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  • il y a 14 heures
Transcription
00:03Bienvenue à la Masterclass Bold, co-organisée avec Les Echos.
00:07Les Masterclass sont des moments d'échange et d'inspiration
00:10qui, j'espère, vous donneront l'envie d'aller encore plus loin dans vos projets.
00:14Je suis Marie-Éloi, j'ai fondé plusieurs réseaux d'entrepreneuriat nationaux
00:19comme Femmes des Territoires et Bouge ta boîte.
00:20Je fais aussi partie des fondatrices du mouvement citoyen mondial
00:23World with Women pour la mixité.
00:26Je suis chroniqueuse aux Echos et surtout heureuse d'être avec vous
00:29Ce soir, nous sommes ensemble pendant 45 minutes
00:33et vous aurez la possibilité à la fin, pour les personnes qui sont avec nous aujourd'hui,
00:37de poser quelques questions à Delphine Plisson qui est avec nous aujourd'hui.
00:42Le thème de cette Masterclass Bold, c'est comment s'autoriser encore et encore
00:49à se réinventer à chaque étape.
00:52Et Delphine Plisson en est une fantastique incarnation.
00:56Delphine a débuté dans la mode chez Agnès B, Yves Saint-Laurent, Antique Batik et au sein du groupe
01:04SMCP, notamment en tant que DG de Claudie Pierlot.
01:07En 2014, elle fonde la Maison Plisson qui est une épicerie-restaurant hybride, atypique et très très prisée.
01:15Et fin 2024, elle quitte l'entreprise qui a atteint 140 salariés pour publier son premier roman,
01:23Laisse aller, c'est une valse aux éditions Jean-Claude Lattès.
01:27En 2025, elle crée 20 ans plus tard un magazine trimestriel destiné aux femmes de plus de 45 ans,
01:36que j'ai adoré, pour lequel elle est co-éditrice, directrice de la publication et rédactrice en chef.
01:43Delphine Plisson est également maman de trois enfants et a notamment été finaliste du Bold Women Award en 2020.
01:51Alors, comment a-t-elle fait pour se réinventer à chaque fois, en toute liberté et en bouleversant les codes
01:57?
01:58Comment a-t-elle construit étape après étape ses forces et son parcours entrepreneurial ?
02:03C'est ce que nous allons voir ensemble.
02:06Bienvenue Delphine, bonjour.
02:08Bonjour.
02:09Alors, merci d'avoir accepté cet échange.
02:11Vous avez grandi à Créteil, en Val-de-Marne, avec deux frères.
02:16Une vie un peu austère, selon vos mots.
02:19Mais à 14 ans, et c'est un premier moment clé pour vous, qui va vous ouvrir complètement l'horizon,
02:25vous rencontrez dans votre cité un couple de libraires qui vous montrent qu'on peut entreprendre sa vie autrement.
02:32Oui, qui me montrent en fait, qui s'installent effectivement dans cette cité, ce qui était un peu inattendu,
02:37et qui étaient des libraires passionnés, qui n'étaient pas de Créteil, ni même de région parisienne,
02:43qui se sont implantés à Créteil sans doute un peu par hasard.
02:46Et c'était vraiment un oasis merveilleux où je passais mon temps.
02:50Et effectivement, je me suis rendue compte très vite qu'il y avait mille voies possibles
02:55et que j'allais peut-être éventuellement pouvoir tracer ma route en dehors des sentiers potentiellement déjà désignés.
03:02Et du coup, vous souhaitez faire des études, vous souhaitez d'abord être libraire, grâce à eux ?
03:07Alors, ils m'ont en tout cas inculqué la passion de la lecture.
03:11Et effectivement, j'ai trouvé ce métier merveilleux.
03:13Donc, j'en avais assez concrètement envie.
03:16Et puis, la vie a plus d'imagination que nous.
03:20Donc, quand il a été question, après le bac, d'envisager de faire quelque chose de ma vie,
03:25j'ai d'abord essayé de me renseigner pour savoir comment on pouvait devenir libraire.
03:31Je me souviens être allée harceler le monsieur qui tenait à l'époque l'écume des pages boulevard Saint-Germain
03:38en lui demandant de m'embaucher, de m'embaucher, de m'embaucher.
03:40Et il m'expliquait qu'il ne pouvait pas m'embaucher, mais qu'il pouvait me former,
03:43mais qu'il ne pourrait jamais me payer.
03:44Et que vous aviez deux contraintes.
03:46Parce que vous êtes la première de votre famille, c'est ça, toute génération confondue, à avoir le bac.
03:51Et en plus, il fallait vivre.
03:52Enfin, il fallait subvenir à tous vos besoins.
03:54Alors, j'étais la première à avoir le bac.
03:56Et effectivement, il fallait que je finance ma vie concrètement au quotidien.
04:01Donc, libraire, à ce moment-là, ce n'était pas une option concrètement envisageable.
04:06Donc, je me suis renseignée.
04:09J'ai commencé à faire des études.
04:11D'abord, un BTS de commerce international.
04:13Et ensuite, j'ai enchaîné avec l'ESG, qui était une école de commerce.
04:18Parce que tout le monde me disait, si tu veux être libraire, il faut d'abord apprendre à gérer.
04:21Donc, fais des études de gestion, fais des études de gestion.
04:24Donc, j'ai suivi ce petit chemin.
04:26Tout en étant au test de l'air ?
04:28Tout en étant au test de l'air.
04:39C'est une école étudiante qui permet effectivement de faire partie du personnel navigant commercial d'Air France et sans
04:46doute d'autres compagnies.
04:47Ce qui permet de gagner sa vie.
04:49En échange de quoi, vous n'avez plus aucun week-end, ni jour férié, ni vacances pendant la durée de
04:53vos études.
04:54Mais au moins, vous avez la possibilité de financer vos projets.
04:58Ce qui est plutôt génial.
04:59Je regarde les personnes qui sont avec nous.
05:00Elle a tenu 4 ans, sans un jour férié, sans un jour off.
05:05C'est ça ?
05:06Oui, mais ça ne donne pas cette impression.
05:08Parce qu'on voyage, on fait des choses.
05:10Il n'y a pas vraiment de routine.
05:11Donc, loin de moi, l'idée de me plaindre de cette période-là.
05:14Mais avec le recul, je me suis rendu compte qu'effectivement, ça avait été sans doute un peu intense.
05:18Et alors, vous avez une capacité qui va vraiment vous suivre tout au long de votre carrière entrepreneuriale.
05:24C'est la capacité à saisir les opportunités.
05:27Parce qu'on a toutes et tous des opportunités qui nous passent devant.
05:30Et parfois, on les voit.
05:32Parfois, on ne les voit pas.
05:34Parfois, on les voit, mais on n'arrive pas à les saisir.
05:36Et vous, vous avez cette capacité-là, Delphine Clison.
05:39On va commencer par une petite anecdote.
05:42C'est avant de rentrer à l'USG, vous devez faire un stage.
05:46Vous nous racontez ?
05:48Oui, j'ai appris qu'il fallait faire un stage.
05:49Ce que j'ignorais au moment où j'ai réussi le concours de l'USG.
05:52Et quand j'ai téléphoné pour savoir à quelle date était la rentrée,
05:55ils m'ont dit qu'il faudrait quand même déjà faire le stage.
05:57De trois mois ?
05:58De trois mois.
05:59Je dis, avec plaisir.
06:01Et ils m'ont dit, si vous n'avez pas de stage, et je n'avais pas de stage,
06:05on a encore quelques demandes d'entreprise, dont une à New York.
06:10Génial, New York.
06:11Et donc, à l'époque, la communication se passait par fax.
06:13Donc, j'envoie un fax avec mes coordonnées.
06:16Je serais très heureuse de faire mon stage chez vous.
06:18Et je me trompe d'un numéro dans le fax.
06:21Donc, pour les plus jeunes d'entre vous, les fax, c'est comme le téléphone, c'est un numéro.
06:25Et donc, j'atterris dans une galerie d'art, alors que je pensais avoir écrit aux chaussures Paraboot.
06:30C'est détenu par des Français.
06:32Et la responsable de la galerie m'appelle, en fait, en me disant,
06:35on n'est pas du tout les chaussures Paraboot.
06:37Mais on cherche quelqu'un, si t'es dispo, arrive le plus vite possible.
06:41Donc, je suis partie trois jours après, travailler dans une galerie d'art,
06:44ce qui n'était pas du tout prévu.
06:46Sans logement, sans argent.
06:48Comme beaucoup d'étudiants, mais effectivement, c'était aussi impulsif que joyeux.
06:53Mais après, il a fallu, effectivement, se débrouiller sur place.
06:57Et pareil, ça se reproduit à nouveau.
07:00Quand vous commencez votre vie active, pour avoir votre premier stage,
07:05à nouveau, vous arrivez à saisir l'opportunité qui se présente
07:09et qui n'était pas prévue au démarrage.
07:10J'ai une copine qui me dit, il cherche quelqu'un,
07:15il cherche quelqu'un pour faire un boulot chez Agnès B.
07:17Vous voulez toujours être libraire à cette époque-là ?
07:19Alors, moi, je suis toujours un peu dans ma ligne, dans ma ligne de nage.
07:23Mais en même temps, je suis bien obligée de trouver d'autres options en attendant d'être libraire.
07:28Et donc, cette copine me dit, je crois qu'il cherche quelqu'un chez Agnès B.
07:31Je ne sais pas ce que c'est qu'Agnès B.
07:34Je n'ai pas la moindre idée de ce que c'est, mais j'ai l'air de savoir.
07:37Et donc, je finis par trouver les coordonnées.
07:39Je passe un entretien.
07:40Et à la fin de l'entretien, Valérie Zdogel, qui est devenue une grande amie
07:44et qui a passé des décennies chez Agnès B, me dit,
07:47est-ce que ça vous intéresse de faire un stage sur le marché de la mode enfantine ?
07:52Elle m'aurait demandé n'importe quoi, ça m'intéressait.
07:54J'avais envie de bosser, j'avais envie d'apprendre.
07:56Donc, je me suis plongée avec passion dans la mode enfantine.
08:01Et je suis revenue un mois plus tard avec mon rapport de stage.
08:05Et elle m'a dit, c'est super, c'est exactement ce qu'il fallait.
08:07Vous irez en boutique chercher une robe.
08:09Moi, je pensais que j'allais être payée, donc j'étais un peu déçue.
08:12J'adore !
08:13Mais bon, j'ai une robe que j'ai toujours d'ailleurs, que je garde précieusement.
08:17C'était mon premier salaire d'une certaine façon.
08:19Et puis, quelques semaines plus tard, elle m'a rappelée en me disant,
08:22mais tu fais quoi en fait, finalement ?
08:25J'ai dit, là, je vais chercher du travail, j'ai fini des études.
08:27Elle m'a dit, écoute, génial, bienvenue à bord, tu feras partie de l'équipe Agnès B.
08:32Donc, je me suis retrouvée chez Agnès B en tâtonnant un peu,
08:35parce que pour le coup, je ne savais vraiment pas ce que c'était que cette maison.
08:39Et en étant rémunérée cette fois-ci ?
08:40Cette fois-ci, en étant même rémunérée.
08:42Et donc, vous avez gravi les échelons ?
08:45Oui, alors Agnès B, c'était au début des années 90.
08:49C'était une maison très familiale et pleine de succès.
08:54C'était une maison qui dominait un peu le marché de la mode à l'époque,
08:57qui était un peu le début de la mode aussi.
08:59Il n'y avait pas énormément de concurrence.
09:00C'était une marque très agile, très puissante.
09:05Et il y avait beaucoup de femmes qui travaillaient chez Agnès B.
09:07C'était assez féminin déjà.
09:09Et en fait, on se cooptait beaucoup.
09:11Et quand on avait envie d'un job, parfois, on essayait de passer en disant
09:15« j'aimerais bien faire ça ».
09:17Et en l'occurrence, moi, j'avais envie de m'occuper du développement de la marque en Asie.
09:21Et j'ai eu le malheur un jour de dire « j'aimerais bien m'occuper du développement de la
09:24marque en Asie ».
09:25Et je me souviens que le patron de l'époque m'avait dit
09:27« ah ouais, c'est marrant parce qu'on cherche quelqu'un,
09:29mais on cherche un homme de 35 ans avec de l'expérience en Asie ».
09:32Alors, effectivement, je n'ai pas toutes les compétences.
09:36Mais en attendant que vous trouviez l'homme de 35 ans avec de l'expérience en Asie,
09:40vous ne voulez pas que j'essaye ?
09:43Vous avez proposé.
09:44Oui.
09:45Alors, chez Agnès B, on pouvait à cette époque-là.
09:47Il y avait cette notion de « si vous avez… »
09:49Et ça m'est resté parce que je crois que c'était super de leur part de dire
09:54« si vous avez la motivation et l'envie, vous avez déjà une grande partie des qualités requises pour le
09:59job ».
10:01Et donc, je me suis retrouvée à m'occuper du développement d'Agnès B en Asie du Sud-Est,
10:04ce qui était génial.
10:05Épuisant, mais génial.
10:07Et après, il y a eu Yves Saint-Laurent, Antique Batik.
10:10Oui.
10:11Et il y en a eu d'autres.
10:13Oui.
10:15Et tout ça, sans pour l'instant avoir l'imaginaire de l'entrepreneuriat
10:20qui était peu présent dans cette époque-là.
10:22À cette époque-là, il y avait peu de femmes qui entreprenaient.
10:25Je n'avais pas spécialement cette envie.
10:28J'étais bien, moi.
10:30J'aimais bien ce que je faisais.
10:32J'aimais surtout les gens avec qui je travaillais.
10:35Je suis effectivement passée d'Agnès B à Saint-Laurent.
10:37C'est des cultures d'entreprise extrêmement différentes, des codes différents.
10:40Mais j'avais la sensation d'apprendre.
10:42Donc, le quotidien était toujours aussi galvanisant.
10:45Et puis, le temps passe vite.
10:48Et au bout de 20 ans dans la mode,
10:50je me suis rendue compte que j'avais peut-être la sensation de moins apprendre,
10:53en tout cas de moins être alignée avec ce que devenait le secteur.
10:57Et donc, arrive 40 ans.
10:59Arrive 40 ans.
11:00Vous êtes directrice générale de Claudie Pierlot.
11:02Quand vous êtes arrivée, il y avait trois points de vente.
11:06Oui.
11:06Et vous êtes à 40 ans, il y en avait 30.
11:10Vous avez multiplié par 10 quasiment les 30 ans.
11:12Je n'étais pas toute seule.
11:13Non, évidemment.
11:14D'abord, il y avait une équipe.
11:15Et puis, la marque faisait partie du groupe qui est devenu le groupe SMCP,
11:19qui est quand même réputé pour être assez puissant.
11:22Et donc, oui, c'était une période aussi où le développement rapide faisait partie de la stratégie de ces maisons.
11:28Mais là, vous vous sentez de moins en moins à votre place ?
11:30C'est là où l'entrepreneuriat vous titille ?
11:33Ça se matérialise comment ?
11:35Alors, je me sens de moins en moins à ma place,
11:37mais l'entrepreneuriat ne me titille pas forcément.
11:41Je commence à me poser des questions sur ce que va être la prochaine étape.
11:45Ça, c'est certain.
11:47Et puis, je cherche d'abord dans quelle boîte je pourrais aller travailler.
11:52La librairie, c'est un peu éloigné entre-temps parce que je me rends compte qu'à part monter une
11:56librairie,
11:56ça va être compliqué d'être salariée dans une librairie.
12:00Je fais mon deuil petit à petit, tout en me disant peut-être plus tard.
12:04Et puis, il s'avère que j'ai passé une période de ma vie à New York
12:07et qu'il y avait une marque, une maison qui s'appelait Dinen Deluca à New York, que j'adorais.
12:12Je vois les têtes qui hochent.
12:14Donc, on a connu Dinen Deluca, oui.
12:17Et c'était un endroit que j'adorais et qui avait pour principale qualité
12:22de rendre l'expérience client merveilleuse
12:25quand il s'agissait de s'alimenter au quotidien
12:27et d'avoir la sensation d'avoir accès à des produits un peu particuliers et assez incroyables.
12:32Il s'avère que je suis hyper gourmande,
12:35bien plus gourmande que férue de mode.
12:37Et qu'à ce moment-là de ma vie, vers 40 ans,
12:40je me suis dit, ça fait quand même 20 ans que je pense qu'un jour,
12:43il y aura un Dinen Deluca français
12:45et que quelqu'un va le faire.
12:48Et à ce moment-là, je me dis, pour l'instant, personne ne l'a fait.
12:52Donc, tiens, si je prenais le temps de réfléchir à ce que je ferais,
12:56si je le faisais moi, mais de façon très détachée.
13:00Je prenais des notes, je regardais des documentaires,
13:03je lisais des bouquins, je me renseignais, je rencontrais des personnes,
13:05mais je le faisais un peu comme un hobby.
13:07Puis à force de le faire comme un hobby, au bout de quelques mois,
13:09j'avais écrit un bouquin, vraiment une sorte de…
13:14En gros, la présentation exhaustive, hyper précise
13:18de tout ce que j'aurais pu imaginer si j'avais monté ce projet.
13:21Avec un business plan ?
13:22Alors, du coup, j'ai fait un business plan.
13:24Le business plan, je suis discrètement allée le faire challenger
13:26par des gens du secteur que je ne connaissais pas.
13:28Je disais, c'est mon neveu qui a fait ça.
13:30Moi, j'étais déjà Claudie Pierlot, donc j'étais bien cachée.
13:34Et puis, à force d'en parler, de challenger, etc.,
13:37un jour, j'ai fini par le présenter à mes patrons de l'époque,
13:41donc au patron de SMCP, en leur disant, j'ai une idée dans la tête,
13:45j'aimerais quand même avoir votre avis.
13:47Et le lendemain, ils m'ont envoyé des textos en disant,
13:49on sera avec toi, vas-y, fonce, quoi.
13:51Mais vous y alliez dans l'optique de vraiment vous lancer ?
13:54Pas du tout.
13:55Pas du tout.
13:56Je voulais savoir s'ils trouvaient le projet intéressant,
13:59mais je n'avais pas concrètement envisagé de tout quitter
14:02pour me lancer dans ce projet-là qui n'existait pas
14:05et qui engageaient beaucoup de choses,
14:07parce qu'il allait falloir quitter le salariat pour l'entreprenariat.
14:10Je n'avais jamais monté de boîte.
14:12Je n'avais jamais envisagé de monter une boîte.
14:13Donc, il fallait que je reparte vraiment de zéro.
14:17Et quand ils vous disent, c'est une super idée,
14:19il faut que tu y ailles, quand ils vous disent ça ?
14:21Ça me terrorise.
14:23C'est sûr.
14:24Ça me terrorise parce que je me suis dit,
14:26il va vraiment falloir que je le fasse maintenant, en fait.
14:28C'est un peu comme si j'avais appris la danse dans mon salon
14:32ou dans une école de danse tranquillement
14:34et qu'un jour, on me dit, il y a un spectacle samedi.
14:37J'avais la sensation de ne pas être prête.
14:39Et puis, c'était impressionnant quand même de se dire,
14:44bon, je vais peut-être y aller en fait.
14:46Je vais peut-être le faire moi, finalement,
14:47ce projet qui me fait rêver depuis si longtemps.
14:50Et comment vous avez sauté le pas ?
14:52Comme tout le reste, un jour à la fois.
14:55C'est-à-dire que je n'ai jamais eu la sensation
14:57de faire des virages incroyables, de tout quitter, etc.
15:00En fait, je quitte tout et je recommence à zéro à chaque fois.
15:02Mais dans la vraie vie, il ne se passe pas comme ça.
15:05À la vraie vie, on prépare, on a le temps de gamberger un peu.
15:08Et puis, les choses commencent à se construire un petit peu,
15:10puis un petit peu plus.
15:11Et puis, on s'entoure et puis, on y va, quoi.
15:13Donc, un an plus tard, après avoir présenté le dossier à vos patrons,
15:18c'est ça ? Vous y allez ?
15:19Et la Maison Plissons née ?
15:21Oui, en 2015.
15:22En 2015, qui est à la fois une épicerie fine de produits artisanaux rassés
15:28et puis un restaurant de saison.
15:31Et ça fonctionne.
15:33Oui, en fait, j'avais tellement envie que ce projet existe.
15:38Je me suis évidemment beaucoup engagée.
15:40Et puis, j'avais rencontré Jean-Luc Colonna, qui s'occupait de Merci à l'époque
15:44et de plein d'autres projets.
15:46Et j'avais été le voir en lui disant, qu'est-ce que tu en penses ?
15:48Est-ce que ça peut être une bonne idée, etc.
15:50Il m'avait dit, écoute, parle-en à tout le monde.
15:53Personne ne te piquera ton idée.
15:55C'est un peu un mythe.
15:56C'est ton projet.
15:57Parle-en beaucoup.
15:58Et surtout, n'écoute personne.
16:01Ah ! Alors, d'accord.
16:03Très bien.
16:04Et en fait, ça a marché.
16:05Il m'avait dit, parle-en à tout le monde.
16:07Parce que si tu n'en parles pas,
16:09d'abord, monter une boîte,
16:10toutes celles qui l'ont fait,
16:11qui sont en train de le faire,
16:13savent que c'est épuisant.
16:15Et très isolant, en fait.
16:18Donc, il m'avait dit,
16:18si tu en parles à tout le monde,
16:19tu vas garder l'énergie.
16:21Tu vas rester dans le projet.
16:23Tu vas finir par le construire.
16:25Si tu restes isolé et que tu n'en parles pas,
16:26tu risques de t'épuiser.
16:27Tu vas t'en lasser.
16:28Il y aura d'autres envies, etc.
16:30Et puis, bon an, mal an, un jour à la fois,
16:33j'ai fini par trouver le financement,
16:34le lieu, l'équipe.
16:36Et surtout, grand, grand, grande joie,
16:38j'ai traversé toute la France de long en large
16:40et en travers pour aller chercher les produits.
16:42Donc ça, c'était vraiment génial.
16:44Et ça a ouvert et ça a eu du succès.
16:46Après, oui, ça a eu du succès tout de suite.
16:48Mais je pense que c'est quand même parfois comme ça
16:51quand il y a un projet au bon moment, au bon endroit.
16:54Alors, ça n'a pas été calculé pour.
16:56Mais on a eu la chance d'arriver à un moment donné
16:59où je pense que tout le monde commençait à se poser des questions
17:02sur la qualité de son alimentation,
17:04sur l'impact de l'alimentation sur la santé,
17:07y compris la santé mentale.
17:09Et tous ces sujets commençaient à être un peu plus importants.
17:12Et l'idée de créer un lieu qui ne soit pas le fruit
17:15d'un grand groupe industriel ou d'un grand groupe tout court,
17:19que ce soit un projet indépendant,
17:21et puis qu'on soit une équipe aussi solidaire et enthousiaste,
17:25je pense que ça a transpiré du projet
17:27et que la marque, le lieu, se soit imposé assez vite.
17:32Mais je crois que tout le monde aime manger.
17:35Donc, il y avait aussi un truc de très fédérateur.
17:39On a joué dans un champ où tout le monde peut se retrouver et aimer ça.
17:43Il y avait à la fois une opportunité
17:45et puis vous avez reçu le meilleur conseil possible.
17:48C'est effectivement d'en parler à tout le monde
17:49parce que ça permet d'affiner l'idée,
17:51d'être challengée, d'être mise en lien.
17:54C'est vraiment le meilleur conseil.
17:55C'est vrai, vous l'avez dit, on a toujours peur que l'idée soit piquée.
17:58Mais finalement, c'est comme ça qu'on avance
18:00et puis tout le monde revient vers vous en disant
18:01« Alors, t'en es où de ton idée ? »
18:03Donc, ça oblige à avancer.
18:04Ça, c'est vraiment très malin de vous avoir donné ce conseil-là.
18:07Oui, oui, j'en suis très reconnaissante à Jean-Luc Colonna.
18:09Oui, toujours.
18:11Et donc, ça fonctionne bien
18:13puisque vous ne cessez de grandir
18:14jusqu'à être à la tête de deux maisons plissons
18:17et cinq petits plissons.
18:18Vous avez 140 salariés.
18:20C'était une forte croissance.
18:23Qu'est-ce qui a été le plus incroyable dans cette aventure ?
18:27L'humain, de loin.
18:29L'humain, les producteurs, les équipes, les clients.
18:32Ça, c'est génial de se lever tous les matins
18:34et de savoir qu'on va avoir des gens super.
18:35Des gens qui sont contents d'être là.
18:38Et puis, on était porteurs de sens
18:39quand on représentait 800 fournisseurs artisanaux
18:43dans toute la France, même en Europe.
18:45Donc, ça, c'est merveilleux
18:47de pouvoir donner une vitrine à tous ces producteurs,
18:50les respecter, faire en sorte
18:51qu'on soit limpide pour eux,
18:54que les clients s'y retrouvent,
18:55soient reconnaissants d'avoir un lieu
18:56où ils savent que tout ce qu'ils vont trouver
18:58sera bon pour eux
18:59et soutiendra aussi des producteurs,
19:03les équipes au milieu.
19:04Non, non, j'ai adoré cette dimension-là
19:06plus que tout autre.
19:07Et le plus terrible, c'était quoi ?
19:08Le plus difficile ?
19:10Dans cette première vraie expérience entrepreneuriale ?
19:13Ah, elle a été assez frontale.
19:14Le plus difficile, ça a été les conséquences du Covid.
19:19Le Covid a été un choc,
19:22mais je pense pour tout le monde,
19:25même ceux qui n'ont pas d'épicerie ou de restants.
19:27Ça a été un choc parce que ça a été une surprise,
19:29que ça a été frontal, que ça a été violent.
19:31Mais pendant le Covid, nous, on est restés ouverts à 50%
19:34parce qu'on avait épicerie et resto.
19:36Le resto avait interdiction de rester ouvert,
19:38mais l'épicerie avait obligation de rester ouvert.
19:40Donc, on était complètement schizo.
19:41On passait notre temps à essayer de palier
19:44les manques du restaurant à l'épicerie.
19:45On a monté un site Internet en trois jours.
19:47On a essayé de trouver tout un tas d'idées.
19:50On faisait des photos de nuit.
19:51On mettait en ligne le matin.
19:53On était complètement habitées par le fait
19:54d'essayer de faire tout ce qu'on pouvait
19:57pour que ça se passe bien.
19:59À la sortie du Covid,
20:01il y a eu un autre confinement.
20:03À la sortie du premier confinement,
20:04il y en a eu un second, puis un troisième, etc.
20:05On s'épuisait financièrement,
20:08et physiquement, et moralement,
20:10parce qu'on voyait bien quand même
20:12que ça allait être extrêmement compliqué
20:13d'être encore là à la fin.
20:16Et quand le dernier...
20:17Vous voyez l'impasse, c'est ça, qui arrivait ?
20:19On voyait surtout les contes fondre à vue d'œil.
20:22Oui, c'est ça.
20:22Ça, c'était assez concret.
20:24Et on voyait aussi
20:25qu'on n'avait pas tellement de ressources par ailleurs.
20:28À un moment donné,
20:30on jouait du violon sur le pont du Titanic,
20:32assez concrètement,
20:34sans champagne.
20:35C'était à ses premiers degrés
20:37comme situation.
20:38Et à la sortie du dernier confinement,
20:41il fallait renflouer les caisses.
20:43Je suis partie dans tout Paris
20:45essayer de trouver des investisseurs,
20:47sachant que des personnes
20:49qui avaient envie d'investir
20:50dans la restauration
20:51ou la distribution alimentaire
20:52à la sortie des confinements,
20:53ce n'était pas légion.
20:56On vous écoutait ?
20:57On m'écoutait.
20:58C'était la première fois
20:58que vous alliez faire une levée de fonds ?
20:59Ah non, non, non.
21:00On allait déjà faire avec eux.
21:02Ça ne m'impressionnait pas beaucoup
21:05parce que je représentais la boîte,
21:08les salariés, les fournisseurs.
21:09Donc moi, j'étais vraiment
21:10très motivée à aller trouver des solutions.
21:13Et on a fini par trouver une solution
21:16avec un groupe industriel
21:18dont le patron aimait sincèrement
21:20la marque et le travail qui avait été fait.
21:22Et donc, les choses se sont faites au tribunal.
21:25Alors, je recommande énormément
21:26cette expérience
21:27qui est très remplie d'humilité.
21:31qui ne fait pas peur du tout.
21:34Mais ça fait partie des joies
21:35de l'entrepreneuriat, parfois.
21:37C'est-à-dire en redressement ?
21:39Oui, on est passé en redressement,
21:40plus en liquidation
21:40et la boîte a été reprise en liquidation.
21:44Le groupe a repris la boîte.
21:45Ce que j'ai vu, évidemment,
21:47comme quand même une lueur d'espoir
21:49parce que tout n'était pas foutu.
21:52Je suis devenue consultante
21:54de la boîte que j'avais créée.
21:56J'y croyais à fond.
21:57Je n'avais aucun problème
21:58avec le fait d'être consultante.
21:59Enfin, ça me plaisait que ça continue.
22:02Et juste, qu'est-ce qui a convaincu
22:04l'investisseur d'investir chez vous ?
22:08C'est quoi ?
22:08C'est du relationnel, de la confiance ?
22:10C'est des chiffres ?
22:11Qu'est-ce qui convainc ?
22:11Ça ne doit pas être les chiffres.
22:14Ça ne doit pas être les chiffres
22:15à ce moment-là
22:15de l'histoire de la Maison Plissot.
22:16On est vraiment
22:17dans une situation complexe.
22:20Je crois pouvoir dire
22:21qu'il aimait vraiment la marque.
22:23Je sais qu'il était venu
22:24dans les différentes adresses.
22:27Ça lui parlait.
22:28Oui, ça lui parlait.
22:29Je pense qu'il aimait la marque.
22:31Il voyait le potentiel aussi
22:33autour de la marque.
22:34Moi, j'avais beaucoup d'idées,
22:35beaucoup d'envie encore, etc.
22:37Donc, on en avait beaucoup parlé.
22:38et ça s'est fait quand même.
22:41Après, ça restait un mariage de raison.
22:44Et un mariage de raison,
22:45parfois, ça ne marche pas.
22:49Avec des cultures...
22:50C'est varié.
22:51Culture d'entreprise très différente,
22:53des équipes avec des process
22:55qui n'étaient pas forcément idéalement
22:57adaptés à notre projet
22:58et réciproquement.
22:59Donc, on ne parlait pas les mêmes langues.
23:01On n'avait pas les mêmes...
23:02Moi, j'étais habitée par ce projet.
23:05Je voulais qu'il existe
23:06et je voulais qu'il dure.
23:07Je voulais qu'il se développe.
23:08Donc, à un moment donné...
23:11Vous avez un exemple, par exemple,
23:13qui ne fonctionnait pas,
23:15de différence de culture ?
23:16Ça ne veut pas dire
23:17qu'il y en a une qui était bonne
23:18et l'autre moins bonne.
23:19Ah non, pas du tout.
23:19C'est juste un choc.
23:20C'est juste qu'on faisait un métier
23:23avec des artisans.
23:24On travaillait exclusivement
23:26des artisans,
23:26quasiment exclusivement des artisans.
23:28Ça demande,
23:29ne serait-ce qu'en comptabilité,
23:30une organisation agile
23:32parce que les artisans
23:33n'ont pas tous des adresses mail.
23:35Alors, c'est aussi simple que ça.
23:37En fait, la communication au quotidien
23:38avec les gens avec qui on travaille.
23:40Dans un groupe,
23:41ce n'est pas possible
23:42de travailler avec des gens
23:43qui n'ont pas de mail
23:44et de s'adapter, entre guillemets,
23:46à des process.
23:47Et puis,
23:48on avait fait des erreurs aussi.
23:49Il y avait des choses
23:50qui marchaient moins bien.
23:51Il y avait des choses
23:51qu'il eut fallu faire autrement
23:53auparavant,
23:54ce qu'on n'a pas fait non plus.
23:57Personne n'est vraiment responsable
23:59de quoi que ce soit.
24:00Il s'avère qu'on est tous responsables
24:01un peu de beaucoup de choses.
24:02Moi, la première,
24:03parce que c'est la boîte
24:04que j'avais montée.
24:05Mais à un moment donné,
24:06effectivement,
24:06la greffe finalement n'a pas pris
24:08et je suis partie.
24:11Au bout de deux ans ?
24:12Au bout de cette période-là,
24:14au bout de deux ans, oui.
24:15Et là,
24:16on peut imaginer votre état d'esprit
24:18parce que vous avez tout fait
24:19pour que ça continue.
24:20Vous déjeunez avec une copine,
24:22j'adore ce moment-là.
24:23Qu'est-ce qu'elle vous dit ?
24:24Je déjeune avec une copine.
24:25Alors moi,
24:26je ne suis pas dans un état d'esprit.
24:27Je suis un peu sidérée
24:29d'être partie
24:30et de voir ce projet, etc.
24:33Et en même temps,
24:36je suis tellement fatiguée
24:37qu'il y a quand même
24:38un peu un soulagement aussi
24:39de me dire,
24:40bon,
24:41on va respirer un peu maintenant.
24:43Mais tout est embrouillé.
24:45Effectivement,
24:46je déjeune avec une amie
24:47qui me dit,
24:49wow,
24:49tu devrais écrire,
24:51prendre des notes,
24:52ça te fera du bien plus tard,
24:53de garder une trace
24:54de cette expérience
24:56et puis prendre du recul,
24:59essayer de digérer tout ça.
25:01Donc, le lendemain,
25:02comme je ne suis pas du tout
25:03d'une nature entière
25:04et obsessionnelle,
25:05je m'y mets à fond
25:06et je me mets à écrire,
25:07à écrire,
25:08à écrire
25:08et ça sort dans tous les sens.
25:10Le jour, la nuit,
25:10je n'arrive plus
25:11à m'arrêter d'écrire.
25:13Il n'y avait pas de question
25:14de légitimité d'écrire ?
25:15C'est parti directement ?
25:16Alors, j'ai écrit
25:17sans penser une seconde
25:18que le texte serait publié.
25:19J'ai écrit uniquement
25:20parce qu'elle m'avait donné
25:21cette idée
25:21et ça m'a fait du bien
25:23d'écrire
25:23et donc j'ai continué
25:24à écrire.
25:25Et puis, au bout
25:25de quelques 3-4 semaines,
25:27je lui ai envoyé un texto
25:27en disant,
25:28tu avais raison,
25:29ça m'a fait énormément de bien,
25:30merci beaucoup,
25:32ça m'a soulagée,
25:34je vais bien maintenant,
25:35je vais repartir,
25:36je vais voir ce que je vais faire,
25:37etc.
25:37Et elle me dit,
25:37tu peux me l'envoyer ?
25:39Je lui ai dit,
25:40je ne l'ai même pas relu,
25:41c'est vraiment,
25:42c'est sorti
25:44en 3-4 semaines,
25:46pas certaine
25:46que ce soit passionnant.
25:48Elle me dit,
25:48envoie-le-moi
25:49et je lui ai envoyé
25:51et je n'ai pas eu une nouvelle
25:54pendant 2-3 semaines
25:55et je me suis dit,
25:55ça doit être vraiment pourri
25:57et elle n'ose même pas
25:58me le dire.
26:00Et vraiment,
26:00en même temps,
26:01je n'avais pas du tout
26:02d'attente
26:03par rapport à ce texte.
26:04Et en fait,
26:05elle m'a rappelée
26:05en me disant,
26:06je l'ai fait passer,
26:07elle est elle-même éditrice
26:08de métier,
26:09pour le préciser quand même,
26:11mais je n'aurais jamais imaginé
26:13qu'elle en ferait
26:13quoi que ce soit
26:14pour le coup
26:15et elle l'avait présentée
26:15à Véronique Cardi,
26:16donc la bosse de
26:17Jean-Claude Lattès
26:19et un jour,
26:20on m'a téléphonée
26:21en me disant,
26:21Véronique Cardi
26:22aimerait vous rencontrer.
26:23Je me suis dit,
26:23ah, ok,
26:25super sympa,
26:26elle va me donner des conseils,
26:27c'est quand même
26:27une immense chance.
26:29Je trouvais ça incroyable
26:30de générosité
26:31et je me suis retrouvée
26:33dans son bureau,
26:34hyper intimidée,
26:35au Jacob,
26:38vraiment toute tremblante
26:39pour le coup,
26:40ce qui m'arriverait rarement
26:40et je suis ressortie
26:41avec un contrat
26:42pour publier le bouquin.
26:44Je suis remontée
26:45sur mon vélo
26:45en me disant,
26:46sérieusement ?
26:48C'est incroyable
26:48quand on sait
26:49à quel point
26:49c'est difficile
26:50d'éditer un livre.
26:52Oui, après,
26:53ça veut dire
26:53que c'était justifié.
26:53Avec tout le respect
26:54que j'ai pour les personnes
26:56qui édite des livres,
26:56qui publient des livres,
26:58là,
26:58il y a eu un chemin
26:59qui a fait
27:00que c'est arrivé
27:01à ce résultat.
27:03Ce qui a plu
27:04à Véronique Cardi,
27:05je le sais,
27:06c'est pas nécessairement,
27:09c'est surtout l'énergie,
27:10je crois,
27:11c'est ce qu'elle m'a dit.
27:12on aime pour une fois
27:14qu'un bouquin
27:15est écrit
27:15par une chef d'entreprise
27:17qui ne nous raconte pas
27:17à quel point
27:18ça a été facile,
27:19parfois un peu compliqué
27:20et à la fin,
27:21c'est génial
27:23et tout est formidable
27:24et la vie est belle,
27:25etc.
27:25Là,
27:26elle me dit
27:26que tu racontes la vérité
27:27et je pense
27:28que ça peut faire écho
27:29et ça peut être utile.
27:31Donc ça s'appelle
27:32« Laisse aller,
27:33c'est une valse »,
27:34donc de l'édition
27:34Jean-Claude Lattès
27:36et vous recevez
27:38plein de messages
27:39suite à la publication
27:40de ce livre
27:42qui vous font un bien fou.
27:43Ça a tombé drôlement bien
27:45parce que je...
27:46C'est une meilleure thérapie
27:49du monde.
27:50Oui,
27:50il y a un truc déjà
27:51avec l'objet livre
27:52qui est un objet
27:53qui est respecté
27:54de fait.
27:55Vous dites que vous avez
27:56fait un bouquin
27:56même si personne
27:57ne sait de quoi ça parle.
27:58C'est un bouquin,
27:59ça se respecte
28:00et après,
28:02il y a les réseaux sociaux
28:03aujourd'hui,
28:03donc les femmes
28:04qui l'ont lu
28:05parce que nous ne nous
28:05voulons pas la face,
28:0690% des lectrices
28:08en général
28:09sont des femmes.
28:10Les femmes qui l'ont lu
28:10et qui l'ont apprécié
28:11m'ont envoyé des messages
28:12hyper gentils
28:13et celles qui ne l'ont pas aimé
28:15ne m'en ont jamais parlé.
28:17Donc ça,
28:17c'est super,
28:18je recommande l'exercice.
28:19Ça fait un bien fou
28:20à l'égo
28:21et ça m'a maintenue
28:23hors de l'eau
28:23beaucoup
28:24et ça m'a donné
28:25évidemment des ressources
28:26et un certain enthousiasme.
28:28Oui, évidemment.
28:29Et à la même période,
28:31peu après,
28:31vous rencontrez
28:32votre compagnon,
28:34Romain Joubert,
28:36éditeur de magazine
28:37qui est dans la salle
28:37en plus.
28:39Et vous le partagez,
28:41vous êtes assez dépité,
28:42voire contrarié,
28:43parce que vous participez
28:44à une masterclass
28:45sur l'entrepreneuriat
28:46qui n'est pas celle-ci,
28:47je tiens à préciser.
28:48et vous en sortez,
28:50oui,
28:51vraiment contrarié.
28:52Oui,
28:52c'était quelques mois
28:53après notre rencontre.
28:54Évidemment,
28:54je savais que Romain
28:55était éditeur
28:56et je le regardais travailler.
28:57Il a imaginé ce magazine
28:59qui s'appelle Vieux
29:00avec Antoine Decaune
29:02et qui est un magazine
29:03pour lequel j'avais
29:04énormément de respect
29:05parce qu'il a réinventé
29:06complètement les codes
29:07de l'édition de magazine
29:08et ça marche du feu de Dieu.
29:10Donc,
29:10je trouvais ça hyper impressionnant,
29:12hyper audacieux.
29:13Et je le regardais travailler
29:14et lui me disait
29:16mais ça te plairait
29:18qu'on fasse quelque chose
29:20ensemble dans ce domaine-là,
29:21etc.
29:21Et je me sentais
29:21absolument pas légitime.
29:23Ça,
29:23ça n'a jamais été
29:24un tel problème dans ma vie
29:25puisque j'ai changé
29:26de métier,
29:28de secteur professionnel souvent.
29:29Donc,
29:30la légitimité,
29:30je sais que ça s'acquiert.
29:32Donc,
29:32on peut travailler.
29:33Mais je n'étais pas super à l'aise
29:35avec l'idée
29:35que ce soit mon prof.
29:37C'était mon amoureux.
29:38Donc,
29:39je trouvais ça un peu bizarre
29:40de travailler avec mon amoureux.
29:43Et puis,
29:44on en parlait quand même régulièrement.
29:47Ils m'en reparlaient régulièrement.
29:48Et puis,
29:49effectivement,
29:50au bout de quelques mois,
29:50j'interviens dans une masterclass.
29:52Je suis là pour parler
29:53d'entrepreneuriat
29:54et vie de femme,
29:55etc.
29:56Et puis,
29:57au bout d'une heure
29:58de discussion,
30:01on demande au public
30:04s'il y a des questions.
30:05Et une femme lève la main
30:06et elle me regarde
30:06et elle me dit
30:07« Et vous êtes ménopausée ? »
30:11Et je me suis dit
30:11« Sérieuse,
30:12sur ça,
30:13pourquoi ? »
30:14Pour le coup,
30:15je me suis vraiment dit
30:15« Ah d'accord,
30:16en fait,
30:17finalement,
30:18ce qui va me définir,
30:19là,
30:19c'est la ménopause. »
30:21Et effectivement,
30:21j'ai gentiment répondu
30:23à cette personne
30:24en lui expliquant
30:24que j'avais vu
30:25pas mal de choses
30:26dans ma vie
30:26comme tout le monde
30:27et qu'on était là
30:29pour parler de ça
30:29et que je trouve ça
30:31merveilleux
30:31la libération de la parole,
30:32etc.
30:32mais que je n'ai pas
30:33pour autant envie
30:34d'être définie
30:34par un état hormonal
30:36de passage.
30:38Et quand je suis rentrée
30:39effectivement à la maison,
30:40j'ai dit à Romain
30:41« Waouh,
30:41c'est quand même dommage
30:42parce que quand j'avais
30:4415-20 ans,
30:46je lisais un magazine
30:47qui s'appelait
30:4720 ans,
30:49qu'on a toutes lues,
30:50je crois,
30:51et qui parlait
30:52de tout ce qu'on a retenu
30:54de cette période
30:55de notre vie,
30:55de notre adolescence.
30:56Ça parlait de la mode,
30:57ça parlait de musique,
30:58ça parlait de voyage
30:58un peu, etc.
30:59Ça parlait de tout
31:00sauf de la puberté,
31:01par exemple,
31:02qui pourtant
31:02nous occupait sans doute
31:04pas mal.
31:04Mais c'est bizarre,
31:05c'est effectivement
31:05pas ce qu'on a
31:06nécessairement retenu.
31:09Et en discutant
31:11avec Romain,
31:12à un moment donné,
31:12il m'a regardée,
31:13il m'a dit
31:13« Ben,
31:13j'ai trouvé une idée là,
31:16en fait,
31:1720 ans plus tard. »
31:19Donc ce magazine
31:20que j'ai dévoré.
31:23Ben en fait,
31:24l'idée est effectivement
31:25partie de l'envie,
31:27de notre envie
31:28de faire quelque chose
31:29ensemble
31:30et de mon envie
31:31de créer un média
31:33que j'aurais envie
31:34de lire déjà.
31:36Vous aviez envie
31:37d'entreprendre
31:37à ce moment-là ?
31:38Après le livre,
31:39vous aviez envie
31:39d'être dit
31:40« je vais entreprendre
31:41à nouveau »
31:42ou en fait,
31:42c'est venu comme ça ?
31:43Comme souvent,
31:44c'est la rencontre
31:45qui a provoqué
31:46ce chemin-là.
31:47Et le besoin ?
31:49Et ce besoin ensuite
31:50de tâtonner,
31:53de me renseigner.
31:55Et surtout,
31:56ce constat,
31:57moi j'ai 55 ans,
31:59comme toutes les femmes
32:00de 55 ans,
32:01j'adore la presse écrite,
32:03en tout cas,
32:03j'adorerais la presse écrite.
32:05Et aujourd'hui,
32:06j'ai beaucoup de mal
32:06à me retrouver
32:07sur les couvertures
32:09ou dans les sommaires
32:10des magazines féminins.
32:11Et donc,
32:12je me suis un peu éloignée
32:13de la presse écrite féminine.
32:15Et donc,
32:15je me suis dit
32:16« si ça m'arrive à moi,
32:17on est peut-être
32:18finalement quelques-unes,
32:19d'autant plus
32:19qu'il y a quand même
32:2020 millions de femmes
32:21qui ont plus de 45 ans
32:22en France.
32:23C'est une femme sur deux. »
32:24Donc,
32:25en y réfléchissant,
32:26on s'est dit
32:27qu'on allait,
32:27un,
32:28créer le magazine
32:28qu'on avait envie de lire
32:29pour se faire
32:30s'entourer de femmes
32:32sensiblement du même âge
32:33qui auraient envie
32:34de transmettre
32:35leur expérience,
32:36leur savoir-faire,
32:37leur énergie surtout
32:38à travers
32:40un contenu riche
32:42puisque 140 pages,
32:43c'est un trimestriel.
32:44Donc,
32:45on a le temps
32:45et la place
32:46de proposer des enquêtes,
32:48des reportages,
32:49des interviews,
32:49des recettes,
32:50des escapades,
32:51même des jeux maintenant.
32:53Un contenu très riche
32:55qui ne parlera jamais de l'âge.
32:57Jamais.
32:58Mais si vous lisez
32:59« vous avez 18 ans »,
33:00il y a des sujets
33:00qui vont vous passer à côté.
33:02Mais si vous avez 40 ans
33:04et plus,
33:04il y a de bonnes chances
33:05que vous vous y retrouviez
33:06et voir même
33:07que ça vous intéresse
33:08et qui se comportent
33:10un peu comme
33:11ce qu'on a voulu faire,
33:12c'est regrouper des femmes
33:13comme dans un dîner de femmes
33:16où on sait bien
33:17quand on est entre nous
33:18qu'on parle autant
33:18de choses graves
33:19que de choses futiles
33:21mais qu'on en parle toujours
33:22avec du sérieux sur l'info,
33:25de la tendresse sur le ton
33:26et de l'humour
33:27parce que l'humour,
33:28ça fait quand même tout passer.
33:30Donc on voulait ça.
33:31On voulait un magazine
33:33fait par des femmes
33:34dans lesquelles
33:35les femmes et les lectrices
33:37puissent se reconnecter
33:39à la presse écrite,
33:40retrouver le plaisir
33:40de prendre du temps pour elles,
33:42de prendre du temps long,
33:44de s'éloigner des réseaux,
33:46de s'accorder
33:47cette petite parenthèse
33:48lors d'un transport en commun,
33:50un voyage,
33:51juste une chaise longue parfois
33:52et de se dire
33:53« Waouh, qu'est-ce que ça fait du bien
33:54le papier quand même, non ? »
33:56Et ça ne vous faisait pas peur
33:59d'aller dans une nouvelle direction
34:01parce que la mode,
34:02vous n'y connaissez rien
34:03et vous avez commencé
34:05par hasard finalement
34:07chez NSB.
34:09Tout ce qui était
34:11restauration et épicerie,
34:12c'est pareil,
34:13vous avez plongé direct
34:14et là le magazine,
34:15vous vous dites
34:15en fait finalement
34:16c'est un autre secteur
34:17et je vais réussir
34:19à prendre chemin faisant
34:21ou vous n'êtes pas posé
34:23cette question-là ?
34:23Bon, il y avait Romain déjà
34:25donc je savais
34:26que je ne partais pas toute seule.
34:29Apprendre,
34:29ce n'est pas quelque chose
34:30qui me fait peur,
34:31au contraire.
34:32Et puis je suis entourée
34:33d'une trentaine de femmes
34:35extraordinaires
34:35qui sont dans toute la France
34:37donc on est aussi,
34:39je pense que c'est la seule fois
34:40qu'un média collabore
34:41avec autant de journalistes
34:43qui ne sont pas que parisiennes,
34:45loin s'en faut.
34:46Céline Roy
34:47qui offre ce merveilleux
34:49poster de Pilates
34:50via Lyon,
34:51d'autres vivent à Saint-Jean-de-Luz,
34:53à Metz,
34:53à Marseille,
34:54à Bordeaux
34:54et justement,
34:55j'adorais l'idée
34:56qu'on soit une équipe
34:57et qu'ensemble
34:58on arrive à tricoter
34:59ce magazine
35:00qui parlera
35:01de ce qu'est nos vies,
35:02ce que sont nos vies
35:03et ce qui nous anime
35:05et cette chance
35:06qu'on a d'avoir
35:07environ 50 ans
35:09voire plus
35:09en France aujourd'hui.
35:10Donc vous êtes mise
35:11à parler chemin de fer
35:12de comment on structure
35:17un magazine,
35:18c'est ça ?
35:18Oui,
35:19chemin de fer,
35:20rencontrer des directeurs artistiques,
35:22travailler sur une maquette,
35:25construire un projet.
35:26Et c'est vraiment se réinventer
35:28et en même temps,
35:29c'est assez fantastique
35:30dans votre parcours,
35:31c'est comme un puzzle,
35:32c'est comme si
35:33avec ce projet
35:34toutes les pièces
35:34se mettaient ensemble,
35:36le rêve d'être libraire
35:37finalement,
35:38d'être dans l'écriture,
35:40l'entrepreneuriat,
35:41toute votre expérience
35:42d'entrepreneuriat,
35:43le management,
35:44d'inventer un nouveau
35:45style de vie,
35:47de changer les codes,
35:49en fait,
35:49tout se met en place
35:51une nouvelle,
35:52en tout cas,
35:53l'envie
35:53de donner
35:55une nouvelle perception
35:56des femmes
35:58et changer le regard
35:59en tout cas.
36:00Et puis à chaque fois,
36:01voilà,
36:01de changer le regard,
36:01à chaque fois,
36:02vous repartez de zéro,
36:04à chaque fois,
36:04vous découvrez
36:05des nouveaux secteurs
36:07et puis comme vous ne venez
36:08pas de ce secteur-là,
36:10finalement,
36:10vous n'avez pas les codes
36:11et c'est assez pratique
36:13pour pouvoir les contourner
36:14et les réinventer,
36:15non ?
36:15Ce n'est pas ça aussi ?
36:16Oui,
36:16ça donne une certaine liberté,
36:17évidemment,
36:18puisque quand on ne sait pas,
36:19on imagine,
36:20quand on imagine,
36:21on tricote,
36:22on construit,
36:22on avance
36:23et puis on voit
36:23si c'est ce qui fonctionne,
36:24ce qui ne fonctionne pas.
36:25Là,
36:26le magazine 20 ans plus tard,
36:27c'est un peu particulier
36:27parce que c'est comme
36:29un aboutissement.
36:29En réalité,
36:31dans l'alimentation,
36:33j'écris un bouquin,
36:34donc finalement,
36:35tout se goupille
36:36et tout maintenant
36:37est dans le magazine.
36:38À la fois,
36:39je me sens légitimée
36:41à ma place
36:41et heureuse
36:43de travailler comme ça
36:44et en même temps,
36:45ce magazine arrive
36:47à un moment donné
36:47où je suis ma propre cible
36:49et où je suis entourée
36:50de femmes
36:52qui composent vraiment
36:53un magazine
36:54qu'on est heureuse
36:56de lire
36:56et de partager.
36:58Donc,
36:59c'est quand même
37:00assez merveilleux.
37:01Oui,
37:01c'est un chemin
37:02qu'on ne peut pas
37:02imaginer au départ.
37:03C'est pour ça,
37:04d'où l'intérêt aussi
37:05de suivre son intuition
37:06et de saisir
37:07les opportunités.
37:08J'aimerais bien
37:09maintenant
37:11aller sur ce point-là
37:13avec vous
37:13parce que dans votre parcours
37:15comme dans l'entrepreneuriat
37:16de manière générale,
37:17il y a plusieurs enseignements
37:19qui sont essentiels
37:20pour se réinventer.
37:21Il y a les opportunités.
37:22On en a parlé.
37:23À chaque fois,
37:23vous avez réussi à…
37:24Je ne sais pas
37:25si c'est à chaque fois,
37:26mais en tout cas,
37:26celles que vous avez saisies
37:28sont décisives
37:28dans votre parcours.
37:29Et ça,
37:30c'est vraiment clé aussi
37:31de l'entrepreneuriat,
37:32mais de l'entrepreneuriat
37:32entreprendre sa vie,
37:33qu'on soit salarié
37:34ou entrepreneuse.
37:35C'est savoir détecter
37:36les opportunités
37:37et les saisir.
37:39Il y a l'intuition.
37:40J'aimerais savoir aussi
37:41quelle est la place
37:41de l'intuition
37:42dans votre parcours
37:44entrepreneurial.
37:44Elle est immense.
37:46Oui, elle est immense.
37:49Les chemins que j'ai pris,
37:51vous parliez d'opportunités,
37:52effectivement,
37:52des opportunités,
37:53on en a toutes,
37:54tous au quotidien,
37:55régulièrement, etc.
37:56L'intuition,
37:57elle se déclenche
37:59ou elle ne se déclenche pas.
38:00C'est-à-dire qu'à un moment donné,
38:01il peut y avoir 20 projets
38:03et puis il y en a un
38:04où on va sentir
38:05qu'il réveille quelque chose,
38:07une envie,
38:08un désir,
38:09un besoin même
38:10qui fait qu'on sait
38:12qu'on va y aller.
38:13Et vous la suivez ?
38:13Oui, toujours.
38:15Toujours, en tout cas,
38:16dans les limites du raisonnable,
38:17oui.
38:21Autre élément essentiel,
38:22l'argent.
38:24S'acculturer,
38:25le prendre en main,
38:26c'est quelque chose
38:27que vous avez fait,
38:27notamment à travers
38:29votre expérience
38:30en tant que salarié.
38:32Puis, maisons-plissons
38:33avec les levées de fonds,
38:34l'investissement.
38:36Et là, c'est quelque chose
38:37dont vous parlez aussi
38:38dans votre magazine.
38:40Oui, dans le magazine,
38:41on parle aussi justement
38:42de ces sujets
38:43dont on parle peu
38:44dans la presse féminine
38:45et qui font pourtant
38:46complètement partie
38:48de nos vies.
38:48Donc, on parle autant
38:49en reconversion professionnelle
38:50que gestion de patrimoine,
38:52par exemple,
38:53avec une journaliste financière,
38:54Héloïse Bolle,
38:55qui effectivement,
38:55depuis 30 ans,
38:56s'attache à informer
38:58les femmes
38:58sur leurs droits,
39:00sur les outils,
39:01sur l'évolution
39:02des ressources
39:04dont on peut disposer
39:05pour organiser
39:06notre patrimoine,
39:08gérer nos sous,
39:09en faire quelque chose,
39:10s'organiser
39:11quand ils viennent
39:12à manquer
39:13ou les investir
39:15quand ils sont disponibles.
39:16C'est des sujets
39:17qui sont peu disponibles
39:19dans la presse féminine
39:20et pourtant,
39:22on sait à quel point
39:23c'est central.
39:24Et vous,
39:25votre rapport à l'argent,
39:27parce que pour être capable
39:27de se réinventer
39:28à chaque fois,
39:29de quitter,
39:30de relancer
39:31en partant de zéro,
39:32la notion de sécurité
39:34financière notamment ?
39:36Elle est à la fois
39:37très prégnante
39:38et pas dominante.
39:43C'est-à-dire qu'elle est
39:44très prégnante
39:44parce que j'ai des enfants,
39:46que je suis responsable
39:49de leurs besoins
39:50et d'assumer mes responsabilités
39:53à leur égard,
39:54entre autres,
39:54mais pas dominante
39:55parce que je ne pense pas
39:57qu'on puisse se lancer
39:59dans l'entreprenariat
39:59en imaginant une seconde
40:01que la sécurité
40:02va être au bout du chemin.
40:03Donc, il faut savoir
40:04parfois avancer sans filet.
40:07Alors, ça stimule,
40:08ça motive,
40:08ça oblige.
40:09Et puis parfois,
40:10il faut s'organiser
40:12pour continuer à avancer
40:14en attendant
40:14que les choses
40:16se réorganisent justement.
40:18Et vous m'avez dit
40:19quand on a préparé
40:22cette masterclass,
40:23je n'ai jamais eu de sécurité
40:24donc finalement,
40:25je n'avais rien à perdre.
40:26Ah ben ça,
40:26c'est sûr que c'est un luxe.
40:27Ça, je suis convaincue
40:28que c'est un luxe.
40:28Je n'ai jamais eu
40:29de sécurité financière,
40:30ça c'est certain.
40:32J'ai quand même été
40:33aux états de l'air,
40:33il faut vraiment
40:35soit adorer ça,
40:36soit c'est pour des raisons
40:38strictement financières,
40:39ce qui était mon cas.
40:43Mais évidemment,
40:43quand on n'a jamais eu
40:45de filet,
40:46on avance
40:46et on ne se pose pas
40:47la question de savoir
40:48si on a quelque chose
40:48à perdre.
40:49On n'a rien à perdre
40:50donc on ne peut que
40:51avancer, construire
40:52et essayer de faire en sorte
40:54d'être contente
40:54de la vie qu'on mène.
40:55Et un autre enseignement
40:56aussi, c'est
40:57s'auto-autoriser.
40:59Vous êtes beaucoup
41:00autorisée
41:01à aller dans
41:01de nouvelles directions,
41:03vers de nouveaux chemins,
41:03vers de nouveaux chemins.
41:04Oui, je crois
41:05que ce sera de plus en plus
41:06le cas des femmes
41:08de ma génération
41:09et des suivantes.
41:09c'est-à-dire qu'on est
41:11en train de se rendre compte
41:12qu'on peut faire
41:13plein de choses
41:14en particulier
41:14à partir de cet âge
41:15merveilleux
41:16qui est 45-50 ans.
41:18Quand on a eu des enfants,
41:19ce qui est mon cas,
41:19ils commencent à être
41:20un peu plus indépendants.
41:22Normalement,
41:23on gagne un peu mieux
41:23sa vie à 50 ans
41:25qu'à 18 ans.
41:26Donc, on peut faire
41:27des choix,
41:28on peut essayer
41:28de moins subir
41:29et on peut donc
41:30s'autoriser à éventuellement
41:32tracer des chemins
41:33qui n'étaient pas
41:34nécessairement
41:35les précédents
41:36ni ceux qui pourraient
41:37être attendus
41:38par qui que ce soit.
41:39Et il y a un mot
41:40que j'aime beaucoup
41:41et qui correspond bien
41:42à cette masterclass,
41:43c'est la liberté
41:45pour pouvoir se réinventer
41:46en toute liberté.
41:47Mais ça a un prix.
41:49Alors, c'est un grand mot,
41:50la liberté.
41:53Effectivement,
41:53à la fois c'est un grand mot
41:54et en même temps
41:55c'est le plus grand délux.
41:57Mais ça a un prix, oui.
41:59Effectivement,
41:59j'ai pris la liberté
42:02de recommencer
42:02ma vie professionnelle
42:03régulièrement.
42:04J'en connais le prix.
42:06Si c'est à refaire,
42:06je ferais la même chose.
42:07Mais il faut se muscler
42:09au fur et à mesure
42:10de la route.
42:10C'est quand même
42:11quelque chose
42:11qui demande des ressources
42:13sans doute au départ.
42:14Et après, oui,
42:15de savoir s'entourer,
42:16de savoir bien pédaler.
42:19La route est longue.
42:21C'est quoi le prix ?
42:22Le prix, c'est l'isolement,
42:23la solitude, la peur.
42:25Mais ce n'est pas très cher payé
42:27par rapport à ce que ça apporte,
42:29c'est-à-dire l'estime de soi,
42:31la sensation de se réaliser,
42:32en tout cas d'essayer.
42:34Quand on a une envie
42:37de monter un projet,
42:38etc.
42:38Ce n'est pas le cas
42:38de tout le monde non plus.
42:39Tout le monde n'a pas
42:40ce désir-là intrinsèquement.
42:42Mais quand on l'a,
42:44s'auto-autoriser
42:45et accepter le prix
42:48de cette fameuse liberté,
42:50on sait que beaucoup de personnes
42:51pensent que l'entrepreneuriat,
42:52c'est génial.
42:53On peut travailler
42:53d'où on veut,
42:54quand on veut.
42:55En fait, on travaille
42:55juste partout, tout le temps.
42:56Mais c'est l'image
42:58qu'on s'en fait
42:59et ça fait partie
43:00de ces projets-là.
43:02Moi, j'adore avoir fait
43:04ce choix-là.
43:05J'ai adoré toutes les étapes
43:06de construction
43:07de ma vie professionnelle
43:08et je suis encore plus heureuse
43:09d'être où j'en suis aujourd'hui.
43:11Et la peur ?
43:12Vous avez eu peur
43:13pendant toutes ces étapes ?
43:14Sans doute,
43:15mais ce n'est pas
43:15ce que j'ai retenu.
43:16Sans doute parce que
43:19ça protège la peur
43:20mais je ne suis pas
43:22d'abord,
43:22je ne suis pas très sujette
43:23à la peur
43:23à part devant les films.
43:26Dans la vraie vie concrète,
43:29j'essaye d'éradiquer la peur
43:31en essayant d'avancer,
43:32de construire
43:33quand il y a un danger
43:34de trouver des solutions.
43:36J'essaye de ne pas
43:37me laisser dépasser
43:38par la peur.
43:39J'essaye de ne pas
43:39lui laisser trop de place.
43:40On va terminer
43:41par un petit portrait chinois.
43:42Je vais vous demander
43:43de regarder cette caméra-là
43:44Delphine Citton.
43:45Il fait de vous
43:46une entrepreneuse heureuse.
43:49Aujourd'hui,
43:50le sentiment d'accomplissement,
43:52de réalisation,
43:54de le faire
43:55avec mon amoureux,
43:56je trouve ça merveilleux.
43:58Comment tenir sans s'abîmer ?
44:00Tenir, justement.
44:02Quand on tient,
44:02on est dans l'action.
44:03Quand on est dans l'action,
44:04on avance.
44:04Quand on avance,
44:05on est plutôt heureux.
44:08Et puis,
44:09apprendre à se connaître,
44:10à se respecter aussi,
44:12à savoir faire des pauses,
44:13à savoir se ménager.
44:15Ménager la monture.
44:16Vous faites des pauses ?
44:18Ça m'arrive,
44:18oui, bien sûr.
44:20Hyper important.
44:21Est-ce que vous avez
44:22le plus appris
44:23dans le management ?
44:26Qu'ensemble,
44:27on est plus fort
44:29et que le poisson
44:30pourrait toujours
44:31par la tête.
44:32Quand il y a un problème
44:33dans une boîte,
44:34souvent,
44:34quand on est le boss,
44:35ce n'est pas idiot
44:36de regarder
44:37les dernières décisions
44:38qu'on a prises
44:39ou les orientations.
44:40Je trouve que
44:43le parfum d'une boîte
44:45se sent à distance
44:46et que c'est important
44:48de le considérer,
44:50d'y faire attention.
44:51Ce qui vous fait traverser
44:53les périodes
44:53les plus dures ?
44:56L'amour.
44:58L'amour.
44:59Vous avez mieux ?
45:00L'amour,
45:01les enfants.
45:03Un verre de vin aussi,
45:05sans doute.
45:05Une coupe de champagne,
45:06pardon.
45:07C'est plus approprié ici.
45:09Une vraie coupe de champagne,
45:10évidemment.
45:11Les codes que vous êtes fiers
45:12ou que vous seriez fiers
45:14de boule verté ?
45:16Les codes que je serais fiers
45:17de bouleverser ?
45:19Ce n'est pas forcément
45:20mon ambition.
45:21Ce qui m'intéresse,
45:21c'est d'arriver
45:24à entraîner.
45:26Là, avec 20 ans plus tard,
45:28j'ai vraiment soif
45:31de convaincre
45:33des femmes
45:34qui pourraient penser
45:35que 45-50 ans,
45:37c'est un peu le bout.
45:38Qu'en fait, non.
45:39Le bout est loin devant,
45:41contrairement à ce qu'on nous fait croire.
45:4220 ans, c'était super,
45:44mais 20 ans plus tard,
45:44c'est vachement mieux
45:45et le meilleur est à venir.
45:48Est-ce que vous aimeriez dire
45:49à Delphine,
45:5014 ans,
45:50à Créteil ?
45:53Accroche-toi, ma grande.
45:55Et aux entrepreneurs
45:56qui sont avec nous
45:57ou aux femmes
45:58de manière générale ?
46:00Accrochez-vous.
46:02C'est quand même
46:02une aventure merveilleuse,
46:04mais elle passe
46:05par des montagnes russes
46:07qui font partie...
46:08Il faut aimer
46:08les montagnes russes.
46:10Il ne faut pas aimer
46:11trop le confort.
46:12Il faut aimer
46:13se sentir vivant.
46:15Et donc,
46:15ça passe aussi
46:16par de grandes émotions
46:17régulièrement.
46:26Donc, merci Delphine Clisson
46:28pour vous suivre
46:29Instagram
46:29et bien sûr
46:30dans tous les kiosques
46:31avec le trimestriel
46:3320 ans plus tard.
46:34Merci aux équipes
46:35de Bold,
46:36des échos,
46:37podpreneurs
46:38pour cette masterclass.
46:40J'espère qu'elle vous donnera
46:42l'envie de soulever
46:43des montagnes.
46:44Et puis,
46:44terminons cette masterclass
46:45avec la citation de Goethe
46:47qui correspond si bien
46:48à votre esprit
46:49et à celle de Bold.
46:51Quoi que tu rêves
46:51d'entreprendre,
46:52commence-le.
46:53L'audace a du pouvoir,
46:54du génie,
46:55de la magie.
46:56Merci à toutes.
46:57Merci.
46:58Merci.
46:59Merci.
46:59Merci à tous.
47:01Merci à tous.
47:01Merci à tous.
47:02Merci à tous.
47:02Merci à tous.
47:02Merci à tous.
47:02Merci à tous.
47:06Merci à tous.

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