00:00Bonjour Noémie Allioua. Bonjour Jacques, bonjour à tous.
00:02Est-ce que l'État a vraiment repris, et c'est le sens de votre chronique ce matin, de votre
00:07drôle d'époque,
00:08est-ce que l'État a vraiment repris le contrôle depuis le 17 octobre ?
00:12C'est une vraie question, et vous savez qu'on parle vrai ici Jacques, alors disons-le.
00:15Oui, on parle vrai, donc j'apprends des réponses vraies.
00:17Disons les choses, pas vraiment, vous avez vu, d'abord ce week-end,
00:20ce week-end, ces fameuses images de la mairie de Limoges qui a été ravagée par les flammes,
00:24la résidence de la préfète de Gironde, saccagée à Bordeaux, la mairie de Marseille envahie,
00:27et puis ces images aussi de quelques-uns des 1500 commerces pillés ou détruits à travers le pays,
00:32et une violence qui ne retombe pas, puisque dès le lendemain, dimanche,
00:35les pièges ont repris à Paris, à Lyon, à Marseille et jusque près de Nantes,
00:39tout cela malgré les grands discours de la hiérarchie sécuritaire.
00:42Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a reconnu une perte de contrôle dans certaines grandes villes.
00:46Il a même proposé sa démission, que le président a refusé.
00:49Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a promis une réponse judiciaire extrêmement ferme.
00:53Quant au président, entre un concert de Céline Dion et un départ pour le Golfe,
00:56il a dénoncé des factieux et promis de rétablir l'ordre dans le pays.
01:01Parole, parole, parole, comme le chantait Dalida et Alain Delon,
01:04encore des mots, toujours des mots, mais les mots ne suffisent pas à masquer l'évidence.
01:08Sur le terrain, l'État a montré son impuissance.
01:10Il n'est pas parvenu à assurer la sécurité de ses concitoyens.
01:15Et deux jours après les événements, on en est toujours au couvre-feu,
01:18aux interdictions de rassemblement, avec cet acte d'avenir
01:21que beaucoup de commerçants attendent avec la boule au ventre.
01:23Oui, et deux jours plus tard, au-delà des dégâts, c'est l'incompréhension qui domine encore.
01:28Oui, avec ces questions qui demeurent.
01:29Comment les services de renseignement ont-ils pu sous-estimer à ce point
01:33l'ampleur de la mobilisation et la violence qui l'a accompagnée ?
01:36Comment des groupes organisés ont pu ravager des rues entières
01:39malgré le déploiement des forces de l'ordre ?
01:41Et au fond, qui sont les véritables responsables de ces pillages ?
01:44Autant de questions auxquelles il faudra apporter des réponses,
01:47une commission d'enquête parlementaire pourrait bien permettre d'y voir plus clair.
01:50Et c'est notamment la démarche qui a été proposée par la présidente de l'Assemblée nationale,
01:54Yael Brown-Pivet, une initiative utile sans doute, mais qui prendra des mois.
01:58Or, dans l'immédiat, l'ordre public reste fragile et une partie de l'opinion demeure sous le choc.
02:03D'ailleurs, politiquement aussi, cette séquence pourrait bien marquer un tournant.
02:07Oui, à l'approche de la présidentielle, chacun est désormais sommé de hausser le ton,
02:11d'afficher sa fermeté et de montrer qu'il a des réponses.
02:14Et disons-le, le 17 octobre pourrait bien sonner comme un requiem pour le macronisme,
02:19celui qui promettait l'efficacité, la maîtrise, le dépassement des clivages.
02:23Car le plus frappant dans cette séquence, depuis ces événements,
02:26c'est que même les voix les plus modérées durcissent le ton.
02:29Gabriel Attal, le candidat de renaissance à la présidentielle,
02:32a plaidé pour un recours temporaire aux forces armées.
02:35Non pas pour leur confier le maintien de l'ordre,
02:36mais pour leur permettre de sécuriser certains bâtiments publics
02:39et de libérer les forces de l'ordre pour intervenir sur le terrain.
02:42Même son cloche, quoique dans un registre différent chez Ariel Veil,
02:45le maire socialiste de Paris-Sante, qui n'est pourtant pas réputé pour être une tête brûlée,
02:49peu à peu, cette petite musique qui réclame l'armée se fait entendre,
02:52de même que l'activation de l'article 16 de la Constitution,
02:55comme le maire LR d'Orléans, sur votre antenne il y a quelques heures.
02:59Et quand les responsables politiques de sensibilité aussi différentes
03:02en viennent à envisager des mesures aussi exceptionnelles,
03:05c'est que l'impuissance de l'État est criante pour tout le monde.
03:08Et c'est peut-être là aussi le véritable enjeu de l'après 17 octobre.