00:03Salut, c'est Fred Michalak, donc on se retrouve aujourd'hui pour parler de Top 14, de Pro D2,
00:08des championnats qui connaissent une dynamique exceptionnelle en termes d'affluence et d'audience.
00:13Mais plusieurs clubs restent quand même économiquement fragiles.
00:16Qui de mieux que Yann Roubert, le président de la ligne nationale de rugby, pour répondre à mes questions.
00:21Salut Yann !
00:21Bonjour, ravi d'être avec vous.
00:23Quel est aujourd'hui le principal enjeu du rugby professionnel français ?
00:26Est-ce que c'est continuer à grandir ou consolider son modèle ?
00:29Il y en a plusieurs.
00:31Effectivement, entretenir cette très belle dynamique, parce qu'on est sur des chiffres qui sont bons au niveau général,
00:36avec de plus en plus de monde dans les stades, de plus en plus de monde derrière nos écrans,
00:40de plus en plus de revenus pour le rugby français et du coup de distribution pour les clubs et pour
00:45les joueurs.
00:46Donc c'est un modèle qui fonctionne et qu'il faut consolider.
00:49Par contre, il ne faut toutefois pas se voiler la face et se rappeler que le contexte reste très exigeant
00:54pour les clubs
00:54et que c'est de plus en plus difficile pour les collectivités, comme pour l'ensemble des acteurs économiques
00:58qui accompagnent le rugby professionnel, de continuer à aider.
01:02Donc il y a des déficits dans les clubs et la bonne santé du rugby au général ne doit pas
01:05faire oublier
01:06les difficultés qu'il y a dans chacun des clubs.
01:08Il y a une situation que l'on doit regarder, on va dire, d'un point de vue macro, c
01:11'est la Nouvelle-Zélande,
01:11qui envisage de sortir du super rugby.
01:13Est-ce que c'est une évolution qui peut aussi directement affecter le top 14 de ton point de vue
01:18?
01:18Alors je ne sais pas si ça affectera le top 14.
01:20Par contre, évidemment qu'il faut être conscient et vigilant sur la situation internationale
01:25et qu'il faut se rappeler qu'on a besoin de championnats domestiques qui soient forts
01:30pour avoir un rugby qui est fort et des équipes nationales qui soient fortes.
01:34Donc on va évidemment suivre la situation de la Nouvelle-Zélande de près,
01:37en espérant qu'ils aient un championnat domestique qui soit fort,
01:40que ce soit le super rugby ou un championnat domestique qui soit fort,
01:43et une équipe nationale qui va.
01:45Parce que si, je ne sais pas si on est le meilleur championnat du monde,
01:47on n'est en tout cas pas actuellement celui qui attire le plus de monde dans les stades,
01:51le plus de téléspectateurs, le plus de revenus,
01:53qui en distribue le plus d'argent à ses clubs, à ses joueurs.
01:56Mais il ne faut surtout pas qu'on devienne les borgnes au royaume des aveugles.
01:59Il faut que le rugby aille bien dans son ensemble
02:01et que du coup, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud,
02:05dans l'hémisphère sud et en Europe aussi,
02:07que le rugby continue à progresser.
02:10On voit que les clubs, il y a des clubs de pro D2
02:13qui montent en top 14 cette difficulté de pouvoir rester dans notre championnat.
02:16Vous voulez garder cette montée, cette descente,
02:19mais bon, à l'arrivée, on voit bien que les clubs n'arrivent pas à rester.
02:21On a un vrai enjeu qui est effectivement le développement territorial du rugby.
02:25C'est formidable de voir le rugby qui est arrivé à Vannes,
02:29qui est en top 14 à l'heure actuelle.
02:30On leur souhaite de rester, même si, tu le disais, c'est très difficile.
02:34On le retit avec Nevers, avec Nice et ainsi de suite.
02:37Après, est-ce que ça veut dire qu'il faut changer la formule ?
02:40À chaque fois qu'on essaye de toucher une brique, on voit que ça fragilise l'édifice.
02:43Et c'est pour ça qu'on retombe sur le top 14,
02:45qui est peut-être la pire des formules, mais sans doute à l'exception de toutes les autres.
02:49Si on montait à 16, ça ferait sans doute trop de matchs à une époque
02:53où on parle justement de la santé des joueurs, d'essayer de jouer moins.
02:56Si on avait deux poules de 10, par exemple, là, on se dit qu'il y aurait peut-être moins
03:01d'intérêt
03:02parce qu'il y aurait moins de réceptions à domicile.
03:05Est-ce que ce serait plus facile, si le premier montait directement, de se maintenir ?
03:10Pas forcément. L'histoire montre que c'est difficile, quoi qu'il en soit, quand on change de division.
03:14Est-ce qu'il faut que le rugby aille dans de nouveaux territoires ?
03:18Oui. Orléans, par exemple, Lille arrivera à monter.
03:23Du bas niveau, en Fédéral 2, il y a un schéma qui se monte à Strasbourg.
03:28Toutes ces bonnes initiatives, il faut les accompagner.
03:30Est-ce que vous avez une vision un peu plus lointaine sur d'autres mécanismes ?
03:34Par exemple, utiliser un NBA comme le partage de renforcer des revenus,
03:38les contrats de rookies, les marchés organisés, des prêts ou des drafts.
03:42Est-ce que c'est des choses, des questions qui peuvent amener une compétitivité plus forte pour tous les clubs
03:48?
03:48Est-ce que c'est des questions qui reviennent chez vous ?
03:50Il n'y a aucun tabou, et particulièrement en cette période où on va rentrer en réflexion avec l'ensemble
03:54des parties prenantes,
03:55donc les clubs, bien sûr, mais aussi les syndicats, des joueurs, des entraîneurs, des clubs, la fédération,
04:01pour évoquer notre plan stratégique qui courra à partir de 2027, sans doute jusqu'à 2032.
04:08Est-ce qu'il faudra aller chercher des idées ailleurs ?
04:10On le fait quand elles sont bonnes, typiquement, effectivement.
04:13On a comme en NBA le salarié cap qui est un principe essentiel chez nous,
04:18qui aide à la fois à l'équité de nos championnats et au caractère soutenable de nos modèles économiques,
04:25même s'il y a autant de modèles économiques que de clubs.
04:27Là, on a en l'occurrence récupéré sur le sport américain le rookie day,
04:31en mettant en place ce qu'on a appelé Génération Rugby Pro,
04:33qui est pour accueillir les joueurs qui ont signé leur premier contrat professionnel
04:37et leur expliquer un petit peu ce à quoi ils vont se confronter pendant leur carrière,
04:41accompagnés d'anciens joueurs.
04:42Tu es le bienvenu, Fred, d'ailleurs, si tu veux partager ton expérience une fois de temps en temps.
04:46Est-ce qu'il faut aller plus loin ? On va en parler avec les clubs.
04:49Je ne pense pas qu'on soit équipés à l'heure actuelle pour envisager une draft,
04:52parce qu'on a les centres de formation qui est notre propre modèle de formation.
04:55On n'est pas en ligue fermée, et ça, je ne pense pas que ce soit dans la culture française,
04:59parce qu'on a le poids de l'histoire avec les promotions, relégations.
05:03Mais il n'y a aucun tabou, et on va essayer de parler de tout ça avec les clubs
05:07et avec toutes les parties prenantes du rugby français dans les mois qui viennent.
05:09On va discuter de tout ça sur l'allemand.
05:11On voit bien que la France, elle peut évidemment profiter de sa puissance du top 14,
05:15la pro D2, pour attirer les meilleurs joueurs,
05:18même si les championnats néo-zélandais, australiens, pacifiques ou argentins,
05:22ils s'affaiblissent, les conséquences finiront forcément par toucher notre rugby français.
05:26La réussite du top 14 ne peut donc pas être totalement dissociée de la santé du rugby mondial,
05:31et Yann Neubert a parfaitement répondu à notre question.
05:35Donc la question, ce n'est peut-être pas plus seulement de savoir comment rendre les grands clubs encore plus
05:40puissants,
05:40mais comment créer suffisamment de valeurs pour que chaque club, chaque championnat,
05:45ait encore un intérêt à participer au même écosystème.
05:48Merci beaucoup et à bientôt.