00:02Vincent Derosier, c'est RTL Soir.
00:0718h32 sur RTL, l'invité de RTL Soir est Sébastien Malzieux. Bonsoir.
00:12Bonsoir.
00:13Commissaire divisionnaire à la direction centrale des CRS.
00:16On vous invite évidemment à la veille de cette mobilisation.
00:19150 000 manifestants, le disait à l'instant, sont attendus et rien qu'en région ne compte pas Paris.
00:23Alors déjà, vos hommes, ils sont mobilisés depuis trois semaines maintenant.
00:27Est-ce qu'il y a une forme d'épuisement ?
00:30Les hommes sont en effet mobilisés depuis trois semaines.
00:33Mais les policiers, quelle que soit d'ailleurs leur direction d'appartenance, c'est avant tout un engagement.
00:40C'est le sens de la mission.
00:42Donc évidemment, ils peuvent être éprouvés au cours des missions.
00:45Et c'est le cas quand les missions durent longtemps, quand elles sont éprouvantes.
00:49Mais il n'y a rien qui les fait lâcher.
00:52Il n'y a rien qui les fait abandonner.
00:54Et parce qu'ils ont choisi ce métier par vocation, c'est un engagement.
00:58Et c'est le sens de leur mission.
01:00Et ils sont évidemment présents pour protéger la population et accompagner les manifestations.
01:07Parce que l'engagement n'est pas incompatible avec une forme de fatigue généralisée que vous n'avez pas ressenti
01:11dans les troupes.
01:12La fatigue peut arriver quand, évidemment, les fonctionnaires de police sont mobilisés longtemps, comme je le disais.
01:20Mais je vous dis, ce qui est vraiment à avoir en tête, c'est l'engagement, le sens de l
01:26'engagement de ces policiers et de nos collègues sur le terrain,
01:29comme d'ailleurs dans les autres activités de la police nationale.
01:32Dans quel état d'esprit vous abordez cette nouvelle journée qui est peut-être plus imprévisible que les autres ?
01:39Un état d'esprit, concentration.
01:41La concentration, l'anticipation, la mobilisation de nos dispositifs qui seront placés dans tous les départements,
01:50sous la responsabilité des préfets et des directeurs départementaux de la police.
01:54Il y a là vraiment une concentration importante des dispositifs qui sont préparés, des forces qui sont positionnées par anticipation,
02:06de manière à pouvoir accompagner les mouvements de manifestation pacifique,
02:11et de manière à pouvoir intervenir fermement et de manière décisive en cas de blocage d'axes structurants,
02:20en cas de violences graves ou de dégradations majeures.
02:24Alors vous dites positionnées, les CRS positionnées, mais alors cette mobilisation elle s'est structurée en ligne avec des appels
02:31relayés,
02:32mais souvent sans parcours déclaré. Comment on s'adapte à des cortèges sauvages, mobiles ?
02:37Bien c'est d'abord un travail d'anticipation et c'est tout particulièrement le travail du renseignement territorial
02:42qui est chargé d'évaluer, d'analyser ce genre de mobilisation.
02:50Et ensuite c'est tout simplement le positionnement de force à tous les endroits où il apparaît nécessaire de les
02:57positionner.
02:57Notamment les grandes villes de France, mais pas seulement.
03:01A quoi on doit s'attendre demain ? Donc des cortèges mais des blocages de raffinerie, de ronds-points, de
03:05péages ?
03:06Qu'est-ce qu'il faut ?
03:07Alors il est un peu tôt évidemment pour le dire, parce que comme vous le disiez, tout n'est pas
03:12encore écrit.
03:13Mais on peut s'attendre à plusieurs centaines d'actions de blocage peut-être, de tentatives d'actions de blocage.
03:20On peut s'attendre à plusieurs dizaines de manifestations qui sont d'ailleurs en cours de structuration au moment où
03:27on se parle.
03:27Et puis encore une fois, les effectifs de la police nationale seront mobilisés pour pouvoir encadrer, accompagner
03:35et puis pour pouvoir intervenir le cas échéant.
03:37Vous surveillez les axes routiers, les gares, les préfectures, les centres-villes également ?
03:41Tout à fait. Nous surveillons tous les axes d'abord stratégiques, structurants
03:45et tous les points qui ont une importance capitale pour le pays.
03:50Alors vous parliez d'anticipation, mais est-ce que vous craignez que les forces de l'ordre soient débordées
03:54par le nombre d'actions ? Plus de 500 annoncées, certains sites parlent de plus de 1 000, 1 300.
04:00Donc c'est un nombre considérable, même en anticipant.
04:04C'est un nombre considérable, mais justement, c'est les actions que nous sommes en train de monter
04:11sous l'égide, évidemment, encore une fois, des préfets et du directeur général de la police nationale.
04:17Ce sont des dispositifs. Partout où c'est nécessaire, partout où il y a une compétence de la police nationale,
04:23nous sommes présents et nous serons présents pour faire face aux événements, s'ils doivent avoir lieu,
04:28et en tout cas, pour accompagner et encadrer les manifestations.
04:32Comment vous priorisez les interventions, le déplacement des hommes ?
04:36Eh bien, comme on le disait tout à l'heure, c'est d'abord le travail d'analyse du renseignement
04:40territorial
04:41et puis c'est ensuite, évidemment, le travail mis en perspective aussi, avec ce qui s'est déjà passé,
04:47avec ce qui risque de se passer et qui nous permet, tout simplement, ici ou là, d'adapter nos dispositifs.
04:56À tels endroits, ce seront des compagnies républicaines de sécurité.
05:01À d'autres endroits, nous renforcerons les dispositifs avec des engins lanceurs d'eau, etc.
05:06Donc, ça veut dire que certaines interventions vont être priorisées.
05:11On parlait d'axes routiers, de péage, de préfecture.
05:13Qu'est-ce qui va faire que vous intervenez immédiatement, en quelques minutes ?
05:16Ce qui va faire qu'on intervienne immédiatement, en quelques minutes, c'est évidemment d'abord les violences graves.
05:21Les violences contre les personnes, je pense, par exemple, à la victime à Marseille, qui a eu le visage brûlé,
05:30par exemple.
05:30Voilà. Les violences graves, évidemment, donneront lieu à une réponse immédiate des forces de l'ordre.
05:36Les dégradations majeures également, et notamment lorsque ce sont des dégradations par incendie,
05:42dès lors qu'elles sont dangereuses pour les personnes, il y aura une intervention immédiate.
05:45Et puis, comme vous l'avez souligné, les axes structurants seront évidemment immédiatement dégagés s'il y a des blocages.
05:55Alors, incendie à quel niveau ? Parce que ce matin, dans le Parisien, Laurent Nunez dit qu'un feu de
05:59poubelle peut mettre le feu à un établissement,
06:01et donc il faut intervenir tout de suite.
06:02Donc, une poubelle en feu, c'est une intervention immédiate ?
06:05Eh bien, ça dépend en définitive. Justement, il y a sur place, il y a une autorité qui est habilitée
06:11à décider de l'emploi de la force,
06:13avec les forces de police qui sont présentes. Et cette autorité, c'est à elle d'analyser les choses.
06:19Elle est présente sur le terrain, avec la compagnie de CRS, quand c'est une compagnie de CRS.
06:24Et c'est son rôle d'analyser les choses et d'évaluer la gravité du trouble à l'ordre public.
06:31Et comme vous le dites, ça peut être un petit feu de poubelle qui s'éteint en trois minutes,
06:35ou un feu de poubelle qui risque de s'étendre sur un bâtiment. Évidemment, ce n'est pas la même
06:40nature de risque.
06:42Alors, vous parliez des cortèges tout à l'heure. C'est une forme de contestation plus classique.
06:4590, 40 n'ont pas été déclarés. Quand ce n'est pas déclaré, qu'est-ce que ça veut dire
06:50pour vous ?
06:50C'est intervention immédiate, dispersion ?
06:53Quand ce n'est pas déclaré, en effet, quand on peut travailler, quand on peut anticiper des manifestations,
07:00et les travailler avec des organisateurs, c'est évidemment la meilleure solution.
07:04Dès lors que les manifestations ne sont pas déclarées, c'est une partie significative,
07:11et bien là aussi, c'est là tout le travail aussi d'anticipation,
07:15d'évaluer les endroits où les rassemblements vont avoir lieu,
07:19pour y positionner, là encore, les forces qui seront adaptées et nécessaires,
07:25et évidemment, de pouvoir intervenir au moins.
07:29Pourrait, donc ça veut dire que certains pourraient être tolérés, même non déclarés ?
07:32Alors, à partir du moment où une manifestation est organisée,
07:37s'il y a un trouble à l'ordre public,
07:40déclarer, qu'elle soit déclarée, qu'elle ne soit pas déclarée,
07:43évidemment, ça nécessite l'intervention.
07:45Quand elle n'est pas déclarée, en effet,
07:48il y a là des capacités d'intervention de la police nationale
07:53pour pouvoir l'encadrer,
07:55et si elle trouble l'ordre public, la disperser.
07:59La présence de l'ultra-gauche est redoutée.
08:02Selon les infos de RTL,
08:03le renseignement estime que 5000 militants
08:05sont en mesure de commettre des violences
08:07envers les forces de l'ordre, notamment,
08:08et pour viser les symboles de l'État et du capitalisme.
08:11Comment on se prépare à ça ?
08:13Eh bien, en ayant des policiers qui sont formés,
08:16des policiers qui sont préparés,
08:17des policiers qui sont expérimentés,
08:19des chefs de police qui sont aussi préparés, expérimentés,
08:22et des policiers,
08:24notamment pour ce qui est des CRS,
08:26qui sont commandés dans l'action,
08:28qui sont disciplinés dans l'action,
08:30et qui sont efficaces,
08:32et qui sont capables, justement,
08:34de faire des interventions appropriées
08:36et vraiment adaptées à la situation.
08:38Et donc, si la situation est extrêmement violente,
08:41nous avons, tout particulièrement,
08:43des capacités d'intervention
08:44au sein des compagnies républicaines de sécurité,
08:47et au sein de la police nationale, d'ailleurs, en général.
08:49Dernière question.
08:50Laurent Nunez a dit que toutes les armes étaient à votre disposition.
08:53L'usage du LBD, des grenades assourdissantes,
08:55leur usage est décrié ces derniers temps.
08:58Est-ce que ce sont des équipements dont vous ne pouvez pas vous passer ?
09:02Je pense que la question, peut-être,
09:05ne se pose pas, en tout cas, pour moi, comme ça.
09:08Je crois que, quels que soient les outils
09:10qui sont mis à disposition des policiers,
09:12ça va d'un usage de la force à main nue
09:15jusqu'aux grenades que vous pouvez citer ?
09:18C'est d'abord un usage qui est nécessaire,
09:21dans un cadre réglementaire.
09:24Nécessaire.
09:24Nécessaire et proportionné.
09:26Il peut être nécessaire d'intervenir,
09:28mais il faut encore être dans une proportion
09:31qui soit adaptée.
09:34Nécessaire et proportionné.
09:35Voilà.
09:36Nécessaire et proportionné.
09:38Ce sont les deux mots, en effet,
09:41que nous gardons en mémoire en permanence.
09:43Merci Sébastien Malzieux.
09:44Beaucoup merci.
09:44Commissaire divisionnaire à la direction centrale des CRS.
09:48Merci d'avoir été l'invité de RTL Soir.