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  • il y a 25 minutes
L'écrivaine et comédienne Polina Panassenko présente son livre "À voix haute". Lauréate du prix littéraire du Monde, elle y explore les liens entre passé soviétique et Russie contemporaine. Elle est au micro de Sonia Devillers.

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Transcription
00:00Mon invité est né en 1989, ça vous fait ni chaud ni froid, pas moi.
00:05C'est l'année de la chute du mur à Berlin, c'est la fin officielle de la guerre froide
00:09et de la confrontation Est-Ouest.
00:11De ces décennies d'enfermement pour des millions de gens privés de liberté, cadenassés derrière le rideau de fer.
00:18Polina Panasenko voit le jour à Moscou, écrivaine et comédienne.
00:23Elle s'emploie aujourd'hui à tisser des liens entre ce passé communiste et la Russie d'aujourd'hui.
00:30Mais pensez-vous que les régimes totalitaires se racontent à haute voix ?
00:33Jamais. Ils laissent leur empreinte bien après s'être effondrés.
00:38La preuve, les gens continuent de chuchoter. Portrait numéro 198.
00:45Bonjour Polina Panasenko.
00:47Bonjour.
00:48Soyez la bienvenue à France Inter à voix haute.
00:51C'est ce très beau livre qui est paru aux éditions de l'Olivier à la rentrée, couronné du prix
00:56littéraire du monde.
00:57Bravo. Et aussi plébiscité par Florence Paracuelos qui en avait fait un 85 monde parce qu'elle avait beaucoup aimé.
01:05On va essayer de démêler le faux du vrai, de vous rechercher vous derrière ce livre qui mêle le récit
01:12littéraire et la fiction.
01:14Vous êtes arrivée à quel âge en France, Polina Panasenko ?
01:17Je suis arrivée un peu moins de 5 ans.
01:20Vous aviez un peu moins de 5 ans. Et pourquoi la France ? Pourquoi est-ce que vos parents avaient
01:25choisi la France ?
01:27Alors je ne sais pas si c'est exactement un choix. C'est peut-être même plus un concours de
01:32circonstances.
01:32Mais mon père qui est mathématicien avait inventé un théorème et des chercheurs français avaient été intéressés par son travail.
01:40Et donc il est venu une première fois seul en France pour voir déjà à quoi ça ressemblait parce qu
01:48'il n'était jamais allé en Europe.
01:52Et puis ensuite nous l'avons rejoint avec ma famille en France.
01:58Et quelle langue vous parliez à la maison quand vous étiez enfant ?
02:01On parlait le russe.
02:02Vous parliez le russe. Donc le français à l'école et le russe ensuite.
02:08Ce n'est pas votre premier livre à voix haute. Vous avez commencé à écrire.
02:12Vous avez commencé à écrire et vous avez commencé par raconter comment vous avez restauré d'une certaine manière une
02:17identité russe en refusant le prénom Pauline.
02:23Alors j'ai eu le prénom Pauline pendant un temps. Je veux dire je ne renie pas cette période.
02:28Mais à un moment j'ai fait le choix de récupérer mon prénom de naissance effectivement.
02:32Et puis c'est plutôt...
02:33Pauline c'était le choix de qui ? De l'administration ou de vos parents ?
02:36Pauline c'était une suggestion de l'administration que mes parents ont plutôt comprise comme une injonction.
02:45Et puis...
02:46On se francise.
02:47On francise et je crois que ça rassure d'une certaine façon l'administration.
02:51C'est comme si c'était...
02:54Parfois on a l'impression que ce serait être français mention très bien que de s'appeler Pauline.
03:00Et Paulina c'est comme ci comme ça.
03:03Eh bien j'ai choisi peut-être d'être un cancre.
03:06Je ne sais pas.
03:06D'être un cancre.
03:07Très bien.
03:08Écoutez c'est du Tchékov.
03:09Hier en troisième j'ai confisqué un gamin des moustaches et une barbe.
03:15Comme ça je ressemble au professeur d'allemand.
03:18Assez machin !
03:19Tout à fait lui.
03:42Paulina Panasenko vous êtes réellement partie étudier le théâtre à Moscou.
03:47Oui j'ai étudié le théâtre à Moscou.
03:49Alors pas à l'école du théâtre national parce que cette école là n'existe pas mais dans une autre
03:53école absolument.
03:54Une école réputée comme on en trouve à Moscou.
03:58Oui une école je crois très réputée comme on en trouve à Moscou.
04:02Mais pourquoi repartir en Russie pour étudier le théâtre ?
04:08Alors je pense qu'à un moment c'est aussi poser pour moi le choix qu'ont une partie des
04:14enfants, des personnes qui ont immigré.
04:17C'est à dire que mes parents ont fait le choix de venir s'installer en France, ils ont eu
04:21la chance d'avoir ce choix.
04:23Et ensuite une fois qu'on est adulte, pour les enfants qui sont aussi nés à l'étranger comme moi,
04:30la question se pose à nouveau.
04:31Est-ce qu'à son tour on fait ce choix là, s'il s'offre à nous, où est-ce
04:35qu'on veut vivre ?
04:36Et donc moi j'avais envie de retourner en Russie et puis comme je voulais à ce moment là faire
04:43du théâtre, cette école là s'est imposée.
04:45C'est imposé, alors ce que vous décrivez dans le livre, dans A voix haute, le maître et le demi
04:52-maître, là on a plongé dans la fiction ou pas complètement.
04:56Ces injonctions folles faites aux élèves de la classe de théâtre où on ne doit jamais montrer sa faiblesse, on
05:02ne doit jamais montrer son doute,
05:04où toutes les attitudes à emprunter sont extrêmement genrées.
05:08Il y a ce que les filles peuvent faire publiquement, est-ce qu'elles ne peuvent pas faire, les tâches
05:12qui sont réservées aux garçons ?
05:14Alors c'était pire dans la réalité, donc je pense que c'est une version, oui.
05:18Oui, parce que là on a l'impression d'être dans Gogol en réalité.
05:22Alors c'est pour ça que ce matériau là m'intéressait aussi, mais effectivement c'est une version allégée je
05:27dirais.
05:28Vraiment ?
05:29Ah oui, oui. D'ailleurs j'aime beaucoup que vous l'appeliez le demi-maître, parce que dans le livre
05:33c'est l'autre maître.
05:34Oui c'est ça, c'est ça.
05:35Mais le demi-maître, je trouve ça super. Il pourrait y avoir dans cette hiérarchie aussi le demi-maître.
05:41Donc réellement les filles ne portent rien, il n'y a que les garçons qui portent, les filles ne fument
05:45pas en public, il n'y a que les garçons qui ont le droit de fumer en public, les filles
05:50font le ménage.
05:51Les filles sont beaucoup moins nombreuses dans une classe de théâtre à Moscou que les garçons, parce qu'à la
05:55fin il y a beaucoup moins de rôles pour elles ?
05:57Alors en tout cas dans les années 2010 c'était le cas, c'était extrêmement genré et il y avait
06:02comme ça, le fait qu'il y ait moins d'élèves filles était justifié par le fait qu'il y
06:08a moins de rôles ensuite pour les femmes.
06:11C'est dans ce sens-là que c'était organisé. On ne se disait pas, ah bah peut-être qu
06:15'il faut créer des rôles pour les femmes.
06:17Et le fait de ne jamais montrer ses doutes et sa faiblesse, c'est quel héritage ça ? L'idée
06:23qu'il ne faut pas faillir, il ne faut pas montrer qu'on est épuisé, pas montrer qu'on doute
06:27?
06:28Au sein de l'école vous voulez dire ?
06:31Oui, alors c'est toujours le risque de l'exclusion, il faut montrer qu'on est surmotivé, qu'il y
06:37a comme ça une volonté de surachever l'objectif qu'on nous donne à l'école.
06:41Bon, là quand vous me posez la question, c'est vrai qu'il y a l'adjectif stakhanoviste qui me
06:45vient, mais alors il aurait perduré dans les écoles de théâtre en tout cas.
06:50C'est ça, à ce moment-là.
06:52Un bond de l'évolution souffle sur la Russie. Nous nous sommes réveillés, ce n'est que le début, peut
06:57-on lire sur certaines pancartes ?
06:59Aujourd'hui, Moscou est noir de monde. 120 000 manifestants selon l'opposition.
07:04Parmi eux, des personnalités comme Kasparov, l'ancien champion d'échecs.
07:09Tous dénoncent des fraudes électorales.
07:11Lors des élections législatives du 4 décembre dernier.
07:15Pour la première fois dans notre société, on dit aux autorités que nous ne sommes pas des animaux.
07:20Nous ne voulons plus de cette injustice, de cette corruption. Ils ont confisqué nos votes.
07:24Ce début des années 2010, c'est une période de grande désillusion à Moscou, Paulina Panasenko, que vous avez vécu
07:33?
07:33Avant la désillusion, il y a quand même eu l'espoir parce que c'était un mouvement, comme on l
07:39'a entendu, il y a eu de grandes manifestations.
07:41Et puis, il y a beaucoup de personnes qui sont sorties manifester. C'est un mouvement d'une ampleur sans
07:47précédent.
07:49Dimitri Medvedev a le pouvoir. Il y a des élections à nouveau. Et puis, en fait, très vite, on comprend
07:54que c'est le retour de Vladimir Poutine, qu'en réalité, c'est les deux faces d'un seul et
07:59même visage.
07:59Oui. Et puis, il y a eu des falsifications massives où, vraiment, ils se cachaient à peine pour lancer des
08:06bulletins, insérer des bulletins dans les urnes.
08:09Donc, là, il y a eu une forme d'insurrection et aussi d'espoir à ce moment-là, très fort.
08:15Très vite doucher ?
08:17Oui. Alors, doucher, ça a duré quand même parce qu'ensuite, il y a eu les élections présidentielles l'année
08:25suivante.
08:26Il y a eu cet espoir qui s'est quand même prolongé plus longtemps que d'habitude.
08:30Et ensuite, la température a changé au fur et à mesure.
08:34C'est-à-dire qu'on voit que ça ne change jamais d'un coup radicalement.
08:38C'est plutôt petit à petit que les taux se resserrent.
08:41Est-ce que vous racontez dans le livre ce que la narratrice raconte ?
08:44Mais la narratrice, elle a votre âge. Elle est comme vous dans une école de théâtre exactement au même moment.
08:49Elle manifeste comme vous dans les rues.
08:51Elle vote, d'ailleurs.
08:53Vous, vous avez pu voter en Russie à cette période-là ?
08:56Oui, j'ai déjà voté en Russie à cette période-là.
09:00Et c'est une expérience différente, bien sûr.
09:02C'est ça.
09:02Et ce qui est intéressant, c'est que votre génération est une sorte de trait d'union
09:05entre l'héritage soviétique et la Russie contemporaine.
09:11La Russie qui a traversé la fin, précisément, de ces années marquées par le régime et par l'Union soviétique.
09:21Et qui a traversé les soubresauts.
09:24Mais aussi qui, comment dire, qui fait un droit d'inventaire de ce qu'il en reste aujourd'hui.
09:29Oui, ma génération a grandi après le lendemain de l'Union soviétique.
09:33Mais elle a été élevée par des personnes qui ont vécu l'Union soviétique.
09:37Et donc l'influence de cette période est immense.
09:41Immense.
09:41C'est toute la vie de vos parents, de vos ondes, de vos tantes, de vos grands-parents.
09:44Et notre éducation aussi.
09:46Parce que cette histoire-là est omniprésente.
09:48Ce n'est pas parce que ce n'est plus actuel, le régime a changé,
09:53que du jour au lendemain tout disparaît et toutes les traces s'évenuent, bien sûr.
09:57Vous avez réellement, comme votre narratrice, enquêté, plongé dans les archives
10:06sur l'histoire d'un arrière-arrière-grand-père déporté au goulag.
10:11Oui, alors ça c'était le point de départ du roman à voix haute.
10:14C'était le moment où je me suis rendu compte qu'il y a quelqu'un qui manque dans ma
10:19famille,
10:20quelqu'un d'absent, qu'on ne nomme pas, qu'il y a une espèce de trou et de vide.
10:24Et alors petit à petit, parce qu'avant d'arriver aux archives, il a fallu tirer ce fil-là,
10:29mais petit à petit je suis arrivée aux archives russes, soviétiques,
10:34et j'ai traversé effectivement le pays pour y accéder.
10:38Sauf que ce que vous comprenez, c'est que, comment dire,
10:42de tout ça pour l'instant, je veux dire, aujourd'hui, on ne parle pas complètement à voix haute,
10:47on ne parle pas de manière complètement libre, on ne parle pas de manière complètement détendue.
10:52Qu'il est resté, chez les générations qui vous ont précédées,
10:56comment dire, l'empreinte et la marque du régime totalitaire,
11:00de la police politique, de l'espionnage,
11:02l'idée qu'on peut être toujours entendus par les voisins, dénoncés constamment,
11:06ce que vous appelez des petites manies.
11:08Alors ça, c'est chez le personnage du grand-père, c'est très présent,
11:11parce que pour lui, c'est ce que j'appelle la peur phréatique.
11:15C'est-à-dire ?
11:16Alors, c'est une peur qui est comme une rivière souterraine,
11:21comme un cours d'eau souterrain qui coule,
11:23mais qui est toujours présent,
11:24et c'est une peur qui peut être réactivée à tout moment.
11:27Et donc, lui, il apprend à sa petite-fille à avoir peur,
11:31à se méfier justement des voisins, de la porte d'entrée, des cloisons,
11:35parce que pour lui, même si ce n'est plus l'Union soviétique
11:38que ce n'est pas la même période,
11:39il a toujours peur que ce danger-là revienne.
11:43Et pour vous, cette peur, elle est restée, comment dire, incrustée, réellement ?
11:52Moi, j'en suis dépositaire, d'une certaine façon.
11:54En tout cas, j'ai toujours été élevée avec des sortes d'indices comme ça,
12:01peut-être de vestiges.
12:02Pour moi, ça appartenait au passé,
12:04mais on le voit aujourd'hui que ce danger-là a été réactivé.
12:08Écoutez la voix de Solzhenitsyn, écoutez son rapport à la langue russe.
12:14Chaque jour, depuis 35 ans.
12:19Au camp, j'ai passé tout mon temps à ce travail.
12:23Je ne pouvais pas faire autre chose.
12:27Aussi, je ne pouvais pas tenir un livre sur la révolution russe entre les mains.
12:32Mais un dictionnaire, c'était sans danger.
12:38Je me suis donc mis à retravailler les dictionnaires russes,
12:41en particulier le dictionnaire de Dahl.
12:44Et je l'ai fait pendant 35 ans.
12:48Parce que lui, c'est l'auteur de l'archipel du goulag, Alexandre Solzhenitsyn.
12:52Mais ce qu'on comprend, Paulina Panasenko, dans votre livre à vous,
12:55c'est que vous constatez à quel point il y a ce qu'on dit à voix haute et ce
12:59qu'on dit à voix basse.
13:00Il y a cette manière de chuchoter, de craindre.
13:03Mais il y a aussi la manière dont la langue, petit à petit, s'est transformée.
13:06Dont il y a des mots qui se sont effacés.
13:10Il y a des tournures qui se sont modifiées.
13:12Pour ne pas dire, pour ne pas qualifier, pour ne pas désigner, pour ne pas montrer.
13:17Oui, absolument.
13:18Mais je pense qu'il faut peut-être séparer la littérature du goulag, Solzhenitsyn, Shalamov,
13:23que j'ai lue, bien sûr, pour écrire ce livre.
13:25Mais ce qui m'intéressait dans ce livre, ce n'était pas tellement la génération qui a été déportée,
13:30ni même leurs enfants, ni leurs petits-enfants.
13:32C'est comment la langue porte ces stigmates encore aujourd'hui.
13:35Exactement.
13:36Comment cette expérience-là affecte le quotidien, la langue, le corps de ma génération.
13:43Comment on porte cet héritage-là à l'intérieur de notre façon de parler,
13:49ou de ne pas parler aussi.
13:50Ou de ne pas parler.
13:52Alors, quand vous ouvrez le dossier dans les archives du KGB,
13:58qui était la police politique russe, on dit l'UFCB, c'est ça maintenant ?
14:03Aujourd'hui, c'est le FSB.
14:04À l'époque, c'était même le NKVD.
14:06NKVD, voilà.
14:07Oui, parce que votre arrière-arrière-grand-père, c'est les années 20-30.
14:1030.
14:11C'est ça, c'est pile l'entre-deux-guerres.
14:14Vous découvrez aussi une langue, qui est la langue de l'administration dans les régimes totalitaires.
14:20À quoi il ressemble le dossier de votre arrière-arrière-grand-père ?
14:24Et d'abord, qu'est-ce qui lui est reproché ? De quoi il est accusé ?
14:26Alors, il fait partie de ceux qui ont été condamnés d'après l'article 58,
14:32qui désigne les ennemis du peuple.
14:34Et dans son cas, à lui, il s'agissait d'un homme qui a été désigné comme coulac,
14:39donc comme paysan riche, parce qu'il avait des animaux et un terrain qu'il cultivait.
14:48Et donc, il a été arrêté comme ennemi de classe, ennemi du peuple.
14:54Et donc, dans son dossier, quand on l'ouvre, il faut déchiffrer, il faut faire une sorte de traduction.
15:00Parce que quand bien même on parle le russe, quand on voit pour la première fois ces documents,
15:03on ne comprend rien.
15:04Non seulement il y a le vocabulaire de l'époque,
15:07et puis finalement, il faut avoir toute une connaissance historique, évidemment,
15:11pour arriver à le comprendre.
15:13Et puis finalement, c'est comme le regard qui s'habitue au noir dans la nuit.
15:19Finalement, il y a des choses qui commencent peu à peu à transpercer, à apparaître.
15:23Et tout ce qu'on cherche, c'est toujours la trace de l'humain.
15:26Parce qu'il y a tout l'appareil d'État qui est en route, les accusations, les questions.
15:31Le sergent d'État pose des questions.
15:32C'est de sa main aussi que les réponses sont écrites.
15:35On ne sait pas ce qui est inventé.
15:38J'ai très peu confiance dans les réponses qui sont inscrites.
15:40Bien sûr.
15:41Tout est tendu vers l'accusation et la condamnation.
15:44Néanmoins, bien sûr, la première chose qu'on cherche, c'est ce qui reste de vivant, en fait,
15:49qui n'a pas été écrasé par la machine.
15:52Et le peu que j'ai vu dans ce dossier, c'est une signature.
15:59C'est la seule chose qui est écrite de la main du condamné.
16:02C'est son nom, écrit à l'encre, qu'on voit une écriture trembler.
16:09On imagine la difficulté d'écrire, de tenir un stylo à ce moment-là.
16:14Et c'est la vision de cette signature, de ce nom, quand on le voit pour la première fois, c
16:20'est très intense.
16:22Et surtout, ce que vous comprenez, c'est à quel point aujourd'hui l'administration, le régime de Vladimir Poutine,
16:31tant a effacé cette mémoire du goulag, tant a effacé les crimes du stalinisme.
16:38Alors, c'est un mouvement qui a été progressif.
16:41Et au moment des recherches que j'ai menées, j'ai quand même pu les mener avec plus ou moins
16:48de difficultés.
16:49Et puis, ça a été de plus en plus compliqué jusqu'à la période actuelle.
16:53Dans la période actuelle, malheureusement, on sait que l'association Mémorial,
16:57qui donc s'occupait de la mémoire des victimes de la terreur, a été interdite en Russie.
17:05Aujourd'hui, le musée du goulag à Moscou a été fermé.
17:08Et il a été remplacé par le musée du génocide soviétique.
17:13Le musée du génocide soviétique qui raconte autre chose.
17:17Qui raconte comment le peuple russe est victime de la Seconde Guerre mondiale,
17:22est victime à verser du sang, est victime de la barbarie nazie, en réalité.
17:26Alors, moi, je n'y suis pas allée. Je ne sais pas quelles sont les expositions.
17:30Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que ça ne raconte pas du tout la même chose.
17:33Et puis, ça a été quand même fait dans les locaux même du musée du goulag qui, lui, n'existent
17:38plus.
17:39Donc, ce choix est assez symbolique, je crois.
17:43Donc, c'est comme une sorte de mémoire collective qui est en train de s'effacer.
17:48Et c'est ce que la narratrice comprend.
17:52Et c'est ce que vous, vous avez compris en travaillant sur le dossier de cet aïeul manquant.
17:57Ce trou dans l'arbre généalogique et dans l'histoire familiale.
18:01C'est-à-dire qu'il n'y a qu'en restituant des destins individuels qu'on peut faire comprendre
18:06l'ampleur des crimes du stalinisme.
18:08Parce que, collectivement, petit à petit, cette mémoire-là va disparaître.
18:12Oui, en tout cas, on nous fait sentir qu'elle est indésirable, cette mémoire-là, qu'elle n'est pas
18:16du tout la bienvenue.
18:17Et la particularité aussi, c'est que pour accéder aux archives, il faut souvent prouver son lien de parent.
18:24Et donc, on réduit ça à quelque chose d'individuel.
18:27Et ça empêche la recherche aussi historique, les historiens de faire leur travail.
18:31Et donc, si on ne va pas soi-même chercher le dossier de son disparu, personne ne pourra le faire
18:37à notre place.
18:39Paulina Panasenko a écrit à voix haute, l'a publié aux éditions de l'Olivier.
18:45Le Monde, la couronnée d'un prix littéraire à la rentrée.
18:48Merci beaucoup d'être venue sur France Inter.
18:50Merci.

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