00:04Et nous enchaînons tout de suite avec Patrimoine Thématique, où nous avons le plaisir d'accueillir sur le plateau de
00:07Smart Patrimoine, Emmanuel Narra.
00:09Bonjour Emmanuel.
00:10Bonjour.
00:10Vous êtes fondateur et dirigeant d'Haussmann Patrimoine.
00:13Avec vous, on va essayer de comprendre comment le non-coté devient de plus en plus incontournable dans les stratégies
00:17de gestion de patrimoine, ou non.
00:18C'est en tout cas une des questions que je vais vous poser.
00:20Mais tout d'abord, peut-être pour un professionnel de la gestion de patrimoine, LTIF 2, qui date de janvier
00:252024, qu'est-ce que ça a changé concrètement pour vous ?
00:28Alors LTIF 2, ça change pas mal de choses, puisque s'il y a un LTIF 2, c'est qu
00:33'il y a eu un LTIF 1.
00:33Bien sûr.
00:34Et je pense qu'il faut remettre un petit peu en perspective le LTIF 1, c'était une volonté de
00:40l'Europe de flécher un peu l'épargne, même beaucoup, l'épargne des particuliers vers les actifs réels, donc les
00:46entreprises, les infrastructures, etc.
00:48Et ça ne date pas de l'élection de Donald Trump.
00:51C'est le 29 avril 2015 que le LTIF 1 avait été adopté.
00:56Ça fait donc plus de 10 ans qu'on essaie de flécher l'épargne des Européens vers l'économie dite
01:00réelle ?
01:00Oui, mais comme souvent...
01:01Avec plus ou moins de succès.
01:03Malheureusement, comme souvent, le législateur avait prévu des tas de conditions, des tas de règles, des tas de contraintes.
01:08Et finalement, ces règles étaient jugées trop contraignantes par le marché.
01:11Si bien qu'en 2021, on était arrivé à 2,4 milliards.
01:16Il y avait, je crois, 4 pays en Europe qui avaient commencé à faire quelques fonds LTIF.
01:20Et au niveau européen, c'était un flop, clairement.
01:24Mais le besoin était là et il est toujours là, même de plus en plus.
01:26Et donc, LTIF 2 est arrivé en 2024 pour relancer fortement ce fléchage de l'épargne avec des contraintes qui
01:40ont beaucoup été abaissées.
01:42Et on sent que ça produit des effets.
01:44Donc, dans les contraintes qui ont changé, il y a des règles, par exemple, sur les actifs non cotés.
01:50Puisque là, on parle, en fait, d'une réglementation qui concerne les fonds d'investissement majoritairement investis en non cotés.
01:56Oui, de capital investissement, d'aides privés, fonds immobiliers ou fonds d'infrastructure notamment.
02:00Exactement.
02:00C'est les quatre grandes thématiques, mais avec ce point commun d'être investi dans des actifs non cotés.
02:05Et dans le LTIF 1, il fallait au minimum 70% d'actifs non cotés.
02:08Dans le 2, 55% suffisent.
02:11Il y avait plein d'autres règles, comme par exemple, on pouvait considérer qu'une société cotée dont la capitalisation
02:18boursière est donc inférieure à 1 milliard.
02:205 dans LTIF 2, elle est éligible, alors que dans LTIF 1, il fallait 500 millions au maximum.
02:26Donc, il y a plusieurs règles, il y a des quotas, etc., qui ont été assouplis.
02:29Et ça fonctionne, puisqu'on a plus de 300 fonds labellisés LTIF 2, alors que ça existe depuis un peu
02:36moins de deux ans,
02:37alors qu'on en avait une centaine pour LTIF première version.
02:40Donc, ça veut dire que vous disiez qu'il y avait un besoin.
02:44Encore faut-il qu'il y ait aussi de l'argent à investir.
02:45On arrive à créer des fonds aujourd'hui qui trouvent leur public, si je comprends bien.
02:48Aujourd'hui, la dynamique est enclenchée, elle est tout à fait encourageante,
02:52puisqu'on est passé à plus de 24 milliards fin 2024, je crois qu'on était à plus de 30
02:58fin 2025.
02:59On annonce pour fin 2026, peut-être 50-60, pour l'année prochaine, peut-être 70 à 80 milliards.
03:08Enfin, la dynamique est là.
03:11Et j'ai envie de dire, enfin, la réglementation a touché sa cible.
03:16Qu'est-ce que ça change pour vous, concrètement ?
03:17Ça change concrètement qu'il y a une offre plus étendue.
03:20D'accord.
03:20Déjà, cette offre, elle s'est étendue depuis 2020 assez nettement,
03:25sous différents effets, notamment des effets de marché du non-coté,
03:30également la loi Industrie Verte, et puis donc la réglementation maintenant LTIF.
03:36Tout ça converge vers une plus grande ouverture, un meilleur accès aux actifs non-cotés,
03:41dont les Français ont été historiquement privés pour plein de raisons,
03:45et notamment le fait qu'on n'a pas de fonds de pension à la française,
03:49contrairement aux anglo-saxons.
03:51On a moins besoin de financer sa retraite par ce type d'investissement.
03:54Alors, je ne sais pas si on a moins besoin.
03:56Oui.
03:56Je pense qu'on en a vraiment besoin.
03:57En tout cas, ça n'a pas été la stratégie.
03:59Mais ça n'a pas été encouragé, ça n'a pas été facilité.
04:05Concrètement, ces fonds, vous les utilisez comment ?
04:09Est-ce que, par exemple, c'est proposé à des clients plus particuliers qu'avant,
04:13ce type de fonds, dans les stratégies que vous proposez, ou pas forcément ?
04:16Parce que finalement, les actifs n'ont pas spécialement changé de typologie.
04:21On reste sur des actifs parfois peu liquides, risqués,
04:24plutôt sur de l'investissement de long terme.
04:26Mais on peut le proposer à une nouvelle typologie d'investisseurs, quand même ?
04:28Oui, déjà, les fonds ELTIF, ce n'est pas une catégorie de fonds.
04:33Ce sont différentes formes de fonds qui peuvent être…
04:35C'est un cadre réglementaire.
04:36C'est un statut que des FCPR, des fonds professionnels, même des SCPI,
04:41peuvent avoir en s'alignant sur la norme européenne.
04:46D'accord.
04:47Donc, ce n'est pas un fonds en particulier.
04:49C'est une réglementation à laquelle peuvent adhérer les fonds
04:54en demandant un agrément plus facile à distribuer ensuite sur l'ensemble du territoire européen.
04:59Donc, les fonds ELTIF, aujourd'hui, sont beaucoup plus accessibles,
05:05puisque le ELTIF 1 prévoyait un minimum d'investissement de 10 000 euros,
05:08ce qui était déjà relativement bas.
05:09C'était jugé encore trop élevé.
05:10Donc, ça, ça a encore été abaissé.
05:13Et clairement, aujourd'hui, le ELTIF 2 permet aussi d'améliorer les règles de rachat anticipé.
05:19D'accord.
05:20Et donc, c'est davantage compatible avec les fonds Evergreen,
05:23qui ne sont pas des fonds verts.
05:26Ce sont des fonds ouverts en permanence et sur lesquels les rachats peuvent être facilités.
05:31Alors, attention...
05:32Qui proposent, on pourrait le dire ainsi, des solutions liquidités.
05:35Ce n'est pas des fonds 100% liquides,
05:36mais qui sont un peu plus liquides qu'un fonds totalement fermé.
05:39Voilà.
05:40Il y a des fenêtres de sortie qui sont organisées.
05:42Ça ne veut pas dire qu'elles sont garanties.
05:43Et donc, attention, un fonds semi-liquide reste un fonds quand même peu liquide,
05:47parce que, par nature, les actifs sous-jacents, le non-coté n'est pas liquide.
05:52Donc, il y a des règles qui peuvent permettre de fluidifier un petit peu,
05:54des quotas d'actifs liquides qui sont autorisés dans les ELTIF 2.
05:58Mais il faut quand même partir du principe que c'est du placement long terme.
06:02D'ailleurs, ELTIF, ça veut dire European Long Term Investment Funds.
06:08Donc, c'est du long terme.
06:10Concrètement, quand on est professionnel de la gestion de patrimoine,
06:13ça veut dire qu'on doit être en capacité de faire une sélection
06:16sur des fonds beaucoup plus larges,
06:18des fonds montés par des Allemands, des Hollandais, des Français, des Espagnols.
06:24Ça complexifie la sélection ou pas forcément ?
06:27Oui et non, parce qu'en réalité, il y a un certain nombre d'acteurs
06:29qui sont très connus, des grands noms de la finance
06:33qui peuvent être établis en dehors du territoire français,
06:37mais qu'on connaît déjà.
06:38Simplement, leur offre que l'on connaissait
06:40et que l'on pouvait regarder à distance,
06:43mais pas proposer à nos clients,
06:45devient une offre accessible.
06:46Donc, il y a déjà une partie des due diligence,
06:48on va dire, qui est faite dans la mesure où on connaît certains grands noms.
06:52Je ne vais pas en citer pour ne pas faire la publicité pour l'un ou pour l'autre.
06:55Mais il y a des acteurs qui proposent depuis longtemps
06:59des fonds qui nous intéressent
07:00et qu'on n'avait pas le droit de distribuer.
07:02Et là, d'un seul coup, on a la possibilité de les référencer.
07:06Ça change évidemment beaucoup de choses.
07:08Est-ce qu'il faut quand même accompagner ça de plus de pédagogie ?
07:11À partir du moment où il est plus simple de faire investir des gens
07:12sur ce type d'actifs,
07:14est-ce qu'il faut aussi plus les accompagner
07:16quand on leur propose ce type d'actifs ?
07:18Alors, le travail de pédagogie, il est essentiel
07:20et il ne date pas des fonds ELTIF.
07:23Mais globalement, depuis quelques années,
07:25où on a pu étendre l'accès aux actifs non cotés
07:29à des clients très avertis
07:32et aussi des clients beaucoup moins spécialisés,
07:36des épargnants qui ne connaissent pas forcément
07:39les subtilités du côté et du non-coté,
07:42oui, il faut être beaucoup dans la pédagogie.
07:45Il faut aussi adapter cette pédagogie à ses interlocuteurs.
07:48Et je trouve que, globalement, ELTIF contribue à cette démocratisation
07:53et à faire connaître les actifs non cotés
07:57qui ont été, de mon point de vue,
07:59trop longtemps absents du patrimoine des particuliers.
08:02Et concrètement, aujourd'hui, d'ailleurs,
08:04quand on parle, j'imagine que quand vous parlez à vos clients,
08:06vous ne leur mentionnez pas spécialement ELTIF 2.0.
08:08C'est plus un outil pour vous pour proposer ce type de fonds
08:11et derrière, on leur parle de non-cotés plutôt.
08:13Concrètement, c'est un barbarisme, un acronyme de plus
08:16parce que la finance adore les acronymes.
08:18Bien sûr, oui.
08:18Mais c'est plus une question, on va dire, de professionnels.
08:23Le client final, même que ce soit un FCPR, un FPS,
08:27une SLP, un FPCI, un ELTIF, etc.
08:30Ça n'intéresse que moyennement.
08:31Non, ça n'intéresse pas.
08:32À la limite Evergreen pour la liquidité ou même pas ?
08:34Oui, mais je pense que concrètement,
08:35il faut surtout se concentrer sur les mécanismes,
08:38les risques, le fait que c'est illiquide.
08:40Ça, c'est important.
08:41Il faut le préciser, c'est illiquide.
08:43Même s'il y a des fenêtres de liquidité, c'est illiquide.
08:45Semi-liquide, attention.
08:47Donc, il ne faut surtout pas se tromper au départ
08:49et tromper l'investisseur.
08:52L'avantage de ces fonds-là, c'est aussi d'être illiquide
08:55parce que ça permet des stratégies
08:56très différentes et très complémentaires du côté
08:59parce que le problème du côté,
09:01c'est parfois d'être trop liquide.
09:02Ça veut dire ultra-volatile,
09:03avec des écarts d'une journée sur l'autre
09:05d'un actif qui ne reflètent pas la réalité économique.
09:08Donc, c'est bien d'avoir des actifs très liquides
09:11et très volatiles,
09:12mais aussi des actifs plus stables
09:14et moins liquides à côté
09:16pour un horizon d'investissement moyen et long terme.
09:19Merci beaucoup, Emmanuel Narra,
09:20de nous avoir accompagné sur le plateau de Smart Patrimoine.
09:22Je rappelle que vous êtes fondateur et dirigeant
09:23d'Haussmann Patrimoine.
09:24Merci beaucoup.
09:25Merci.
09:26Et quant à vous, je vous donne rendez-vous tout de suite
09:28dans Enjeu Patrimoine.
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