Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 40 minutes
Lors des émeutes du samedi 17 octobre, l'une des boulangeries parisiennes de Jhemima Sheilha a été saccagée : des années de travail réduites à néant en quelques minutes seulement et des salariés encore sous le choc des violences... Comme tous les commerçants, elle vit désormais dans la crainte de nouveaux débordements alors que les prochaines journées de mobilisation se profilent déjà. Jhemima Sheilha, cofondatrice de la chaîne Urban Bakery, est l'invitée d'Olivier Boy, jeudi 22 octobre à 8h15 dans RTL Matin.
Regardez Face à Olivier Boy du 22 octobre 2026.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01RT le matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:07Et avec Olivier Bois à 8h17, elle a été frappée de plein fouet par les violences du 17 octobre.
00:12L'une de ses boulangeries complètement détruite, ses salariés sont encore sous le choc
00:16et à deux jours d'une nouvelle journée de mobilisation, elle redoute de nouveaux débordements.
00:20Ce matin Olivier, vous recevez donc Jamie Macheila, cofondatrice de la chaîne de boulangerie Urban Bécry.
00:26Bonjour Jamie Macheila.
00:28Bonjour.
00:28Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL.
00:31En quelques jours, vous êtes devenue l'une des incarnations de tous ces commerçants
00:35qui ont vu leur boutique saccagée samedi dernier à Paris.
00:39Vous vous êtes en l'occurrence la patronne d'une chaîne d'une dizaine de boulangeries, c'est ça, à
00:44Paris ?
00:45Exactement, Urban Bécry.
00:46Urban Bécry.
00:48Et l'une des boutiques, précisément Boulevard Magenta qui est juste à côté de la Place de la République,
00:51a été complètement saccagée samedi dernier pendant les émeutes en marge du rassemblement.
00:58D'abord, racontez-nous ce qui se passe ce jour-là, samedi dernier, dans votre boutique à cet endroit-là.
01:06Qu'est-ce qui se passe ?
01:07Mes équipes ont pris la décision d'ouvrir samedi parce que pour nous, c'était une manifestation,
01:14comme il y en a des milliers d'autres sur la Place de la République.
01:18Donc, rien d'inquiétant, on a ouvert normalement, on a commencé notre activité.
01:24Le matin, on a accueilli nos clients parce que ça ne fait que deux semaines qu'on est ouvert après
01:29cinq ans de travaux.
01:32Donc, tout se passe bien.
01:35Et puis, tout commence à basculer à partir de 13 heures.
01:39J'ai les premières nouvelles de l'équipe sur place qui m'informent que des manifestants sont venus trouver refuge
01:49plutôt dans la boutique
01:51parce qu'il commençait à y avoir du désordre.
01:53Donc, il y a vos équipes qui ouvrent la porte, qui accueillent les gens qui sont déjà un petit peu
01:58inquiets ou en panique, c'est ça ?
02:01Exactement.
02:02Et d'un seul coup, tout bascule dans un autre monde.
02:04Exactement.
02:05Et là, elle filme, on voit une première vidéo.
02:08Oui, ils sont en train de s'en prendre aux pierres de la façade qui servent maintenant d'armes.
02:18Donc, ils arrachent des pierres de la façade pour s'en servir comme projectiles.
02:22Oui, exactement. Contre les forces de l'ordre, qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on
02:26fait ? Vous fermez.
02:27Donc, la décision est immédiate.
02:30Donc, il y a du monde à l'intérieur. Votre manageuse, vos équipes sont à l'intérieur.
02:33Exactement.
02:33Ils entendent le bruit. Qu'est-ce qu'elles vous décrivent ?
02:35Une scène de violence, d'une violence inouïe, la panique, les premières crises d'angoisse dans la boutique,
02:44notamment de la part d'une des employées qui rentrent vraiment dans une crise de tétanie.
02:51Oui, parce qu'on voit ce mouvement de foule qui devient incontrôlable, que la police reste statique et que rien
03:03ne se passe à part cette violence.
03:05La police n'intervient pas à ce moment-là ? C'est l'impression que vos équipes ont ?
03:08Oui, exactement. Mais en fait, je pense aussi parce qu'elles ne voyaient pas. On ne voyait rien.
03:14Tout ce qui était visible, c'était cette foule, ce mouvement de foule, ce déchaînement de violence.
03:20Et qui rendait donc ces assaillants réussissent à rentrer dans la boutique au bout d'un moment ?
03:23Les assaillants sont arrivés après. Elles m'ont rappelé en me disant « oui, il y a des émeutis qui
03:28essayent de rentrer par l'immeuble d'à côté ».
03:31La chance qu'on a eue, grâce à l'aide de notre voisin bijoutier, elles ont pu s'échapper et
03:38aller trouver refuge.
03:39Là, ce que vous décrivez, c'est qu'on a peur physiquement, vos équipes.
03:42Tout à fait.
03:43J'allais dire, blessées ou pire, c'est ça la peur que vous décrivez ?
03:48Oui, exactement. C'est exactement ça. Elles avaient peur pour leur vie à ce moment-là.
03:52Et moi, j'avais peur pour elles. J'étais impuissante, je ne pouvais absolument rien faire.
03:56Donc, j'ai pris juste mon téléphone. J'ai composé le 17 pour tenter de trouver un peu d'aide.
04:03La réponse qui m'a été donnée, c'est qu'il faut qu'elle reste à l'intérieur parce que
04:08c'est plus sécuritaire.
04:10Après, il y a eu les pillages. En un second temps, on se dit « bon,
04:12une boutique de luxe », ce n'est pas une excuse à moi, une boutique de luxe, une banque, une
04:17préfecture.
04:18Il y a une espèce de logique, en tout cas, quand on se met à la place d'activistes.
04:23Mais une boulangerie, ça n'a aucun sens.
04:24Non, c'est un commerce de quartier, tout comme notre voisine, la pharmacienne,
04:27qui est juste sur la rue Beaurepère, le trottoir d'en face.
04:32Sa pharmacie a été ravagée. On nous a volé nos vies.
04:36On a détruit nos entreprises. On a traumatisé nos salariés.
04:40Comment vous analysez ce qui s'est passé ? Qui est venu piller dans votre boutique ?
04:46On a entendu, par exemple, les activistes politiques d'un côté,
04:49puis il y a eu ensuite les pilleurs qui venaient plutôt de banlieue.
04:55Pour poser la question clairement, est-ce que c'est ce que vous avez eu dans votre boutique ?
04:59En tout cas, moi, c'est ce que j'ai aperçu le soir, vers 23h,
05:03quand je me suis rendue dans ma boutique pour constater les dégâts.
05:07Entre là où nous logeons et la boutique, 30 minutes de marche à pied,
05:11on a rencontré des jeunes venus de banlieues, pour moi, cagoulés.
05:15Je ne suis pas en train de dire que les banlieues sont responsables.
05:18Moi, je suis issue des banlieues, et l'une des banlieues les plus chaudes d'Île-de-France,
05:25Sarcelles. J'y ai grandi, j'y ai été scolarisée.
05:28Je n'ai absolument rien, et je ne veux pas qu'il y ait d'amalgame
05:32qui soit rapporté à mon discours.
05:36Mais effectivement, je les ai vus, ces jeunes, j'ai entendu leur voix, j'ai entendu leur rire.
05:41Vous avez compris d'où ils venaient à ce moment-là.
05:44Et qu'est-ce que vous auriez pu leur dire à ce moment-là ?
05:47Vous, vous venez de la banlieue, vous n'avez jamais construit une vie d'entrepreneur.
05:53Qu'est-ce que vous auriez envie de leur dire à ce moment-là ?
05:56À ce moment-là, j'étais tellement en colère que, en fait, je me parlais à moi-même.
06:02C'est quoi cette colère ?
06:03Je hurlais dans la rue, mais rentrez chez vous, vous n'avez absolument rien à faire là.
06:09Rentrez chez vous, je voulais juste qu'ils rentrent chez eux.
06:13Parce qu'on traversait la rue, on avait l'impression d'une guerre civile.
06:18Et vous qui venez de Cercelle, vous leur dites, vous auriez pu leur dire,
06:20vous nous faites du mal ou vous me faites honte ?
06:24Est-ce que c'est le genre de mot ?
06:25En fait, leur dire qu'ils me font honte, absolument pas,
06:30parce qu'en fait, ils se font honte à eux-mêmes.
06:34Ils ont atteint nos commerces, ok ?
06:37Ils nous ont atteints moralement, mais nous sommes debout,
06:41malgré les blessures, malgré les stigmates.
06:43Mais eux, qu'est-ce qu'ils construisent ?
06:46Qu'est-ce qu'ils vont faire de leur vie ?
06:47Toute leur vie, ça va être ça, de terroriser des entrepreneurs,
06:52de terroriser des salariés, de terroriser les résidents d'un quartier ?
06:56C'est ça leur avenir ?
06:57Et on précise évidemment, vous l'avez fait,
06:59et vous êtes bien placé pour le dire, et vous l'incarnez vous-même,
07:02c'est une infime minorité, l'immense majorité des gens qui vivent en banlieue,
07:07ça ne leur a jamais traversé l'esprit de participer à ce genre d'exaction.
07:11Et vous avez un discours très intéressant, Jimima,
07:13parce que vous ne supportez pas, justement, d'entendre certains discours
07:15qui justifient les violences en disant,
07:17il faut le comprendre, il y a la misère, il y a une exaspération.
07:21On a même entendu parfois des témoignages,
07:23de dire, bon, nous on n'a pas d'argent,
07:25on vient servir aujourd'hui, on vient compenser.
07:27Ça, vous ne supportez pas d'entendre ces mots-là ?
07:28Non, mais absolument pas, mais c'est juste inaudible,
07:31c'est impensable, c'est une insulte envers tous ceux qui travaillent,
07:36tous ceux qui construisent quelque chose.
07:38On a mérité ce qu'on a construit.
07:41Vous n'êtes pas née avec une petite cuillère en argent dans la bouche,
07:43loin de là, vous dites, on a le choix dans la vie,
07:45bien sûr qu'on a le choix.
07:48Il n'y a pas de fatalité.
07:50Le déterminisme, pour moi, n'existe pas.
07:54On conditionne nos vies par rapport aux choix que l'on en fait.
07:57On ne peut pas réduire la violence à la pauvreté.
08:04La violence n'est pas une condition de la pauvreté,
08:07où la pauvreté n'est pas une résultante de la violence.
08:09On prend les choses comme on veut.
08:12Encore une fois, moi je le dis, dans la vie, on a le choix.
08:15Effectivement, certains naissent et grandissent
08:18avec plus de difficultés que d'autres.
08:20J'ai fait partie de ces gens-là, mais j'ai fait le choix de m'en sortir.
08:28Et Gemima, votre boutique, elle est dans quel état ?
08:32Aujourd'hui, la façade est totalement saccagée.
08:36L'intérieur a été pillé.
08:41Mais je fais partie de ces commerçants qui ont été rapidement pris en charge.
08:48Et quand vous entendez qu'il y a ce nouvel appel à manifester,
08:51enfin cette manifestation qui est prévue dès samedi,
08:55qu'est-ce que vous en pensez ? Vous dites quoi ?
08:57J'en ai peur. Je ne sais pas ce qui va se passer.
09:00On doit ouvrir, on doit commencer les travaux.
09:02Mais qu'est-ce qui va se passer ?
09:06Quel moyen le gouvernement va donner aux forces de l'ordre
09:10pour pouvoir protéger nos commerces ?
09:14Est-ce que ça va recommencer ?
09:17Les gens ont le droit de manifester.
09:19Je n'ai aucun problème face à ça.
09:22La manifester est une liberté fondamentale.
09:26Entreprendre, pareil, est une liberté,
09:29un droit qui est garanti par la Constitution.
09:32Est-ce qu'on va devoir se défendre nous-mêmes ?
09:34J'ai vu certains commerçants sur des vidéos
09:37tenter de se défendre eux-mêmes
09:39et être passés à tabac.
09:43Là, on rentre dans autre chose.
09:44On rentre dans une société de...
09:46D'ultra-violents.
09:47D'une société qui n'a plus de valeur.
09:51D'une société qui n'a plus de cohésion,
09:53qui ne peut plus vivre ensemble.
09:55Merci beaucoup, Jamie Mach.
09:57C'est l'air d'avoir été avec nous ce matin sur RTL
09:59pour ce témoignage passionnant et très intéressant.
10:03Bon courage avec votre boutique
10:05et espérons que vous puissiez rouvrir très bientôt.
10:07A bientôt en tout cas sur RTL.
10:08Merci Olivier.
10:09A demain en ce qui vous concerne.
10:11Nous nous sommes...