00:01Avec vous Étienne Gernel, directeur du Point. Le 7 octobre 2025, il y a un an donc, Edouard Philippe prononçait
00:08ses mots, c'était sur RTL.
00:09Aujourd'hui, l'État n'est plus tenu. Et il me semble qu'il s'honorerait si par exemple il
00:14annonce qu'il organise une élection présidentielle anticipée.
00:17C'est une façon de faire. Il doit aujourd'hui prendre la décision qui est à la hauteur de sa
00:22fonction.
00:22L'ex-premier ministre d'Emmanuel Macron appelait le chef de l'État à quitter l'Élysée après l'adoption
00:29d'un budget pour organiser une présidentielle anticipée, sortir de la crise.
00:32Et vous nous dites ce matin, Étienne, qu'Emmanuel Macron aurait mieux fait de l'écouter.
00:37Oui, alors le président et son entourage ne l'ont pas bien pris à l'époque.
00:41Mais le chaos actuel montre que ça n'était pas absurde et que c'était peut-être même dans son
00:48intérêt à lui.
00:49Et d'abord, premier bénéfice pour Emmanuel Macron, il se serait épargné le calvaire des six mois qui nous séparent
00:55de la présidentielle et qui s'annonce pénible pour tout le monde, dont lui.
00:59Le président devient une sorte de boule de flipper aujourd'hui, balotté entre les crises sociales, sécuritaires et financières.
01:06Des crises d'ailleurs qui s'entretiennent les unes les autres.
01:09Regardez l'effet des émeutes. Le taux des emprunts de l'État français à 10 ans ont franchi le seuil
01:13psychologique des 5% hier.
01:15C'est catastrophique. Et on voit mal comment ça va s'arranger avec un budget politiquement introuvable.
01:21C'est une fin de règne quasi crépusculaire qui se profile pour le président.
01:25Et par ailleurs, par ailleurs, anticiper son départ lui aurait peut-être permis de préserver mieux son bilan.
01:31C'est le deuxième avantage pour lui.
01:32En quoi cela aurait préservé son bilan, Étienne ?
01:34Il aurait pu éviter de sacrifier la seule réforme d'ampleur de son deuxième mandat, la réforme des retraites.
01:41Si cette réforme a été suspendue, souvenez-vous, c'est pour obtenir des socialistes qui ne censurent pas le gouvernement.
01:47Donc pour mettre fin à l'instabilité gouvernementale, ce qui lui est offert à lui aussi un petit peu de
01:54répit.
01:55L'organisation l'an dernier d'une présidentielle anticipée aurait pu éviter ce sacrifice
01:59puisqu'au fond, la question des retraites aurait été tranchée par l'élection elle-même.
02:04Et puis, c'est mon troisième point.
02:06C'était rétrospectivement, on peut le dire, le dernier moment pour le faire.
02:10Donc ça veut dire que maintenant, il ne faudrait plus avancer l'élection, c'est trop tard ?
02:13Mais surtout pas ! Surtout pas !
02:15Aujourd'hui, avec les émeutes, avec le chaos, ce serait non seulement une désertion,
02:18pour reprendre une formule de Benoît Payan, le maire de Marseille,
02:21mais ce serait peut-être même une crise de régime.
02:24Alors, on entend certaines voix, comme par exemple David Lissnard,
02:27qui n'exclut pas l'hypothèse d'une présidentielle anticipée,
02:30mais franchement, une éviction sous la pression, aujourd'hui, ce serait catastrophique.
02:34En septembre 2025, Emmanuel Macron pouvait encore partir,
02:38proprement, dans un geste presque gaullien,
02:41et partir, par ailleurs, sur un vrai succès, une vraie réussite,
02:45la coalition des volontaires pour aider l'Ukraine,
02:47qui est quand même apportée à son crédit.
02:50Mais, à sa décharge, Emmanuel Macron, disons-le,
02:52cette décision, qu'elle est difficile à prendre,
02:55on pense à ces vers sublimes d'un poème fameux,
02:58« Le voyage » de Charles Baudelaire, que je vous cite,
03:00« Faut-il partir ? Rester. Si tu peux rester, reste.
03:05Pars, s'il le faut. »
03:06L'un court, et l'autre se tapit.
03:09C'est beau Baudelaire.
03:10C'est magnifique, c'est sublime.
03:11C'est presque aussi beau que d'Edouard Philippe.
03:14Je vous la laisse.
03:15Sous-titrage Société Radio-Canada