00:00Cela fait près de 500 jours que le journaliste français Christophe Glaze est détenu en Algérie,
00:06condamné à 7 ans de prison pour des accusations liées au terrorisme.
00:10Après avoir effectué un reportage sur le club de foot de la JS Kabylie,
00:15il purge depuis sa peine mais sa famille continue de se battre pour obtenir sa libération.
00:20Nous sommes justement avec Sylvie et Francis Godard.
00:24Bonjour à tous les deux, vous êtes les parents de Christophe
00:27et vous avez pu lui rendre visite il y a une dizaine de jours maintenant.
00:32Comment va-t-il ?
00:34Écoutez, il tient bon, il est solide, il est vraiment très touché
00:43quand on le voit par toutes les actions de mobilisation en France.
00:48C'est ce qui le fait tenir, nous a-t-il dit cette fois-ci.
00:52Et toutes les lettres également qu'il reçoit de la part de sa famille,
00:57ses amis et de la part de certains anonymes
01:01qui sont aussi, jouent un rôle dans le combat pour sa libération.
01:08Vous étiez inquiet à un moment donné pour sa santé psychologique
01:12et on peut le comprendre évidemment en se mettant à sa place.
01:16Cette visite vous a rassuré ?
01:20Oui, cette visite nous a beaucoup rassuré parce que ça faisait quand même
01:24quatre mois que nous ne l'avions pas vue depuis le 4 juin dernier.
01:30Et donc, c'était avec de l'angoisse que nous l'avons retrouvée.
01:36Finalement, pourquoi Christophe tient ?
01:38Parce que depuis qu'il est un adolescent, il suit les préceptes de la philosophie du stoïcisme
01:47et il sait qu'il ne peut pas aller contre sa détention, il doit l'accepter.
01:54Et ce qui le fait tenir, c'est justement tout cet élan de solidarité en France,
02:00du comité de soutien, de RSF, et il sait qu'on ne le lâchera pas.
02:07Oui, et en plus dans sa cellule, il a toujours les écrits de Marc Aurel
02:12en lesquels il se ressource en permanence,
02:16ce qui fait qu'effectivement, Christophe, de ce point de vue-là,
02:20a une certaine élévation d'esprit qu'il conserve
02:23et qu'il le fait être très fort.
02:29Alors, lors de vos visites, habituellement, vous ne disposez que de 30 minutes,
02:34une heure cette fois-ci, lors de cette visite.
02:38Pourquoi ? Ça vous a surpris ?
02:40Et est-ce que justement, ça vous a permis de discuter encore plus avec Christophe ?
02:44Oui, parce que vous savez, quand on n'a que 30 minutes,
02:49on sait ce qu'on a à lui dire.
02:51Donc d'abord, l'entendre sur ses conditions de détention et sur sa routine.
02:56Et puis ensuite, on lui parle des nouvelles, des messages de la famille, de ses amis.
03:02On lui demande quelles lettres il a reçues,
03:04quels sont les livres qu'il lit actuellement.
03:07Et donc, ce qui est important, c'est que cette fois-ci,
03:11il nous a dit qu'il avait demandé au directeur de la prison
03:15d'avoir l'opportunité de plus de 30 minutes.
03:20Et on a eu le privilège, cette fois, de pouvoir lui parler pendant une heure.
03:26Et une heure, c'est plus que deux fois 30 minutes.
03:29Parce qu'en 30 minutes, on a juste le temps d'épuiser les questions qu'on avait à l'esprit.
03:35Et donc, je dirais, d'épuiser notre petit pense-bête.
03:40Avec la demi-heure de plus, ça permet de vraiment communiquer.
03:43Oui, parce que la question qu'on se pose aussi, c'est est-ce que vous pouvez tout dire ?
03:47Forcément, parler de tous les sujets avec Christophe ?
03:50Ou est-ce que vous êtes obligé parfois un peu de vous brider ?
03:54Peut-être parce que le contexte autour n'est pas toujours évident ?
04:00Oui, alors là, disons que nous avons dans la famille une certaine habitude
04:07de se parler en langage crypté, parce qu'on manipule beaucoup l'humour dans cette famille.
04:14Ce qui fait que lorsqu'on veut lui dire des choses et qu'on ne souhaite pas
04:18que ces choses soient entendues ailleurs, on lui parle de manière cryptée.
04:23Donc, Christophe entend très, très bien tout ce qu'on lui dit de cette manière-là.
04:28Alors, sur la situation de Christophe, vous aviez déjà sollicité une grâce
04:34auprès du président algérien Abdelmajid Tebboune.
04:38Est-ce que vous avez reçu un signal depuis sur une libération potentielle ?
04:44Est-ce que l'incertitude est toujours là ?
04:47Est-ce que cette question est encore sur la table du président algérien ?
04:51Est-ce que vous le savez même ?
04:53Alors, oui, nous avons, donc j'ai fait une demande de grâce en décembre 2025.
05:01Je l'ai réitérée avant la visite du pape.
05:07On a demandé une audience qui n'a pas été acceptée.
05:11Nous n'avons aucune nouvelle, pas de réponse du gouvernement algérien.
05:18C'est ça qui nous préoccupe parce qu'il n'y a pas d'échéance possible.
05:24On a mobilisé, on a fait du bruit jusqu'en juillet 2026.
05:31Après, on s'est dit que peut-être il valait mieux garder le silence pour que cette grâce arrive.
05:38On s'aperçoit maintenant, après trois mois de silence, que rien ne se passe.
05:44Donc, on a décidé, avec le comité de soutien RSF, de reprendre la mobilisation puisqu'on ne sait pas quelle
05:52recette marche.
05:54On ne sait pas non plus ce que veulent les autorités algériennes.
06:00On ne comprend pas.
06:01On aimerait comprendre ça.
06:03Vous pensez que votre fils est toujours otage, en quelque sorte, évidemment, des relations diplomatiques toujours très compliquées entre la
06:13France et l'Algérie ?
06:14Il subit cette situation ?
06:18C'est vous qui avez utilisé le terme, mais ce n'est pas loin de la vérité, oui.
06:24Et la France, justement, de son côté, est-ce que vous avez eu des nouvelles de la part, notamment, du
06:31ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barraud sur des négociations de son côté diplomatique ?
06:37Est-ce que aussi le président Emmanuel Macron vous a... Est-ce que vous l'avez saisi ? Est-ce
06:44que de son côté, il y a aussi des avancées ?
06:46Ce qu'on peut dire, c'est que le gouvernement français, soit l'Élysée, soit Jean-Noël Barraud, soit le
06:58ministre de l'Intérieur, sont vraiment à notre écoute.
07:03Ils sont déterminés à faire libérer Christophe.
07:07Il y a eu quand même beaucoup de visites de ministres français en Algérie et réciproquement, mais ce qu'on
07:17comprend, c'est qu'il n'y a pas de demande précise de l'Algérie, il n'y a pas
07:22d'ouverture à la négociation.
07:25C'est ça qui est très douloureux dans cette histoire, c'est qu'il n'y a pas de répondants
07:30du côté algérien.
07:31On ne sait pas ce que le gouvernement algérien attend de la diplomatie française. Pour nous, c'est un point
07:36tout à fait obscur.
07:38Et est-ce que l'échéance présidentielle en France vous inquiète d'un changement de gouvernement, quel qu'il soit,
07:44mais de là compliquer les relations avec l'Algérie ?
07:49C'est à nouveau des discussions à reprendre ensuite. Est-ce que vous espérez peut-être une libération avant cette
07:55échéance d'avril-mai prochain ?
07:59Nous, on espère une libération avant cette échéance parce qu'on comprend que, je veux dire, dans l'enfermement de
08:07Christophe, il y a la dégradation des relations entre la France et l'Algérie.
08:12Et donc, ce qu'on veut, c'est que le président Tegoun, qui est lui-même grand-père, qui a
08:19des petits-enfants, comprenne dans quelle détresse nous sommes.
08:24Ma maman est souffrante maintenant. Elle voudrait revoir son petit-fils.
08:30Donc, ce qu'on veut, c'est qu'il y ait une grâce qui intervienne le plus tôt possible et
08:36qu'il rende un fils, un frère, un compagnon et un copain à tous les gens qui l'entourent.
08:46Concernant votre question sur les élections, c'est une question importante.
08:50Pour l'instant, bien sûr, on ne peut pas se projeter sur la préélection, ça va de soi.
08:54En revanche, ce que nous souhaitons, et là on fait appel à la dignité du monde politique, c'est qu
09:03'on reste dans la dimension transpartisane dans laquelle nous nous situons actuellement.
09:10Nous avons eu, il y a peu de temps, au sein du Conseil municipal de Paris, un vote unanime pour
09:21demander,
09:22c'est une motion pour faire que Christophe soit citoyen d'honneur de la ville de Paris et demander sa
09:29libération.
09:31Et de ce point de vue-là, je trouve que les élus locaux font preuve de beaucoup de dignité.
09:36Et donc, en votant à l'unanimité, et après avoir entendu les déclarations de chacun des présidents de groupe du
09:44Conseil de Paris,
09:45on s'est dit qu'il y avait vraiment un esprit républicain dans cette affaire,
09:51qui était effectivement de mettre avant tout la cause de Christophe avant les intérêts partisans.
09:57On espère vraiment de tout cœur que la campagne électorale ne sera pas, disons, un prétexte pour récupérer l'affaire
10:07de Christophe.
10:07Nous souhaitons que ce soutien transpartisan tienne jusqu'au bout.
10:13Ça, c'est tout à fait essentiel. On y tient beaucoup.
10:16Donc, faites tous comme les élus locaux le font.
10:23Soyez dignes et soyez unis pour défendre Christophe.
10:26Et le soutien aussi du monde sportif.
10:29On se souvient, avant le début du Mondial de foot,
10:33toutes les paroles du président de la FIFA, Jenny Infantino.
10:37Et puis, ces mots du nouveau sélectionneur de l'équipe de France de foot,
10:42Zinedine Zidane, évidemment, à l'encontre de Christophe Glez.
10:46Ce sont aussi toutes ces petites attentions qui font du bien de votre côté et du sien, on se doute
10:51?
10:52Oui. Alors, on ne l'avait pas revu depuis la conférence de presse de Zinedine Zidane.
11:00Et effectivement, il a dit que son rôle avait changé dans la prison.
11:09Il est maintenant une star parce que les 8000 détenus de la prison de Coléa
11:14ont suivi la conférence de presse de Zinedine Zidane.
11:19Vous le savez, en Algérie, le football, c'est une religion d'État.
11:24Et donc, maintenant, je ne dirais pas qu'il est une légende,
11:27parce que c'est un terme un peu usurpé.
11:31Mais il est vraiment un héros maintenant dans la prison de Coléa,
11:35grâce à l'intervention de Zinedine Zidane,
11:38qui a eu les mots justes, c'est de rendre un fils à ses parents.
11:42Et justement, en vous voyant, et ce sera ma dernière question,
11:46Sylvie et Francis Godard, on a l'impression que vous, de votre côté,
11:49vous arrivez aussi à tenir. Comment ?
11:53On tient parce qu'on agit avec le comité de soutien.
11:57Vous savez, le pire tort qu'on pourrait faire à Christophe,
12:02c'est l'oublier et c'est ne pas parler de lui.
12:06Et cette mobilisation qui nous pousse à agir,
12:11qui nous demande des prises de décisions,
12:14c'est ça qui nous tient en forme.
12:16Oui, la mobilisation, pour nous, c'est comme le vélo.
12:20Il faut continuer à rouler.
12:22Si on s'arrête, on tombe.
12:24Donc, on ne lâchera jamais, jamais le morceau.
12:27On sera toujours mobilisés tant que Christophe ne sera pas libéré.
12:31Merci à tous les deux, Sylvie et Francis Godard,
12:35les parents de Christophe Gleize,
12:37d'avoir été avec nous sur BFM2
12:39pour aborder la situation du journaliste français
12:42en détention en Algérie depuis près de 500 jours.
12:45Maintenant, l'information continue sur BFM2.
12:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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