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  • il y a 9 heures
Dans son premier roman "Ce que je pouvais devenir sans le dou", Noëlla Vinguedassalom évoque le destin brisé d’un jeune homme pris au piège de l’addiction à cette drogue de synthèse qui fait des ravages, notamment dans le sud de l’île.

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Transcription
00:00Je m'appelle Noïla Vingue d'Assalom, j'ai 24 ans et je suis originaire de Saint-Louis.
00:03Je viens du quartier du Gaulle.
00:05Je suis une jeune juriste.
00:06Le quartier du Gaulle, il représente énormément pour moi.
00:09C'est là-bas que j'ai créé mes premiers souvenirs,
00:11les premières amourettes, les premières amitiés.
00:13Et malheureusement, j'ai vu mon quartier s'éteindre.
00:16J'ai vu des jeunes se perdre dans cette drogue de synthèse.
00:19Je présenterai mon livre le 22 octobre chez ma mamie, Rita,
00:23« Ce que je pouvais devenir sans le doux »,
00:25avec l'espoir qu'il arrive à toucher certaines personnes,
00:31avec l'espoir que le message que je voulais faire passer soit entendu.
00:35Et surtout, je présente ce livre chez ma mamie pour lui rendre un dernier hommage.
00:40C'est ma manière de la voir encore un peu auprès de moi.
00:43Au Gaulle, il y a eu de nombreuses familles qui ont été brisées par cette drogue de synthèse.
00:48De nombreux foyers qui ont été séparés parce que la drogue a pris le dessus.
00:52Certains maris ont perdu leur travail, leur maison, tout à cause de cette drogue.
00:57Des jeunes ont perdu des liens familiaux à cause de cette drogue
01:01en ne fréquentant plus leurs parents parce qu'ils volaient leurs propres parents
01:06pour vendre leurs biens afin de se procurer cette substance.
01:09Je ne me suis pas arrêtée à mon quartier.
01:11Je me suis aussi également renseignée à Saint-Pierre.
01:15Le doux, c'est une drogue de synthèse.
01:16Ce sont des catinones de synthèse et ça se présente sous une forme de petite poudre blanche
01:24ou des cristaux qui ensuite sont pilés afin d'avoir justement cette poudre
01:29pour pouvoir la consommer par la suite.
01:32Une seule prise suffit à être totalement dépendant.
01:35J'ai été frappée par ces jeunes qui ne voulaient pas sortir de cette dépendance.
01:41Je ne dirais pas que c'est un manque de volonté, mais c'est un manque de moyens surtout.
01:46Malheureusement, la drogue intervient quand il y a un fossé.
01:50J'ai appris auprès de ces consommateurs qu'il y avait une histoire derrière chacun d'entre eux.
01:54Chacun avait ses raisons de prendre de la drogue
01:57et je ne veux absolument pas banaliser ces actes-là, bien évidemment.
02:01Mais derrière chaque prise, il y a une histoire.
02:04Certains d'entre eux manifestaient cette envie de prendre la drogue
02:08parce qu'ils n'arrivaient pas à trouver du travail.
02:10D'autres se sentaient très isolés.
02:13Donc pour eux, la drogue était un échappatoire et ça leur procurait ce plaisir.
02:18Pourtant, ils savaient que c'était un plaisir à court terme
02:20parce qu'une fois que les effets de la drogue s'effacent,
02:24on est tout de suite repris par la réalité et on ne pense qu'à s'en procurer de nouveau.
02:30Si j'ai écrit, c'est parce que je suis gonflée d'espoir, évidemment.
02:33Il y a toujours de l'espoir et l'espoir se manifeste avec une énorme volonté.
02:40Ce livre a pris vie chez ma mamie, Rita.
02:44C'est une personne qui a énormément œuvré à la personne que je suis aujourd'hui.
02:50Elle a énormément fait.
02:53Lorsque j'ai écrit ma première ligne, j'étais à côté de ma mamie
02:58et je lui ai dit « Mamie, l'ami Saïsaï fait un truc. »
03:03Elle m'a dit « Quel truc, Poulette ? »
03:06Et je lui ai dit « Je vais écrire, mamie. »
03:09Elle m'a dit « Vous écris tout le temps. »
03:12Je lui ai dit « Oui, mais là j'ai écrit sur le doux,
03:14sur cette drogue qui touche notre quartier. »
03:18Et ma mamie m'a tout simplement répondu
03:20« Écoute, si seulement on commence écrit, alors c'est déjà une victoire. »
03:25L'essentiel, c'est d'avoir écrit, c'est d'avoir posé des mots sur ce que je ressentais.
03:31Et il y a une expression que j'aime particulièrement à La Réunion, c'est le fond de caire.
03:35Ce livre, c'est mon fond de caire.
03:37Et ce livre a aussi pris vie grâce à ma mamie, Rita.
03:43Je l'ai écrit et en l'écrivant, elle a été malade.
03:49Il faut savoir que ma mamie était une bonne vivante.
03:53Elle respirait la joie de vivre.
03:55Alors, c'était une personne qui était constamment là pour nous,
03:58pour ses proches, pour ses enfants, ses petits-enfants, moi la première.
04:03Et dans ce livre, j'ai un peu de ma mamie.
04:06Et je suis chanceuse qu'elle ait pu voir mon premier ouvrage,
04:11qu'elle ait écouté ses premières lignes.
04:13Et j'ai vu de l'émotion quand je lui ai lu certaines lignes.
04:18Alors effectivement, c'est une fierté.
04:21Jayan a été inspirée par la galerie de personnes que j'ai rencontrée.
04:25Jayan, c'est un mélange de gaulois.
04:28C'est un mélange de Saint-Pierrois.
04:30C'est un mélange de plein de réunionnais.
04:33Jayan, c'est une personne comme tout le monde.
04:37Jayan, c'est monsieur tout le monde.
04:38Il a une vie qui semble a priori normale.
04:42Pour autant, il va se perdre dans les méandres du doux.
04:46On pourrait croire que c'est à cause de ses fréquentations.
04:49On pourrait croire que c'est tout simplement à cause de lui.
04:53Et finalement, Jayan, il va penser avoir le contrôle sur sa consommation.
04:56Il va penser qu'il contrôle encore le doux.
05:00Et au fil des pages, c'est Jayan lui-même qui va se rendre compte
05:04que c'est le doux qui a eu raison de lui.
05:07Il a tout perdu, Jayan.
05:09Et pourtant, il y a eu des mains tendues.
05:11Il y a eu ses proches.
05:13Il y a eu certains amis.
05:14Et surtout, il y a eu Anissa.
05:17Anissa représente l'espoir dans l'histoire de Jayan.
05:20C'est une figure qui apporte de la légèreté à la vie de Jayan.
05:25Pour autant, ça ne suffit pas à sauver Jayan.
05:34Sous-titrage Société Radio-Canada

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