- il y a 42 minutes
Programme diffusé le 15/10/ 2026 sur la plateforme du Projet Europe, Éducation, École :
https://projet-eee.eu/diffusion-en-direct-564/
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Agora européenne des lycéens 2026-2027
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https://projet-eee.eu/cours-classes-par-themes/
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Podcast du Projet EEE :
https://soundcloud.com/podcastprojeteee
https://www.deezer.com/fr/show/634442
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ÉducationTranscription
00:16Bonjour à tous, soyez les bienvenus sur la plateforme du projet Europe Éducation École
00:23qui ce matin propose une réflexion sur la philosophie, comment philosopher, que veut dire faire de la philosophie
00:36c'est Guillaume Pujard-Burner qui est avec nous, qui nous éclaire sur cette question
00:41et nous avons le plaisir d'accueillir dans cette salle de classe de très nombreux élèves du lycée Liberté à
00:48Bamako
00:48avec leur professeur André Gopagny, Hervé Adjier-Rebeck ainsi que M. Jean-Pierre Redjekra, le proviseur de l'établissement.
01:01Peut-être un mot encore M. le proviseur si c'est nécessaire, ça nous ferait plaisir de vous entendre
01:13et je ne voudrais pas oublier de saluer M. Gaëtan Pény qui est avec nous évidemment depuis Strasbourg.
01:19Merci, et depuis peu.
01:22Alors, je n'ai pas beaucoup de compétences philosophiques, mais j'ai un petit peu chahuté mes élèves
01:29en l'indiquant que sans être dans une obsession sur la question du genre,
01:35de féliciter les demoiselles qui ont davantage pris la parole sur la première partie.
01:39Donc, le challenge reste ouvert pour la deuxième partie. C'est un peu pour sa boutade. Voilà. Merci.
01:44Merci. Cher Guillaume, on s'abandonne au plaisir de t'écouter dans cette deuxième partie,
01:50donc de notre matinée sur, je peux vous dire, philosophie.
01:55Alors, merci de votre attention. Donc, je reprends le propos.
01:59Donc, dans la première partie, on a vu comment orienter philosophiquement sa pensée
02:04selon les deux grandes orientations, l'une consistant à partir d'une situation obscure
02:09à travailler à la rendre claire et l'autre, à l'inverse, consistant à partir d'une situation claire,
02:14mais peut-être un peu trop claire et suspecte, à avoir le courage d'aller débusquer
02:18une obscurité insoupçonnée qui détient peut-être la clé de la vérité de ce qu'on cherche,
02:24que ce soit le bonheur, l'inconscient ou quoi que ce soit d'autre.
02:27Donc, là, maintenant, dans la deuxième partie, c'est comment ces orientations
02:31vers le clair et vers l'obscur se structurent.
02:34Donc, l'idée, c'est orienter sa pensée et deuxièmement, la structurer,
02:38les deux étant indissociables. Alors, avant de vous exposer cette façon
02:43de structurer sa pensée, je veux juste un mot sur ce qu'a dit mon collègue
02:47tout à l'heure à la fin de la première partie, M. Pény, qui enseigne à Strasbourg,
02:50parce que ça me touche énormément, parce que ça renvoie à mon vécu.
02:55Et je peux vous dire, et c'est tout à fait absolument sincère,
03:00que si j'ai un peu de philosophie dans ma tête, je le dois à la classe de Terminal
03:06et aux questions prétendument naïves des élèves.
03:10Et j'ai des souvenirs nombreux et multiples où j'arrivais dans ma classe,
03:14ça m'arrive encore, mais j'arrivais jeune professeur dans ma classe
03:17avec mon cours qui était préparé. C'est moi qui connaissais Descartes
03:20ou Épicure ou qui vous voulez. Et un élève sortait une question
03:25spontanée, évidente, que je ne m'étais jamais posée
03:28et qui me faisait comprendre que je n'avais même pas moi-même compris
03:32ce que j'enseignais en fait, parce que c'était des mots finalement,
03:35c'était théorique, c'était abstrait, mais ce n'était pas philosophique.
03:39Et donc ça, c'est extrêmement important. Et ça, c'est une des règles
03:41du savoir-faire philosophique. On ne peut jamais dissocier une théorie,
03:46un concept d'un exemple concret, parce que l'exemple, c'est ce qui fait
03:49que j'ai vraiment compris en fait. Et tant que je n'ai pas le cas concret,
03:53je n'ai pas compris philosophiquement. Donc moi, j'ai une dette énorme
03:57envers les élèves et envers la vie de la classe, mais énorme.
04:00Et je pense que quand on s'en prive, ceux qui ne connaissent pas ça,
04:03ceux qui évitent en fait la terminale, c'est un manque créditoire.
04:09Ça ne se rattrape jamais, ça se voit tout de suite d'ailleurs.
04:12Je ferme la parenthèse parce que c'est vraiment très, très important.
04:15Et moi, j'ai exactement le même vécu. Et ce qui est touchant,
04:20c'est que finalement, on est au même niveau en fait. On peut avoir 20 ans,
04:2330 ans d'enseignement, de lecture. Au niveau de la vivacité,
04:28de la pertinence philosophique des esprits, on n'a pas forcément
04:32tellement d'avance en fait avec un élève qui découvre la philosophie.
04:35Et ça, c'est assez… Il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître.
04:39Mais c'est un vrai enrichissement. Enfin voilà, je ferme la parenthèse,
04:42mais je ne voulais pas laisser passer ça sans le dire parce que c'est vraiment
04:46très, très important. Et moi, ça aurait été une partie énorme de ma vie ça en fait.
04:51Voilà. Donc, merci effectivement aux élèves de nous rendre plus philosophes en fait.
04:58Voilà. Donc, c'est… D'ailleurs, c'est un cours. Un cours, ça marche dans les deux sens.
05:02Ça ne peut pas être qu'unilatéral. Voilà. Donc, je ferme la parenthèse.
05:06Alors, structurer sa pensée. Donc, ce qui est bien, c'est que de même que je disais,
05:11il y a mille et un philosophes, mais il y a deux orientations philosophiques.
05:16De même, il y a cinq structures élémentaires qui nous permettent de faire de la philosophie,
05:23quel que soit le texte, quel que soit l'objet, quel que soit le problème.
05:27Parfois, on me dit pourquoi cinq et pas quatre et pas six.
05:30J'y ai beaucoup réfléchi et je pense que c'est cinq.
05:33Ce n'est pas quatre et ce n'est pas six. C'est cinq. Voilà.
05:35J'attends les objections. Il ne suffit pas de dire oui, mais il y en a moins,
05:38il y en a plus. D'accord. Allons-y.
05:40Trouvons celle qui est en trop ou celle qui manque et regardons si c'est le cas ou pas.
05:45Voilà. Donc, c'est quoi ces structures ? Je reprends les exemples de la première partie.
05:49Comme ça, on reste sur le même terrain.
05:52Si je prends, par exemple, le rêve et l'inconscient.
05:57Première structure, première structure, l'étrange et le familier.
06:01Une structure, c'est deux idées opposées, comme la culture et la nature, si vous voulez.
06:07Donc, première structure philosophique, étrange, familier.
06:13L'inconscient se manifeste comme quelque chose d'étrange, précisément parce que c'est inconscient.
06:19Et donc, l'orientation peut être soit on part de cette étrangeté obscure du rêve et on va travailler à
06:27la clarifier,
06:27c'est-à-dire à le rendre familier. Finalement, je retrouve dans mon rêve, mon enfance, ma vie, moi-même.
06:34Je ne suis pas face à une girafe, à l'Himalaya, à je ne sais quoi.
06:38Je suis face tout simplement à ma propre histoire, à moi-même.
06:42Donc, on va de l'étrange vers le familier.
06:44À l'inverse, si on se méfie de cette science du rêve qui le rend clair peut-être un peu
06:52trop clair,
06:53à l'inverse, on va peut-être partir d'un rêve, d'un inconscient qui est familier parce que c
06:59'est un concept,
07:00qu'il y a une science de l'inconscient, etc., et s'enfoncer dans véritablement ce que l'inconscient a
07:06d'inconnaissable et d'étrange.
07:08Et là, on va du familier vers l'étrange.
07:10Ça, c'est l'une des premières structures.
07:14Il y a l'actif et le passif.
07:17Deuxième structure.
07:18Actif, passif, c'est quoi ?
07:20Ça recouvre les problèmes de liberté, etc.
07:22Mais pourquoi il faut prendre l'actif et les passifs plutôt que la liberté ?
07:26Parce que la liberté, ce n'est pas assez élémentaire.
07:29En fait, la liberté elle-même, elle dépend de l'actif et du passif.
07:32C'est-à-dire que la question, c'est est-ce que je subis mon incontentcient ?
07:37C'est mon passé qui pèse sur moi, comme je le disais.
07:40Ou au contraire, est-ce que c'est un alibi ?
07:43Et je suis tout à fait actif, mais je prends ça comme alibi pour me cacher à moi-même ma
07:48liberté et mon indépendance.
07:51Donc, actif, passif, c'est une seconde structure.
07:54Mais on la retrouve dans le bonheur.
07:55Ce que je vous disais sur le bonheur, si le bonheur, c'est heure, c'est ce qui m'arrive,
08:01c'est le coup de chance.
08:02Et le malheur, la malchance, c'est passif en fait.
08:07Il n'y a rien à faire, c'est que je croise les doigts, j'attends de gagner au loto.
08:11Donc là, on sera dans le passif.
08:12Alors que la béatitude, ce que les philosophes appellent la béatitude, c'est au contraire cet état de plénitude dont
08:19je suis responsable parce que j'en suis l'auteur.
08:21C'est le résultat de mon travail.
08:23Je fais un travail sur moi et sur mon rapport aux autres pour construire activement cet état de sérénité, de
08:29plénitude.
08:30Et donc là, ce n'est plus du bonheur parce que le bonheur, c'est passif.
08:33Le bonheur, ça se reçoit du dehors et il n'y a rien à faire.
08:36J'y suis pour rien.
08:39Donc, actif, passif.
08:40La troisième structure, c'est l'un et le multiple.
08:43Alors là, je reviens sur le rêve.
08:44Je vous ai dit tout à l'heure que Freud dit que dans notre vie consciente, nous avons des pensées
08:50différentes, des opinions, des idées, ce que vous voulez.
08:54Donc, nous sommes des singularités.
08:56Mais sitôt que nous tombons dans le rêve, alors là, nous avons un langage commun.
09:01Ça, c'est la structure de l'un et du multiple.
09:03C'est-à-dire qu'il y a du multiple au niveau conscient, une multiplicité d'individus, de croyances, d
09:08'opinions, de personnalités.
09:11Et dans l'inconscient, un seul inconscient, un langage universel.
09:16Donc, dans ma conscience, je me pose comme une singularité différente des autres.
09:21Mais dans l'inconscient et dans le rêve, je retrouve une unité commune à toute l'humanité.
09:27Et bien ça, par exemple, on peut faire une objection.
09:30Donc là, vous voyez, j'oriente ma pensée vers le clair avec Freud en allant trouver de l'unité dans
09:37l'inconscient.
09:38Une langue universelle.
09:39Un code commun à tous.
09:42Et donc, quels que soient les individus, je ne suis pas gêné par déchiffrer et par comprendre le rêve parce
09:50qu'il parle une langue universelle.
09:51Donc là, je clarifie, j'oriente ma pensée vers le clair avec la structure de l'un.
09:57Mais on peut obscurcir en allant vers le multiple.
09:59C'est ce qu'on appelle l'ethno-psychanalyse.
10:03Les ethnographes qui disent, mais d'où ça sort qu'il y aurait un inconscient universel ?
10:06Comment l'inconscient malien d'un enfant malien qui a grandi au Mali avec sa culture, sa religion, sa langue,
10:15son paysage, sa nourriture, etc.
10:16Sa musique, comment cet inconscient pourrait être le même que l'inconscient de quelqu'un qui vit en Suède, qui
10:25n'a pas la même langue, pas le même paysage, pas la même histoire, etc.
10:28Et donc là, on peut obscurcir l'inconscient par le multiple en disant, est-ce qu'il n'y a
10:33pas autant d'inconscients au minimum que de langage, que de culture, etc.
10:38Et voilà du coup, l'inconscient qui s'obscurcit parce qu'il s'émiette, on ne peut pas dire l
10:44'inconscient comme une unité, mais il y a des inconscients.
10:47Et là, je donne une obscure, j'oriente ma pensée vers l'obscurité en structurant cette orientation par le multiple.
10:56La quatrième structure, c'est l'être et le temps. L'être et le temps, c'est pareil. L'être,
11:02c'est que c'est fixé une fois pour toutes et ça ne bouge pas.
11:07Donc, on peut dire, voilà, il y a un être des choses, c'est fixé et on pense les choses
11:10comme ça.
11:11Et donc, quand une chose a la fixité d'une essence, ce qu'on appelle une essence en philosophie, en
11:15philosophie, c'est justement quelque chose qui est ce qu'il est et qui ne change pas avec le temps.
11:19C'est la différence entre l'essence et l'accident. L'accident, c'est ce qui change. L'essence, c
11:23'est ce qui reste le même.
11:24Par exemple, le triangle, il a une essence, ses angles font 180 degrés et ça, ça ne change jamais.
11:31Par contre, il peut être tracé à la craie sur le tableau ou au crayon sur le papier.
11:38Ça, c'est des accidents, ça ne change rien à l'essence du triangle.
11:42Donc là, on voit bien comment l'être rend les choses claires.
11:45Mais on peut aussi obscurcir notre pensée par le temps parce que le temps, c'est ce qui fait que
11:52les choses sont différentes, ne sont jamais les mêmes, sont toujours autres.
11:55Et ça, ça peut s'appliquer au bonheur.
11:57Je disais l'exemple du bonheur, on dit le bonheur comme s'il y avait une essence du bonheur.
12:01Est-ce qu'il y a une essence du bonheur ?
12:02Ça voudrait dire que ce soit la même essence, la même définition indépendamment du temps.
12:09Mais comme disait, je crois que c'est Monterland, l'écrivain français des débuts du 20e siècle, qui disait
12:19« Les relations commencent dans le champagne et finissent dans la camomille ».
12:23Bon, c'est une boutade, mais à 20 ans, on rêve de champagne, à 80 ans, on rêve de camomille.
12:30Donc, est-ce que le bonheur se laisse enfermer dans un être intemporel ou est-ce qu'au contraire, il
12:35n'y a pas autant de bonheur que d'époque ?
12:37Et même sans parler sur 20 ans ou 80 ans, j'ai 20 ans, je suis en pleine forme, je
12:43rêve d'aller faire du sport, c'est ça le bonheur.
12:46Mais si je suis malade, j'ai tout d'un coup la grippe, je suis au lit et tout, le
12:50bonheur, c'est de me mettre sous la couverture et de ne pas bouger et que la fièvre baisse.
12:56Et ça, ça change avec les circonstances de temps.
12:59Donc, là, à nouveau, on peut obturcir par le temps ou clarifier par l'être.
13:03Et la dernière structure, c'est le sens et le non-sens.
13:06Et ça, on l'a très bien dans le rêve.
13:09Par exemple, ce que fait Freud, comment Freud clarifie le rêve, comment il oriente sa pensée du rêve vers le
13:15clair.
13:15En utilisant la structure du sens et du non-sens et en allant trouver du sens sous ce qui apparemment
13:21n'en avait pas.
13:22En surface, le rêve a l'air complètement absurde et insignifiant, il dit n'importe quoi.
13:26Et avec la grille d'analyse psychanalytique, voilà que je découvre le sens profond et caché du rêve.
13:34Le rêve est chargé de signification.
13:36Et donc, je clarifie le rêve, j'oriente ma pensée vers la clarté du rêve, cet objet inconscient.
13:44Comment ? En donnant comme structure la structure du sens.
13:47Et à l'inverse, on pourrait faire dans l'autre sens.
13:50Comment je peux orienter ma pensée du rêve vers l'obscurité ?
13:55Cette fois, en le structurant par le non-sens, en allant vers le non-sens.
14:00Et c'est ce qu'on a dans ce que je disais, dans les poèmes surréalistes de l'écriture automatique,
14:06où tout d'un coup, c'est un défilé d'images qui se suivent, mais qui n'ont plus de
14:10cohérence,
14:11qui n'ont plus de sens, qui n'ont plus de signification.
14:13Et la plongée dans la vérité de l'inconscient nous heurte à l'insignifiance du rêve,
14:19à son absence de signification.
14:21Et là, on a orienté vers l'obscur en structurant avec le non-sens.
14:27Et ces cinq structures, je redis étrange familier, actif passif, un multiple,
14:36être étant sens et non-sens, vous pouvez structurer les deux orientations,
14:41partir de l'obscur, aller vers le clair, ou partir du clair et aller vers l'obscur.
14:45Et vous prenez n'importe quel texte du baccalauréat,
14:49vous verrez qu'il est orienté vers le clair ou vers l'obscur,
14:52et qu'il utilise au moins une structure, il oppose le temps et l'être,
14:56ou l'un et le multiple, ou l'actif et le passif, au minimum une,
14:59et il peut conjuguer, et dans une partie de Dissert, c'est la même chose,
15:02on peut conjuguer plusieurs structures, on peut avoir le multiple et le temps, etc.
15:09Voilà en gros ce que je voulais vous dire sur faire de la philosophie de façon élémentaire.
15:17Merci, merci beaucoup Guillaume.
15:21Je me tourne de nouveau vers les élèves du lycée Liberté à Bamako.
15:27S'ils ont des questions ou des remarques à faire, ils sont les bienvenus.
15:35Chers collègues, vous-même, si vous souhaitez prendre la parole, n'hésitez pas.
15:40On va laisser peut-être d'abord parler à les élèves, je pense.
15:44Et dans la salle de classe Bamako, le micro n'est pas activé.
15:55Allez-y, c'est bon.
16:12C'est bon.
16:13Allez-y.
16:27Oui, oui, on vous écoute, merci.
16:29Bonjour, alors ma question c'est, est-ce que la philosophie peut nous aider à trouver la vérité
16:34ou est-ce qu'elle nous apprend plutôt à remettre en question ce que nous croyons vrai ?
16:43Énorme question.
16:48Alors, c'est vrai qu'il y a quand même l'idée qu'on arrive, d'ailleurs quand on élève
16:53de terminale,
16:54mais nous-mêmes, on a tous des vérités en fait qui sont des évidences.
16:59Et donc, c'est vrai que la première démarche, ça va être de se méfier de ces vérités que je
17:03prends pour des évidences.
17:04Donc, c'est vrai que la première démarche, il y a quand même un prendre du recul par rapport à
17:09soi-même en fait.
17:11À instaurer un rapport distancié, critique, interrogatif envers soi-même en fait, envers ses propres vérités.
17:19Parce que comment je peux savoir si une évidence ou l'union que j'ai est vraie,
17:24si c'est juste parce qu'elle est évidente pour moi.
17:28Donc, ça, ce serait peut-être une première attitude.
17:31Maintenant, je pense que dans la philosophie, il y a quand même l'idée de chercher la vérité.
17:36Il y a quand même l'idée de chercher la vérité.
17:38Je veux dire, je reprends les exemples que je prenais.
17:40Freud, quand il analyse le rêve, il travaille pour découvrir la vérité de l'inconscient.
17:46La vérité de l'inconscient pour Freud, c'est que l'inconscient est un langage et qui se déchiffre.
17:52Alors, on ne peut pas s'abriter derrière juste la philosophie comme une méthode critique de doute et d'interrogation.
18:00Non.
18:01Et d'ailleurs, l'orientation vers le clair ou vers l'obscur, c'est ça la question.
18:06C'est quoi la vérité ?
18:08Est-ce que la vérité du bonheur, c'est que je m'en fais une idée claire, que je maîtrise
18:13et dont je suis l'auteur ?
18:14Ou est-ce que la vérité profonde du bonheur, c'est son obscurité ?
18:18C'est-à-dire que tout de même coup, je ne sais pas ce qui m'arrive, je ne comprends
18:21pas ma propre vie.
18:23Et c'est dans cet égarement et dans cette perte, vous savez, je ne sais plus qui je suis, ce
18:28que je fais.
18:29Et c'est là le comble du bonheur.
18:31Est-ce que ce n'est pas ça la vérité du bonheur, de perdre la tête, quoi ?
18:35Donc, il y a quand même l'idée de tendre vers la vérité, de chercher la vérité.
18:41C'est vrai que la philosophie, au fond, elle est orientée vers la vérité.
18:45Elle ne va pas prétendre la posséder comme un dogme, etc.
18:50Mais quand même, je ne pense pas qu'on puisse faire l'économie d'un souci de la vérité.
19:01Si je peux ?
19:03Oui, bien sûr.
19:06Bon, si mademoiselle veut parler, on va la laisser.
19:09Je pose.
19:11Vous m'entendez ?
19:14Oui, on vous entend.
19:16Moi, ma question est la suivante.
19:17Comment la philosophie peut-elle nous aider à mieux affronter les difficultés de la vie quotidienne
19:23et à prendre de meilleures décisions dans la vie ?
19:28Peut-être que mon collègue veut répondre, si vous voulez.
19:32Yes.
19:34Voilà.
19:35Alors, l'instant tant craint arrive maintenant parce que…
19:41C'est un acte manqué si j'ai eu tant de mal à télécharger Chrome, parce que j'ai bien
19:46vu,
19:46vous connaissez, j'avais déjà ouvert les travaux de M. Pichard de Goubert et je me suis dit,
19:50mais si je me retrouve face à lui, comment je vais faire pour être en désaccord ?
19:56Parce que ce n'est quand même pas possible.
19:57Deux philosophes qui se rencontrent, ils ne peuvent pas être d'accord.
20:02Et malheureusement, je suis d'accord avec l'essentiel de ce qu'a dit M. Pichard de Goubert depuis le
20:07début.
20:08Donc, que faire quand deux philosophes sont d'accord ?
20:10Elles sont vraiment d'accord sur tout.
20:12C'est vrai que la philosophie, c'est un champ de bataille.
20:14Ce n'est pas vrai.
20:15Parfois, ils se lisent d'ailleurs fort mal les uns les autres.
20:18Mais ce n'est pas vrai qu'il n'y ait pas de point d'accroche,
20:21pas de point d'accord, parfois, à partir de démarches très éloignées.
20:27Il y a deux choses qui ont été abordées, qui ont été bonnes avec de bonnes réponses.
20:31C'est la question de la vérité et maintenant la question,
20:34mais en gros, la philosophie, ça sert à quoi pour être la vie quotidienne
20:39et nous orienter dans la vie ?
20:41C'est ce que dit Descartes.
20:43On cherche des vérités fondamentales, une méthode pour bien s'orienter dans cette vie.
20:48Et donc, on ne peut pas évacuer, c'est une question naïve,
20:50à quoi ça sert la philosophie pour la vie ?
20:52Non, les plus grands philosophes se la posent, donc c'est une question importante.
20:58Pour revenir sur ce que ça apporte, la philosophie,
21:00ce que j'avais dit au début, on a la grande chance,
21:03quand on commence un terminal, d'avoir face à nous des jeunes gens
21:08qui ne savent pas forcément que le mot « essence »,
21:10ça ne veut pas juste dire l'essence qu'on met dans une auto.
21:13Est-ce qu'on a un père un petit peu de vue
21:14quand on a fait cinq ans d'études de philosophie ?
21:17Donc déjà, ce que ça apporte à l'enseignant et aux élèves,
21:21c'est peut-être la surprise de comprendre
21:26que ce qui est évident pour l'un n'est pas évident pour l'autre,
21:28parce que déjà, un grand travail à faire et à commencer par la philosophie.
21:32Déjà, apprendre ça, c'est beaucoup.
21:34Et ce que vous pouvez commencer à faire,
21:35est-ce que la philosophie peut déjà vous apporter
21:41maintenant, dans cette année de terminale,
21:44c'est le fait d'oser ne pas savoir ?
21:47Le fait d'oser, me demander, monsieur, vous avez employé un mot,
21:50je ne sais pas ce que ça veut dire,
21:53parce que vous êtes déjà en terminale d'un parcours scolaire un peu riche,
21:57tant mine de rien,
21:58et il faut être bon, il faut avoir de bonnes notes,
22:02il faut bien répondre aux questions qui sont posées.
22:06Et déjà, si vous pouvez gagner quelque chose,
22:07mais pour votre existence,
22:08c'est le fait de vous oser dire,
22:11je ne comprends pas.
22:13Osez vous dire, monsieur, je ne comprends pas,
22:15je ne suis pas d'accord,
22:16et comme ça, le cours de philosophie commence,
22:18pour vous et pour l'enseignant aussi.
22:21Maintenant, qu'apporte la philosophie pour la vie,
22:24si on continue ?
22:25Je veux dire que j'ai,
22:26vers 21, 22 ans, j'ai eu une grande crise,
22:28parce qu'il y a un certain nombre d'auteurs
22:30qui me sont tombés des mains,
22:31quand j'ai commencé à bien les comprendre.
22:34Parce que la philosophie comme étude,
22:36en tout cas, ce que ça apporte,
22:37c'est peut-être une maîtrise de la langue,
22:39et quand on y voit clair chez certains,
22:41on se dit, c'était peut-être pas si profond que je le pensais.
22:43Et puis, en avançant,
22:44j'ai repris quand même la philosophie,
22:46je suis revenu, parfois je suis revenu à des auteurs
22:48à côté desquels j'étais passé, Platon.
22:51Les Antiques, l'Antiquité.
22:52Pourquoi ? Parce que c'est des gens qui abordent des problèmes
22:55qui ont été vus, revus depuis,
22:56mais avec leurs moyens,
22:57qui étaient peut-être des moyens premiers, plus simples,
23:00paraît-il,
23:01et qui pourtant sont allés très loin.
23:04Donc, pour la vie quotidienne,
23:07d'abord, apprenez ce courage de ne pas savoir
23:09et de se questionner.
23:10Ça, c'est déjà quelque chose que vous pouvez gagner maintenant.
23:15Et si c'est gagné maintenant,
23:16il y a des chances que vous ne puissiez plus désapprendre,
23:19même si parfois on perd un petit peu en fraîcheur,
23:21en curiosité.
23:22Ensuite, la philosophie comme étude scolaire,
23:25ça apprend peut-être pas la vérité ultime,
23:28mais au moins une certaine forme de maîtrise de la langue
23:32qui ne rend pas toujours heureux, d'ailleurs,
23:34parce que quand on y voit clair dans certaines choses,
23:36j'ai passé certains mauvais moments.
23:38Mais je pense qu'on peut avancer en clarté,
23:42ne serait-ce que dans la position des problèmes,
23:43que M. Piger de Goubert vous l'a dit.
23:46Et donc, peut-être qu'on n'arrive pas à la vérité ultime
23:49en travaillant et en avançant en philosophie,
23:53mais on progresse.
23:55Et il y a des messieurs comme Wittgenstein
23:57qui disent qu'un philosophe, tout ce qu'il peut apporter,
23:59c'est un ensemble d'éclaircissements,
24:00que ce n'est pas une œuvre philosophique.
24:02Et c'est déjà beaucoup si on y arrive.
24:04Donc, peut-être qu'on n'arrive peut-être pas à la vérité ultime,
24:06mais au moins, on avance.
24:09Et c'est tout ce que je vous souhaite.
24:11Et vous avez déjà commencé.
24:13Ensuite, pour que la philosophie éclaire la vie quotidienne,
24:16il faut avoir une vie quotidienne.
24:19Certains Descartes disaient que, oui, il faut un philosophe,
24:21la métaphysique, c'est bien, mais quelques jours par an, pas plus,
24:24parce qu'il était aussi mathématicien,
24:26il a une correspondance, c'est un scientifique.
24:29Un philosophe, ça ne vit peut-être pas que de la philosophie,
24:32et c'est peut-être parce qu'il a une vie ailleurs
24:34que la philosophie va pouvoir éclairer cette vie-là.
24:39J'aurais à répondre à partir de moi.
24:43C'est un peu les tripes qui parlent,
24:44plus que le technicien, mais je ne suis pas un grand technicien.
24:48Mais M. de Gubin a peut-être quelque chose à rajouter.
24:50Mais je pense que ma position de professeur de terminale
24:53me convient très bien.
24:56C'est bien, on va écouter la question, si vous voulez.
25:02Bonjour.
25:04Donc moi, ma question, c'est comment un débutant en philosophie
25:08peut réellement philosopher les cinq structures que vous avez données ?
25:14Justement, c'est ça le but.
25:16C'est ça le but de cette méthode.
25:18D'ailleurs, pour vous répondre concrètement,
25:21moi, je suis professeur de philosophie depuis quand même assez longtemps,
25:24ça doit faire plus de 30 ans, largement.
25:27Et donc, je me suis demandé depuis ma première année,
25:30comment on fait pour enseigner la philosophie ?
25:33Parce que c'est difficile d'enseigner la philosophie, en fait.
25:35C'est-à-dire, comment on va rendre ça clair à des élèves
25:37qui ne connaissent rien, qui découvrent,
25:39et qui n'ont que neuf mois pour apprendre à en faire ?
25:41Donc, ça a été une obsession, mais permanente.
25:45Donc, j'ai voulu vraiment simplifier pour moi-même, déjà.
25:49Et puis, du coup, pour les élèves, ce que je vous explique,
25:52c'est comment, moi, je comprends la philosophie.
25:54Je me suis dit, comment, moi, j'arrive à peu près à comprendre
25:56et comment je vais essayer de faire comprendre aux élèves ?
26:00Et je pense, justement, que ces structures élémentaires,
26:06elles permettent de comprendre tout de suite profondément la philosophie.
26:10Et d'ailleurs, ces structures, je ne les ai pas sorties de mon chapeau.
26:13Si vous lisez Platon, c'est Platon qui les utilise.
26:15Alors, tous les philosophes les utilisent,
26:17mais chez Platon, l'avantage, c'est qu'il le dit franchement.
26:20Je vous prends juste un exemple.
26:21Par exemple, vous avez, en terminale, il y a l'art.
26:23Comme notion, il y a l'art.
26:25Je prends juste un exemple.
26:28Il y a un dialogue de Platon qui s'appelle l'Hipias majeur
26:30et ça porte sur le beau, sur la beauté.
26:32Qu'est-ce que la beauté ?
26:33Et là, il y a Hippias qui est devant Socrate.
26:35Socrate lui dit, alors, c'est quoi la beauté ?
26:37Et Hippias, il dit, la beauté, qu'est-ce que c'est ?
26:39Je ne sais pas, moi, une belle jument,
26:42un beau paysage, une belle marmite.
26:44Voilà.
26:45Et il donne des exemples comme ça.
26:47Et Socrate lui dit, non, non, mais tu ne comprends pas.
26:50Je ne t'ai pas demandé des exemples de ce qui est beau.
26:53Qu'est-ce qui est beau ?
26:54Une jument, un paysage, une marmite.
26:56Moi, je te demande, qu'est-ce que le beau ?
26:59Pour le coup, la question de l'essence.
27:01Quelle est l'essence du beau ?
27:02Et là, ça veut dire quoi ?
27:03Ça veut dire la question de l'unité.
27:06Tu m'as donné une multiplicité de choses.
27:10Jument, paysage, marmite.
27:11Ça, c'est une multiplicité de choses différentes.
27:13Oui, mais si tu dis une belle marmite, un beau cheval, un beau paysage,
27:19c'est bien qu'il y a quelque chose de commun.
27:20Le beau, le beau, le beau.
27:22Et moi, c'est ça que je veux comprendre.
27:25Et donc là, la leçon que Socrate fait à Ipias,
27:28c'est de ramener la multiplicité à l'unité.
27:32C'est de ramener le multiple à l'un.
27:33C'est exactement ce travail-là.
27:38Donc, c'est une structure élémentaire qu'on a chez les philosophes.
27:42Et ça, vous pouvez le faire, vous, le jour du bac, pour n'importe quel sujet.
27:45On vous dit l'inconscient.
27:47Mais est-ce qu'il y a une unité de l'inconscient ou est-ce qu'il n'y a
27:49pas des inconscients ?
27:51On va vous dire la justice.
27:53Vous avez la justice au programme.
27:55Est-ce qu'il y a une unité de la justice ou est-ce qu'il n'y a pas
27:57des justices ?
27:58Par exemple, la peine de mort est autorisée aux États-Unis.
28:01Elle est interdite en France.
28:04Donc, est-ce qu'il n'y a pas une multiplicité de justice ?
28:06Ça fait déjà une prise pour poser un problème philosophique élémentaire.
28:10Élémentaire veut dire profond.
28:12Et ça, vous pouvez l'avoir avec ce que vous voulez.
28:15Même la vérité, vous avez la notion de vérité.
28:17Est-ce qu'il y a une unité de la vérité ou est-ce qu'il n'y a pas
28:19une multiplicité ?
28:20La vérité scientifique, la vérité religieuse, la vérité philosophique.
28:24Est-ce qu'on peut ramener ces vérités multiples à une unité ?
28:28Ça vous fait déjà une prise très concrète, élémentaire et philosophique.
28:37Oui, on peut écouter votre question si vous voulez.
28:44Ah, il n'y a pas le son.
28:48Excusez-moi, vous nous entendez ?
28:50C'est bon, merci beaucoup.
28:52Est-ce qu'il ne serait pas judicieux que vous preniez la dernière série de questions
28:56et vous répondez une fois puisqu'il ne reste pas beaucoup de temps ?
28:58Allez, très bien.
29:00Est-ce que l'individu qui laisse les autres décider à sa place est-il réellement
29:04passif ou exerce-t-il malgré tout une forme de pouvoir ?
29:13La question est retenue, on passe à la deuxième.
29:16Oui, je note les questions.
29:24Alors, lorsque vous avez parlé de l'un et du multiple, je voulais savoir si on pourrait
29:30justifier l'un par le fait de la mondialisation.
29:34Parce qu'aujourd'hui dans le monde, on se ressemble un peu tous à cause des connexions
29:40et des cultures.
29:53Alors, plutôt vous avez lié conscience, inconscient et bonheur.
30:03Je voudrais donc savoir si philosopher, c'est être dans une quête de vérité ou dans une
30:08quête de bonheur.
30:09Et de ce fait, laquelle des deux devrions-nous sacrifier ?
30:15Devrions-nous sacrifier le bonheur pour la recherche de vérité, sachant que la vérité
30:20et le bonheur rentrent parfois en contradiction ? Ou devrions-nous accepter la vérité en contradiction
30:30au bonheur ?
30:44J'aimerais savoir si l'enseignement de la philosophie cherche à former des esprits libres.
30:49comment expliquer que l'élève soit évalué sur des critères définis par celui qui
30:53l'enseigne, ne risquant pas de récompenser une manière de penser plutôt qu'une autre.
31:10D'accord, c'est bon ? J'essaye de répondre à ces quatre questions un peu rapidement,
31:16mais qui sont toutes excellentes, je les prends dans l'ordre où elles ont été posées.
31:24Donc, est-ce que l'individu qui laisse décider quelqu'un à sa place, il est innocent, il
31:33est irresponsable ou est-ce qu'il a une responsabilité, une part de pouvoir ? C'est ça la question.
31:37Alors là, justement, pour le coup, là, pour le comprendre, pour poser ce problème-là,
31:42ça met en jeu la structure de l'actif et du passif. Est-ce que l'individu qui dit,
31:46oh ben moi je ne sais pas, est-ce qu'on doit inviter un tel à mon anniversaire, à ton
31:52anniversaire,
31:53oh je ne sais pas décider, je vous laisse décider. Est-ce que là du coup, il n'a pas
32:00d'activité,
32:01parce qu'il s'est sorti du choix ou est-ce que, comme on dit, qui ne dit mot consent
32:05? Et qui ne dit mot consent,
32:07c'est-à-dire que ce n'est pas parce que j'ai laissé décider les autres que ce n
32:09'est pas une manière
32:12d'être activement solidaire de la décision et de me masquer mon activité. Donc là, on est tout à fait
32:20dans la structure de l'actif et du passif. Ça, c'est la première chose que je dirais.
32:25Après, la deuxième question sur la mondialisation, c'est excellent, excellente question et c'est tout à fait
32:32l'un et le multiple. Donc, votre question me fait plaisir parce que vous avez tout de suite compris
32:36comment vous pouviez utiliser l'un et le multiple en l'illustrant. Et effectivement, la mondialisation,
32:42c'est un seul monde avec une seule culture. En fait, effectivement, quand il y a un grand blockbuster
32:48américain qui sort, il sort partout dans le monde. Et donc, on va avoir même la même musique,
32:54la même langue. D'ailleurs, l'américain, pas l'anglais, l'américain tend à devenir
32:59la langue mondiale. Donc, on a cette unité. Et ce serait quoi le multiple ? C'est évidemment
33:05la diversité culturelle et linguistique, c'est-à-dire la culture du Mali par rapport
33:10à la culture du Congo ou du Togo ou de ce que vous voulez. Et même au sein du Mali,
33:17j'imagine bien qu'il y a une multiplicité de cultures, d'ethnies, de langues, etc.
33:22Bon. Et donc, là, on est tout à fait dans cette question, une question à la fois politique
33:29et culturelle, mais qui est une question philosophique. Comment cultiver les différences,
33:34donc la multiplicité des langues, des imaginaires, des cultures, sans les écraser
33:41sous une entité abstraite ? Et en même temps, comment faire pour que ces diversités,
33:48ces multiplicités de cultures ne soient pas conflictuelles, mais fassent une sorte d'orchestre
33:53comme un orchestre de jazz et une unité ? C'est cette question-là. Donc, vous avez dit
33:58la mondialisation. Peut-être qu'effectivement, la mondialisation, c'est le nom pour une unité
34:03qui écrase les différences. Et peut-être que ce que Kant appelle la cosmopolitique,
34:10c'est-à-dire une politique à l'échelle du monde, ce serait une politique qui orchestrerait
34:16les différences au lieu de les éradiquer et de les écraser. Voilà, ça, je dirais ça.
34:22Troisième problème, c'était donc sur vérité et bonheur. Ça, c'est un très bon problème aussi.
34:30Là, on est pour le coup sur actif, passif et étrange familier. C'est-à-dire que pour prendre
34:38un exemple de conflit entre le bonheur et la vérité, c'est-à-dire que je vais chez le médecin
34:44et puis il regarde mes analyses de sang. J'ai un cancer, je suis mort dans trois mois.
34:50Est-ce qu'il me le dit ou pas ? Est-ce que je veux savoir ? S'il me
34:53le dit à partir du moment
34:54où je sais que je suis condamné, mes trois mois, ils sont foutus. Comment je vais réussir
34:59à avoir l'air léger, chantonner, être joyeux ? Donc là, on a un conflit frontal
35:05entre la vérité et le bonheur. Ça, ça illustre exactement ce que vous dites.
35:09Et il y a un très beau texte de Descartes où il dit, lui, qu'être philosophe,
35:14c'est justement choisir la vérité et même si on doit être moins gai.
35:18Et il dit sinon, si on préfère le bonheur, si il vaut mieux préférer le bonheur
35:22et sacrifier la vérité, il dit autant s'enivrer, autant prendre de l'alcool,
35:27des drogues, de tout ce que vous voulez. Lui, il ne dit pas de la drogue
35:29et de l'alcool parce que ce n'est pas son vocabulaire, mais c'est exactement
35:32ça qu'il dit. Et donc, être dans une sorte d'illusion plutôt que dans ce choc
35:36de la vérité qui est tellement étrange, tellement violente et qu'on subit
35:41tellement qu'on ne peut pas l'endurer, la supporter.
35:46Et sur le dernier problème que j'ai trouvé excellent aussi, très taquin,
35:50très critique, c'est très bien. C'est quoi votre philosophie, esprit critique,
35:55esprit libre alors qu'il y a un examen, un bac et que finalement, à la fin,
35:59on va subir le critère d'un individu, le prof qui va nous corriger.
36:05Donc là, c'est tout à fait l'un et le multiple. Est-ce qu'il y a une unité
36:10de la philosophie au bac ? Là, pour le coup, en terminale, est-ce que l'examen
36:14du baccalauréat garantit une unité des professeurs et des correcteurs
36:19et donc une égalité de traitement des candidats ? Là, l'égalité, c'est la
36:24traduction juridique de cette unité. Est-ce qu'il y a une égalité des candidats
36:29ou est-ce qu'on va subir la particularité du correcteur ? Alors là, je vous dirais
36:35deux choses quand même. D'abord, au baccalauréat, il y a des commissions
36:39d'harmonisation et d'entente. On est les seuls en philosophie
36:43à avoir les deux. Dans les autres disciplines, ils ont des commissions
36:46d'harmonisation, mais pas des commissions d'attente. Donc nous, on se réunit
36:49deux fois. D'abord, pour s'entendre sur ce qu'on était en droit collectivement
36:53d'attente des élèves et ensuite, une fois qu'on a corrigé, d'harmoniser
36:57nos échelles de notes, nos hiérarchies. Est-ce qu'on est bien d'accord
37:00qu'entre trois copies, pas forcément sur la note exacte, mais celle-là est
37:05moins bonne que celle-là, qui est moins bonne que celle-là.
37:08Donc, il y a un travail pour unifier, harmoniser veut dire unifier
37:12nos critères. Et donc, quand je corrige le bac, je ne suis pas en train
37:17d'être moi, Guillaume Pijard de Gurebert. Par exemple, si je corrige une copie,
37:20comment il n'a pas mes cinq structures ? Allez, boum, je le censure.
37:23Ben non, je deviens un correcteur impersonnel, collectif, riche des façons
37:28de faire de mes collègues. Et je dois à l'élève que je corrige une correction
37:34qui est une correction égale. Donc, là, on est dans l'unité des professeurs
37:39de philosophie. Et donc, ça ne peut pas être le critère. Là, c'est vraiment
37:42une question de droit. Le critère ne peut pas être le caprice
37:46d'un correcteur individuel. Mon prof, bon, il est génial et tout.
37:50Oui, mais c'est qu'un prof parmi d'autres. Et donc, cette multiplicité de profs
37:53doit former un correcteur anonyme, commun, collectif. C'est ça l'idée.
37:59Mais ça se produit, ça se travaille. Voilà.
38:06Est-ce que…
38:07Il y a encore le moyen d'ajouter quelque chose rapidement.
38:09Bien sûr.
38:12Il y a des choses très importantes qui ont été abordées, encore une fois,
38:14des questions très importantes qui ont été abordées et sont bien répondues
38:17d'ailleurs. Deux points quand même sur… On vous demande le travail,
38:22l'un et le multiple en philosophie. Et puis, il y a une jeune femme
38:25qui a posé une très bonne question sur la mondialisation,
38:28qui toujours, cette fameuse unité mondialisée, ça a toujours été
38:31une unité impériale, quelles que soient les puissances d'ailleurs.
38:35Mais je ne suis pas sûr que l'un et le multiple dont parle Platon,
38:38par exemple, soit ce un impérial. On vous demande en philosophie
38:42de réfléchir au fait que les mots ont plusieurs sens, que ces sens
38:46peuvent s'unifier ou s'entrechoquer peut-être définitivement.
38:50Et c'est ça qu'on vous demande de faire.
38:52Et ce que disait, je pense, très justement M. de Goubert en disant
38:54qu'il faut jouer entre l'un et le multiple. Mais je ne pense pas
38:58que l'un platonicien soit impérial quand il demande à chercher l'unité
39:04sous les différents exemples de mots, par exemple.
39:06C'est une très belle question, très importante question.
39:09Mais je crois qu'il faut la distinguer aussi de cet un et multiple
39:13qu'on fait jouer quand on travaille la pensée.
39:16Sur l'opposé, l'opposition entre vérité et bonheur, j'ai bien du mal
39:20à la faire parce qu'on voit mal un bonheur qui serait basé que sur le mensonge
39:24ou la dénégation du réel. Après, ça nous emmène vers des problèmes
39:31compliqués. Certains épicuriens vous diraient fort bien, par exemple,
39:34pour vivre heureux, vivons cachés. On n'est peut-être pas obligé
39:36à la transparence totale pour être heureux, même si on voit mal un bonheur
39:41fondé sur le seul mensonge. Mais bon, on n'a pas le temps de développer
39:45beaucoup. Sur la question très importante qui a été posée sur la notation.
39:49Alors, j'invite, je crois que c'est un jeune homme qui a posé la question
39:52à la fin. Quand même, je vous invite à aller voir les critères de correction
39:57qui sont en libre accès sur EduSchool. Et on juge une copie d'abord à sa capacité
40:02à formuler plus ou moins adroitement un problème à la question.
40:08On ne va pas juste répondre directement sans analyser la question posée.
40:13On pose un problème à partir de la question et on revient sur l'origine
40:16de ce problème. C'est ça, la spécificité de la philosophie.
40:19Parce que la multiplicité des sens, vous l'avez déjà dans et par le langage.
40:23Donc, ça, ce n'est pas une originalité de la philosophie.
40:26Travailler l'un et le multiple, comme vous l'a dit M. de Goubert,
40:29ça, c'est peut-être l'originalité de la philosophie.
40:33Maintenant, sur les critères, on a des critères élitistes,
40:36comme matière de philosophie, horriblement élitistes.
40:38Et peut-être que ça favorise des élèves qui, voilà, ont déjà un certain bagage,
40:43savent un peu écrire.
40:45Et alors que parfois, des élèves, moi, j'ai eu la chance d'avoir brièvement
40:49un atelier en bac pro, d'avoir enseigné en prison, d'avoir eu des élèves
40:52qui parlaient à peine français.
40:54Et on a parfois des interrogations extraordinaires qu'on ne peut peut-être
40:59pas récompenser comme on le voudrait dans les cadres d'un programme officiel.
41:02L'autre problème, c'est que nous sommes seuls.
41:05Et moi, je sais que j'ai beau essayer de faire un cours très…
41:09qui ne reflète pas mes propres dada que je peux avoir par ailleurs,
41:12mes propres sujets de recherche ou d'écriture, et j'essaye de donner
41:16une culture philosophique générale que je crois nécessaire.
41:20Reste qu'on est seul, qu'en bien ou en mal, on restera,
41:24pour l'essentiel de nos élèves, le seul professeur de philosophie
41:28qu'ils ont eu, et que la philosophie, ça sera associé à vos petites blagues,
41:34à votre habillement, il y aura un vague souvenir de mes mèches
41:38qui resteront associés à la philosophie, ce qui n'est pas forcément
41:41une très bonne chose, et ce serait sans doute, mais ça, on l'a dit
41:44X fois depuis, et les gens de bord aussi opposés que M. Bouvresse
41:48et Derrida ont dit X fois qu'il faudrait commencer plus tôt.
41:51Et j'aimerais bien ne pas être le seul professeur de philosophie
41:54de mes lycéens. Mais faites-vous confiance, jeune homme, jeune Jean,
42:02et vraiment, vous ne serez pas corrigés par le méchant professeur
42:05que vous avez été obligé de subir devant vous, mais par quelqu'un d'autre.
42:08Ça aussi, on a encore cette chance d'avoir une épreuve terminale,
42:13et c'est une grande chance.
42:16Merci, mes chers collègues. Un mot, monsieur le proviseur,
42:20si vous voulez bien, parce que nous arrivons vraiment au terme
42:22de ce programme.
42:27Au nom de tous les élèves qui sont ici présents, on voulait forcément
42:31et nécessairement avoir la gratitude de vous remercier pour ces échanges
42:36qui ont été extrêmement danses et riches.
42:38Et je vais peut-être leur demander d'applaudir pour ce bon moment
42:40que nous avons passé.
42:43Merci bien.
42:46C'est moi qui vous applaudis.
42:49Voilà.
42:51Un retour réciproque.
42:53Mille merci à tous les élèves, à tous les collègues qui les accompagnent.
42:59À l'administration du lycée, nous avons débauché, comment dirais-je,
43:05dessiné un chemin.
43:07Nous le continuerons le 12 novembre prochain.
43:13Merci, cher Guillaume, d'avoir préparé cette matinée.
43:17Je me permets de recommander une fois de plus ton livre
43:21« Philosophé, mode d'emploi » paru chez Armand Collin.
43:24Je remercie notre cher collègue, bien étant béni, de Strasbourg.
43:31Et surtout, un petit mot à Jean-Luc Gaffard
43:34qui nous a permis d'établir ce contact tellement intense
43:38entre diverses régions du monde.
43:43Très, très, très grand merci, cher Jean-Luc.
43:46Je sais que ce n'était pas facile de mettre en place.
43:49Donc, notre programme sera disponible en vidéo d'ici quelques jours.
43:53Il sera également disponible en podcast sur SoundCloud,
43:57Deezer, Spotify, etc.
44:01Bonne journée à tous, bonne continuation philosophique
44:04et merci à tous pour votre très belle matinée.
44:10Merci.
44:32Sous-titrage Société Radio-Canada
44:35Sous-titrage Société Radio-Canada
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