00:00T'as pas adopté ? T'as pas continué les traitements ? T'es pas allée en Espagne ?
00:07Et donc, sous cette question-là, on entend le « t'as pas tout fait, en fait, pour devenir mère
00:12».
00:12Bonjour Lou, je suis Caroline Lefour et je vais vous parler de mon parcours d'infertilité.
00:18Alors, j'ai toujours eu envie d'être maman parce que j'ai été éduquée dans le fait qu'avoir
00:22un enfant, c'est la plus belle chose au monde.
00:24Et bien, au moment où je décide de devenir maman, malheureusement, je tombe malade. J'ai un cancer à l
00:28'âge de 32 ans.
00:29J'enchaîne avec 9 mois de chimiothérapie, très agressive, en me disant « je ne lâche pas l'objectif, après
00:36mon traitement, je deviendrai maman ».
00:37On me donne le go à 34 ans, je peux commencer à essayer d'être mère.
00:42Là, on y va au taquet, on est à bloc-jean-floc sur le projet bébé dans tous les sens
00:45du terme.
00:46Et je me dis « mais obligé, je vais être mère ». Je mérite obligatoirement ça.
00:49À partir du moment où j'ai commencé à vouloir être mère et que les problèmes de fertilité ont été
00:54posés, j'ai commencé à culpabiliser.
00:56J'ai quand même fait un long traitement PMA et un long traitement FIV.
00:59J'ai vécu plus de 7 fausses couches, donc à chaque fausse couche, je culpabilisais.
01:04J'ai culpabilisé ensuite, pendant que je faisais les traitements, de ne pas arriver à produire des ovocytes de bonne
01:09qualité.
01:10Et j'ai à la fin culpabilisé de décider de lâcher prise et d'arrêter les traitements.
01:14Donc en fait, tout au long de mon parcours, je n'ai fait que culpabiliser.
01:17Je ne me sentais pas complète dans ma féminité.
01:20Je ne me sentais pas capable.
01:22Ça, c'est compliqué.
01:23Vous savez, le sujet de la féminité et de la maternité, je trouve, est un sujet très sacré.
01:28Et j'avais l'impression, et cette sensation affreuse d'injustice, de colère,
01:32je me sentais telle une femme derrière une vitrine d'une boulangerie,
01:36regardant les gens rentrer, regarder les gâteaux, les goûter comme s'ils goûtaient la vie.
01:41En fait, c'est vraiment la métaphore que je fais.
01:42Et moi, j'étais derrière la vitrine, et je suis encore.
01:44Et je regarde les autres manger des gâteaux et se régaler.
01:48J'ai juste le droit de regarder.
01:50C'est tout.
01:51Vous décidez d'arrêter tous les parcours à PMA.
01:54Oui.
01:54Et là, vous tombez en sortie.
01:56Je ne cache pas que j'ai une peur que ça ne tienne pas,
01:59mais je me refuse de céder à la peur.
02:01Je me dis, il faut vraiment que je nourris cet espoir encore une fois.
02:04Quand j'ai su que la grossesse s'est interrompue,
02:06j'ai voulu être la meilleure des mères pour l'accompagner du mieux que je pouvais.
02:15Ah là, c'est compliqué.
02:19Et j'ai accouché d'elle, donc c'était quand même assez impressionnant.
02:24Mais j'ai vécu ça comme quelque chose de merveilleux aussi,
02:26parce que j'ai pu avoir une posture de mère par rapport à elle.
02:30Je l'ai accompagnée de son arrivée dans mon ventre jusqu'à son départ.
02:37C'est, et je pleure, mais je le dis avec joie, c'est merveilleux, quoi.
02:42Comment on lutte contre cette tristesse ?
02:45Alors, on lutte en se rassurant sur le fait qu'on se donne des bonnes raisons.
02:49Alors déjà, je parle avec des potes qui sont mères,
02:51et parfois c'est un peu une ardaque, il ne faut pas se le cacher.
02:55Mais ça, ça me rassure quelque part.
02:57Je me raccroche à ce que j'ai, un mari extraordinaire,
02:59qui me voit comme une femme complète,
03:01et qui me convainc tous les jours que je suis une femme à part entière,
03:04même si je n'ai pas d'enfant.
03:07J'ai décidé, non pas de ne plus être mère,
03:10mais d'arrêter les traitements pour peut-être le devenir un jour.
03:13L'espoir, c'est quelque chose qui nous nourrit au début du parcours.
03:17Mais l'espoir, ça fait aussi mal à un moment donné.
03:20Et donc, j'ai décidé de ne plus nourrir cet espoir activement,
03:24mais de le mettre quelque part dans ma vie.
03:27Et puis voilà, je me laisserai surprendre, ou pas,
03:30mais de nourrir autre chose comme projet dans ma vie,
03:33même si peut-être que j'aurai la surprise un jour d'être mère, je ne sais pas.