- il y a 13 minutes
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Et si on s'est venu, c'est avec vous, Kenza El-Aoui.
00:03Et aujourd'hui, on va s'intéresser à quelque chose qui nous préoccupe un peu tous.
00:07Le boomscrolling.
00:08Alors, on va expliquer un petit peu ce que c'est.
00:11Alors, surtout se demander pourquoi notre cerveau nous pousse, comme ça,
00:14à faire défiler sur nos petits écrans, nos téléphones, nos smartphones,
00:19systématiquement des mauvaises nouvelles, alors que ces mauvaises nouvelles nous angoissent.
00:22Nous angoissent tous.
00:24Qu'est-ce qui se passe dans notre cerveau pour qu'on enchaîne, comme ça,
00:27les mauvaises nouvelles, et qu'on aille de l'une à l'autre sans discontinuer ?
00:30Alors, ce qui se passe, Rachid, c'est que notre cerveau est naturellement programmé
00:34pour repérer les menaces.
00:35Au cours de l'évolution, détecter un danger rapidement pouvait nous sauver la vie.
00:40Aujourd'hui encore, ce mécanisme fonctionne,
00:42même lorsque le danger nous arrive à travers un écran.
00:45Face à une image de guerre ou de catastrophe,
00:48une petite région du cerveau appelée amygdale participe à repérer,
00:52ce qui pourrait représenter une menace.
00:54Elle contribue à attirer notre attention sur les informations émotionnellement importantes
00:58et à préparer une réaction.
01:00Mais attention, l'amygdale n'est pas simplement le bouton de la peur.
01:03Elle travaille avec d'autres régions cérébrales
01:06qui nous permettent d'interpréter ce que nous voyons
01:09et de comprendre si la situation nous concerne.
01:12Ce qui est intéressant, c'est que notre cerveau ne traite pas
01:14toutes les informations avec la même importance.
01:16Les psychologues parlent de biais de négativité.
01:19Nous avons tendance à accorder davantage de poids aux informations négatives
01:23qu'aux informations positives.
01:25En clair, une mauvaise nouvelle peut davantage capter notre attention
01:27qu'une bonne nouvelle.
01:29C'est un mécanisme qui a pu être utile pour repérer les dangers,
01:32mais qui devient particulièrement sollicité sur nos écrans.
01:35Car aujourd'hui, une catastrophe ne se résume plus à une image au journal télévisé.
01:40On peut voir les premières images,
01:42puis les témoignages, les bilans, les réactions et les vidéos qui suivent.
01:46Et chaque nouveau contenu peut ramener notre attention vers l'événement.
01:49A cela s'ajoute un autre mécanisme,
01:52notre besoin de comprendre ce qui est incertain.
01:54Quand une situation est grave et que son évolution reste imprévisible,
01:58on cherche naturellement des réponses.
02:01Est-ce que le bilan s'est aggravé ?
02:02Est-ce que les secours ont retrouvé des survivants ?
02:05Est-ce que la situation risque de s'étendre ?
02:07Notre cerveau essaie de mettre à jour ce qu'il sait
02:09pour mieux comprendre ce qui se passe.
02:11Mais sur les réseaux sociaux, les informations arrivent en continu.
02:14Il y a presque toujours une nouvelle image ou un nouvel élément à consulter.
02:18Et c'est ainsi qu'une recherche d'informations
02:20peut progressivement se transformer en un défilement sans fin.
02:25Oui.
02:25Mais alors, comment des informations comme ça qui défilent sur nos écrans,
02:29en général c'est nos petits écrans, plus que les grands, sur les écrans,
02:34ces informations, comment est-ce qu'elles peuvent comme ça provoquer une réaction physique ?
02:37Est-ce que notre corps réagit comme si c'était lui-même qui était en danger ?
02:42Alors effectivement, il peut déclencher une véritable réaction de stress,
02:46même si nous sommes physiquement en sécurité chez nous, devant notre téléphone.
02:50Prenons un exemple.
02:51On regarde les images d'un attentat.
02:53Notre cerveau identifie une situation potentiellement menaçante
02:56et peut mobiliser les systèmes qui préparent le corps à réagir.
03:00Le premier, le système nerveux sympathique.
03:02C'est une partie du système nerveux qui met rapidement le système nerveux en alarme.
03:09La respiration peut devenir plus rapide et les muscles peuvent se tendre.
03:13Les glandes surrénales, deux petites glandes situées au-dessus des reins,
03:17libèrent notamment de l'adrénaline.
03:18Cette substance prépare le corps à réagir rapidement.
03:21Un autre mécanisme peut intervenir, la libération de cortisol,
03:25une hormone qui aide notamment l'organisme à mobiliser son énergie face au stress.
03:30Une vidéo bouleversante, puis un nouveau bilan humain,
03:32puis une autre scène dramatique.
03:35Chaque contenu peut raviver l'inquiétude.
03:37Cela ne signifie pas que le cortisol augmente automatiquement à chaque notification,
03:42ni que notre corps reste constamment en état d'alerte.
03:44Mais une exposition répétée à des événements traumatiques
03:47peut entretenir la détresse psychologique chez certaines personnes.
03:50Et il y a un autre élément important, la mémoire.
03:52L'hippocampe est une région du cerveau qui contribue à organiser nos souvenirs
03:56et à les replacer dans leur contexte.
03:58L'amygdale participe, elle, au traitement de leur dimension émotionnelle.
04:02Lorsqu'une image est particulièrement marquante,
04:05elle peut rester en mémoire et ressurgir plus tard, parfois sans qu'on le souhaite.
04:09On peut continuer à repenser à une scène après avoir fermé l'application,
04:12ressentir de l'inquiétude ou avoir du mal à s'endormir.
04:15Et ce phénomène ne touche pas tout le monde de la même manière.
04:18Notre histoire personnelle, notre état émotionnel
04:21et notre proximité avec les événements peuvent modifier notre réaction.
04:26– Et alors pourquoi, quand ces informations commencent à nous angoisser,
04:30telles que vous venez de décrire,
04:32on a parfois tendance à continuer, continuer, continuer encore à les consulter au lieu de s'arrêter ?
04:36– Alors c'est tout le paradoxe du dom-scrolling.
04:39On peut continuer à consulter des contenus qui nous font du mal
04:42parce qu'on espère y trouver une réponse ou simplement se sentir mieux.
04:46Imaginons qu'on découvre une nouvelle inquiétante.
04:48On veut savoir si la situation s'aggrave, si nos proches sont concernés
04:51ou si un autre danger se prépare.
04:54Alors on ouvre un article, puis une vidéo, puis un autre fil d'actualité.
04:58Et sur le moment, obtenir une information supplémentaire peut nous donner l'impression
05:02de reprendre le contrôle.
05:03Mais si l'incertitude persiste, le soulagement peut être de courte durée.
05:07On recommence donc à vérifier.
05:09Les psychologues étudient notamment ce type de comportement
05:12à travers la recherche de réassurance.
05:14On vérifie l'information pour calmer son inquiétude.
05:17Mais on peut finir par avoir besoin de vérifier de nouveau.
05:20C'est une boucle possible.
05:22L'inquiétude nous pousse à consulter.
05:24Les contenus ravivent l'inquiétude.
05:26Et cette inquiétude nous pousse à consulter encore.
05:29Il faut également parler de la dopamine,
05:30une substance chimique utilisée par les neurones pour communiquer entre eux.
05:34On la présente souvent comme l'hormone du plaisir.
05:37Mais son rôle est bien plus complexe.
05:39Elle intervient notamment dans la motivation, l'apprentissage
05:42et la recherche de récompenses.
05:44Elle contribue à nous pousser vers des actions dont nous attendons un résultat intéressant.
05:48Et dans le cas du dom-scrolling,
05:50chaque nouvelle consultation peut nous donner l'espoir
05:53de découvrir une information importante,
05:55une explication, un élément qui nous permettra enfin de comprendre la situation.
05:59Mais il faut éviter un raccourci.
06:00On ne peut pas affirmer que chaque nouvelle vidéo déclenche automatiquement une décharge de dopamine,
06:05ni expliquer tout le dom-scrolling par cette seule substance.
06:08Le comportement dépend de plusieurs mécanismes,
06:11notamment notre besoin d'information, notre état émotionnel et les habitudes que nous développons.
06:16Alors comment sortir de cette boucle sans se couper de l'actualité ?
06:19D'abord en choisissant des sources fiables et en évitant de multiplier les vidéos qui montrent plusieurs fois la même
06:25scène.
06:25Une répétition d'images ne signifie pas nécessairement qu'on comprend mieux ce qui s'est passé.
06:30L'objectif n'est donc pas de moins comprendre le monde,
06:33c'est de choisir comment on s'informe plutôt que de laisser le flux décider à notre place.
06:38Et c'est pour ça qu'il faut regarder Média TV.
06:40Tout à fait.
06:41C'est pour ça qu'il faut regarder particulièrement la matinale de Média TV.
06:43Exactement.
06:44Et comme ça, ça évite d'aller chercher toutes les images ici ou là,
06:48y compris des images choquantes,
06:49parce que nous, on fait attention à ce qu'on raconte et on fait attention aussi à ce qu'on
06:53montre.
06:54Merci beaucoup.
06:55Avec plaisir.
06:55C'était Science et Nous, comme chaque matin dans la matinale de Média TV.