- il y a 2 heures
Programme diffusé le 15/10/ 2026 sur la plateforme du Projet Europe, Éducation, École :
https://projet-eee.eu/diffusion-en-direct-564/
Dossier pédagogique : https://projet-eee.eu/wp-content/uploads/2026/09/eee.26-27_Faire_de_la_philosophie_Pigeard_de_Gurbert_G.pdf
Agora européenne et francophone des lycéens 2026-2027
Cours en vidéo classés par thèmes :
https://projet-eee.eu/cours-classes-par-themes/
E.E.E. sur Dailymotion : http://thao.funnymoment.net/projeteee
Podcast du Projet EEE :
https://soundcloud.com/podcastprojeteee
https://www.deezer.com/fr/show/634442
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Catégorie
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ÉducationTranscription
00:13Bonjour à tous, soyez les bienvenus sur la plateforme du projet Europe Éducation École
00:21pour une matinée philosophique consacrée à une question ou un thème largement connu de tous.
00:30Le père de la philosophie. Nous avons le plaisir d'accueillir ce matin sur notre plateforme notre collègue Guillaume Pijard
00:40de Burbert,
00:40qui est professeur en classe préparatoire au lycée Montaigne à Bordeaux.
00:45Et bien entendu, nous sommes très très heureux de passer cette matinée philosophique en sa compagnie en présence du lycée
00:56Liberté de Bamako.
00:58Monsieur le proviseur Jean-Pierre Redjekra. Et là, je serai content de lui donner la parole très rapidement,
01:06mais je n'oublie pas nos collègues philosophes André Pagny et Hervé Magir et Bey, qui sont là avec leurs
01:13élèves.
01:13Et c'est un accueil très chaleureux que nous aimerions réserver à ces deux classes et aux élèves qui, à
01:21Bamako,
01:21font de la philosophie comme on en fait à Bordeaux et ailleurs.
01:26Monsieur le proviseur, auriez-vous un instant à nous consacrer ?
01:30Bien entendu. Bonjour à tous. Bonjour chers élèves. Bonjour professeurs.
01:36Nous commençons à nous habituer à vos interventions qui couvrent des grids de lecture pour nos élèves.
01:43Et par rapport au thème qui est celui du jour, il s'inscrit dans un contexte,
01:48puisque vous savez que nous avons un peu plus de 140 élèves de parler de Bacarouère.
01:54Ils ont commencé quelques semaines de philosophie déjà.
01:57Et par ailleurs, nous sommes dans un environnement et dans une actualité mondiale
02:03qui a été rejuré les valeurs sur le vivre ensemble,
02:07en pays, dans l'intérieur des passions intérieures et pratique,
02:11mais aussi dans le vécu de l'individu.
02:14Et surtout, nous sommes un établissement de l'entrément français,
02:16donc nous avons à cœur de faire en sorte que tous les jours qui sont avec moi,
02:21sont séclés de l'économie, puis savoir le baccalaurier à la fin de l'année,
02:25en termes d'études supérieures diverses et variées,
02:28en ayant ce qu'on appelle chez nous l'esprit critique.
02:31Et la philosophie contribue de façon très importante à cette démarche d'esprit critique
02:37qui est dans l'ADN même de l'entrément français.
02:40Et donc, nous sommes ravis de vous confirmer que nous allons participer aux opinions,
02:45je l'espère, à la hauteur des enjeux,
02:47et que par ailleurs, pour les prochains rendez-vous,
02:50les élèves de liberté resteront actifs et engagés dans ces échanges
02:56qui nous permettent de nous désenclaver un peu,
02:57parce que nous passons des moments difficiles dans la vie,
02:59l'établissement passe des moments extrêmement difficiles,
03:02et nos jeunes vont participer à cette conférence,
03:05tout le monde.
03:06Voilà, je ne vais pas être plus long,
03:08mais nous sommes ravis, en tout cas, d'être avec vous ce matin.
03:11Et je souhaite à tous et à toutes, et aux établissements aussi partenaires,
03:16une bonne conférence.
03:17Merci.
03:19Merci à vous, monsieur le proviseur.
03:23C'est à Guillaume de nous expliquer ce que faire de la philosophie veut dire.
03:30Cher Guillaume, c'est un plaisir de t'écouter.
03:32On s'abandonne tous à l'écoute de ton propos,
03:37mais ensuite à l'écoute des questions que les uns et les autres voudront te poser.
03:42Merci d'être avec vous ce matin.
03:44La parole est à toi.
03:46Merci.
03:47Bonjour à tous, monsieur le proviseur, mes chers collègues et chers élèves.
03:51Vous m'entendez bien ?
03:53Parfaitement.
03:55Bon.
03:56D'abord, je suis très heureux, en fait, de ce moment d'échange avec vous.
04:00Ça, c'est la magie de la technique qui fait que, malgré la distance spatiale,
04:06on a l'impression d'être ensemble.
04:08Et ça, je trouve ça vraiment très intéressant.
04:12Donc, on va faire en deux fois, deux séances, en fait.
04:17Moi, je vais parler pendant 15, 20 minutes à peu près,
04:20pour réserver ensuite un temps de 15 minutes aussi à peu près
04:24pour un échange avec les élèves, avec les professeurs, avec le proviseur,
04:28enfin, toute personne qui veut participer.
04:30Et ensuite, on refait une autre partie qui a le même découpage.
04:34Je redirai autre chose pendant 15, 20 minutes.
04:37Et puis, on se garde aussi à nouveau un deuxième temps d'échange et de questions.
04:44Donc, je commence.
04:45Alors, ce que je voudrais essayer d'expliquer concrètement,
04:49c'est puisque vous êtes en terminale, vous passez le bac,
04:52on va bien vous demander de faire de la philosophie.
04:54En fait, le jour du bac, c'est ça que vous allez devoir faire.
04:57Si vous voulez, on peut prendre une comparaison.
04:59C'est comme si vous étiez en cours de pâtisserie.
05:02Vous apprenez la pâtisserie.
05:04Et puis, au mois de juin, il y a un examen et on va vous demander de faire un gâteau.
05:08On va vous demander de faire tel gâteau ou tel gâteau ou tel gâteau.
05:11Et là, c'est exactement la même chose.
05:13Donc, vous voyez, quand vous avez votre cours de pâtisserie,
05:16à la fin, vous n'êtes pas en train d'expliquer qu'un grand pâtissier, il a fait ceci,
05:20un autre grand pâtissier, il a fait cela, etc.
05:22Ce qu'on veut voir, c'est est-ce que tu sais faire un gâteau ?
05:26Et donc, c'est ça l'enseignement de la philosophie en terminale.
05:29Vous devez, alors bien sûr que vous allez avoir des outils et ces outils,
05:33ça va être de lire les textes des philosophes, de Platon, de Descartes, d'autres.
05:37Mais le but à la fin, c'est que vous sachiez vous-même, par vous-même faire de la philosophie.
05:42Et pour ça, vous avez neuf mois.
05:43Donc, c'est court.
05:44Ça veut donc dire que ce qu'on vous demande est simple et élémentaire.
05:48Donc, c'est ambitieux, mais c'est simple et élémentaire,
05:51puisqu'évidemment, on sait très bien qu'en neuf mois, c'est court.
05:53Mais c'est ça qui est beau, c'est qu'en neuf mois, on peut apprendre à faire de la
05:57pâtisserie,
05:57on peut apprendre à faire de la philosophie.
06:00Et pour ça, donc, il y a des règles, en fait.
06:02Il y a des règles exactement comme pour la pâtisserie.
06:05Il y a des règles pour préchauffer son four, mélanger sa farine.
06:08Enfin, je n'en sais rien.
06:08Moi, je ne suis pas prof de pâtisserie, Dieu merci, pour vous et pour les gâteaux.
06:13Mais il y a des règles.
06:14Eh bien, en philosophie, il y a des règles aussi.
06:16Voilà.
06:16Et c'est ça que je voudrais vous apprendre pour rendre la philosophie, finalement,
06:20beaucoup plus simple, pratique et se dire, oui, je peux en faire, finalement.
06:24Alors, mon gâteau, à la fin de l'année, ce ne sera pas peut-être un chef-d'œuvre,
06:28mais c'est un gâteau et il se mange.
06:30C'est tout ce qu'on demande.
06:31Donc, arrivons à la fin de l'année, chacun à faire un gâteau qui se mange.
06:35Voilà.
06:36Et pour ça, il y a quelques règles.
06:37Alors, la première de toutes les règles, et ça, c'est fondamental, c'est que la question
06:44que je dois me poser, c'est celle de l'orientation que je vais donner à ma pensée.
06:48Et ça, c'est aussi bien vrai quand j'écris une dissertation que quand je lis un texte,
06:52puisque vous savez qu'au baccalauréat, vous avez soit une dissertation à écrire,
06:56soit un texte de philosophie à expliquer.
06:58Mais un texte philosophique, il a une orientation, de même que les parties de votre dissertation
07:03ont une orientation.
07:05Donc, la question, c'est qu'est-ce que c'est qu'orienter sa pensée philosophiquement ?
07:09Alors, les choses, déjà, quand on pose cette question, vont se simplifier grandement,
07:13puisqu'en réalité, il y a deux façons d'orienter sa pensée.
07:16Donc, vous avez 1 000 philosophes, 500 000 livres, 17 notions au programme de terminale,
07:22mais deux orientations possibles.
07:25Donc, la première orientation, c'est quoi ?
07:28C'est qu'on part d'une situation étrange, obscure.
07:35Je prends, par exemple, une notion du programme, vous avez l'inconscient.
07:38L'inconscient, c'est ce dont on n'a pas conscience.
07:42Donc, par définition, ce n'est pas accessible à notre pensée, c'est obscur.
07:47Eh bien, la première orientation qu'on peut donner sur cette notion d'inconscient,
07:52orientation philosophique, c'est de se dire,
07:54est-ce qu'on doit abandonner l'inconscient à son obscurité,
07:58dire, ben voilà, l'inconscient est inconscient, donc on ne peut rien en dire,
08:02il est dans le dos de notre conscience,
08:04et finalement, il n'y a pas de philosophie de l'inconscient,
08:08puisque c'est une chose obscure qui nous échappe,
08:11ou est-ce qu'au contraire, la démarche philosophique,
08:14ce n'est pas de changer l'orientation,
08:17c'est-à-dire de partir de cette situation initiale
08:19où l'inconscient a l'air obscur,
08:21pour travailler à le rendre clair,
08:23pour se dire, est-ce qu'on ne peut pas faire de cet inconscient
08:26un objet philosophique qui s'étudie,
08:29qui s'analyse, et peut-être même dont on peut faire la science.
08:32Et ça, par exemple, c'est exactement le travail que fait Freud.
08:35Le travail de la psychanalyse de Freud,
08:37c'est-à-dire la psychanalyse, c'est l'étude de l'inconscient,
08:40comment faire de l'inconscient un objet de science,
08:43c'est exactement ce que va faire Freud.
08:44Et comment il y arrive ?
08:46Il prend le rêve.
08:48Or, le rêve, c'est à la fois le chef-d'œuvre de l'inconscient,
08:52mais c'est, si on le prend au départ,
08:54le comble de l'obscur.
08:55Si vous regardez un rêve, ça mélange les époques.
08:58Tout d'un coup, je suis avec ma grand-mère alors qu'elle est déjà morte.
09:01On est à la préhistoire.
09:04Ça mélange les lieux.
09:05Tout d'un coup, la tour Eiffel est au sommet de l'Himalaya.
09:10Bon, ça n'a ni queue ni tête.
09:11Donc, quand on regarde un rêve comme il se présente,
09:14on est vraiment dans un bloc d'absurdité incompréhensible.
09:18Et tout le travail de Freud, c'est de dire
09:20on ne doit pas rester les bras croisés devant cette apparence du rêve.
09:24Il appelle ça d'ailleurs le contenu manifeste du rêve.
09:27Le contenu manifeste du rêve, c'est le contenu évident, apparent.
09:34C'est comment il se manifeste au premier abord, si vous voulez.
09:38C'est son apparence superficielle, en fait.
09:40C'est ce qu'on voit en surface.
09:42Et la philosophie, elle ne reste pas à la surface.
09:44Elle cherche ce que la surface cache en profondeur.
09:48D'ailleurs, je fais d'une pierre deux coups.
09:51Pour travailler en philosophie, il faut ces outils.
09:54Et dans les outils, il y a des textes.
09:55On vous demandera au jour du bac d'avoir appris des choses.
09:58Mais des choses, pas pour réciter comme un perroquet,
10:01mais comme des outils que vous savez utiliser.
10:04Donc là, par exemple, je me sers d'un livre de Freud
10:08qui s'appelle Ma vie et la psychanalyse.
10:09Vous pouvez le noter, Freud, F-R-E-U-D, Ma vie et la psychanalyse.
10:14Et c'est le chapitre 4.
10:16C'est dans le chapitre 4 de Ma vie et la psychanalyse
10:19qu'il fait cette analyse.
10:21Et donc, qu'est-ce qu'il va dire ?
10:22Il va dire, le contenu manifeste du rêve a l'air absurde.
10:25Ça a l'air d'être un tissu d'incohérence.
10:27Mais par un travail d'analyse,
10:29on peut découvrir que sous l'incohérence,
10:31en réalité, le rêve tient un discours tout à fait sensé
10:35que l'on peut déchiffrer.
10:39Et ça, c'est ce que Freud appelle le contenu,
10:42non pas manifeste du rêve,
10:44mais le contenu latent,
10:46c'est-à-dire enveloppé, caché.
10:48Et c'est ça, le travail philosophique.
10:50Donc, l'orientation philosophique là consiste
10:53à aller de l'apparence manifeste d'absurdité,
10:57d'obscurité du rêve,
10:58vers sa vérité profonde,
11:00donc vers son contenu latent et caché,
11:02qui, lui, nous montre que le rêve peut être clarifié,
11:06en fait, que l'impression que le rêve est obscur
11:09est une impression trompeuse
11:10qui cache en réalité un langage qui se déchiffre.
11:13Et c'est quoi, en fait,
11:15le langage que tiennent nos rêves pour Freud ?
11:18C'est qu'en fait, dans mon rêve,
11:21ce qui s'exprime, c'est un désir que j'ai,
11:24mais ce désir, je ne peux pas me l'avouer dans ma conscience
11:27parce que ma culture, mon éducation le censure.
11:32Donc, ce désir va s'exprimer dans mon rêve
11:35de façon inconsciente,
11:36mais il va être déguisé.
11:39Donc, je vais rêver, par exemple, de chocolat
11:42et en fait, c'est un autre désir que j'ai.
11:44Pourquoi il va être déguisé ?
11:45À cause de tous les interdits de la vie consciente,
11:50mais qui se retrouvent dans la vie inconsciente.
11:52Et donc, le rêve, en fait, est une ruse
11:54qui contourne les interdits
11:55et qui arrive, en fait, à exprimer un désir profond,
11:59mais de façon déguisée.
12:02Donc, toute l'idée, c'est de dire
12:03que le rêve, en fait, propose un texte
12:05tout à fait lisible, tout à fait cohérent,
12:07dont la signification peut être clarifiée
12:09et orienter sa pensée philosophiquement,
12:12si on prend l'exemple de l'inconscient
12:14et du rêve qui en est le comble,
12:17c'est de partir d'une situation de départ
12:20où le rêve a l'air obscur
12:21et d'opposer son obscurité
12:23pour travailler à le rendre clair
12:25et à dégager sa signification
12:28qui parle à notre pensée,
12:30qu'on peut comprendre.
12:31Et finalement, le rêve n'a plus rien d'étrange
12:33puisqu'en réalité, c'est un discours que l'on tient.
12:36D'ailleurs, j'ajoute une chose à ce propos.
12:37Freud dit une chose très intéressante.
12:39Il dit qu'en réalité, dans le rêve,
12:44nous avons un inconscient commun.
12:47Donc, le langage,
12:49alors, on ne dit pas tous la même chose,
12:50mais on parle tous la même langue, en fait.
12:52La langue de l'inconscient est, pour Freud,
12:54une langue universelle.
12:56Et en fait, c'est dans la vie éveillée,
12:57dans la vie consciente,
12:58que chacun, nous sommes différents.
12:59Donc, moi, j'ai mes idées philosophiques
13:01ou religieuses ou politiques
13:03et toi, tu as l'Étienne.
13:06Donc, la conscience fait que les individus se distinguent,
13:08mais quand nous tombons dans le rêve,
13:10là, nous tombons dans un langage universel et commun.
13:13Vous voyez ?
13:14Et là, il inverse d'ailleurs une phrase d'Héraclite,
13:16Héraclite, le philosophe grec du VIe siècle avant Jésus-Christ,
13:20qui dit le contraire,
13:21qui dit que dans la vie éveillée,
13:24nous avons une pensée de citoyen
13:26qui est commune, en fait,
13:27et c'est dans le rêve que nous retrouvons
13:29notre personnalité, notre singularité.
13:31Donc, Freud, il inverse ça.
13:33Donc, voilà.
13:33Donc, ça, c'est la première orientation possible.
13:36Je pars de quelque chose qui a l'air obscur
13:38et je travaille à le rendre clair.
13:41C'est ça, le travail philosophique.
13:43Rendre intelligible ce qui semblait inintelligible.
13:47Rendre analysable ce qui semblait inanalysable.
13:50Première direction de la philosophie.
13:51Et ça, vous pouvez le faire pour toutes les 17 notions du programme.
13:56Et donc, la question maintenant, c'est quelle est la deuxième orientation ?
14:00Parce que je vous ai dit, il y a deux orientations philosophiques.
14:03C'est ça qui est commode, c'est que devant un texte
14:05ou devant une partie de dissertation, vous devez vous dire
14:08quelle orientation prend ce texte
14:10ou quelle orientation je donne à ma partie.
14:12Et pour ça, vous avez le choix entre deux orientations,
14:14pas entre mille.
14:15Il y a beau y avoir cent philosophes ou mille philosophes,
14:18il y a deux orientations.
14:19Alors, à chaque fois, elles prennent une expression particulière,
14:21mais n'empêche, ça se ramène à deux orientations.
14:24Donc, l'autre orientation, c'est l'orientation qui va dans l'autre sens.
14:28C'est-à-dire, on part de quelque chose de clair.
14:30Quelque chose qui est tout à fait familier, qui est clair,
14:33qui ne pose pas de problème.
14:34Et là, au contraire, le travail philosophique,
14:38c'est de se dire, est-ce que cette clarté de cette chose-là,
14:42je vais prendre un exemple, n'est pas un peu suspecte ?
14:44Est-ce que ce n'est pas un peu trop beau pour être,
14:46trop clair pour être vrai ?
14:48Trop facile ?
14:49Et est-ce qu'il ne faut pas avoir le courage
14:51d'aller chercher sous cette clarté de départ
14:54quelque chose de beaucoup plus obscur,
14:56qui nous échappe, etc.
14:57Je prends un exemple du programme de Terminal,
15:00mais je prendrai après le rêve.
15:02On prend par exemple le bonheur.
15:03Bonheur, c'est un concept, on a le bonheur,
15:05le concept de bonheur,
15:07il y a des philosophies du bonheur,
15:08il y a des théories du bonheur,
15:09il y a tout ce que vous voulez.
15:10On pourrait partir justement de cette surface
15:13où le bonheur, c'est très clair,
15:15puisque c'est un concept,
15:16il y a des théories du bonheur,
15:17on peut expliquer le bonheur,
15:18on peut le définir,
15:19et se dire, mais est-ce que le bonheur,
15:21c'est quelque chose de si clair que ça ?
15:24Et est-ce que la philosophie,
15:26ce n'est pas de chercher sous ces théories
15:28ou ce prétendu concept du bonheur,
15:30la réalité profonde du bonheur
15:32qui échappe aux théories,
15:34qui échappe à la philosophie,
15:35qui échappe au concept ?
15:37Par exemple, on peut prendre un exemple,
15:39pourquoi le bonheur est peut-être obscur
15:41et échappe à la volonté de le définir
15:44ou de le conceptualiser ?
15:45Parce que, pour deux raisons fondamentales,
15:49le bonheur,
15:50le concept de bonheur,
15:52il est commun,
15:53on dit le bonheur,
15:54mais il y a autant de bonheur
15:56que d'individus.
15:58Le bonheur de moi,
16:00qui est mon âge,
16:01qui suis prof de philo,
16:02ce n'est pas le même
16:02que celui d'un élève de 17 ans,
16:05ce n'est pas le même
16:06que selon le pays où je suis,
16:10donc il y a une multiplicité,
16:12est-ce qu'il n'y a pas autant de bonheur
16:13que d'individus ?
16:14À partir de là,
16:15le concept de bonheur,
16:16il vole en éclats,
16:17parce que c'est un mot
16:18qui dit le bonheur,
16:19mais dessous la réalité,
16:20c'est qu'il y a une multiplicité
16:22de choses qui ne se laissent pas
16:23enfermer dans une unité conceptuelle.
16:25L'autre chose qui fait
16:26l'obscurité du bonheur,
16:29c'est que justement,
16:30il est changeant selon le temps.
16:32Par exemple,
16:33à 20 ans,
16:34le bonheur,
16:35c'est de me baigner
16:36dans la mer,
16:38de m'amuser et tout,
16:39mais quand j'ai 80 ans,
16:40le bonheur,
16:40c'est quoi ?
16:42Une tisane,
16:43de boire ma petite tisane
16:44sous ma couverture
16:45ou à l'abri.
16:47Donc,
16:47le bonheur lui-même
16:49ne se laisse pas enfermer
16:50dans une naissance,
16:51on dirait l'essence du bonheur
16:52comme si,
16:53alors l'essence du bonheur,
16:54c'est clair,
16:54on dit le bonheur,
16:55c'est ceci,
16:56on fixe une définition
16:57et ça ne bouge plus.
16:58Mais justement,
16:59est-ce que cette clarté
17:00n'est pas suspecte
17:01et est-ce qu'il ne faut pas
17:02avoir le courage
17:02d'aller chercher
17:03la réalité du bonheur
17:06dans le fait
17:07que justement,
17:08il ne se laisse pas
17:09enfermer dans des définitions,
17:11il ne se laisse pas
17:12conceptualiser,
17:13mais c'est peut-être là
17:14qu'on touche
17:14la vérité du bonheur.
17:15Peut-être que la vérité
17:16du bonheur,
17:17c'est son obscurité.
17:18Et je prends un exemple,
17:20prenons l'amour.
17:20Quand on est amoureux,
17:22c'est peut-être
17:22le comble du bonheur,
17:23l'amour,
17:24mais l'amour,
17:25on ne peut pas le définir.
17:26Je ne sais pas
17:27ce qui m'arrive
17:27quand je suis amoureux.
17:29Je ne me reconnais pas,
17:30ça ne veut plus rien dire.
17:31J'étais timide,
17:33voilà que je me mets
17:33à parler.
17:35J'étais radin,
17:36par exemple,
17:37je me mets à dépenser
17:38mes sous sans compter.
17:40Donc,
17:41vous voyez ?
17:43Et là,
17:44l'orientation philosophique,
17:45c'est l'inverse.
17:46c'est qu'au lieu
17:47de chercher
17:48à rendre clair
17:49quelque chose
17:50qui avait paru
17:51d'abord obscur,
17:52on va dans l'autre sens.
17:53C'est pour ça
17:53que je parle d'orientation.
17:55L'orientation de la pensée
17:57là est inverse,
17:59c'est-à-dire qu'on part
17:59de quelque chose
18:00qui était clair,
18:01un peu trop clair,
18:01et on va vers l'obscurité.
18:04Alors,
18:05pour finir sur cette orientation
18:06vers l'obscur,
18:07je reviens sur l'exemple
18:08de l'inconscient.
18:11On a vu comment
18:12l'inconscient était au départ clair
18:14et obscur
18:16et le travail
18:18de la psychanalyse,
18:19c'est d'en faire
18:19un objet de science,
18:20de voir qu'il y a
18:21un langage universel commun
18:22qu'on peut le déchiffrer.
18:23Mais on peut partir
18:24dans l'autre sens.
18:25Par exemple,
18:26on peut dire
18:26mais cet inconscient là,
18:28ce concept d'inconscient,
18:30cet inconscient devenu
18:31un objet de science,
18:32qu'est-ce qui reste
18:33d'inconscient dedans ?
18:35Est-ce que la vérité
18:36de l'inconscient,
18:37on ne l'a pas raté
18:38en voulant en faire
18:40un objet de science
18:41qui s'analyse
18:41et qui se déchiffre
18:42et tout simplement
18:43en en ayant fait
18:44un objet de la conscience ?
18:46C'est ma conscience
18:47qui analyse
18:48le rêve inconscient,
18:49c'est ma conscience
18:50qui déchiffre le rêve.
18:52Mais ce rêve inconscient
18:54devenu un objet
18:55d'une conscience
18:57qu'il étudie,
18:58c'est une caricature
18:59de l'inconscient,
19:00c'est une parodie,
19:01il n'y a plus rien
19:01d'inconscient là-dedans.
19:03Donc,
19:03est-ce qu'il ne faudrait
19:04pas orienter sa pensée
19:05vers l'obscurité
19:07de l'inconscient
19:08et dire
19:09que l'inconscient
19:10échappe à la conscience ?
19:11Il est condamné
19:13à rester dans le silence
19:15et dans l'inconnaissable.
19:17Il est inconnaissable
19:18parce que dès qu'on commence
19:19à en parler
19:20et à le connaître,
19:22il a perdu
19:23ce qui fait sa nature,
19:24c'est qu'il n'est plus inconscient,
19:26il devient conscient,
19:26on en fait un objet
19:27de la conscience.
19:28Mais l'inconscient
19:29devenu un objet
19:30de l'inconscience,
19:31ce n'est plus l'inconscient.
19:32Donc, l'inconscient,
19:33en fait,
19:34on ne peut s'en approcher
19:36qu'en le laissant
19:37dans sa nature
19:38d'inconnaissable,
19:39donc dans son obscurité.
19:41Et peut-être
19:42que finalement,
19:43on trouvera mieux,
19:44on sera plus près
19:45de la vérité
19:45de l'inconscient
19:47plutôt que dans
19:48les analyses de Freud
19:49qui veulent les déchiffrer,
19:51les décoder,
19:51dans des romans,
19:52par exemple,
19:53dans de la littérature
19:54qui décrit des rêves
19:55et qui laissent le rêve
19:56à sa bizarrerie,
19:58qui laissent le rêve
20:00partir dans sa bizarrerie.
20:01On peut penser
20:02au surréalisme
20:03qui font des poètes,
20:04des poèmes comme ça,
20:05d'écriture automatique
20:06qui semblent sortir
20:08directement de l'inconscient
20:09qu'on ne comprend pas,
20:10mais peut-être
20:11que justement,
20:12cette bizarrerie
20:13du rêve
20:14ou des poèmes
20:15qu'on peut écrire
20:15comme ça
20:16de façon automatique,
20:17c'est ça qui nous donne
20:18la vérité de l'inconscient.
20:20Bref,
20:21vous voyez déjà
20:22les deux choses,
20:23c'est que quand vous êtes
20:24devant quelque chose,
20:25le bonheur,
20:26l'inconscient,
20:27n'importe quoi,
20:27vous devez vous demander
20:29est-ce que
20:30ça se présente d'abord
20:32comme quelque chose
20:32d'obscur
20:34et mon orientation
20:35philosophique
20:36va consister
20:36à mener un travail
20:37pour rendre clair
20:38ce qui avait l'air obscur
20:40ou au contraire,
20:41est-ce que je suis face
20:42à quelque chose
20:42de bien connu,
20:43de clair,
20:45de défini
20:47et mon travail philosophique
20:49va être pas un travail,
20:50mais plutôt un courage,
20:51est-ce que le courage
20:52philosophique,
20:53c'est pas d'aller
20:55vers l'obscurité
20:57que cache
20:58cette clarté
20:59de départ,
21:00cette clarté évidente
21:01mais qui peut être
21:02trompeuse.
21:03Donc,
21:03il y a soit
21:05une surface obscure
21:06qui cache
21:07une vérité claire
21:08en profondeur,
21:09soit une surface claire
21:11qui cache
21:12une vérité obscure
21:13en profondeur.
21:13Voilà,
21:14c'est ça les deux
21:15façons d'orienter
21:16philosophiquement
21:17sa pensée.
21:18Dans la deuxième partie,
21:20je vous montrerai
21:21comment ces deux orientations,
21:23puisque là,
21:23ça reste encore
21:24un peu général,
21:26se structurent,
21:26donc comment on oriente
21:27sa pensée
21:28et ensuite,
21:28comment on la structure.
21:30Et il y a,
21:30cette fois-ci,
21:31vous le verrez,
21:32cinq structures
21:33philosophiques élémentaires
21:34qui permettent
21:34de structurer
21:36l'obscur
21:37et le clair.
21:38Voilà,
21:38je vous laisse la parole,
21:39mes amis.
21:40J'espère que ce n'est pas
21:40du chinois
21:41et que vous m'avez
21:41à peu près suivi.
21:55on va donner la parole
21:56aux élèves
21:57qui souhaitent
21:57l'attendre.
21:58Sinon,
21:58l'enseignement
21:59peut se lancer.
22:01Peut-être que j'avais envie
22:02de faire un peu
22:02de provocation
22:03au professeur,
22:03parce que nous sommes
22:04avec des jeunes élèves
22:05qui parlent de la Caloria,
22:07qui permettent d'accès
22:09au bonheur,
22:09qui est d'avoir
22:11un Caloria,
22:12d'éluer des diplômes,
22:15d'éluer sa vie.
22:17à quel moment
22:18on a conscience
22:19qu'on est dans
22:20une phase
22:22de bonheur
22:23parce que c'est
22:24un bon réussi
22:25à le diplôme
22:25ou c'est quelque chose
22:26de totalement subjectif ?
22:28Quelle approche
22:28philosophique
22:29qu'on peut avoir
22:29du bonheur
22:30et d'une certaine
22:32forme de réussite ?
22:32Je pense que vous imaginez
22:33ce soir,
22:34vous voulez réussir
22:34dans la vie ?
22:37Il y en a un
22:37qui ne veut pas réussir.
22:39Tout le monde
22:39veut réussir dans la vie,
22:40mais après,
22:41j'imagine que l'approche
22:42peut être individuelle.
22:43C'est juste
22:44qu'on revient
22:44pour ouvrir le débat
22:45le temps que
22:46nos élèves
22:47puissent pas venir.
22:48Si vous permettez.
22:52C'est très bien.
22:53Je dirais juste
22:54deux choses
22:54très rapidement
22:55avant que les élèves
22:56prennent la parole
22:56sur le bonheur.
22:58C'est vrai que le bonheur
23:00ne peut pas être
23:01qu'individuel.
23:02Il y a une dimension
23:04sociale,
23:05c'est-à-dire que
23:07la réussite sociale,
23:08je veux dire,
23:09l'insertion sociale,
23:11le fait d'avoir,
23:12d'ailleurs,
23:12regardez,
23:13quand on rencontre
23:13quelqu'un
23:14qu'on ne connaît pas,
23:15on lui dit
23:15« qu'est-ce que tu fais ? »
23:17Donc,
23:17on se définit
23:18par notre fonction sociale.
23:20Et donc,
23:21la reconnaissance des autres,
23:22je réussis mon bac,
23:23c'est-à-dire que
23:24j'ai été reconnu
23:25par la société
23:26comme ayant ce niveau-là.
23:28Et ça,
23:28ça me construit
23:29de façon intime.
23:30Donc,
23:30il n'y a pas
23:31de frontière étanche
23:32entre ma vie individuelle
23:35et ma vie sociale.
23:36Donc,
23:37c'est très important
23:38en réalité.
23:39Et d'ailleurs,
23:39on peut prendre
23:39contre-exemple,
23:41quelqu'un
23:42qui échoue tout,
23:43qui n'a pas
23:44de fonction sociale,
23:45etc.,
23:46qui est dans une marge sociale
23:47ou un échec social,
23:49ça va être très difficile
23:50d'être heureux.
23:52Voilà.
23:53Après,
23:53de l'autre côté,
23:54c'est vrai que la vie
23:55heureuse
23:55ne peut pas se résumer
23:57à cette socialisation
23:58parce qu'on peut très bien
23:58imaginer l'inverse,
23:59c'est-à-dire
24:00j'ai réussi,
24:00j'ai des diplômes,
24:01j'ai de l'argent,
24:02j'ai un beau métier
24:02et je suis malheureux.
24:03Parce qu'évidemment,
24:05il y a un facteur personnel
24:06et là,
24:07qui est multiple,
24:08qui est individuel.
24:10Et donc,
24:10c'est cet équilibre
24:11entre mes aspirations
24:13personnelles individuelles
24:15et ma socialisation.
24:17C'est un équilibre
24:17entre les deux,
24:18si vous voulez.
24:37Est-ce que l'inconscient
24:39est une négation
24:40de la liberté,
24:41c'est ça ?
24:49Oui, exactement.
24:51Ça, c'est une bonne question.
24:53Alors,
24:53je vous réponds
24:55en anticipant un peu
24:57sur la deuxième partie,
24:59c'est-à-dire sur
25:00comment structurer
25:01sa pensée.
25:02Alors,
25:02d'abord,
25:03votre question,
25:04ce serait quoi ?
25:05Au fond,
25:05c'est est-ce que
25:08l'inconscient
25:10me rend
25:14passif,
25:14finalement,
25:15dépendant
25:17et donc
25:17ni ma liberté
25:19ou est-ce qu'on peut
25:20retrouver,
25:20même si on parle
25:21de l'inconscient,
25:23une activité,
25:24une indépendance
25:25ou est-ce que
25:25c'est contradictoire ?
25:27D'accord ?
25:28Et donc,
25:29ça,
25:30c'est une structure
25:30qu'on va trouver
25:31dans la deuxième partie
25:32qui est l'opposition
25:32entre actif
25:33et passif.
25:35Si l'inconscient
25:37me condamne
25:38à la passivité
25:39et c'est quoi
25:40la passivité
25:40de l'inconscient ?
25:41C'est tout simplement
25:43que mon présent
25:44et mon futur
25:44sont écrasés
25:46par mon passé.
25:47J'ai eu un traumatisme
25:49dans ma petite enfance
25:50que j'ai oublié
25:51dont je n'ai plus conscience
25:53mais ce traumatisme
25:55de ma petite enfance
25:56conditionne ma vie.
25:58C'est-à-dire
25:58qu'au présent
25:59et jusque dans mon futur,
26:01je suis prisonnier
26:02de mon passé
26:03et j'en suis
26:04d'autant plus prisonnier
26:06que ce passé
26:06est inconscient.
26:08Donc là,
26:08on serait dans le cas
26:09où
26:11l'inconscient
26:12est une négation
26:13de ma liberté
26:14parce que la liberté,
26:17c'est quoi ?
26:17C'est de pouvoir
26:18inventer un futur.
26:19Je choisis mon futur.
26:21Mon futur n'est pas
26:23déjà écrit.
26:24C'est moi qui l'invente.
26:25Or,
26:26si j'ai un traumatisme
26:28passé inconscient,
26:30je le subis
26:32et donc mon futur
26:34n'est pas libre.
26:35Il est déjà
26:37colonisé,
26:37envahi
26:38par ce passé
26:39traumatique inconscient.
26:42Alors,
26:42l'autre...
26:43Donc là,
26:43vous voyez
26:44on irait vers
26:45quelque chose
26:45d'obscur.
26:47On orienterait
26:48sa pensée
26:49vers l'obscurité
26:50de l'inconscient
26:51puisque
26:51on est condamné
26:52à la passivité.
26:53Je crois que
26:54je vais de l'avant,
26:55je crois que mon futur
26:57m'ouvre le bras
26:57alors qu'en réalité,
26:59j'ai dans mon dos
26:59le poids du passé
27:01qui m'enferme en fait,
27:03qui m'emprisonne.
27:04Mais on pourrait
27:05justement dire,
27:07alors là,
27:07ce serait lié
27:07à la psychanalyse,
27:08si je mène
27:09un travail d'analyse
27:10sur mon inconscient,
27:12que j'arrive
27:13à faire remonter
27:15à la surface
27:15mon inconscient
27:16et donc
27:17ce passé
27:18que j'en prends conscience,
27:20en prenant conscience
27:20de mon passé,
27:21je m'en libère,
27:22je prends de la distance
27:24et je me rends
27:25à nouveau capable
27:26d'écrire mon futur.
27:28Donc,
27:29là,
27:29on serait dans l'autre sens
27:30où tout d'un coup,
27:31voilà que mon futur
27:33retrouve
27:34sa fraîcheur,
27:36si vous voulez,
27:37sa virginité,
27:38c'est comme une page blanche,
27:39une page vierge,
27:40sur laquelle je peux écrire
27:42selon mes choix
27:43et donc,
27:44je redeviens actif
27:45en ayant fait justement
27:47de ce passé inconscient
27:49un objet de conscience
27:51et de science
27:51pour m'en libérer.
27:53Donc,
27:53on peut avoir les deux,
27:54vous voyez,
27:55d'ailleurs,
27:55dans une dissertation
27:56de philosophie,
27:57vous pouvez très bien
27:57développer les deux
27:58dans deux parties différentes.
28:07Je me permets
28:09d'ajouter
28:09un petit conseil,
28:11s'il vous plaît.
28:13Est-ce que les élèves
28:15du lycée
28:16donc Liberté
28:17à Bamako
28:18pourraient poser
28:19leurs questions
28:19devant l'ordinateur
28:21plutôt que du front
28:22de la salle
28:23avec un micro ?
28:24Je pense que techniquement,
28:26ça serait préférable,
28:27je l'avais conseillé,
28:28mais je ne sais pas
28:30si c'est faisable.
28:31Voilà,
28:32ce serait parfait.
28:35Merci,
28:35merci beaucoup.
28:37Alors,
28:38Bruno,
28:39en fait,
28:39ma question,
28:40c'est que
28:41puisqu'on a vu
28:42que peu importe
28:43la liberté de départ,
28:44il y a toujours
28:45des enthousiures
28:45qui ont été cachées,
28:46est-ce que c'est
28:48manière
28:48d'orienter
28:49l'apprentissage
28:52une certaine liberté
28:53puisqu'à chaque fois
28:54qu'il y a une liberté
28:55de départ,
28:55on doit aller chercher
28:57l'objet de la chine.
29:00Oui,
29:00tout à fait,
29:01exactement.
29:02Si vous avez,
29:03bien sûr,
29:04dans une dissertation,
29:05c'est exactement ça
29:06et il vous faut pratiquer
29:08les deux orientations,
29:10être capable
29:11d'aller,
29:12par exemple,
29:12si on me dit
29:13le sujet est libre,
29:14l'homme est libre,
29:15bon,
29:15oui,
29:15on peut expliquer ça
29:16mais se dire
29:16est-ce que ce n'est pas
29:17un peu trop clair
29:17l'idée que je suis maître
29:18de moi-même
29:19et aller chercher
29:21dans les profondeurs obscures
29:23ce qui nous rend
29:23en fait dépendants,
29:25passifs,
29:26par exemple,
29:26on peut prendre le langage,
29:28est-ce que je suis libre
29:29de dire ce que je veux ?
29:30J'ai une langue maternelle,
29:31je ne l'ai pas choisie
29:32et ma langue,
29:33elle dit ce qu'elle dit
29:33et il y a tout ce qu'elle
29:34n'est pas capable de dire.
29:37Vous voyez ?
29:38Donc,
29:38aller chercher
29:39au contraire
29:40une passivité obscure profonde
29:42ou le contraire,
29:43si on me dit
29:44nous sommes dépendants,
29:46nous sommes pris
29:46dans des conditionnements
29:49sociaux,
29:49économiques
29:50ou culturels,
29:51au contraire,
29:52se demander
29:53si on ne peut pas retrouver
29:54sous cette évidence
29:55d'une dépendance
29:57et d'une passivité
29:58en réalité
29:59le pouvoir
30:00d'initiative
30:01de liberté du sujet
30:02qui peut décider
30:03je ne suis pas victime
30:04ni de mon milieu,
30:06ni de mon histoire,
30:06ni de ma nature,
30:07etc.
30:08Et donc,
30:09aller dans l'autre sens.
30:14Merci à vous.
30:18S'il vous plaît,
30:19si vous pouviez
30:21parler devant
30:22le micro de l'ordinateur,
30:24s'il vous plaît,
30:25plutôt que
30:25dans la salle.
30:27Voilà.
30:29Écoutez les haut-parleurs
30:30dans la salle.
30:32Merci.
30:40Bonjour.
30:41Moi, je voulais
30:43poser une question
30:44par rapport
30:44à l'apprentissage
30:45de la philosophie
30:48et je voulais savoir
30:50si on peut réellement
30:50philosopher à partir
30:51de rien,
30:52comme le dit Kant,
30:53ou alors on doit
30:54apprendre la philosophie
30:55et exercer sa réflexion
30:56en fonction
30:57de cet héritage,
30:58comme le dit Hegel.
31:04Énorme question.
31:05Alors là,
31:06j'aurais quand même
31:07tendance à dire
31:09que la philosophie,
31:10ça s'apprend
31:12par ceux
31:12qui la font.
31:15C'est comme
31:15je prenais l'exemple
31:16de la pâtisserie.
31:18Si je n'ai pas
31:19un pâtissier
31:19pour m'apprendre
31:20la pâtisserie,
31:21je ne vais pas
31:21l'inventer tout seul.
31:23Mais donc non,
31:24moi je pense que
31:25c'est pour ça d'ailleurs
31:26qu'on lit des textes,
31:27qu'on lit Platon,
31:28qu'on lit Kant,
31:28qu'on lit Hegel
31:29et même votre question,
31:30il y a déjà la réponse
31:31dans votre question
31:32puisque votre question,
31:33vous l'avez posée
31:35avec Kant et Hegel.
31:37elle n'est pas sortie
31:38de nulle part.
31:39Par contre,
31:40le vrai problème,
31:41c'est qu'il ne suffit pas
31:42de connaître par cœur
31:43ou même très bien
31:44la doctrine de Platon,
31:46de Descartes,
31:46de qui on veut,
31:47pour que ce soit philosophique.
31:49Je peux très bien parler
31:50de Descartes et de Kant
31:51et ce que je dis
31:52n'a aucun sens philosophique.
31:54C'est juste
31:54de l'intelligence artificielle
31:57ou du Wikipédia
31:59ou ce que vous voulez.
32:00Donc,
32:01ça doit être des outils,
32:03des outils pour ma pensée.
32:04Et c'est ça qui est fort,
32:05c'est qu'en fait,
32:07le programme de Terminal,
32:08mais il donne le modèle
32:10de la philosophie
32:11de la Terminal
32:12jusqu'à la fin de sa vie,
32:13jusqu'à l'agrégation
32:14et même jusqu'à la fin de sa vie,
32:15c'est justement
32:17prendre des pensées,
32:18des pensées des autres,
32:20mais pour que ça devienne
32:21nos propres pensées,
32:22pas pour répéter passivement
32:23la pensée des autres.
32:25Comprendre la pensée
32:26de Descartes,
32:26par exemple,
32:27pour pouvoir s'en servir
32:28soi-même
32:29et donc créer des pensées
32:31et même inventer
32:31des pensées nouvelles,
32:32mais à partir
32:33de ces outils.
32:37Merci.
32:44Recadrez votre
32:49image,
32:50s'il vous plaît.
33:04C'est bon,
33:04allez-y.
33:12Le micro n'est pas branché.
33:25Activez votre micro,
33:26s'il vous plaît.
33:40Là, en fait,
33:41ça a basculé,
33:42ça a changé d'écran,
33:42en fait.
33:43On n'a plus la salle de classe,
33:44là.
33:47Allez,
33:47on rattrape
33:50rapidement.
33:55nous reviendrons
33:55tout à l'heure.
33:57C'est bon.
34:01Voilà,
34:01je vous écoute.
34:05Est-ce qu'on a le son ?
34:06Le micro n'est pas activé.
34:09Et non,
34:09parce que je pense
34:10que ce n'est pas
34:10le bon ordinateur,
34:11en fait.
34:14c'est bon.
34:17C'est bon.
34:20Ma question se centra
34:22un peu sur l'existence
34:23de la philosophie.
34:24Et c'est la suivante.
34:27Si,
34:27après des siècles
34:28de réflexion,
34:29la philosophie ne partait
34:29toujours pas à produire
34:30un accord durable
34:31sur des questions fondamentales
34:33comme la vérité,
34:34la justice
34:34ou le bonheur,
34:35devons-nous juger
34:36sa valeur
34:37à sa capacité
34:38à apporter des réponses,
34:39à sa capacité
34:40à transformer
34:40de toute manière
34:40pour poser des questions.
34:45Votre,
34:46votre question,
34:47c'est une excellente question
34:49et pour le coup,
34:50c'est une question philosophique.
34:51Pourquoi ?
34:52Là,
34:52je vais vous dire
34:53quelque chose
34:53de très important
34:54pour vous
34:54et pour le bac.
34:56Votre question,
34:57en fait,
34:57elle est posée
34:58de telle façon
35:00qu'au fond,
35:00elle a la réponse.
35:03Vous voyez,
35:04au fond,
35:04en philosophie,
35:05notre idée,
35:05c'est qu'un problème
35:07bien posé,
35:07c'est ça,
35:08on n'a pas besoin
35:08de thèse,
35:09en fait.
35:09On n'a pas besoin
35:09de réponses,
35:10ça ne sert à rien
35:10les thèses.
35:12Non,
35:12tout le travail philosophique,
35:14c'est de bien poser
35:14le problème.
35:15Et là,
35:16vous posez très bien
35:16le problème.
35:17Pourquoi ?
35:18Parce qu'on comprend bien
35:19dans la façon
35:19de formuler ce problème
35:22que ce n'est pas
35:23un argument
35:23contre la philosophie
35:25de dire
35:25la science progresse
35:26et la philosophie,
35:27elle ne progresse pas,
35:28donc la philosophie
35:28ne sert à rien.
35:29Non,
35:30parce que la philosophie,
35:31elle est dans la démarche
35:33et dans l'exigence
35:34qu'elle nous fait
35:35d'être toujours inquiet
35:37par rapport
35:38à notre savoir.
35:38D'ailleurs,
35:39peut-être que la science
35:40elle-même progresse
35:42parce qu'elle a
35:43cette inquiétude
35:44philosophique
35:44sur elle-même.
35:48Oui ?
35:49Bonjour,
35:50on vous écoute.
35:50Bonjour,
35:51moi,
35:51ma question,
35:52elle porte
35:53sur le bonheur
35:54et son obscurité.
35:55C'est,
35:56si la vérité
35:57du bonheur
35:58réside dans son obscurité,
35:59faut-il nécessairement
36:00comprendre le bonheur
36:02pour pouvoir être heureux ?
36:05Très bonne question.
36:06C'est une très bonne question.
36:08Ça,
36:08ça fait un beau sujet de bac.
36:10C'est-à-dire que
36:12si j'oriente vers le clair,
36:16cette question-là,
36:17je l'oriente vers le clair,
36:18je vais dire quoi ?
36:19Je vais dire,
36:19il faut que j'ai une idée
36:22de mon bonheur
36:25pour pouvoir
36:25le travailler
36:26à l'obtenir.
36:27Si je ne sais pas
36:28ce que je veux,
36:29je suis condamné
36:30à passer à côté
36:31de mon bonheur.
36:32Donc,
36:32on aurait tendance
36:33à en faire un objet
36:34de pensée,
36:35même de science
36:36à la limite,
36:37connaître son bonheur,
36:38etc.
36:39Et en même temps,
36:40de l'autre côté,
36:41et là,
36:41on change l'orientation,
36:43est-ce que le propre
36:44du bonheur,
36:44ce n'est pas
36:45d'être imprévisible ?
36:48D'ailleurs,
36:49là,
36:49vous avez l'étymologie.
36:50Ça,
36:50c'est pareil pour le bac.
36:51Vous pouvez faire attention
36:52aux mots,
36:53le mot bonheur
36:54en français,
36:55il est fait de bon
36:56et de heure,
36:57comme de mal,
36:58heure.
36:58Et heure,
36:59H-E-U-R,
37:01c'est en fait,
37:02c'est la fortune,
37:02c'est ce qui me tombe dessus.
37:03Ça vient du dehors,
37:04ça me tombe dessus.
37:05C'est ça,
37:05le bonheur.
37:07Et par exemple,
37:09je ne sais pas,
37:09tout d'un coup,
37:10une bonne nouvelle
37:12ou je ne sais pas,
37:13ma femme ne pouvait pas
37:14avoir d'enfant,
37:16boum,
37:16elle tombe enceinte.
37:18Vous voyez,
37:18un accident
37:20qui nous tombe dessus.
37:21Et c'est ça,
37:21le bonheur.
37:22Dans le heure de bonheur,
37:23il y a ça.
37:24Du coup,
37:25on pourrait distinguer
37:26le bonheur
37:27qui serait obscur
37:28parce qu'il m'arrive du dehors,
37:29c'est un accident en fait,
37:30c'est un événement.
37:31C'est un événement extérieur
37:32que je subis
37:33et je ne peux pas en être l'auteur.
37:35Je ne peux pas décider
37:36de mon bonheur
37:37parce que par définition,
37:38ça vient du dehors
37:40et ça me tombe dessus.
37:41et on pourrait opposer
37:43et on pourrait opposer
37:43à ce mot de bonheur
37:44le mot de béatitude
37:46parce qu'en latin,
37:47il y a l'opposition
37:48avec la béatitude.
37:51Le texte de Sénèque
37:52qui s'appelle
37:52« La vie heureuse »
37:53en fait,
37:53c'est « devita béata »
37:55de la vie.
37:56On dit heureuse,
37:56mais c'est la vie béate.
37:57Et là,
37:58la béatitude,
37:59ce n'est pas ça.
38:00La béatitude,
38:00c'est que c'est moi
38:01qui fais moi.
38:01Donc,
38:02même s'il y a des malheurs
38:02qui me frappent,
38:04la mort de quelqu'un
38:04que j'aime et tout,
38:06le bonheur,
38:06donc la béatitude
38:07devient une attitude
38:08philosophique
38:10d'un travail
38:11de soi sur soi.
38:12Je m'arme
38:15contre
38:16les attaques
38:17de la vie,
38:18les attaques du dehors
38:19et les événements.
38:20Et là,
38:21ça devient quelque chose
38:22de stable
38:23qui dépend de moi
38:24et du coup,
38:25qui n'est plus obscur
38:26parce que c'est mon œuvre
38:27en fait.
38:27Je suis l'auteur
38:28de ma béatitude.
38:32Alors,
38:32bonjour.
38:33Je voulais savoir
38:34en gros,
38:34ma conscience,
38:35c'est une malignée
38:35de l'esprit
38:36ou une excuse
38:37de notre conscience.
38:39Je n'ai pas compris
38:40le début.
38:40Est-ce que l'inconscient
38:41est quoi ?
38:41Est-ce que c'est
38:42une vraie limite
38:43de l'esprit
38:43ou une excuse
38:44de notre conscience ?
38:46Une maladie
38:47de notre esprit,
38:47c'est ça ?
38:48Une vraie limite
38:49de notre esprit.
38:51Ah,
38:51une limite
38:52de notre esprit
38:52ou quoi ?
38:53Ou une excuse ?
38:54De notre conscience.
38:57Ah oui,
38:58je comprends,
38:58oui.
38:59Oui,
38:59oui,
39:00est-ce que je dirais
39:01que je l'ai...
39:02Oui,
39:02par exemple,
39:03je ne sais pas,
39:04je bois trop d'alcool,
39:06je me mets à faire
39:07n'importe quoi,
39:07je veux dire,
39:08je ne m'en souviens plus
39:10et c'est un alibi
39:11pour couvrir
39:12notre responsabilité.
39:13C'est ça que vous voulez dire ?
39:14Oui,
39:15exactement.
39:17Eh bien,
39:17c'est une bonne question.
39:18Et là,
39:19c'est pareil,
39:19il y a deux orientations.
39:21Soit je vais chercher
39:22une vraie limite,
39:23c'est-à-dire qu'il y a
39:24une prélimite
39:25entre la conscience
39:26et l'inconscient
39:27et du coup,
39:28l'inconscient,
39:29c'est ce qui agit
39:31dans mon dos
39:32et que je subis,
39:33en fait,
39:34donc que je ne vois pas
39:35puisque moi,
39:36je regarde devant moi,
39:37mais en fait,
39:39tout ce qui est essentiel
39:40pousse dans mon dos.
39:41Soit au contraire,
39:42on prend l'inconscient
39:43comme un alibi,
39:44en fait,
39:46exactement,
39:46comme une alibi
39:47pour fuir sa propre responsabilité.
39:50Ça,
39:50c'est ça.
39:51Ça,
39:52celui qui dit ça très bien,
39:53par exemple,
39:53c'est Sartre
39:54dans l'Etre et le Néant.
39:54Pour ça,
39:55il n'y a pas d'inconscient.
39:56L'inconscient,
39:57c'est un alibi
39:57pour se cacher à soi-même
39:59sa liberté.
40:00Je suis tout à fait maître
40:01et auteur de ce que je fais.
40:03Je laisse ma main,
40:04je suis au café,
40:05je laisse ma main
40:06sur la main
40:06de la personne
40:07qui est en face de moi,
40:08je fais comme si
40:08je ne m'en étais pas rendu compte.
40:10Si,
40:11c'est un acte choisi
40:12et donc,
40:13je prends l'inconscient
40:15comme un alibi
40:15pour me cacher à moi-même
40:17ma liberté
40:17et pour fuir mes responsabilités.
40:20Ça,
40:20vous l'avez notamment
40:21dans l'Etre et le Néant
40:22de Sartre.
40:26Merci pour les questions.
40:29Ah,
40:29peut-être une dernière question
40:31de Bamako.
40:33Attention,
40:34il faut qu'on nous
40:35vous entende bien.
40:37Vous m'entendez ?
40:38C'est mieux.
40:40Si nous affirmons
40:41que tous les êtres humains
40:42recherchent le bonheur,
40:43comment nous
40:43le savoir
40:44sans projeter
40:46sur les autres
40:46notre concept ?
40:52Oui,
40:53vous m'entendez
40:53parce que vous avez l'air
40:54filé là ?
40:58Vous nous entendez
40:59ou pas ?
41:00Oui ?
41:02Vous avez entendu la question ?
41:04Oui,
41:04la question c'est
41:05est-ce que
41:06comment je peux savoir
41:07si le bonheur
41:09il est commun,
41:10il est universel ?
41:10Est-ce que je ne projette pas
41:11ma propre idée du bonheur
41:12sur celle des autres ?
41:13C'est ça ?
41:14Oui,
41:14et aussi,
41:15si certains ne cherchaient pas
41:16à réellement être heureux
41:18ou à donner un sens
41:19à leur existence,
41:20faudrait-il considérer
41:22leur vie
41:22en un échec ?
41:26Je réponds rapidement
41:27parce qu'on va faire
41:28une coupure
41:28pour reprendre
41:29la deuxième partie,
41:30c'est une question
41:30d'enregistrement
41:32de la vidéo,
41:32mais juste,
41:35je réponds toujours
41:36pour mettre en pratique
41:37ce que je vous ai expliqué
41:38sur cette séance,
41:39c'est-à-dire que
41:41si effectivement
41:42le bonheur
41:42il est commun
41:43et il est universel,
41:44je peux le comprendre.
41:45Je regarde mon bonheur
41:46et j'ai la clé
41:47pour comprendre
41:48le bonheur d'autrui.
41:50Maintenant,
41:50si je me pose
41:51l'autre question,
41:52c'est-à-dire
41:53est-ce que je ne suis pas
41:53en train de projeter
41:54mon bonheur ?
41:55Et ça,
41:56je vais vous prendre
41:57un exemple,
41:57c'est dans l'amour.
41:58On est amoureux,
41:59je suis amoureux de quelqu'un.
42:00On dit je t'aime,
42:01je dis moi aussi.
42:02Moi aussi,
42:03comme si c'était
42:03la même chose.
42:04Mais est-ce que
42:05les quiproquos de l'amour
42:06ne viennent pas de là ?
42:07C'est-à-dire qu'en fait,
42:07je projette sur l'autre
42:08ce que moi j'appelle l'amour
42:10et du coup,
42:11je lui fais des reproches
42:12en silence ou pas
42:13parce que je me dis
42:14si elle ou il m'aimait,
42:17moi je ferais ceci
42:18à sa place,
42:19je ferais cela.
42:19Oui,
42:19mais c'est moi qui ferais ça.
42:21Et l'autre fait
42:23à sa façon d'aimer,
42:24à sa façon
42:25que je ne reconnais pas
42:26parce que précisément
42:27ce n'est pas la mienne.
42:28Et ça fait tout
42:28l'équiproquo de l'amour.
42:30Et là,
42:31du coup,
42:31le bonheur de l'autre
42:32est un bloc d'obscurité
42:34inaccessible.
42:35Je ne sais pas
42:36ce qu'il y a
42:36dans le cœur de l'autre en fait.
42:40Merci Guillaume.
42:41Est-ce qu'on pourrait
42:43s'accorder encore deux minutes
42:44pour une toute dernière question ?
42:46Je vais arriver
42:46dans le salon de discussion
42:48M. Gaëtan Peigny,
42:51professeur de philosophie
42:52à Strasbourg.
42:54Voulez-vous faire une remarque
42:56ou poser une question ?
42:57Oui,
42:58est-ce que vous m'entendez ?
42:59Très bien,
43:00allez-y.
43:01Ah,
43:01formidable.
43:01Oui,
43:02je suis désolé,
43:02j'ai eu quelques problèmes
43:03techniques à vous rejoindre.
43:05Et donc,
43:05je n'ai écouté que la fin
43:06de la conférence
43:07de M. de Goubert
43:08dont je connais un peu
43:09les travaux,
43:10donc je n'arrive quand même
43:11pas complètement
43:12sur terrain inconnu.
43:14Et donc,
43:15merci en tout cas
43:16pour ce que j'ai pu entendre
43:16de la conférence.
43:20Mais en fait,
43:20je n'ai peut-être pas
43:21tant de questions
43:22qu'une réaction.
43:24Et en fait,
43:25c'est plutôt aux élèves
43:26que je voudrais m'adresser.
43:29Parce qu'il y a eu
43:29des questions formidables
43:30de poser,
43:31et je ne vais pas revenir
43:32sur ce qu'a dit déjà
43:32M. de Goubert,
43:34mais peut-être simplement
43:35dire ce que moi,
43:36en tant qu'enseignant
43:37en terminale surtout,
43:38et en licence 1,
43:40je fais.
43:42et j'ai le sentiment
43:44de recommencer.
43:46Il y a une belle question
43:47sur le commencement,
43:48notamment,
43:49et M. de Goubert
43:50a bien répondu
43:51que oui,
43:51on apprend évidemment
43:52à philosopher,
43:53et pas passivement,
43:55mais en se confrontant
43:56à des pensées,
43:57en apprenant,
43:57en luttant.
43:58Il faut résister peut-être
44:01en philosophie,
44:02et peut-être en science aussi.
44:03Il y a un certain Descartes
44:04qui a appris des mathématiques,
44:05qui ne voulait pas apprendre,
44:06qui voulait refaire
44:07les démonstrations
44:08et de retrouver lui-même
44:09plutôt que de les apprendre.
44:17Mais quand je dis
44:18qu'on recommence toujours,
44:21et si c'est dans la mesure
44:22où on résiste,
44:23on essaye de faire
44:23sa propre démarche,
44:24alors peut-être
44:25qu'on ne répond pas
44:25tout à fait aux questions,
44:26mais l'important,
44:27c'est de recommencer pour soi
44:29et d'avancer sur votre chemin.
44:31Parce qu'en parlant,
44:32en vous confrontant
44:33à ce qui a déjà été dit,
44:34c'est vous que vous posez,
44:36et c'est vous qui avancez.
44:38J'espère,
44:38en se plongeant dans les problèmes,
44:40un peu de clarté
44:40qui vient en avançant
44:42et en vous posant
44:43vous-même en avançant.
44:44Moi, j'ai la grande chance
44:45d'enseigner,
44:46non pas en classe préparatoire,
44:47mais avec des très jeunes gens,
44:48parfois en grande difficulté,
44:50et en première année de licence.
44:52Et j'ai des élèves
44:53qui me posent des questions
44:54qui, pour moi,
44:56tombent du ciel.
44:58Parce que quand on est
44:59trop dans la technique,
45:00philosophique,
45:00dans les textes,
45:01on oublie l'évidence.
45:02On a la grande chance
45:04quand on enseigne la philosophie,
45:05je pense que les professeurs
45:06de mathématiques
45:06n'ont pas ça.
45:08c'est que les gens
45:08qui débutent,
45:09qui arrivent avec un intérêt
45:11et des questions naïves,
45:12c'est des questions naïves
45:14qui vous font aller le plus loin.
45:15J'ai une élève
45:16qui m'a demandé
45:17« Mais monsieur,
45:18où sont les femmes
45:19dans le contrat social ?
45:20Est-ce qu'elles peuvent
45:20s'organiser un petit peu
45:21dans le contrat social de Rousseau ? »
45:23Et moi,
45:23le contrat social,
45:24j'ai lu trois,
45:25cinq, six fois.
45:26Je ne me suis jamais posé
45:27la question de la place
45:28des femmes
45:28dans ce contrat social.
45:30honte à moi,
45:31mais grâce à mes élèves,
45:34je recommence.
45:35Et il faut garder
45:35cette fricheur.
45:36En fait, voilà,
45:37avancer en science,
45:38disait Bachelard,
45:39c'est spirituellement
45:40rajeunir.
45:41Et c'est aussi ça
45:42en philosophie.
45:43Garder cette espèce
45:44de fraîcheur,
45:46je ne veux pas dire
45:46de naïveté,
45:47parce que ce n'est pas
45:47le bon mot,
45:48mais de capacité
45:49à poser des questions,
45:51les questions apparemment
45:52les plus simples,
45:53et osez ça,
45:54parce que c'est vous
45:55qui avancez,
45:56et moi aussi
45:57qui avance beaucoup
45:58à entendre vos questions.
46:01Donc, merci,
46:02au moins,
46:02je suis heureux
46:03d'avoir eu le temps
46:03de vous entendre,
46:04jeunes gens,
46:06et songez que vous pouvez
46:08avoir le bonheur d'avancer,
46:09mais que vous rendez aussi
46:11vos professeurs heureux
46:12en vous interrogeant
46:13comme vous le faites.
46:14Donc, j'aurais eu le temps
46:14de vous dire merci,
46:15au moins.
46:16Merci,
46:18monsieur Fény.
46:19Je voulais donc
46:21signaler à tout le monde
46:22que nous arrivons
46:23au terme
46:23de cette première partie
46:25de notre programme
46:26et pour ceux
46:27qui nous verraient
46:27en différé
46:28sur notre site internet
46:30ou sur des plateformes
46:32qui diffusent
46:33des documents
46:35en podcast,
46:36je signale
46:38que la maison
46:40Armand Colin
46:41a publié un livre
46:42de Guillaume-Fujard
46:43de Burbert
46:44intitulé
46:45« Philosophie,
46:46mode d'emploi ».
46:47N'hésitez pas
46:48à vous le procurer,
46:49vous trouverez
46:49toutes les explications,
46:51toutes les réponses
46:52à vos questions,
46:54à tout à l'heure
46:55donc pour la suite
46:56de ce programme.
46:57Cher Guillaume,
46:57merci à toi.
46:59On fait une brève pause.
47:00Merci à Jean-Luc
47:01qui, à la régie,
47:02organise notre diffusion
47:04en direct.
47:05Merci beaucoup.
47:23– Sous-titrage Société Radio-Canada
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