Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 minutes
Michel Fayad analyse l'annonce de l'ouverture d'une commission d'enquête après les violences du 17 octobre. «Il va y avoir deux enquêtes : celle des députés et celle des sénateurs. On espère qu'il n'y aura pas deux vérités qui en sortiront», affirme l'analyste politique et géopolitique.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Oui, tout d'abord, je voudrais dire qu'il y a trois chiffres importants à se rappeler.
00:06C'est que le vendredi 16 octobre, le renseignement avait parlé territorial,
00:11ce qui a succédé au renseignement généraux,
00:13parlait de 60 000 à 110 000 manifestants de prévus.
00:18Et finalement, le ministre, lui, avait pensé qu'il en aurait 200 000,
00:23et en réalité, il y en a eu 550 000.
00:26Donc, grosso modo, si vous voulez, le thermomètre disait 37.
00:28Le ministre a dit 38, puis il y a eu 41.
00:32Et il y a également eu une note qui a été faite par les renseignements avec un avertissement.
00:37La note disait donc qu'il y avait un très fort risque d'action offensive, de dégradation et de pillage.
00:43Donc, tout le monde s'est trompé sur le nombre, les services comme le ministre,
00:48mais en revanche, les services ne se sont pas trompés sur la nature et ce qui pourrait y arriver.
00:53C'est ça.
00:54Et le lendemain, les violences ont éclaté.
00:56Des mairies ont été attaquées, comme à Marseille, à Lille, à Grenoble, à Calais.
01:00Et puis, à Bordeaux, il y a même eu la cour de la résidence de la préfète qui a été
01:04envahie.
01:05À Limoges, on le sait, l'hôtel de ville qui a été brûlé.
01:08Et il y a même eu un problème avec les policiers, puisque les policiers eux-mêmes n'avaient plus suffisamment
01:14d'armes et de munitions.
01:16Et donc, ils se sont retrouvés parfois à renvoyer les pavés qu'ils recevaient.
01:23Donc, faute de cartouches et de gaz.
01:25Ensuite, on parle d'un millier de policiers et de gendarmes blessés, dont sept grièvement.
01:31La question qui se pose, c'est comment un pays doté de services de renseignement parmi les plus expérimentés d
01:36'Europe,
01:37avec 60 000 policiers et gendarmes dans la rue et tous les pouvoirs de l'État,
01:41peut-il perdre pendant quelques heures le contrôle de ses propres centres-villes ?
01:47Ensuite, tout ça n'est pas qu'une question de nombre, puisque vous savez qu'au pire des gilets jaunes,
01:52on avait mis 80 000 policiers et gendarmes dans la rue.
01:55Donc, la question du nombre ne répond pas à tout.
01:59Il y a une autre chose qui est le maillon.
02:01Le maillon, en réalité, entre la note, donc la note des renseignements, et la rue.
02:06Parce qu'entre la note et la rue se trouve la décision.
02:10Donc, les services signalent, le ministre et les préfets, eux, choisissent.
02:14Combien d'hommes ? Où ? Quelle munition ? Pour protéger ? Quoi en priorité ?
02:18Et dans ce passage, donc, de l'information à l'action, c'est là où il faut chercher les réponses.
02:22C'est là que la commission d'enquête, justement, va pouvoir apporter quelque chose de nouveau.
02:28Et donc, il ne faut pas se demander ce qui s'est passé.
02:31Il faudrait d'abord se demander qui a lu la note le vendredi et qui ne l'a pas fait.
02:36Et celui qui l'a lu, ce qu'il en a fait.
02:39Parce que ne pas voir le danger, c'est une faute.
02:43Donc, le voir et ne pas y préparer, c'est une faillite.
02:46C'est une faillite.
02:46Qui sont ces groupuscules, Michel Fayad et les réseaux sociaux, les ingérences étrangères ?
02:52Est-ce qu'on y croit ? Ils vont enquêter là-dessus ? Est-ce qu'on y croit vraiment
02:55?
02:56Regardez, pour un commissaire, c'est un cauchemar.
02:58Il a 100 policiers.
02:59Et on lui demande de protéger à la fois une mairie, une gare, des commerces et un cortège.
03:04Donc, il y a trois groupes qui partent en même temps, par exemple, à divers endroits.
03:08Donc, par rapport à son choix, c'est trois directions différentes.
03:11Et l'endroit qu'il n'a pas couvert devient la cible.
03:15Donc, en réalité, la tactique des émeutiers, c'est de fatiguer la police sur la plus grande partie du territoire
03:21pour, justement, que la police soit un peu partout, mais qu'elle oublie un endroit
03:25dans lequel ils peuvent s'engouffrer et attaquer.
03:28Donc, l'idée, ce n'est pas forcément d'affronter la police, mais c'est de l'étirer jusqu'à
03:33ce qu'elle cède.
03:35Et dans de nombreuses villes, on a vu, évidemment, les Black Blocs, qui sont ces casseurs vêtus de noir et
03:40cagoulés,
03:40parfois même pas venus de France, mais venus d'autres pays européens,
03:44qui ont pris position avant même les rassemblements.
03:47Et leurs cibles, elles, n'étaient pas les vitrines.
03:50Au hasard, c'était celles des mairies, des maisons de la République.
03:53À Limoges, les assaillants sont rentrés apparemment par les caves.
03:57Enfin, il y a une enquête en cours, mais c'est ce qui est dit pour le moment.
04:00Ce matin, le RAID a interpellé un homme de 34 ans, soupçonné d'avoir participé à l'incendie.
04:05Il était fiché S pour son appartenance à l'ultra-gauche.
04:08Et la police antiterroriste s'est saisie de l'affaire.
04:11Donc, il est présumé innocent, mais la piste ne sort plus d'un communiqué de Matignon.
04:16Elle sort d'une enquête.
04:18Et il faut être précis, parce que la présidence est une force,
04:22il y a eu 550 000 manifestants, mais 550 000 manifestants ne signifie pas 550 000 émeutiers.
04:28Il y avait trois types de population.
04:30Les Français en colère en raison du prix de l'énergie.
04:33Il y avait également les militants organisés venus pour casser.
04:37Et les pilleurs venus pour piller, évidemment, et se servir.
04:40Et à Bordeaux, sur les 40 personnes qui ont été interpellées,
04:45en fait, 40% des personnes interpellées étaient des mineurs.
04:48Et ceux-là ne sont pas venus renverser l'État.
04:50Ils sont venus voler notamment des baskets, des téléphones portables, etc.
04:56Et en plus, ils se filment.
04:57Et le contenu, en fait, sur les réseaux sociaux est devenu ce qu'ils ont pu voler.
05:03Ça devient leur contenu.
05:04Et les réseaux sociaux, justement, tout a démarré, il faut quand même se rappeler,
05:08par un jeune inconnu sur TikTok qui avait protesté contre le prix d'essence
05:12en disant qu'il fallait faire une journée de mobilisation,
05:15une journée à laquelle il a renoncé.
05:17Mais quand même, son appel avait été écouté puisqu'il avait eu plus de 500 000 likes.
05:23Et surtout, énormément de personnes ont repris son idée
05:27en utilisant l'intelligence artificielle, en envoyant divers postes un peu partout.
05:33Et donc, il y a énormément de comptes anonymes qui utilisent cette intelligence artificielle.
05:38Et tout, donc, n'est pas de casseur.
05:41Beaucoup cherchent simplement des abonnés pour augmenter leur nombre d'abonnés,
05:45augmenter leur nombre de likes et pour se faire voir sur les réseaux.
05:49Et donc, ils soufflent sur les braises parce que la colère, ça rapporte.
05:54Ça rapporte en termes de likes, en termes d'argent sur les réseaux.
05:58Et donc, le désordre est devenu une sorte de modèle économique.
06:01Et maintenant, sur les ingérences étrangères, c'est le grand joker.
06:06Et vous savez qu'avant le 17, il y a Viginium, qui est le service de l'État
06:10qui traque les manipulations étrangères, qui avait dit qu'il n'y avait pas d'opérations étrangères significatives.
06:18Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y avait pas d'ingérence.
06:21C'est juste qu'il n'y en avait pas de manière significative d'après cette agence.
06:25Et donc, la commission devra vérifier.
06:27Et donc, on va voir.
06:29On va voir. Alors, moralité.
06:31Selon vous, cette commission d'enquête, c'est pour la vérité ou bien une opération politique ?
06:36Et puis, on se dit quand même, il reste peu de temps avant la présidentielle.
06:38C'est assez surprenant, tout ça.
06:39C'est ça. Il y a trois écueils, en tout cas.
06:41Le premier, c'est qu'on a déjà vu un petit peu le film,
06:43puisqu'en novembre 2023, si vous vous souvenez, après Sainte-Solines et les retraites,
06:47il y avait déjà eu une commission d'enquête.
06:49Et le rapport de l'Assemblée disait qu'il avait tout fait sur les groupuscules violents de l'époque.
06:55On avait déterminé leur organisation, leur financement, leur méthode.
06:59Beaucoup de choses y étaient déjà.
07:01Mais trois ans plus tard, une mairie a brûlé.
07:03Et la vraie question, ce n'est pas de savoir que faut-il savoir,
07:07mais qu'est-ce qu'on savait et qu'on n'a pas fait.
07:11Et là, cette fois-ci, il va y avoir deux enquêtes,
07:13celle des députés et celle des sénateurs.
07:15Et on espère qu'il n'y aura pas deux vérités qui en sortiront.
07:18Ensuite, la deuxième, c'est la frontière avec le juge.
07:21C'est-à-dire que la commission ne peut pas juger
07:24et elle ne peut pas non plus enquêter sur les enquêtes déjà ouvertes par la justice.
07:29Donc, ce qui sera important de faire au niveau de la commission,
07:32c'est de déterminer la doctrine, la chaîne de commandement, etc.
07:36Et le troisième point, c'est celui que vous évoquez, c'est le ring électoral,
07:40puisque Manuel Bompard a saisi, lui, la Cour de justice de la République
07:45contre Laurent Nunez.
07:47Et à l'instar de Mediapart, il accuse les renseignements
07:51d'avoir incriminé son parti à la demande du ministre.
07:54Le ministère, bien sûr, de l'Intérieur dément cela.
07:58Et juste pour conclure,
08:00une commission d'enquête peut être un scalpel ou un oreiller.
08:03Le scalpel ouvre la paix pour la soigner.
08:05L'oreiller étouffe le problème en douceur.
08:08Les Français ont vu leur mairie brûler.
08:10Ils n'ont pas besoin qu'on les berce.
08:11Ils ont besoin qu'on les protège.
08:12Sous-titrage Société Radio-Canada
08:14Sous-titrage Société Radio-Canada
08:16Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations