentaire ?
06:44Vous dites brève échéance parce qu'il faut rappeler qu'on parle d'un pays, l'Arabie Saoudite,
06:47qui est frappé quasi quotidiennement par la milice yéménite Houthi.
06:51Il y a un besoin d'aller vite, visiblement, pour aider les Saoudiens ?
06:55Bien sûr, puisque ces attaques odieuses qui ont visé récemment l'aéroport de Riad,
07:02qui ont fait un grand nombre de victimes, parmi lesquelles une française,
07:05je voudrais dire que nous sommes aux côtés de sa famille et de ses proches,
07:09à ses côtés, après l'épreuve qu'elle a subie.
07:14Tout cela nous conduit, évidemment, à apporter à l'Arabie Saoudite
07:19les moyens nécessaires pour protéger, notamment, les infrastructures énergétiques
07:22dont nous avons, nous aussi, besoin pour faire baisser la pression sur les prix.
07:25Avant de dire un mot de la situation politique intérieure, Jean-Noël Barraud,
07:27est-ce que vous avez vu le film NASA ?
07:29Je n'ai pas vu ce film.
07:30Bon, rappelons ce film réalisé par deux documentaristes, artistes israéliens
07:35qui dénoncent les procédés de l'armée israélienne.
07:37Il a été projeté pendant deux jours en France, lundi et mardi,
07:40avec un immense succès lundi.
07:41Il y a notamment 40 000 spectateurs qui ont pu le voir.
07:45Qu'est-ce que cela dit, l'intérêt des Français pour ce film ?
07:50Je n'ai pas vu le film, donc je ne peux pas tellement le commenter.
07:53Vous avez envie de le voir ?
07:53Ce que je peux dire, c'est que c'est de déplorer,
07:56je l'ai vu encore une fois à l'Assemblée nationale hier,
07:59qu'un conflit qui n'est pas toujours très bien compris
08:02par les forces politiques dans notre pays
08:04soit importé constamment, systématiquement,
08:09pour servir des fins politiques.
08:12Mais vous irez le voir ou pas, ce film ? Vous avez une curiosité ?
08:14Je n'ai pas spécialement de curiosité pour ce film en particulier.
08:19Vous savez, il y a beaucoup de films qui ont été faits sur ce conflit
08:21qui méritent d'être vus, mais surtout, je crois que ce dont il faut se garder,
08:28c'est d'importer ou de projeter ce que peuvent être les souffrances
08:32ou les inquiétudes des Juifs de France, des musulmans de France
08:35sur un conflit qui n'est pas le leur.
08:38Ce qui n'est pas le même sujet.
08:39On peut avoir envie de voir ce film, penser encore une fois ce qu'on veut de ce film
08:42et vouloir qu'il y ait une étanchéité entre la question de la communauté juive en France
08:47et le conflit au prochain moment.
08:49Pardonnez-moi, mais la polémique entourant ce film
08:50a été très largement provoquée par des forces politiques
08:54et la France insoumise en particulier
08:56pour faire comme elle le fait habituellement,
08:59c'est-à-dire utiliser ce conflit
09:02à des fins politiques, à des fins électorales.
09:04Un dernier mot, Jean-Noël Barraud, je m'adresse aussi au responsable du MoDem.
09:08Vous n'avez toujours pas affiché votre soutien pour un candidat
09:11dans ce qu'on appelle le bloc central, ni Gabriel Attal, ni Édouard Philippe.
09:14Vous n'allez pas choisir ? Il n'y a pas de préférence pour 2027 ?
09:17Bien sûr que nous le ferons, nous le ferons en temps utile.
09:20Il y a désormais 28 candidats où une 28e candidate s'est déclarée.
09:24À votre place hier, Natacha Poligny.
09:26Nous avons d'ailleurs proposé une méthode pour faire converger
09:30les candidatures de l'espace central, de l'espace démocrate,
09:33la primaire, je pense que...
09:35Donc vous défendez une primaire ?
09:36Bien sûr, nous la défendons.
09:37François Bayrou l'a proposé.
09:38Il est encore temps de passer par là.
09:41Mais elle va jusqu'où cette primaire, Jean-Noël Barraud ?
09:43Est-ce que Raphaël Glucksmann, qui vient d'être désigné candidat,
09:45vous le mettez dans cette grande primaire ?
09:47La grande primaire, elle est très ouverte.
09:49Elle vise à permettre à ceux qui refusent le double poison,
09:52si je puis dire, de l'extrême droite et de l'extrême gauche,
09:54de se rassembler pour espérer l'emporter.
09:55Mais est-ce que vous mettez Raphaël Glucksmann dans cette grande primaire ?
09:58Elle est ouverte jusqu'à Raphaël Glucksmann, bien évidemment,
10:00dans la manière dont nous nous avons conçu.
10:02Mais vous savez, il faut se débarrasser de cette obsession pour l'élection présidentielle.
10:05C'est toujours la même chose.
10:06On espère que l'élection présidentielle va résoudre tous les problèmes.
10:11Et puis systématiquement, on est déçus.
10:14Il y a une autre élection qui sera au moins aussi importante,
10:16sinon plus l'année prochaine,
10:17ce sont les élections législatives,
10:19car le ou la présidente élue n'aura pas de majorité à l'absolu à l'Assemblée.
10:23Il faudra donc former une coalition pour remporter ces législatives.
10:26Et c'est aussi à cela que nous, au Modem, nous travaillons.
10:28Merci beaucoup Jean-Noël Barraud d'être venu ce matin sur Inter.
10:31Et merci Benjamin Diamel.
10:32On se retrouve dans 20 minutes pour le grand entretien.
10:35Il est 8.
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