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  • il y a 8 heures
Et si l’art était aussi essentiel que l’eau que l’on boit et l’air que l’on respire ? C’est la conviction de Frédéric Jousset, entrepreneur, collectionneur et philanthrope, qui a fait de l’accès à la culture l’un de ses grands engagements. Fondateur d’Art Explora, il multiplie les initiatives pour rendre l’art accessible au plus grand nombre, notamment à travers un étonnant bateau-musée. Dans son nouveau livre L’Eau, l’Air et l’Art, publié aux éditions Gallimard, il revient sur son parcours, son rapport intime à la création et sa vision de la philanthropie.

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Transcription
00:03Et si l'art était aussi essentiel que l'eau que l'on boit ou que l'air que l
00:08'on respire ?
00:09C'est la conviction de l'invité de la grande interview d'Art de Vivre, Frédéric Jousset,
00:13entrepreneur à succès, collectionneur et philanthrope.
00:16Il a fait de l'accès à la culture l'un de ses grands combats avec sa fondation Art Explora.
00:21Il multiplie les initiatives pour faire sortir l'art des musées et aller à la rencontre de nouveaux publics,
00:26notamment à bord d'un étonnant bateau-musée et dans son livre « L'eau, l'air et l'art
00:31»
00:31publié aux éditions Gallimard en ce mois d'octobre.
00:34Il revient sur son parcours et ses moments de rencontre avec la peinture, la sculpture ou encore la musique
00:40et sa vision bien sûr d'une culture accessible à tous.
00:43Frédéric Jousset, bonjour.
00:46Bonjour.
00:46Merci beaucoup d'être avec nous dans Art de Vivre.
00:49Alors vous avez choisi d'intituler ce livre « L'eau, l'air et l'art ».
00:53Est-ce que c'est une manière de dire que la culture est aussi vitale que, bien sûr, l'eau
00:58qu'on boit ou que l'air qu'on respire ?
01:00C'est la conviction à laquelle je suis arrivé.
01:03Le point de départ de cette réflexion, ça a été le Covid et la fermeture des commerces sujets non essentiels.
01:09Et je trouvais quelque chose d'infiniment dégradant dans cette phrase.
01:13Et donc je suis parti de là, je me suis dit « Mais est-ce que c'est vraiment si
01:15peu essentiel que ça, la culture ? »
01:18Et effectivement, ce livre est un plaidoyer pour répondre oui à cette question.
01:23Alors, vous racontez que vous avez grandi avec un environnement assez tourné vers l'art,
01:27avec une mère conservatrice, votre père qui écoute de la musique classique.
01:33Est-ce que cet héritage a totalement façonné votre vision de voir l'art ?
01:36Effectivement, je pense que la transmission dans le milieu familial est très importante.
01:40C'est un peu comme la religion.
01:42C'est un terreau fertile.
01:45Après, il y a des autodidactes de l'art, comme il y a des autodidactes autoconvertis dans plein de domaines.
01:50Et puis, on a des frères et sœurs qui ont reçu la même éducation, qui n'ont pas forcément les
01:54mêmes passions.
01:55Donc, on est bien autonome à la fin dans ses choix.
01:57Mais c'est vrai que dans mon cas, le fait d'avoir été très tôt voir ma mère de permanence
02:01dans les musées,
02:02ça m'a habitué à cet environnement.
02:04Et on va voir justement après comment on touche des gens qui n'ont pas du tout eu cette éducation.
02:10Est-ce que vous pouvez nous raconter, parce que j'aimais bien, quand vous avez donné ce détail,
02:16où vous étiez face au cri de Munch, cet appel de l'art en ce moment où ça a fait
02:23une bascule très forte en vous ?
02:26Le moment clé où j'ai décidé de quitter le monde de l'entreprise pour me consacrer pleinement à la
02:33philanthropie,
02:33ce n'est pas devant le tableau de Munch, c'est en redescendant du sommet de l'Everest.
02:38Le sommet de l'Everest, ça a été extrêmement difficile physiquement et puis psychologiquement,
02:44parce qu'il y a eu beaucoup de morts cette nuit-là.
02:46Et en fait, en redescendant du sommet, sur le chemin qui va du sommet au camp de basse qui dure
02:5126 kilomètres,
02:52dans la marche, il y a des choses qui se mettent en place.
02:54Et c'est là où j'ai reçu vraiment comme un appel.
02:57C'est quelque chose d'un peu mystique.
02:59Mais de me dire que je ne me voyais plus retourner à mon bureau et reprendre la vie là où
03:03je l'avais laissée,
03:03que j'avais envie d'une autre vie, de faire autre chose.
03:06Et c'est vraiment là où je me suis lancé de plein corps dans la philanthropie avec la création d
03:12'Art Explorer.
03:13C'est en 2019, juste après la redescente du sommet.
03:16Vous l'avez su tout de suite, vous vous êtes dit, là je ne peux plus rien faire d'autre.
03:19En fait, c'est un phénomène qui est assez connu, notamment chez les marins,
03:22après des traversées longues transocéaniques, ou même des soldats, des militaires de retour d'opération.
03:29Quand on a vécu un tel enchaînement, avec une telle intensité d'émotions, positives ou négatives,
03:37le retour du dentifrice dans le tube, si je peux dire, le retour à la normale est assez compliqué.
03:43Moi, ça a été à l'Evers que ça s'est joué.
03:45Alors, j'ai été philanthrope déjà depuis une vingtaine d'années.
03:47Mais cette envie de faire autre chose de ma vie, c'est vraiment sur les contreforts de l'Himalaya que
03:53ça s'est joué.
03:54Et donc, vous défendez, l'art a transformé votre vie quand même.
03:59De quoi est-ce que l'art, en fait, peut nous sauver si on devait convaincre des personnes qui n
04:03'avaient pas l'art dans leur vie ?
04:05Alors, le paradoxe de l'art, c'est qu'effectivement, on peut vivre sans.
04:10Donc, ce n'est pas, il ne répond pas à des besoins adamiques, comme on dit,
04:14à des besoins essentiels de l'activité humaine.
04:17Et pourtant, c'est le paradoxe.
04:19Il est présent dans toutes les sociétés humaines depuis que l'homme se tient debout.
04:23Un des musées que j'adore, qui est le Louvre Abu Dhabi, raconte ça.
04:26En douze salles, Sapiens produit des artefacts, taille des os d'oiseaux pour faire des instruments de musique.
04:33Depuis qu'on est tout nu, on peint des animaux imaginaires dans des cavernes.
04:37Et vous regardez les enfants, ils dessinent avant de savoir écrire, ils chantent avant de savoir parler.
04:43Donc, ce besoin d'esthétique, cette soif, elle est vraiment en nous.
04:46C'est ça qui nous conduit à préférer les partenaires séduisants, les beaux appartements, les jolies voitures.
04:51Il y a ce besoin de beauté qui est vraiment en nous et auquel l'art répond.
04:56Vous ne seriez pas arrivé au bout de l'Everest si vous n'aviez pas écouté Queen, Show Must Go
05:01On et Genesis Mama ?
05:03C'est le paradoxe de la musique, c'est que pour les gens qui font du sport comme moi,
05:08après il y a des super-héros, mais moi, courir sans musique, c'est quasiment impossible.
05:12J'ai fait le marathon de New York pour me préparer notamment à l'Everest.
05:16Et au bout de deux heures de course, comme il faisait froid et que le Strava consomme beaucoup de batterie,
05:21je n'ai plus de téléphone et donc plus de musique.
05:24Et courir deux heures sans musique, c'est Nietzsche qui disait, sans musique, la vie serait une erreur.
05:30Et c'est fou que la musique amène un tel supplément d'énergie.
05:35Quand on fait la fête aussi, quand la musique est bonne, vous dansez toute la nuit.
05:41C'est effectivement très euphorisant.
05:45Et donc bon, vous avez bien sûr tout ce parcours de philotrope.
05:48Ce que je trouvais intéressant, c'est que vous avez dit dès les premières pages, la philanthropie s'apprend.
05:52Qu'est-ce que vous avez dû apprendre, vous, pour être philanthrope ?
05:56Apprendre, c'est connaître toi-même, comme dit Socrate.
06:00Et puis, c'est faire des erreurs.
06:02Et donc, j'ai tâtonné un peu.
06:03J'ai fait un don, notamment quand ma société Webelp a commencé à bien marcher.
06:08J'ai fait un don au Resto du Coeur.
06:09J'ai envoyé un chèque de 30 000 euros.
06:11Je le raconte dans le livre.
06:12Et j'ai reçu, pour toute réponse, un reçu fiscal.
06:14Et j'ai trouvé ça très sec et très décevant.
06:17Et en fait, je me suis dit, voilà, typiquement, je ne veux plus juste donner de l'argent.
06:21Je veux donner du temps.
06:22Je veux m'engager dans les causes.
06:23Et puis, après, j'ai été mécène de grands musées.
06:26Et là aussi, j'ai trouvé des choses extrêmement gratifiantes, mais aussi assez frustrantes dans la gestion des projets que
06:31j'avais soutenus.
06:32Et c'est là où j'ai décidé de créer ma propre fondation, d'être un philo entrepreneur, si je
06:37peux dire, et d'appliquer les règles du business aux règles du mécénat.
06:41Et là, j'ai trouvé la pleine satisfaction.
06:43Donc, ce parcours-là, il s'apprend.
06:46Oui, et c'est là que vous vous êtes dit aussi que vous tournez vers l'intérêt général et pas
06:51forcément juste des one-shot, des choses ponctuelles.
06:55Oui, alors la philanthropie, structurellement, elle est tournée vers l'intérêt général.
07:00Après, ce qui est compliqué, je trouve, dans la philanthropie, c'est qu'il faut choisir sa cause.
07:04Parce qu'il y a malheureusement beaucoup, beaucoup de souffrance, beaucoup d'absence, de choses qui nécessitent du support.
07:11On voit en plus dans l'économie d'aujourd'hui que l'État se retire d'un certain nombre de
07:15causes.
07:15On n'a plus les moyens de les subventionner.
07:17Donc, la philanthropie a un rôle de plus en plus important à jouer.
07:20Et effectivement, c'est là où ça s'apprend.
07:22C'est qu'il faut savoir ce sur quoi on peut être le plus efficace, le plus pertinent, étant donné
07:26son âge, ses moyens, ses réseaux, ses envies.
07:30C'est tout ça qui forme ce chemin.
07:33D'accord.
07:33Et donc, depuis 2019, vous avez créé Art Explora pour aller au plus près du grand public.
07:39Voilà, la mission est très simple.
07:41C'est vraiment ce qu'on appelle le hors-les-murs.
07:44C'est rapprocher le tabouret du piano.
07:46C'est d'aller vraiment essayer d'emmener les musées au contact des populations.
07:51Pardon, j'ai dit musée, c'est une erreur.
07:52Parce qu'on dit que c'est les musées, les opéras, les théâtres.
07:54Nous, on pousse tous les arts.
07:56Donc, on n'est pas une fondation d'art plastique.
07:57On n'est pas une fondation d'art contemporain.
07:59C'est vraiment la rencontre des artistes d'hier et d'aujourd'hui avec le plus grand nombre.
08:03Pour lever, en gros, les trois barrières d'accès à la culture, pour une majorité des gens, l'art, c
08:08'est loin.
08:08Alors, c'est près quand on habite à Paris, mais quand on est dans le Cantal, c'est loin.
08:12C'est cher.
08:13Il y a de l'art qui est gratuit.
08:15Si vous avez moins de 26 ans dans un musée, c'est gratuit.
08:17Mais une place d'opéra, c'est 150 euros.
08:19Et puis, pour beaucoup aussi, c'est ennuyeux.
08:22Et ils ont une vision de l'art qui est quelque chose de soit provocateur pour l'art contemporain,
08:26soit troupes intellectuelles, soit moches,
08:29soit qui leur parle moins que le sport ou que d'autres formes plus conviviales, plus festives.
08:35Et donc, on essaie, avec cette collection de musées extraordinaires,
08:40ce bateau-musée, ces camions-musées, d'aller au plus près de là où ils habitent
08:44et d'enlever tous ces préjugés.
08:46Est-ce que vous avez dû convaincre les gens que vous avez rencontrés,
08:50les faire venir ?
08:51Parce que c'est vrai que je le remets un petit peu en contexte de ce qu'on vit en
08:53ce moment,
08:54avec toutes ces manifestations lycéens, etc.
08:56Est-ce que, face à ces urgences-là, on doit aussi avoir ce rôle pédagogique
09:01et de convaincre que la culture peut aussi apporter toute une dimension ?
09:07Oui, effectivement, là, on se parle à un moment de l'histoire qui est particulièrement difficile
09:12parce qu'il y a une colère sociale qui est très forte.
09:16Mais je dirais, les besoins profonds qu'elle répond l'art,
09:20qui sont en gros le besoin de beauté, qui sont le besoin d'être ensemble,
09:23parce que l'art, c'est fondamentalement du lien,
09:26à part la littérature qu'on fait tout seul.
09:28Et encore, lire, c'est un anagramme de lié.
09:30Donc, on se lit aux personnages et aux gens qui ont lu le livre avant.
09:35La plupart des pratiques artistiques, on les fait en commun.
09:38C'est de la transmission générationnelle entre les grands-parents, les parents et les enfants.
09:42Ces besoins-là, ils sont pérennes.
09:46Donc, effectivement, que la conjoncture ne soit pas simple en ce moment
09:48et pas forcément audible pour des discours autour de l'esthétique.
09:52Mais je crois qu'il ne faut surtout pas baisser les bras.
09:55Alors, une des premières actions d'Art Explorer, c'était de construire ce bateau-musée.
10:01Comment est-ce que vous travaillez justement sur ces éléments ?
10:04Ensuite, il y a eu le camion-musée.
10:06Et comment est-ce que vous êtes venu à ces idées de faire un bateau, puis un camion ?
10:11Comment est-ce que vous avez travaillé ça ?
10:12Comme souvent, ça part d'une expérience personnelle.
10:14Il se trouve que je suis marin.
10:15J'ai fait de la voile en compétition avec Loïc Perron.
10:18J'étais skipper amateur, donc j'ai beaucoup navigué.
10:22Puis j'ai une passion pour l'art.
10:23Et je me suis dit qu'il n'y a pas un trait d'union à imaginer.
10:26Puis j'ai réfléchi un peu.
10:27Puis j'ai vu quand même une majorité de la population mondiale
10:29habiter à moins d'une heure des côtes.
10:31Que la mer agglutine les gens pour des raisons historiques,
10:34de commerce, de militaire, etc.
10:37Et que j'avais vu au Salon Nautique, j'avais vu à la Route du Rhum,
10:41la fascination des gens, de tous les publics pour les bateaux.
10:44Petit, moyen ou grand, il y a dans le bateau une part de rêve.
10:48Et du coup, c'est là où je me suis dit,
10:50si on imaginait un bateau vraiment remarquable,
10:53les gens viendraient à bord du bateau par curiosité pour le bateau.
10:56Et ça permettrait de créer des expériences culturelles inédites.
11:00Et donc, c'est là qu'est née cette idée du bateau-musée.
11:03Et qui depuis a un succès qui ne se dément pas.
11:06On a fait 15 étapes autour de la Méditerranée.
11:08On a plus de 500 000 personnes qui sont venues à bord.
11:11Et là, on est à la Route du Rhum, à Saint-Malo.
11:13Hier, on a fait 4500 visiteurs en une journée.
11:15Essayer de faire des croisements comme ça,
11:17entre différentes thématiques.
11:19C'est ça aussi une des solutions pour pouvoir agréger le plus de monde ?
11:23Alors, j'avais vu, quand j'étais administrateur du Louvre,
11:26le succès, par exemple, des concerts dans le Louvre.
11:28Donc, le fait de mélanger la musique avec des arts plastiques,
11:31ça permet de faire un pas de côté,
11:33de faire faire des passerelles,
11:34d'attirer des gens qui ne sont pas attirés par la peinture ou la sculpture,
11:37mais qui sont attirés par la musique.
11:38Et qui, à cette occasion-là,
11:40viennent voir des choses qu'ils n'auraient pas vues.
11:41C'était aussi du pas sculpture,
11:43dans lequel je m'étais engagé à sa naissance.
11:47Donc, je crois beaucoup à ça.
11:49Cette idée du pas de côté,
11:50cette idée de la rencontre imprévue,
11:52et qui, finalement, est désirée.
11:54Vous réussissez à avoir une sorte de...
11:59Voir l'impact que ça a, tout ça, sur les gens ?
12:02Parce que là, ça fait déjà plusieurs années.
12:03Est-ce que vous avez des retours ?
12:04Est-ce que vous savez si parfois l'art est rentré
12:07dans le quotidien de certaines personnes ?
12:09Alors, on a effectivement...
12:11D'abord, on mesure le nombre de visiteurs,
12:13qui est déjà un premier jour d'impact.
12:14Après, on mesure leur satisfaction,
12:16qui est vraiment très élevée.
12:17Donc, on a des livres d'or,
12:19des livres d'or numérique.
12:21Et puis, après, on a une application
12:22qui s'appelle Art Explorer Academy,
12:25que je vous invite à télécharger,
12:27même si vous ne manquez pas de diplôme,
12:29et qu'on a développée avec la Sorbonne,
12:30qui est une plateforme d'enseignement,
12:32qui est très sympa, fun.
12:35Et en gros, on a un parcours en 10 heures
12:36qui raconte l'histoire de l'art
12:37de l'Antiquité à nos jours
12:39à travers les cinq continents.
12:40Et si vous faites les 10 heures
12:41et que vous faites le QCM final,
12:42vous avez un certificat.
12:44et qu'on voit beaucoup d'élèves
12:46qui téléchargent pour le passer
12:48dans le parcours sup.
12:49Et on a des centaines de milliers
12:50de téléchargements après le passage
12:52du bateau et des camions.
12:54Donc, on voit cette envie
12:55qui se poursuit après la visite
12:58à bord de nos musées.
12:59Est-ce que vous avez dû faire évoluer
13:01certaines choses ?
13:03Parce que depuis le 2019,
13:04est-ce qu'il y a des changements
13:06quotidiens qui font que vous avez dû
13:08vous adapter aussi à certains éléments ?
13:10Cette fondation, c'est une aventure.
13:12Donc, quand on prend la mer,
13:13on prend un risque.
13:14Et donc, sur le bateau,
13:15il nous a à peu près tout arrivé.
13:17On a cassé des choses.
13:18Au début, dans le bateau,
13:20on montrait des spectacles immersifs.
13:22Donc, on avait un grand tunnel
13:23de 160 mètres carrés
13:24avec un film qu'on avait fait
13:25avec le Louvre.
13:26Et puis, à Tangier,
13:27le bateau est arrivé en retard
13:29et on n'a pas eu le temps
13:29de monter le tunnel dans le bateau.
13:31Et donc, on a monté le tunnel à la quai.
13:32Et depuis, on met l'art dans le bateau.
13:35Et voilà comment on a inversé.
13:37Donc, l'art est maintenant
13:38à bord du bateau.
13:38Ça devient vraiment un bateau musée
13:39au sens littéral du terme.
13:42Et voilà comment les fortunes de mer
13:43ont changé la programmation
13:44et ça marche beaucoup mieux.
13:47Donc, effectivement,
13:47on n'a pas cessé d'améliorer,
13:49si je peux dire,
13:49le parcours de visite,
13:51qui voit quoi, quand,
13:52comment est-ce qu'on monte à bord,
13:53comment est-ce qu'on gère des jauges
13:54qui sont parfois avec
13:56beaucoup de temps d'attente,
13:57qu'est-ce qu'on fait faire aux gens
13:57pendant le temps d'attente et tout.
13:59C'est ça qui est assez amusant
14:00dans ce projet,
14:00c'est cette construction
14:01très entrepreneuriale.
14:03Et donc, vous êtes philanthrope.
14:05Est-ce que vous voyez
14:06que c'est un rôle
14:07qui se développe,
14:09en tout cas, en France ?
14:10C'est vrai que la philanthropie,
14:11le philanthrope,
14:12c'est encore quelque chose
14:13de très américain.
14:14En tout cas,
14:14on l'associe peut-être à l'Amérique.
14:15Vous, est-ce que ça se développe
14:17en France ?
14:18Est-ce qu'il y a des profils
14:18comme vous qui se développent ?
14:20Je crois qu'il y a
14:22beaucoup de générosité
14:23qui se traduit dans le bénévolat.
14:24Déjà, on est un pays
14:25où il y a beaucoup de bénévolat.
14:26Donc, il y a cette culture-là.
14:27On peut donner de l'argent,
14:28on peut donner du temps.
14:29Je crois qu'il ne faut surtout pas croire
14:30que la philanthropie
14:31est une affaire de personnes
14:32qui a de l'argent
14:32parce qu'on peut être
14:33philanthrope
14:34à partir d'un euro, en fait.
14:35Être philanthrope,
14:36c'est se priver de quelque chose
14:37pour le donner à quelqu'un d'autre
14:38et ça commence
14:39avec des petites sommes.
14:41C'est vrai qu'en France,
14:42il y a un taux d'imposition général
14:44et un taux de prélèvement
14:45de l'État qui est fort
14:47et une sorte de contrat social
14:49qui est de dire
14:49en fait, le philanthrope,
14:50c'est l'État.
14:53Et donc, l'idée de dire
14:54une fois que j'ai payé mes impôts,
14:56quelque part,
14:56j'ai réglé mon dieu à la société
14:58et je n'ai plus besoin
14:59puisque l'État est infiltré
15:02de la société, de l'éducation,
15:03de la santé, etc.
15:05Moi, le message que je fais passer,
15:07c'est que quand on donne,
15:09on se donne d'abord à soi-même
15:10parce que c'est extraordinairement
15:12satisfaisant de voir l'impact
15:14de ce qu'on peut faire
15:16et de voir le retour,
15:17les sourires,
15:18les remerciements des gens.
15:20Donc, je ne veux pas dire
15:21que c'est une fausse générosité,
15:22mais en tout cas,
15:22c'est une générosité
15:24qui vous nourrit à deux sens.
15:26Est-ce que vous pensez
15:27que ça va aller en grandissant,
15:30en s'accélérant,
15:32cette présence du privé,
15:33du philanthrope
15:34dans le milieu de la culture
15:35vu que forcément
15:36les budgets baissent
15:37petit à petit ?
15:38Ça a commencé
15:40il y a longtemps déjà,
15:41ça a commencé
15:41avec la loi Ehrigonde 2003.
15:44Paradoxalement,
15:44c'est que la France,
15:45qui a des taux d'imposition élevés,
15:47a la loi sur le mécénat
15:48probablement la plus généreuse
15:49du monde.
15:49Vous pouvez déduire
15:50jusqu'à 60% de vos impôts,
15:52même 90%
15:53quand il s'agit
15:54d'oeuvres classées
15:55trésor nationales,
15:56dont vous financez l'acquisition.
15:58Donc, c'est une loi
15:58qui est très généreuse
16:00et dont on ne se saisit pas toujours
16:02ou pas dans son plein potentiel.
16:05Et je pense effectivement
16:06que la situation
16:08des finances publiques
16:09fait que,
16:09de toutes les manières,
16:10le privé a un rôle
16:11le plus important
16:12à jouer
16:13dans ce domaine
16:14de la culture.
16:14Ça, c'est incontestable.
16:15Vous êtes aussi
16:16à la tête d'Art Nova,
16:17donc un fonds
16:18qui investit
16:18dans des structures culturelles.
16:20Est-ce que vous voyez
16:21que c'est compliqué
16:22de convaincre
16:23d'autres investisseurs
16:24de venir dans ce monde
16:25de la culture
16:26ou c'est dynamique ?
16:29Le monde de la culture,
16:31je dirais que
16:31les business modelés
16:32sont assez fragiles
16:35et les secteurs
16:36qui sont structurellement rentables
16:38sont assez connus.
16:39Il y a l'hôtellerie.
16:42Moi, je fais de l'hôtellerie
16:43dans des lieux de culture.
16:44Donc, ce n'est pas de l'hôtellerie.
16:45Juste pour de l'hôtellerie,
16:46c'est qu'on est au pied
16:48du château de Chambord,
16:49on est au pied du château d'Amboise
16:51et la promesse...
16:52On essaie de lier culture
16:54et patrimoine
16:55et de reverser
16:56une partie des gains
16:56de l'hôtel
16:57à des actions culturelles
16:58de proximité
16:59ou d'entretien du patrimoine.
17:01Donc, ça, ça marche bien.
17:03Tout ce qui est spectacle immersif
17:04sont quelque chose
17:05qui fonctionne assez bien.
17:06Le cinéma, bien évidemment.
17:08Ce qui est plus compliqué,
17:09c'est le spectacle vivant
17:11qui est plus difficile,
17:13d'ailleurs plus subventionné.
17:14Et puis, tout ce qui est
17:15création artistique,
17:16notamment, je pense,
17:17dans les arts plastiques
17:18où là, il n'y a pas vraiment
17:19le business model.
17:20Donc, c'est pour ça
17:23que c'est des mécanismes
17:25qui sont très souvent
17:26co-financés avec le public,
17:28soit avec la BPI,
17:29soit avec le CNC,
17:30soit avec des choses
17:31qui permettent de viabiliser
17:32des business models.
17:33Mais ce n'est pas un secteur
17:34structuellement très rentable.
17:36On va terminer
17:36cette interview
17:38sur l'avenir
17:39d'Art Explorer.
17:40Est-ce qu'il y a des projets
17:41en développement
17:42que vous développez
17:44en ce moment ?
17:46L'idée, c'est de changer
17:47d'échelle progressivement.
17:48Donc, on a construit
17:51ce bateau-musée.
17:52Moi, je rêve un jour
17:53de faire une péniche
17:54parce que le bateau,
17:55il va en mer.
17:56Mais en fait,
17:56on se réperçoit
17:57qu'il y a un réseau
17:57fluvial en Europe
17:58qui est extrêmement dense.
18:00Et donc,
18:00on pourrait très bien
18:01imaginer une version
18:02fluviale du bateau-musée
18:03pour aller notamment
18:04dans cette Europe centrale
18:06où aujourd'hui,
18:07on ne va pas.
18:08Et puis, la deuxième chose,
18:09c'est rajouter
18:10des camions-musées.
18:12Donc, aujourd'hui,
18:12on en a quatre.
18:13On va en lancer
18:14un cinquième en Angleterre
18:15avec le gouvernement anglais
18:16pour faire voyager
18:16les collections nationales
18:17du gouvernement
18:19dans l'Angleterre
18:19sur le même modèle
18:20de ce qu'on fait en France.
18:22Et donc, voilà,
18:23je pense que cet avenir
18:24du camion-musée,
18:25là, en ce moment,
18:26c'est Art Basel.
18:26On a des conversations
18:27avec d'autres gouvernements.
18:28C'est ça qui va nous permettre
18:29de toucher d'autres pays
18:30et d'autres populations.
18:31Merci beaucoup, Frédéric Jousset.
18:33Je rappelle que vous êtes
18:33entrepreneur, collectionneur,
18:35philanthrope
18:35et vous avez écrit
18:37l'eau, l'air et l'art
18:38aux éditions Gallimard.
18:40Et merci à vous toutes et tous
18:41de nous avoir suivis.
18:42C'était Art de Vivre.

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