00:00Il vient nous en parler, Bertrand Puif, sur l'écho du pétrole, vient combattre les idées reçues.
00:05Bertrand Puif, gérant pour Fidelity. Bonjour Bertrand.
00:09Pour ceux qui le savent à la radio, Bertrand arrive avec une maquette de station essence.
00:14Et alors ce qui est très intéressant, c'est de voir que sur le camion qui alimente la station,
00:17vous avez en allemand Allos Zuppe, qui signifie donc tout est super pour le pétrole.
00:22Ah oui, il y a un peu un jeu de mots avec le super chez nous, on appelle effectivement le
00:25super.
00:25Ah oui, attention.
00:27Il n'y a pas un rire enregistré.
00:30Putain, c'est pas mal.
00:30Non, effectivement, parce qu'on a parlé de cette station essence, celle que vous nous avez amenée en plateau.
00:34C'est la première fois que je vois une station essence miniature, je n'en ai jamais vu en maquette.
00:37Parce que beaucoup se disent, ce n'est pas si grave.
00:39Franchement, oui, les taux se tendent, oui, les consommateurs souffrent du fait de la hausse des cours du pétrole.
00:44Mais tout ça n'est pas si grave dans la mesure où, tôt ou tard, les cours du pétrole repartiront
00:47à la baisse.
00:47C'est ce que certains disent.
00:48Vous vous dites que c'est des gros mythos.
00:52Des gros mythos, voilà, c'est tout.
00:54Ceux qui tentent de se rassurer en pensant que le prix du pétrole est amené tout ou tard à baisser,
00:58cela se trompe, d'après vous, Bertrand.
01:00Oui, tout à fait.
01:01Il y a toute une série de facteurs qui nous font penser cela.
01:04Alors déjà, quand on regarde, on va dire, les futures, donc les marchés dérivés avec les prix futurs du pétrole,
01:10on est toujours en backwardation, ce qui signifie que les échéances courtes, notamment le comptant, est plus élevé que les
01:17échéances longues.
01:18Mais l'écart s'est significativement resserré.
01:21Par exemple, à six mois, on anticipe, le marché anticipe un prix du pétrole, toujours au-dessus de 100 dollars.
01:27À un an, on anticipe un prix du pétrole à plus de 90.
01:30Tout à fait.
01:31Donc voilà, le travail commence à être fait, et on se rend compte qu'en fait, même s'il y
01:35avait, en hypothèse, un règlement du conflit,
01:38qu'on revenait à la situation antérieure, ce qui est quand même très peu probable qu'on revienne à la
01:42situation antérieure,
01:43on peut avoir un gel du conflit, comme on a pu l'avoir quelques semaines, mais de revenir à la
01:46situation avant conflit,
01:49mais imaginons qu'on ait ça, même dans cette situation, une telle situation, il faudrait plusieurs trimestres, voire plusieurs années,
01:56pour revenir à la normale.
01:57Pourquoi ? Parce que d'une part, il faut réactiver les champs.
02:01Qui ont été arrêtés.
02:02Alors sur le pétrole, c'est plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
02:05Sur le gaz, on peut aller jusqu'à un trimestre, voire des fois plus.
02:11Et donc ça, c'est pas pour redéclencher la production.
02:14Ensuite, il faut transporter cette production.
02:16Et là, vous avez besoin de tankers, il n'y a pas assez de tankers.
02:18On a vu que les taux de fret sur les tankers ont explosé.
02:21On est passé de 50 000 dollars au jour à 750 000 dollars au jour.
02:24Parce qu'il n'y a pas assez de tankers, déjà dans l'environnement actuel, où les flux sont réduits.
02:29Donc imaginez, si même on réouvre les vannes, il va falloir du temps.
02:33Il faut en moyenne 18 jours pour aller du Golfe vers l'Europe.
02:36Et quasiment une trentaine de jours pour arriver à l'Asie.
02:39Donc ça aussi, c'est voilà.
02:40Et puis, ce qu'il faut quand même avoir en tête, c'est qu'il va falloir plusieurs années
02:45pour reconstituer les réserves stratégiques de pétrole qui sont au plus bas.
02:48Les Américains ne vont jamais accepter de rester à 250 millions de barils.
02:53Alors que la moyenne depuis les années 70, c'est plus de 500 millions.
02:58Et qu'eux, ils ont comme target 700.
03:02C'est quand même...
03:04C'est quand même important.
03:05Mais aussi, il y a le risque, le risque Moyen-Orient aussi.
03:09Alors oui, tout à fait.
03:10Alors ça, pour nous, on pense, et c'est une conviction chez Fidelity,
03:13que les pétrolières, en particulier les pétrolières intégrées,
03:18les Total, les Royal Dutch, etc., les Exxon,
03:20eh bien ces pétrolières-là vont chercher à être moins dépendantes du Golfe.
03:24Et d'ailleurs, on va les pousser à être moins dépendantes du Golfe,
03:27à faire en sorte qu'elles sont moins exposées au Golfe par définition,
03:30puisque c'est surtout les compagnies nationales qui exploitent dans le Golfe.
03:32Mais l'idée, ça va être de les pousser à investir ailleurs, pour se diversifier.
03:37Et ailleurs, c'est où ?
03:37En fait, c'est dans l'offshore, l'offshore profond.
03:39Et ça, c'est important. Pourquoi ?
03:41Parce que, pour avoir une rentabilité équivalente à la rentabilité
03:44qu'ils ont actuellement sur leur portefeuille de champs pétroliers,
03:48eh bien il faut 80 dollars pour avoir la même rentabilité sur un champ en deep offshore.
03:51Et donc ça, c'est nécessaire.
03:52Voilà, ça va créer un plancher pour le prix du pétrole,
03:57beaucoup plus élevé que ce qu'on a connu.
03:58Alors, non mais je comprends.
03:59Donc c'est un argument de plus pour penser que les cours de pétrole ne vont pas s'effondrer.
04:02Pour autant, si la guerre en Iran s'arrête,
04:04vous ne devez pas nous faire croire que les cours vont encore progresser.
04:06Enfin, c'est-à-dire que là, je vous écoute,
04:08et je me dis, Bertrand est en train de nous expliquer
04:10que quoi qu'il arrive, même si on avait la fin de la guerre en Iran,
04:13ce qui est hypothétique,
04:13quoi qu'il arrive, les cours ne pourront pas baisser
04:16par rapport à leur niveau actuel.
04:17Enfin, ça ferait quand même du bien de voir Armous rouvrir,
04:19vous n'allez pas dire le contraire.
04:19Effectivement, il y a une prime géopolitique dans les cours,
04:22donc si on a une réouverture,
04:23cette prime va en partie baisser.
04:25Mais rappelez-vous, on a déjà eu des tentatives de réouverture
04:28qui ont duré quelques jours, voire quelques heures.
04:30Ah oui, on parle d'une vraie réouverture.
04:32Déjà, le marché, il va falloir un petit peu de temps
04:34pour prendre ça en compte
04:36et de se dire, oui, cela, c'est une vraie ouverture,
04:37donc elle ne va pas disparaître comme ça, cette prime risque.
04:40Et ensuite, l'idée, c'est de se dire,
04:42c'est qu'avec un prix du pétrole qui, de toute façon,
04:44pour nous, devrait se stabiliser
04:46au-dessus des 80 dollars,
04:49les cash flows généraux...
04:50Pour les raisons que vous venez d'expliquer,
04:51c'est qu'on a besoin d'un pétrole à 80
04:52pour aller diversifier les sources d'exploration
04:55et de production de pétrole.
04:56Exactement.
04:56Et à 80, les rendements de cash flow
04:58des sociétés pétrolières sont extrêmement élevés.
05:01Alors évidemment, on est meilleur à 110,
05:02mais à 80, elle reste très importante.
05:04Pour les sociétés également de services pétrolières,
05:06c'est une manne énorme,
05:07puisque tout ce surcroît de cash flow
05:09va moins être investi par le passé,
05:12par les pétrolières, sur les énergies alternatives,
05:15parce qu'il y a moins de pression politique,
05:17parce que les retours sur investissement aussi
05:18ne sont pas très bons.
05:20Ça fait 10 ans, 10-15 ans
05:21que Total a accéléré ses investissements
05:23dans le solaire et l'éolien,
05:24avec des retours qui sont moitié moindres
05:26que ceux du pétrole et du gaz.
05:29Une actionnaire n'est pas vraiment contente.
05:31Donc là, cette manne qui arrive,
05:33elle va être réinvestie dans les hydrocarbures,
05:36sachant qu'il faut quand même avoir en tête
05:38qu'à l'échelle mondiale,
05:38on est en croissance de la demande de pétrole,
05:42entre 0,5 et 1% par an.
05:44Oui, et tous ces arguments que vous mettez en avant,
05:46effectivement, ne plaident pas
05:47pour un effondrement des cours.
05:49Ceci dit, à terme,
05:49si on réalise tous ces travaux d'exploration-production
05:51et qu'on augmente la production,
05:53qu'on la diversifie au-delà de celle
05:54en prenant du Moyen-Orient,
05:55ça fera plus de pétrole
05:56et les cours finiront par baisser.
05:58C'est-à-dire que j'ai l'impression
05:58que ce que vous nous dites,
05:59c'est une question d'échéance.
06:00À court terme,
06:01même s'ils confient en Iran s'arrêter,
06:02les cours ne s'effondreraient pas,
06:04à long terme, on peut penser que si quand même.
06:06Alors, il y a un élément
06:06qui est un peu aussi game changer
06:07qui fera vous en tête.
06:08C'est que ce n'est pas forcément consensuel,
06:10mais nous, on est persuadés,
06:12on a pas mal de personnes
06:13qui sont allées sur le terrain,
06:15qu'on est sur un plateau,
06:16un pic de production aux Etats-Unis,
06:19qui est quand même le producteur marginal aujourd'hui,
06:21avec le schiste,
06:22et que assez rapidement,
06:24et plus rapidement que ce le pensent certains,
06:26on va commencer à décliner.
06:28D'ici 2030, pour nous,
06:29on va commencer à voir
06:30la production américaine décliner.
06:31Et ça, c'est quelque chose, clairement,
06:33qui va supporter les cours,
06:34même si, d'un autre côté,
06:35on va aller chercher du pétrole ailleurs.
06:37Mais là encore,
06:38le prix du pétrole
06:38qu'on va aller chercher ailleurs
06:39à 80 dollars
06:40va être plus élevé
06:42en termes de coûts
06:42que le schiste américain.
06:44Donc, ça va bouger
06:45la courbe de coûts,
06:46structurellement,
06:47du pétrole à la hausse.
06:49Et donc, même si on trouve
06:50les volumes qu'on va trouver,
06:53ils vont être à des coûts plus élevés.
06:55Et encore une fois,
06:55pour avoir les mêmes rentabilités,
06:56on va être obligé
06:57d'avoir des prix du pétrole
06:58au-dessus de 80.
06:59Après, on peut imaginer
07:00que la demande mondiale en pétrole
07:01finisse par ralentir.
07:02Parce que pour fabriquer
07:03un point de PIB aujourd'hui,
07:04on a besoin de moins de pétrole
07:05qu'il y a 20 ans, par exemple, Bertrand.
07:07Et donc, de ce point de vue,
07:08moins de demandes égale
07:09des prix qui seraient amenés
07:10à baisser malgré tout.
07:11Certes, mais il faut quand même
07:12avoir en tête qu'il y a 80%
07:14aujourd'hui de l'énergie
07:14au niveau mondial
07:15qui est de l'énergie fossile.
07:16Donc, on a un prisme
07:18qui est un prisme européen.
07:19On a une transition énergétique
07:20un peu à marche forcée
07:21sur lequel certains,
07:22comme les Allemands,
07:23sont en train de revenir en arrière
07:24puisque le gaz,
07:25ce n'est quand même pas vraiment
07:26la transition énergétique.
07:27Mais bon, voilà.
07:28Mais par contre,
07:29en dehors de l'Europe,
07:30clairement, je veux dire,
07:31ce sont les hydrocarbures
07:32qui sont poussés.
07:33Allez dire aux Indonésiens
07:34qu'ils vont faire
07:34la transition énergétique.
07:35Non.
07:36Ils vont d'abord développer
07:37leur pays
07:40et ils y penseront.
07:41Colombie, c'est pareil.
07:43Il se trouve que ma belle famille
07:44est colombienne.
07:44Vous leur parlez de voitures électriques,
07:46ils rigolent.
07:47Ils disent le prix d'électricité ici,
07:48mais jamais.
07:49Et puis, le prix d'électricité
07:50tiré à la hausse structurellement
07:52dans les pays développés
07:53par les data centers
07:54et l'intelligence artificielle,
07:55ça ne va pas faire
07:56du véhicule électrique
07:57non plus l'alternative parfaite.
07:59Et donc, vous êtes en train
08:00de nous dire,
08:00de toute façon,
08:01le marché lui-même
08:01est en train d'acter
08:02que là, on est à 111 dollars
08:04sur le baril de Brede,
08:05mais qu'en gros,
08:06un pétrole autour des 100 dollars,
08:07c'est parti pour durer.
08:08Les contrats à terme
08:09à échéance décembre 2027,
08:10je crois,
08:11nous fixent un pétrole
08:12à 90 dollars.
08:13C'est ça, tout à fait.
08:13Et effectivement,
08:14ce contrat à terme
08:15ne fait que progresser
08:16à mesure qu'on avance.
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