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  • il y a 1 jour
En 1993, au coeur des négociations commerciales sur le libre-échange, la France et les États-Unis s'affrontent sur une question simple : un film est-il une marchandise comme une autre ? Le gouvernement français remporte la bataille au nom de l'exception culturelle française. Trente ans plus tard, la concurrence ne vient plus seulement d'Hollywood, mais des plateformes et des réseaux sociaux. Alors que les salles se vident et que le CNC est contesté jusque dans la classe politique, des questions se posent : qu'est-ce qui fait la singularité du cinéma français ? Ce mode de financement a-t-il réellement sauvé le cinéma ? Les plateformes payantes menacent-elles l'exception culturelle française ?Pour en débattre, Ali Baddou reçoit Gaëtan Bruel, président du CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée) ; Dimitri Rassam, producteur et fondateur de Chapter 2 ; et Kira Kitsopanidou, professeure à la Sorbonne Nouvelle et autrice d'une « Histoire du cinéma américain » (éd. Armand Colin).

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00:00:01Paris partirisée et Paris libérée.
00:00:08Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
00:00:11Vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur.
00:00:14Qui s'aime la misère récolte la colère, c'est ce qu'ils ont aujourd'hui.
00:00:16La justice française ne sera plus une justice qui tue.
00:00:26How dare you !
00:00:28On n'est pas contre le cinéma américain, on n'est pas contre les artistes,
00:00:31on n'est pas contre Woody Allen, on n'est pas contre tous les gens
00:00:35qui apportent leur contribution à la civilisation humaine.
00:00:39On est contre les gens qui fabriquent des hamburgers culturels
00:00:44et qui veulent obliger la jeunesse à ne manger que ça.
00:00:47On est contre cette culture d'addiction qui ne donne pas le choix
00:00:50mais qui impose petit à petit des goûts et qui en définitive manipule même les consciences.
00:00:56Bonsoir à tous et bienvenue dans Débat Doc sur la chaîne parlementaire.
00:01:00Je suis heureux de vous retrouver avec ce soir Exception culturelle,
00:01:04la bataille qui a sauvé le cinéma français, écrit par Laurent Geoffrin et Marie-Laurence Rincet,
00:01:10réalisé par Marie-Laurence Rincet.
00:01:12On est en 1993 au cœur des négociations commerciales.
00:01:16La France et les États-Unis s'affrontent sur une question toute simple.
00:01:20Un film est-il une marchandise comme les autres ?
00:01:22D'un côté, Jack Valenti, le tout puissant lobbyiste des studios hollywoodiens.
00:01:27De l'autre, le gouvernement français, soutenu par Bertrand Tavernier, Claude Berry,
00:01:32Isabelle Huppert ou Costa Gavras.
00:01:34C'est le récit de ce bras de fer que tout le monde croyait perdu d'avance
00:01:38que vous allez découvrir.
00:01:39Et puis, nous ouvrirons le débat sur l'exception culturelle.
00:01:43Est-elle en péril ?
00:01:44Avec nos invités, le président du CNC Gaëtan Bruel,
00:01:48avec Dimitri Rassam, producteur notamment des Trois Mousquetaires et de Montecristo,
00:01:53et Kira Kitsopanido, qui est professeure à la Sorbonne Nouvelle
00:01:56et spécialiste de l'économie du cinéma.
00:01:59C'est parti.
00:02:16Vous ne me connaissez pas ?
00:02:18Et pourtant, j'ai comme toutes les stars américaines
00:02:22mes empreintes sur Hollywood Boulevard.
00:02:29Je m'appelle Jack Valenti.
00:02:33Je suis né à Houston, au Texas.
00:02:36Pendant presque 40 ans, j'ai régné sur le cinéma américain.
00:02:40J'ai côtoyé les plus grandes stars,
00:02:43fréquenté les actrices les plus talentueuses
00:02:46et connu pas moins de huit présidents à la Maison Blanche.
00:02:54À la tête de la prestigieuse Motion Picture Association of America,
00:02:59j'ai défendu les intérêts d'Hollywood.
00:03:02Mon job ?
00:03:03Faire en sorte que les films américains inondent le monde entier.
00:03:08Sans me vanter, je peux dire que j'ai plutôt réussi ma mission.
00:03:13Rien, ni personne, ne me résistait.
00:03:17Pourtant, une fois, une seule fois, j'ai échoué.
00:03:21À cause de ces fichus français.
00:03:24C'était en 1993.
00:03:27À l'époque, les Américains militaient pour que les films
00:03:30intègrent les accords de libre-échange,
00:03:32faisant du cinéma un produit comme un autre.
00:03:36Mais les Européens, et en première ligne les Français,
00:03:40s'y opposaient,
00:03:41invoquant leur maudite exception culturelle.
00:03:45Selon eux, le cinéma n'était pas une marchandise
00:03:48et devait être protégé.
00:03:51Action !
00:03:52Alors, Américains et Français se sont affrontés
00:03:56pendant de longs mois.
00:04:03Dans cette histoire, comme dans tout bon film de cinéma,
00:04:07chacun avait son rôle.
00:04:09J'avais hérité de celui du méchant.
00:04:13Il y avait aussi le boss,
00:04:15ou plutôt les boss,
00:04:17car il n'était pas tout seul.
00:04:20Le stratège.
00:04:21C'est là-dessus qu'Alexandre Dumas-fils a écrit
00:04:24la dame au camélia.
00:04:25Le rusé,
00:04:26et celui dont tout le monde se méfiait.
00:04:30Des hauts fonctionnaires
00:04:31allaient même se transformer en espions.
00:04:36Tout ce beau monde était un ordre de bataille
00:04:38pour défendre ses positions sur le cinéma
00:04:41et remporter un combat qui s'annonçait sans pitié.
00:04:45Sous-titrage Société Radio-Canada
00:05:23En 1993,
00:05:25je suis l'un des premiers à découvrir les dinosaures
00:05:28qui vont faire trembler les spectateurs du monde entier.
00:05:35Si ce n'est pas,
00:05:36il va y avoir beaucoup de gens non-happés.
00:05:39Je vous le dis.
00:05:43La France n'avait pas échappé
00:05:45à la déferlante Jurassic Park,
00:05:47qui n'était pas seulement un film,
00:05:49mais une marque.
00:05:51Vérifie que ton dinosaure est bien tatoué,
00:05:52Jurassic Park.
00:05:54L'aventure de la préhistoire,
00:05:56c'est maintenant,
00:05:57et c'est à Jurassic Park.
00:05:59Alors on va répéter, s'il vous plaît.
00:06:01Silence partout.
00:06:02Passez tout le monde.
00:06:05Les Français avaient décidé de contre-attaquer
00:06:07avec le film Germinal,
00:06:09produit et réalisé par Claude Berry,
00:06:11l'un des hommes forts du cinéma français.
00:06:14Un peu de silence, s'il vous plaît.
00:06:15Alors, foutons déjà l'autre cage, là.
00:06:17C'est lui qui avait créé l'ARP,
00:06:19l'association des réalisateurs et producteurs,
00:06:22qui allait bientôt me donner du fil à retordre.
00:06:26Germinal, sur les écrans,
00:06:27300 salles dans toute la France,
00:06:28à partir de mercredi,
00:06:29six mois de tournage
00:06:30et un budget colossal
00:06:31pour ce film qui met en scène
00:06:32le célèbre roman d'Émile Zola.
00:06:34En avant-première,
00:06:35le film est montré aux gens du Nord ce soir.
00:06:37À Lille, nous retrouvons tout de suite
00:06:39Bruno Mazur.
00:06:39Bonsoir Bruno.
00:06:41Bonsoir Hervé.
00:06:42Je peux vous assurer
00:06:43que ce n'était pas le grand soir à Lille ici,
00:06:44mais on n'en est pas loin.
00:06:46En tout cas, c'est l'explication du grand soir.
00:06:48François Mitterrand vient tout juste d'arriver
00:06:49dans une pagaille indescriptible
00:06:51et que je ne déclarerai donc pas.
00:06:52Toute l'équipe du film
00:06:53vient également d'arriver.
00:06:54Ce duel entre les dinosaures américains
00:06:57et les mineurs du Nord
00:06:58révèle les deux approches opposées du cinéma.
00:07:02Il y a deux grands films cette année.
00:07:04Il y a le vôtre
00:07:05et il y a Jurassic Park.
00:07:06Est-ce que vous y voyez un symbole, vous,
00:07:09alors que le cinéma français
00:07:10est parti dans une lutte
00:07:11de défense de son identité ?
00:07:13Alors je dirais que la lutte
00:07:15d'un côté de Germinal
00:07:16et de l'autre côté Jurassic Park,
00:07:18il y a d'un côté la médiation du contenu
00:07:20et de l'autre côté,
00:07:21il y a la médiation du merchandising.
00:07:25Cette bataille sur l'écran géant
00:07:27était devenue le symbole
00:07:28d'un autre affrontement
00:07:29de plus grande ampleur.
00:07:32Une guerre commerciale
00:07:34entre les États-Unis et la France,
00:07:36déterminante pour l'avenir du cinéma
00:07:38et qui allait se jouer en trois actes.
00:07:53Au moment où Jurassic Park
00:07:55et Germinal sont à l'affiche,
00:07:57115 pays discutent
00:07:59de la libéralisation des échanges.
00:08:02Ces négociations commerciales
00:08:04de GATT ont démarré
00:08:05sept ans plus tôt, en 1986,
00:08:08à Ponte d'Alesté,
00:08:10d'où leur nom Uruguay Round.
00:08:14Le GATT, c'est le grand bazar
00:08:16du commerce international,
00:08:17une sorte de super-monopoly
00:08:19où le jeu consiste à négocier
00:08:21les tarifs douaniers.
00:08:24Les gouvernements du monde entier
00:08:26discutent depuis sept ans,
00:08:27mais ils n'ont plus que quelques mois
00:08:29pour boucler les tractations.
00:08:31Un accord doit être impérativement signé
00:08:34au plus tard, le 15 décembre
00:08:35de cette année 1993.
00:08:39Il faut se replacer
00:08:40dans le contexte de l'époque.
00:08:42On est dans la mondialisation heureuse.
00:08:44Donc l'objectif,
00:08:45c'est de libérer les échanges
00:08:47parce que le libre-échange
00:08:48va amener la croissance mondiale
00:08:50et permettre de lutter
00:08:51contre les inégalités.
00:08:53Donc on a un peu de mal
00:08:54à se remettre dans ce contexte-là
00:08:57aujourd'hui
00:08:57où le monde se refragmente.
00:08:59On met tout sur la table.
00:09:01Les Airbus, les Céréales,
00:09:02les contrats d'assurance,
00:09:04tout ce qui peut être vendu
00:09:05et acheté,
00:09:06tout ce qui touche
00:09:07ou paie des droits de douane.
00:09:09Les ministres du Commerce
00:09:11ont décidé dans cette négociation
00:09:13qu'aucun secteur
00:09:15ne serait exclu de la négociation
00:09:17hormis les secteurs régaliens.
00:09:19C'était un nouveau chapitre
00:09:20en fait de libéralisation
00:09:22du commerce qui s'ouvrait,
00:09:24qui couvrait donc
00:09:25l'ensemble des services,
00:09:27services de télécommunication,
00:09:30services financiers,
00:09:31services maritimes.
00:09:34Donc de facto,
00:09:36les services culturels
00:09:38étaient inclus
00:09:39dans la discussion.
00:09:42Ces négociations du GATT
00:09:43représentaient une aubaine
00:09:45pour le lobbyiste que j'étais.
00:09:48en tant que représentant
00:09:49des studios d'Hollywood,
00:09:51j'y voyais une formidable opportunité
00:09:53d'accroître la diffusion
00:09:54des films américains
00:09:55dans le monde entier.
00:09:57« Mon travail est d'accroître
00:10:00de voir que les films
00:10:02et les programmes
00:10:04peuvent se déplacer
00:10:06de librement
00:10:06autour du monde
00:10:07dans des marchés compétitifs
00:10:10pour que les citoyens
00:10:11de chaque pays
00:10:12puissent faire leurs propres
00:10:14choix
00:10:14sur ce qu'ils veulent voir
00:10:17dans le théâtre
00:10:18et sur la télévision. »
00:10:25En France,
00:10:26les personnalités politiques
00:10:28et les professionnels
00:10:29du cinéma
00:10:30me connaissaient bien.
00:10:31Et je peux dire
00:10:32que je connaissais bien
00:10:33la France moi aussi.
00:10:36Depuis André Malraux,
00:10:38j'avais été reçu
00:10:38par tous les ministres
00:10:39de la culture.
00:10:41Et j'étais très fier
00:10:42d'avoir reçu
00:10:43la Légion d'honneur.
00:10:45de faire chevalier
00:10:47de la Légion d'honneur.
00:10:57Jacques Valenti
00:10:58était petit de taille,
00:10:591,70 m,
00:11:01ce qui pour un américain
00:11:02n'est pas très très grand.
00:11:04Costume impeccable,
00:11:06cravate impeccable,
00:11:07chaussures cirées.
00:11:08Il frappait tout de suite
00:11:10par cet extérieur.
00:11:12Il avait des petites bottes
00:11:13qui permettaient
00:11:14de les rehausser.
00:11:18Avec une gueule
00:11:19à la fois énergique
00:11:21mais séduisante
00:11:22qu'aurait pu jouer
00:11:23dans un western
00:11:23ou dans des films
00:11:25de gangsters.
00:11:28Et adorable
00:11:29et enthousiaste.
00:11:33Je venais tous les ans
00:11:34à Deauville
00:11:35pour le festival
00:11:35de cinéma américain
00:11:37que j'avais aidé
00:11:38à sa création.
00:11:40La mère de la ville,
00:11:42Anne Donano,
00:11:43était devenue une amie.
00:11:46Son anniversaire
00:11:47était au mois de septembre.
00:11:48Le festival
00:11:48a commencé au mois de septembre.
00:11:51Il venait passer
00:11:52son dîner d'anniversaire
00:11:54chez moi
00:11:54tous les ans
00:11:55avec les stars
00:11:56qui étaient là.
00:11:59Le téléphone sonne.
00:12:01On était tous à table.
00:12:02Donc,
00:12:02je vais dans le bureau
00:12:03et je réponds.
00:12:04Et j'entends,
00:12:05désolé de vous déranger,
00:12:06mais le président
00:12:07des États-Unis
00:12:07voudrait parler
00:12:08à Jacques Valenti
00:12:09pour lui souhaiter
00:12:10un bon anniversaire.
00:12:14Valenti a commencé
00:12:15sa carrière
00:12:16comme membre
00:12:17des cabinets
00:12:17des présidents américains.
00:12:20Kennedy
00:12:20et surtout
00:12:21Lyndon Johnson.
00:12:22En fait,
00:12:23il était dans l'avion
00:12:24qui ramenait
00:12:25Lyndon Johnson
00:12:26après l'assassinat
00:12:28de Kennedy.
00:12:37N'ayant avec moi
00:12:39simplement
00:12:39qu'un pyjama
00:12:40et une petite valise,
00:12:41je me suis envolé
00:12:42pour Washington
00:12:43avec lui
00:12:43et je ne suis plus
00:12:44jamais retourné
00:12:45chez moi à Texas.
00:12:47Ce jour-là
00:12:47a changé la vie
00:12:48de notre pays
00:12:49et la mienne aussi.
00:12:53Depuis Lyndon Johnson
00:12:55en 1963,
00:12:56j'étais régulièrement
00:12:58invité
00:12:58à la Maison Blanche.
00:13:00J'avais côtoyé
00:13:01tous les présidents,
00:13:02démocrates
00:13:03comme républicains,
00:13:05rappelant à chacun
00:13:06combien la défense
00:13:07des intérêts
00:13:08du cinéma américain
00:13:09était importante.
00:13:12Donc,
00:13:12c'est quelqu'un
00:13:13qui est avant tout
00:13:15un politique
00:13:15et il a été choisi
00:13:17pour présider
00:13:18la Motion Picture
00:13:19of America,
00:13:20non pas en fonction
00:13:22de ses qualités
00:13:23de caractère culturel
00:13:26mais de son parcours
00:13:27politique
00:13:28et de sa capacité
00:13:30à faire en sorte
00:13:30que les instances
00:13:32politiques américaines
00:13:35prennent constamment
00:13:36en compte
00:13:37les intérêts
00:13:38du cinéma américain
00:13:39pour les défendre
00:13:41non seulement aux États-Unis
00:13:42mais partout
00:13:43sur la planète.
00:13:46Ce n'était pas
00:13:47la première fois
00:13:48que le cinéma
00:13:49constituait un enjeu
00:13:50économique
00:13:51et politique
00:13:52entre la France
00:13:53et les États-Unis.
00:13:54Au lendemain
00:13:55de la Seconde Guerre mondiale,
00:13:57en échange
00:13:58d'une importante
00:13:58aide financière,
00:14:00la France avait accepté
00:14:01de diffuser
00:14:02un plus grand nombre
00:14:03de films américains
00:14:04dans ses salles.
00:14:06Les professionnels
00:14:07y voyaient
00:14:08une tentative
00:14:08d'assassinat
00:14:09de cinéma français.
00:14:15Vous aimez
00:14:16le cinéma français.
00:14:17Il vous a souvent
00:14:18ému,
00:14:19fait rire
00:14:19ou passionné
00:14:20avec de belles histoires.
00:14:22Si vous voulez
00:14:22en voir
00:14:23et en écouter d'autres,
00:14:24il faut que vous aidiez
00:14:25le cinéma français
00:14:27parce qu'il est
00:14:28en danger de mort.
00:14:34En janvier 1948,
00:14:37une vaste mobilisation
00:14:38à laquelle
00:14:39participaient
00:14:40des stars
00:14:40comme Simone Signoret
00:14:41et Jean Marais
00:14:42avaient obligé
00:14:44le gouvernement français
00:14:45à faire marche arrière.
00:14:47À la même époque,
00:14:49la France se dotait
00:14:50d'un centre national
00:14:51du cinéma.
00:14:55Le centre national
00:14:56du cinéma,
00:14:57le CNC,
00:14:58comme on dit,
00:14:59aidait
00:15:00pas seulement
00:15:01les productions,
00:15:02mais aussi
00:15:03les salles.
00:15:04Il est évident
00:15:05que sans l'intervention
00:15:06du centre du cinéma,
00:15:08beaucoup de films
00:15:09ne seraient pas faits.
00:15:10et je pense
00:15:10que ce serait
00:15:11un énorme appauvrissement
00:15:12du cinéma français.
00:15:17Lorsque vous allez voir
00:15:18un film au cinéma,
00:15:20que ce soit
00:15:21un film français,
00:15:22un film espagnol
00:15:23ou un film américain,
00:15:25le même pourcentage
00:15:27est pris
00:15:27sur le billet
00:15:28pour aller au CNC
00:15:31viser l'aide
00:15:32à la création
00:15:33des prochains films.
00:15:34Ça change tout.
00:15:35D'un seul coup,
00:15:37même un succès américain
00:15:38ou un succès français
00:15:39nourrit à égalité
00:15:41la production française
00:15:43à venir.
00:15:44Donc,
00:15:44c'est un système
00:15:45effectivement assez protectionné.
00:15:47C'est ce que les Américains
00:15:48ne digéraient pas,
00:15:48c'est que cette taxe
00:15:50soit prélevée
00:15:50sur des films américains
00:15:52pour financer
00:15:53des films français.
00:15:57C'est sûr que je n'étais
00:15:58pas fan
00:15:59de cette réglementation,
00:16:00mais ce qui m'agassait
00:16:02plus encore,
00:16:02c'était le système
00:16:03des quotas.
00:16:06L'Europe avait adopté
00:16:07une réglementation
00:16:08qui s'appelle
00:16:08la directive
00:16:09télévision sans frontières
00:16:10qui prévoyait
00:16:12une obligation
00:16:13de quotas
00:16:14de diffusion
00:16:15d'oeuvres européennes
00:16:16sur les chaînes
00:16:17de télévision européennes.
00:16:18Les Américains
00:16:19parlaient de forteresse
00:16:20Europe.
00:16:38Je comptais profiter
00:16:40des pourparlers du GATT
00:16:41pour mettre à mal
00:16:42cette réglementation.
00:16:45Si je n'étais pas
00:16:46à la table des négociations,
00:16:48j'œuvrais un coulisse
00:16:49pour défendre
00:16:50les intérêts
00:16:50des producteurs américains.
00:16:56Au printemps 1993,
00:16:58la partie semblait
00:16:59plutôt bien engagée
00:17:00pour moi.
00:17:02La droite venait
00:17:03de remporter
00:17:03les élections législatives,
00:17:05ouvrant une nouvelle période
00:17:07de cohabitation.
00:17:09Le gouvernement
00:17:10d'Edward Balladur
00:17:11n'avait pas encore
00:17:12pris la mesure
00:17:13des conséquences
00:17:14du GATT
00:17:15pour le cinéma.
00:17:16Il était totalement
00:17:17accaparé
00:17:18par un autre dossier.
00:17:22au début des négociations,
00:17:24le sujet principal
00:17:26qui motive
00:17:28les politiques français
00:17:30et donc
00:17:31les négociateurs français,
00:17:33c'est l'agriculture.
00:17:35Parce que c'est la cible
00:17:37visée par les Américains
00:17:38qui veulent se débarrasser
00:17:40de la politique agricole commune.
00:17:47vous connaissez le pouvoir
00:17:50comment dire
00:17:52d'influence
00:17:55des syndicats agricoles.
00:18:08C'est la première mission
00:18:10qui m'est donnée
00:18:10par le Premier ministre.
00:18:12c'est précisément
00:18:14d'aller à Bruxelles
00:18:15pour expliquer
00:18:17à nos partenaires
00:18:19que la France
00:18:20n'était pas d'accord
00:18:21sur ce qu'on appelait
00:18:22le pré-accord
00:18:23de Blair House.
00:18:24Blair House
00:18:25est un immeuble
00:18:26de Washington
00:18:26dans lequel avait été
00:18:28signé un pré-accord
00:18:29entre
00:18:30les Européens
00:18:31et les Américains.
00:18:32Et la France
00:18:34considérait
00:18:34que cet accord
00:18:35n'était pas acceptable
00:18:37parce qu'il était
00:18:37très pénalisant
00:18:38essentiellement
00:18:39pour nos agriculteurs.
00:18:41Et donc j'avais reçu
00:18:42pour mission
00:18:42d'aller dire
00:18:43à mes collègues
00:18:44stop
00:18:45même si c'est signé
00:18:46nous n'acceptons pas.
00:18:49Mais malheureusement
00:18:50pour moi
00:18:50le dossier agricole
00:18:52allait rapidement
00:18:53être rattrapé
00:18:54par celui du cinéma
00:18:55et de l'audiovisuel.
00:19:00Donc avril 93
00:19:03Alain Carignan
00:19:04nommait
00:19:04la proposition
00:19:05de l'hôtel de Clermont
00:19:06qui était l'hôtel
00:19:07du ministre
00:19:08de la communication.
00:19:09On ouvre le placard
00:19:11du directeur de cabinet
00:19:12et on trouve
00:19:13une note
00:19:13posée sur l'étagère
00:19:15une note
00:19:16très sibylline
00:19:17en trois points.
00:19:18Un des trois points
00:19:18c'était
00:19:20au fait
00:19:20faites attention
00:19:21parce que dans
00:19:22quelques semaines
00:19:23les services audiovisuels
00:19:24vont être inclus
00:19:25dans le champ
00:19:26de libéralisation
00:19:27du commerce mondial
00:19:28ce qu'on appelle
00:19:29les accords du GATT.
00:19:30Qui dit
00:19:30libéralisation
00:19:31des échanges
00:19:33dit
00:19:35suppression des quotas
00:19:36et que le meilleur gagne
00:19:37ou que celui
00:19:39qui a le plus
00:19:39d'argent gagne.
00:19:41Et à ce jeu-là
00:19:42il est clair
00:19:42qu'il était difficile
00:19:45à la France
00:19:46ou à un quelconque
00:19:47pays européen
00:19:48de gagner.
00:19:49Le ministère
00:19:49de la Culture
00:19:50s'est rapproché
00:19:50de nous
00:19:51en nous disant
00:19:51faites attention
00:19:52il y a des négociations
00:19:53commerciales
00:19:54de nous être concernés
00:19:55et c'est là
00:19:56qu'on est allé
00:19:56rencontrer
00:19:57les gens
00:19:58de l'ADREU
00:19:59c'est-à-dire Bercy
00:20:00qui étaient
00:20:01ceux qui suivaient
00:20:02la négociation
00:20:03pour la France
00:20:04parce qu'attention
00:20:05la négociation
00:20:05n'était pas menée
00:20:06par la France
00:20:07elle était menée
00:20:08par la Commission européenne.
00:20:12Dieu merci
00:20:12les Français
00:20:13n'avaient pas totalement
00:20:14les mains libres
00:20:15ils devaient composer
00:20:17avec le commissaire
00:20:18en charge du commerce
00:20:19Sir Leon Britton
00:20:21qui menait
00:20:22les discussions
00:20:22au nom de l'Europe.
00:20:26Leon Britton
00:20:26c'était d'abord
00:20:27un type
00:20:28de très grande classe
00:20:30c'était l'aristocrate
00:20:32britannique
00:20:32avec tout ce
00:20:34que ça peut comporter
00:20:35sur le plan humain
00:20:37sur le plan culturel
00:20:39il savait tout
00:20:41il parlait
00:20:41quatre langues
00:20:44il avait
00:20:46une façon d'être
00:20:47qui pouvait
00:20:50aller de la brutalité
00:20:52jusqu'au charme
00:20:54et c'était
00:20:55un grand
00:20:55diplomate.
00:20:58J'étais surtout
00:20:59un libéral
00:21:00qui avait débuté
00:21:01sa carrière
00:21:02auprès de Margaret Thatcher
00:21:04je ne pouvais pas
00:21:05rêver mieux.
00:21:07Britton
00:21:07représentait
00:21:08les intérêts
00:21:09de l'Europe
00:21:09mais partageait
00:21:10nos valeurs
00:21:11et comptait bien
00:21:12imposer le libre-échange
00:21:13dans tous les domaines
00:21:15y compris le cinéma
00:21:16et l'audiovisuel.
00:21:18Le 14 juillet
00:21:19juste après
00:21:20le défilé
00:21:21du 14 juillet
00:21:22je suis allé chercher
00:21:23Alain Carignan
00:21:23en bas de la tribune
00:21:24on a pris notre avion
00:21:25et on est allé
00:21:26à Strasbourg
00:21:27rencontrer le commissaire
00:21:28européen
00:21:28sur l'Eone Britanne
00:21:29pour demander
00:21:31à la commission européenne
00:21:33et au négociateur
00:21:34en chef
00:21:34de revoir sa copie.
00:21:40Et donc
00:21:41on se présente
00:21:41dans son grand bureau
00:21:42au parlement européen
00:21:44d'abord il nous dit
00:21:45qu'il reçoit
00:21:47ses instructions
00:21:48de la part
00:21:48des chefs d'état
00:21:49et de gouvernement
00:21:49de la part
00:21:50du conseil européen
00:21:51et qu'il n'a pas
00:21:52à discuter
00:21:53avec un ministre
00:21:54d'un état membre
00:21:56donc voilà
00:21:56il veut bien nous recevoir
00:21:57mais enfin
00:21:58c'est juste
00:21:58par courtoisie
00:22:00et puis que
00:22:01de toute façon
00:22:01pour lui
00:22:02le sujet est clos
00:22:03et donc il ne voulait
00:22:04pas revenir
00:22:05sur sa position
00:22:06enfin l'entretien
00:22:07a été extrêmement bref
00:22:08il nous a carrément
00:22:09mis dehors
00:22:10il a fait le tour
00:22:10de son bureau
00:22:10il a pris le ministre
00:22:11par le bras
00:22:12il l'a ramené
00:22:12à la porte
00:22:13de son bureau
00:22:14bon et puis donc
00:22:16Alain Carignan
00:22:17qui avait un très
00:22:17grand sens politique
00:22:19m'a dit
00:22:20un peu comme
00:22:21Charles Sénégaard
00:22:22dans Terminator
00:22:23on va revenir
00:22:24voilà
00:22:35Allons-y
00:22:35on y va
00:22:36on décolle
00:22:37Mesdames, Messieurs
00:22:38bonsoir
00:22:38le commandant Carignan
00:22:39et son équipage
00:22:40vous souhaitent
00:22:40la bienvenue
00:22:41à port de cet avion
00:22:42à destination
00:22:42de Strasbourg
00:22:44En septembre 1993
00:22:45je suis pris de court
00:22:47par une initiative française
00:22:49comme promis
00:22:50Alain Carignan
00:22:51est de retour
00:22:52et il n'est pas seul
00:22:54le ministre
00:22:55de la communication
00:22:56a organisé
00:22:58au sein
00:22:58du parlement européen
00:22:59une conférence
00:23:00de presse
00:23:01aux allures
00:23:02de festival de Cannes
00:23:04le ministre
00:23:05avait mobilisé
00:23:06tout son réseau
00:23:07on avait mobilisé
00:23:08tous les producteurs
00:23:09donc on avait réussi
00:23:11à avoir
00:23:11tous les grands noms
00:23:13du cinéma français
00:23:18ils ont déjà 60%
00:23:19de notre marché
00:23:20ils ont encore plus
00:23:21en Europe
00:23:21on ne peut pas leur laisser
00:23:22100%
00:23:23c'est impossible
00:23:24c'est une situation
00:23:24très moins insupportable
00:23:26à ce moment-là
00:23:26et je crois
00:23:26que c'est contre ça
00:23:27qu'il faut se battre
00:23:28si ces accords
00:23:29du GATT
00:23:30aboutissaient
00:23:30c'est foutu
00:23:31de la culture européenne
00:23:33de l'identité culturelle
00:23:34ce qu'il faut défendre
00:23:35c'est l'identité culturelle
00:23:37croire à la ligne
00:23:40il fallait trouver un nom
00:23:42pour ce combat
00:23:43c'était compliqué
00:23:44parce qu'en réalité
00:23:46c'était une sorte
00:23:47d'exclusion
00:23:48par absence d'offres
00:23:50exclusion par absence d'offres
00:23:52c'est pas vendeur
00:23:53et donc c'est là
00:23:54qu'on a trouvé
00:23:54ce nom
00:23:55d'exception culturelle
00:23:57et c'est devenu
00:23:58l'exception culturelle
00:23:59le symbole du combat
00:24:01nous voulons plaider
00:24:02devant vous
00:24:03la nécessité
00:24:05pour l'Europe
00:24:07de préserver
00:24:08ce que nous appelons
00:24:10l'exception culturelle
00:24:11à savoir
00:24:12la nécessité
00:24:14de tenir
00:24:14hors du GATT
00:24:16tout ce qui s'apparente
00:24:18à l'audiovisuel
00:24:18et au cinéma
00:24:20donc un cas
00:24:21le cinéma
00:24:21ne peut être assimilé
00:24:22à une industrie
00:24:24comme une autre
00:24:25et en ce sens
00:24:25il faut vraiment
00:24:27qu'on y confère
00:24:27ce caractère d'exception
00:24:28et que si cet espace
00:24:29de liberté
00:24:30n'est plus protégé
00:24:30le cinéma meurt
00:24:31n'existe pas
00:24:35j'étais en train
00:24:35de tourner
00:24:36le château des oliviers
00:24:37dans le Luberon
00:24:39et puis
00:24:40il s'agissait
00:24:41de venir
00:24:42très rapidement
00:24:43à Strasbourg
00:24:44et donc Alain Carignan
00:24:45m'a dit
00:24:46c'est très important
00:24:47si vous voulez bien venir
00:24:49j'ai dit oui
00:24:49tout de suite
00:24:49évidemment
00:24:52j'avais décidé
00:24:53de ne rien dire
00:24:55donc j'ai écouté
00:24:56tout le monde
00:24:57parler
00:24:58puis à un moment donné
00:24:59j'ai vu devant moi
00:25:00tous les conseillers
00:25:02qui étaient là
00:25:03et qui avaient l'air
00:25:03de dormir
00:25:04et qui n'avaient pas
00:25:04l'air convaincus
00:25:05donc je me suis mise en colère
00:25:06moi quand j'ai voté
00:25:08pour l'Europe
00:25:08quand j'ai voté
00:25:09pour ma friche
00:25:10c'est parce que j'étais
00:25:11convaincue
00:25:12que tous
00:25:12vous alliez défendre ça
00:25:14que nous représentons
00:25:15tous dans notre identité
00:25:16c'est pour ça
00:25:18que j'ai voté pour vous
00:25:18et je compte sur vous
00:25:20pour l'exception culturelle
00:25:26les spécialistes
00:25:28les ministres
00:25:28tous les envoyés
00:25:30qui étaient chargés
00:25:31de la chose
00:25:32avaient un langage
00:25:33technique
00:25:35administratif
00:25:35et comptaient sur nous
00:25:37peut-être pour l'émotion
00:25:38pour arriver à obtenir
00:25:40une chose
00:25:40qui nous concernait
00:25:41tous quand même
00:25:42Brigitte Fossé
00:25:43presque des larmes aux yeux
00:25:45défendre l'identité culturelle
00:25:47la machine médiatique
00:25:49était lancée
00:25:49pour soutenir
00:25:50la position de la France
00:25:51et pour réviser
00:25:53cette négociation
00:25:54en cours
00:25:55des accords du GATT
00:25:58les français
00:25:59venaient de marquer un point
00:26:01mais mettre ainsi
00:26:02en avant
00:26:03leur star nationale
00:26:04ne suffisait pas
00:26:07un de nos succès aussi
00:26:09c'est d'avoir convaincu
00:26:10les négociateurs
00:26:13français
00:26:13de Bercy
00:26:14qui étaient quand même
00:26:14au départ éloignés
00:26:15de nos préoccupations
00:26:17nous on ne savait pas
00:26:18ce qu'ils faisaient
00:26:19et eux ne savaient pas
00:26:20ce qu'on faisait
00:26:21c'est là que
00:26:22Jean-François Boitin
00:26:23m'a dit
00:26:24monsieur regard
00:26:24on doit lister
00:26:25toutes les turpitudes
00:26:26que vous avez
00:26:27que vous vous trouvez bien
00:26:28mais ce sont des turpitudes
00:26:30au regard
00:26:31des règles
00:26:31du commerce international
00:26:33donc mettez-vous
00:26:34tout nu sous la douche
00:26:35donc je me suis mis
00:26:36tout nu sous la douche
00:26:37j'ai expliqué
00:26:38toutes nos règles
00:26:39parce que c'était important
00:26:40qu'ils comprennent nos règles
00:26:41parce que s'ils ne le comprenaient pas
00:26:42ils ne pouvaient pas
00:26:43nous défendre
00:26:47voir les français
00:26:48se mettre en ordre de bataille
00:26:49ne m'enchantait pas
00:26:50mais je n'étais pas
00:26:52très inquiet
00:26:53car pour eux
00:26:53le plus dur
00:26:54restait à faire
00:26:56la France
00:26:57devait obtenir
00:26:58le soutien
00:26:59des autres pays
00:27:00de la communauté européenne
00:27:03si elle ne comptait
00:27:04que douze membres
00:27:05à l'époque
00:27:05je savais
00:27:06que les mettre tous d'accord
00:27:07n'était pas
00:27:08c'est pas une mince affaire
00:27:11merci contre
00:27:13abstention
00:27:15on ne peut pas dire
00:27:16que les douze états membres
00:27:17de la communauté économique européenne
00:27:20étaient aussi investi
00:27:21que nous l'étions
00:27:21et pour la France
00:27:22c'était tout à fait
00:27:23tout à fait essentiel
00:27:24c'est vrai que nous avons été en pointe
00:27:26dans cette négociation
00:27:27il a fallu trouver des alliés
00:27:28j'ai fait toutes les capitales européennes
00:27:32et dans chacun des cas
00:27:34en rencontrant
00:27:34les divers partenaires en cause
00:27:36les représentants du monde du cinéma
00:27:38et de la télévision
00:27:39les ministères de la culture
00:27:41et de l'audiovisuel
00:27:42les ministères du commerce extérieur
00:27:45et des affaires étrangères
00:27:46pour essayer
00:27:47de leur faire comprendre
00:27:49nos positions
00:27:49et si possible
00:27:51de les faire adopter
00:27:54Valenti faisait le tour
00:27:55de tous les pays
00:27:56lui aussi
00:27:57pour essayer
00:27:58d'aller convaincre
00:27:59les gouvernements
00:28:00de chacun des pays
00:28:00de ce qu'il fallait ouvrir
00:28:03que c'était le moyen
00:28:05de valoriser la culture
00:28:07qu'il n'y avait aucun risque
00:28:08pour les autres pays
00:28:09donc au nom de la liberté
00:28:11et au nom de la concurrence
00:28:13il fallait satisfaire
00:28:14des publics
00:28:15avides
00:28:16de programmes américains
00:28:17donc c'était ça
00:28:18son jeu
00:28:19l'idée
00:28:23que les gens créés
00:28:25devraient battre
00:28:26ou nous battre
00:28:27je trouve absurde
00:28:29il n'y a pas de sens
00:28:31nous sommes tous
00:28:32partie de la même
00:28:33communauté créative
00:28:34nous essayons de faire
00:28:35la même chose
00:28:36et nous pouvons le faire
00:28:36ensemble
00:28:38et la meilleure façon
00:28:39de gagner
00:28:40c'est de commencer
00:28:53pour répondre considérablement
00:28:54aux États-Unis
00:28:56sans évoquer le fait
00:28:57que les importations
00:28:59d'audiovisuel américaine
00:29:03en Europe représentait
00:29:04à peu près 4 milliards de dollars
00:29:06je parle de mémoire
00:29:08et les exportations européennes
00:29:10vers les États-Unis
00:29:11250 millions d'euros
00:29:12c'était ça l'équilibre
00:29:14dont M. Valenti considérait
00:29:16qu'il était tout à fait acceptable
00:29:18et qu'il fallait même
00:29:19l'accentuer
00:29:24décidément les français n'avaient pas
00:29:25le goût du risque
00:29:28chaque fois que je le pouvais
00:29:29je dénonçais leur protectionnisme
00:29:32sachant que l'argument les agaçait
00:29:34au plus haut point
00:29:38mais attendez
00:29:39qu'est-ce que vous dites
00:29:40vous avez 1%
00:29:42de films européens
00:29:43sur vos écrans
00:29:44comment est-ce que vous pouvez
00:29:46comment est-ce que vous pouvez
00:29:47comment est-ce que vous pouvez dire
00:29:47que vous êtes un marché ouvert
00:29:48pas du tout
00:29:49donc l'accusation
00:29:51d'être protectionniste
00:29:53c'est à vous qu'il faut l'adresser
00:29:54et pas à nous
00:29:56je crois que les américains
00:29:57il faut qu'ils fassent
00:29:58un petit effort
00:29:59ils ont tout intérêt
00:30:01pour eux-mêmes
00:30:02à s'apercevoir
00:30:03qu'il y a un autre cinéma
00:30:05ailleurs
00:30:05qu'il est important
00:30:07qu'il existe
00:30:07et qu'il a influencé
00:30:09souvent
00:30:09leur metteur en scène
00:30:11peut-être
00:30:12que
00:30:13un dinosaure
00:30:14de Jurassic Park
00:30:15se retourne
00:30:17d'une certaine manière
00:30:17parce que
00:30:19Spielberg a vu un film
00:30:20de Goddard
00:30:20ou de Berman
00:30:22les français
00:30:23ne manquaient jamais
00:30:24une occasion
00:30:25de nous faire la morale
00:30:27toujours ce complexe
00:30:28de supériorité
00:30:30il faut dire que
00:30:31dans ce domaine
00:30:32les américains
00:30:33n'étaient pas les derniers
00:30:34la bataille du Gat
00:30:36c'était aussi
00:30:37une bataille d'égaux
00:30:38vous ne pouvez pas faire
00:30:40un accord mondial
00:30:41sans l'Europe
00:30:41ah bon ?
00:30:43le vieux continent
00:30:43c'est le berceau
00:30:44du commerce
00:30:45ah bah ouais
00:30:46nous restons
00:30:48le centre du monde
00:30:49oh putain
00:30:50oh putain
00:30:53c'est bon de rigoler
00:30:54le centre du monde
00:30:55attends
00:30:56je vérifie sur ma carte
00:30:58c'est quoi votre nom ?
00:31:00l'Europe
00:31:00l'Europe
00:31:02l'Europe
00:31:02non y'est pas
00:31:04ah bon ?
00:31:05marqué on a pas mis
00:31:06les petites îles
00:31:08mais si
00:31:08on est là
00:31:09plus à gauche
00:31:10ah
00:31:11moi c'est pas une carte
00:31:13de géo
00:31:13c'est une carte du commerce
00:31:14c'est pour ça
00:31:18dans ce bras de fer avec la France
00:31:20l'un de mes atouts résidait dans la cohabitation
00:31:23la droite avait la réputation d'être peu sensible aux questions culturelles
00:31:28et je comptais sur le gouvernement d'Edward Balladur pour lâcher du lest
00:31:34mais mes espoirs allaient rapidement être douchés
00:31:39c'est parce que la droite était au pouvoir que cette politique entre guillemets de gauche a pu être menée
00:31:48si nous n'avions pas été au gouvernement si nous avions été dans l'opposition
00:31:52et que par définition les socialistes avaient défendu cette position d'exception culturelle
00:32:01en tant qu'opposition il est probable que nous l'aurions combattu
00:32:05ça s'est bien trouvé qu'on ait gagné les élections
00:32:08notre gouvernement
00:32:10celui auquel appartenait Jack Lang
00:32:13celui dont je fais partie aujourd'hui
00:32:15si j'ose dire
00:32:16sur ce point c'est toujours le même gouvernement
00:32:19et c'est heureux je crois pour la France et pour le cinéma
00:32:22la droite et la gauche
00:32:24main dans la main
00:32:25c'était à n'y plus rien comprendre
00:32:28j'avais le sentiment que toute la France était ligue contre moi
00:32:32et avait déclaré la guerre au cinéma américain
00:32:36plus l'échéance du 15 décembre 1993 approchait
00:32:40plus la pression médiatique s'accentuait
00:32:42tous les jours un professionnel du cinéma
00:32:46ou un politique sortait un nouvel argument pour défendre l'exception culturelle
00:32:51vous pouvez changer genre noir contre un transport de bananes
00:32:56c'est ce qu'on est en train d'essayer de nous dire
00:32:59dans le GATT
00:33:01les affaires de la défense par exemple
00:33:03ou les affaires de la santé
00:33:05n'existent pas
00:33:06il est prévu que le GATT ne les concerne pas
00:33:09est-ce que la culture
00:33:12n'est pas aussi dans la même situation
00:33:14c'est-à-dire
00:33:14ça n'a pas une valeur marchande
00:33:16c'est une industrie c'est un commerce
00:33:18mais c'est plus que ça
00:33:20et ça a une autre valeur
00:33:22et je crois que l'affrontement aujourd'hui
00:33:24c'est un affrontement de philosophie
00:33:25la philosophie marchande d'un côté
00:33:28et la philosophie culturelle de l'autre
00:33:29si on les fait s'affronter dans le GATT
00:33:32c'est clair que c'est la philosophie marchande qui gagnera
00:33:37On savait déjà à l'époque
00:33:39que le cinéma allemand et que le cinéma italien
00:33:43s'était réduit comme peau de chagrin
00:33:45dans la mesure où aucune obligation
00:33:48n'existait pour M. Berlusconi
00:33:52en Italie
00:33:53ou pour M. Kirch en Allemagne
00:33:55donc on a vu les cinémas
00:33:57de ces pays petit à petit
00:34:00s'étioler complètement
00:34:01et on savait que si on allait dans cette même logique
00:34:04pour l'ensemble de l'Europe
00:34:05c'est ce qui allait se passer pour l'ensemble de l'Europe
00:34:08et notamment nous
00:34:09sur le côté français
00:34:11L'industrie créative d'un pays de 65 millions d'habitants
00:34:14a moins de moyens
00:34:18presque sui generis
00:34:19qu'une industrie créative de 300 millions de personnes
00:34:23donc il faut aider le petit
00:34:24il faut équilibrer les forces
00:34:28Mais on n'est pas contre le cinéma américain
00:34:30on n'est pas contre les artistes
00:34:31on n'est pas contre Woody Allen
00:34:33on n'est pas contre tous les gens
00:34:35qui apportent leur contribution à la civilisation humaine
00:34:38on est contre les gens qui fabriquent
00:34:41des hamburgers culturels
00:34:44et qui veulent obliger la jeunesse à ne manger que ça
00:34:47on est contre cette culture d'addiction
00:34:49qui ne donne pas le choix
00:34:50mais qui impose petit à petit des goûts
00:34:52et qui en définitive manipule même les consciences
00:34:56Aucun combat n'était contre le cinéma américain
00:34:59ces conditions que voulaient les Américains
00:35:02imposer au cinéma français
00:35:03c'est ça que nous combattions
00:35:05qui était indispensable de combattre
00:35:07pour libérer complètement le cinéma
00:35:08d'être considéré comme n'importe quelle marchandise
00:35:12c'est essentiellement ça le fond du problème
00:35:14il fallait que l'état, le peuple, le pays
00:35:18puisse s'occuper de sa culture
00:35:20parce que ça fait partie de son âme
00:35:23ça fait partie de son patrimoine
00:35:25ça fait partie de ce qu'il est
00:35:29Les français ne semblaient pas prêts à renoncer
00:35:32à leur exception culturelle
00:35:34Tiendraient-ils jusqu'au bout ?
00:35:37Avait-on une chance de les faire craquer ?
00:35:40C'est ce que mon gouvernement voulait savoir
00:35:44Et pour cela, tous les moyens étaient bons
00:35:50Quand l'enjeu financier est important
00:35:52les Américains ne reculent devant rien
00:35:54ils déploient tous les moyens
00:35:55donc là, on n'hésite pas à recourir à la CIA
00:35:59et à procéder à avancer finalement
00:36:03avec des moyens totalement déloyaux
00:36:05dans un pays allié
00:36:17Un jour, j'ai reçu un coup de téléphone
00:36:19d'un conseiller à Matignon
00:36:22qui m'a dit
00:36:22Monsieur Rogart, faites attention
00:36:23votre téléphone est sur écoute des services américains
00:36:27je dis, c'est pas grave
00:36:29ce que je dis en privé, je le dis en public
00:36:32et je vais terminer toutes mes conversations
00:36:34par les Américains sont des salopards
00:36:37voilà, donc c'est pas grave du tout
00:36:42Vous pouvez écouter les téléphones
00:36:44c'est ce qu'il y a de plus simple
00:36:45parce que là, vous savez ce qui va se passer
00:36:47et vous avez le côté, l'espionnage, l'approche humaine
00:36:51et donc vous allez chercher des sources humaines
00:36:54en France
00:36:56pour tenter de savoir ce qui se trame
00:36:58au sein de l'administration
00:37:02Ce que j'apprendrai quelques années plus tard
00:37:05c'est que les renseignements français
00:37:07avaient repéré notre petit manège
00:37:09la DST
00:37:11la direction de la surveillance du territoire
00:37:14avait décidé de retourner l'arme contre nous
00:37:17en demandant à certains hauts fonctionnaires français
00:37:20de jouer à leur tour les espions
00:37:24J'ai été alerté que certains diplomates
00:37:27n'étaient pas que diplomates
00:37:28mais étaient également des agents d'un service de renseignement
00:37:31C'est à ce moment-là que j'ai travaillé à la demande de la DST
00:37:35pour avoir des contacts un peu plus fréquents
00:37:38J'avais pas forcément très envie d'être en contact régulier avec eux
00:37:43mais ils m'ont demandé d'avoir des contacts plus fréquents
00:37:47et d'être plus à l'écoute
00:37:52de leur thème d'intérêt
00:37:54et de ce qu'ils cherchaient à savoir
00:37:57et on va leur raconter des bobards
00:37:59on va les enfumer
00:38:00on va enfumer les américains
00:38:02faire en sorte qu'ils aillent à la négociation
00:38:05sans savoir ce qui va se passer
00:38:06sans savoir vraiment
00:38:08et qu'il n'y ait surtout pas de billes
00:38:10pour affaiblir la position française
00:38:16Moi aussi, je faisais les frais de cette campagne d'intoxication
00:38:22Lorsque vous vous lancez dans ce genre de bataille
00:38:25face à des adversaires extrêmement puissants
00:38:30vous n'avez pas à avoir de scrupules
00:38:31ce qui compte c'est de gagner
00:38:35Je ne connaissais pas Jacques Valentich
00:38:36je l'ai diabolisé en en faisant un peu une caricature
00:38:39le symbole du méchant
00:38:41qui veut détruire le cinéma européen
00:38:44qui n'aime pas les français
00:38:45alors qu'en réalité c'est faux
00:38:47Valentich adorait les français
00:38:50Chaque fois qu'on pouvait faire un truc
00:38:52en gros pour les emmerder
00:38:55on le faisait
00:38:55Par exemple moi à un moment donné
00:38:58j'ai dit qu'on était au courant
00:39:01de tout ce qui passait à l'AMPA
00:39:03parce qu'on avait un espion au sein de l'AMPA
00:39:06On ne l'avait pas
00:39:07mais on leur a fait croire
00:39:09ce qui fait qu'à un moment
00:39:09ils ont viré tous les gens
00:39:10qui étaient dans leur bureau de Bruxelles
00:39:15C'est dans ce climat totalement paranoïaque
00:39:19que j'abordais la dernière ligne droite de la bataille
00:39:22les français semblaient plus déterminés que jamais
00:39:25et les dernières semaines de négociations
00:39:27s'annonçaient particulièrement difficiles
00:39:46J'étais bien obligé de reconnaître que la France avait mené une campagne de lobbying très efficace
00:39:54mais à présent
00:39:55elle avait besoin d'un accord en bonne et due forme avec ses partenaires européens
00:40:01pour cela elle pouvait compter sur l'aide de la Belgique
00:40:04qui présidait la communauté européenne
00:40:07et qui avait décidé de réunir dans la ville de Mons
00:40:10tous les ministres de l'audiovisuel
00:40:14à Mons les ministres veulent d'abord bien se mettre d'accord entre eux
00:40:18la France, la Belgique et d'autres sont à fond
00:40:20pour l'exception culturelle
00:40:21reste à convaincre l'Angleterre
00:40:23et aussi dans une moindre mesure l'Allemagne
00:40:25deux jours pour s'armer d'une position commune
00:40:27c'est le pari d'Elio Di Rupo
00:40:31le ministre belge de l'audiovisuel avait mis au point une stratégie
00:40:35et entendait bien tordre le bras des adversaires de l'exception culturelle
00:40:43mes collaborateurs, collaboratrices ont travaillé avec l'équipe de M. Carignon et d'autres
00:40:47toute la nuit pour rédiger un accord
00:40:50et sans dormir le lendemain
00:40:53j'ai présenté cela à mes collègues
00:40:56donc j'ai lu
00:41:00et je ne leur ai pas demandé s'ils étaient d'accord
00:41:02j'ai simplement constaté
00:41:04qu'il y en avait
00:41:06qui étaient pour et les autres se sont
00:41:08abstenus, n'ont pas pris la parole
00:41:11il y a eu un vote
00:41:12et on a obtenu une majorité, une courte majorité
00:41:14mais on avait 7 pays
00:41:16sur les 12 qui étaient d'accord
00:41:18y compris sur le terme d'exception culturelle
00:41:20ça suffisait pour pouvoir
00:41:22alors présenter, rédiger
00:41:25et faire approuver les conclusions des états membres
00:41:30les 12 avaient désormais une position officielle
00:41:33que le commissaire européen
00:41:34Sir Leon Britton
00:41:36était obligé de prendre en compte
00:41:40il était furieux de ça
00:41:42mais d'un seul coup il s'est trouvé
00:41:45contraint par un mandat
00:41:46des conditions de monstre
00:41:48qui sont en fait les conditions de préservation
00:41:51de la liberté de réglementation
00:41:54et de législation européenne
00:41:57mais les français devaient rester vigilants
00:42:00un revirement de la part
00:42:02de Leon Britton
00:42:03que personnellement j'appelais de mes voeux
00:42:05était toujours possible
00:42:09pour contrer ce danger
00:42:10la mobilisation française était montée
00:42:13jusqu'au plus haut sommet de l'état
00:42:15le président François Mitterrand
00:42:18comptait peser de tout son poids
00:42:19dans la négociation
00:42:21quitte à marcher sur les plates-bandes
00:42:23de son premier ministre
00:42:26les services de Matignon m'appellent
00:42:28et me disent il y a un sommet franco-italien
00:42:31ça serait bien d'organiser un événement
00:42:34on pourrait aller à la Villa Médicis
00:42:36on ferait venir les réalisateurs italiens
00:42:38vous vous arrivez avec une délégation
00:42:41de cinéastes français
00:42:43et le premier ministre
00:42:45présidera une réunion
00:42:46pour défendre l'exception culturelle
00:42:48et la réunion devait démarrer à 15h
00:42:51et à 15h
00:42:53Edouard Balladur arrive
00:42:55avec son équipe
00:42:56à 15h10 secondes
00:42:58François Mitterrand arrive
00:43:00le premier ministre d'abord
00:43:02a fait le détour
00:43:04suivi de très près
00:43:05par le président de la république
00:43:07Mitterrand parfaitement à l'heure
00:43:09alors qu'il était tout le temps en retard
00:43:10et c'est lui qui a mené
00:43:12la discussion tout le temps
00:43:14et je pense que Balladur
00:43:15n'a pas pris la parole une seule fois
00:43:17au cours de cette réunion
00:43:19qu'il avait d'ailleurs organisée
00:43:22et très bien organisée
00:43:23Monsieur le Président
00:43:24est-ce que vous avez un message particulier
00:43:25à leur adresser ?
00:43:27Espérons et luttons
00:43:34Au début du mois de décembre
00:43:36nous nous retrouvons
00:43:37américains et européens
00:43:39à Genève
00:43:40où allaient avoir lieu
00:43:41les ultimes négociations
00:43:42Face à Leon Britton
00:43:45c'était Mickey Cantor
00:43:46le représentant au commerce
00:43:48qui défendait les positions américaines
00:43:51Mickey Cantor était un habitué d'Hollywood
00:43:54où il avait été avocat
00:43:56je ne doutais pas qu'il serait sensible
00:43:58à mes arguments
00:44:08comme les français
00:44:09je passais de longues heures dans les halls d'hôtel
00:44:12et dans les couloirs du GATT
00:44:13en espérant glaner des informations
00:44:19Quelque part ce sont des rythmes très agricoles
00:44:22c'est-à-dire qu'il y a des périodes
00:44:23où on ne fait pas grand chose
00:44:25et puis vient la période des moissons
00:44:28et là il faut être prêt à passer
00:44:30une semaine, quinze jours, trois semaines
00:44:32sans dormir pratiquement
00:44:34parce que les réunions se multiplient
00:44:37parce qu'il faut suivre à la trace
00:44:39les représentants de la commission
00:44:40pour être sûrs qu'ils vont bien tenir la ligne
00:44:43qu'on leur a demandé de tenir
00:44:53Je me souviens surtout d'avoir très peu dormi
00:44:56d'avoir beaucoup attendu
00:44:59à la sortie des salles de réunion
00:45:01à la recherche d'informations
00:45:04obtenir de l'information
00:45:06c'est finalement le nerf de cette négociation
00:45:10Il y a des lieux où on discute de façon plus informelle
00:45:13les restaurants, les cafés
00:45:15on laisse traîner nos oreilles un peu partout
00:45:20Les couloirs de l'immeuble du GATT
00:45:22sont plus clairsemés ce soir
00:45:23c'est un signe, un mauvais signe
00:45:25les journalistes ont été priés d'attendre dehors
00:45:28quant aux délégués, ils enchaînent réunion sur réunion
00:45:31et sont moins bavards qu'en début de semaine
00:45:35Moi j'avais un collègue qui passait son temps dans les toilettes
00:45:38comme ça il était sûr de pouvoir croiser les représentants de la commission
00:45:42quand ils passeraient aussi dans les toilettes
00:45:45Je ne blague pas !
00:45:50Je me souviens également qu'en 1993
00:45:55c'était les premiers postes de téléphone portable
00:45:59alors c'était pas un petit portable comme ça
00:46:01c'était une espèce de boîte carrée
00:46:04qui devait faire au moins un kilo ou deux kilos
00:46:07et qu'on emmenait dans différents lieux
00:46:11pour pouvoir avoir un lien si possible sécurisé avec Paris
00:46:20Après des heures de discussion
00:46:21aucun progrès n'a été réalisé sur les contentieux
00:46:24qui bloquent encore l'aboutissement de l'Uruguay Round
00:46:28Pour Leon Britann, l'européen
00:46:30il y a crise et les négociations mondiales sur le GATT
00:46:33sont dans une situation extrêmement inquiétante
00:46:36des propos tempérés par le négociateur américain
00:46:40La situation est confuse et difficile
00:46:42mais parler de crise s'est exagéré
00:46:44dans un processus aussi délicat
00:46:46il y a toujours des hauts et des bas
00:46:48Quoi qu'il en soit, les travaux sur les textes
00:46:50de l'accord final devaient être bouclés ce soir à minuit
00:46:53ils ne le seront pas
00:46:57Quelques jours avant la date fatidique du 15 décembre
00:47:00la pression montait encore d'un cran
00:47:02Mais quelqu'un a semblé confiant
00:47:04mais les américains et les européens
00:47:07continuaient de s'opposer sur la question du cinéma et de l'audiovisuel
00:47:11aucune issue ne s'est dessinée
00:47:16La fin est de 15 décembre
00:47:17Le décembre signifie plus de 7 ans de négociations
00:47:21entre 115 pays qui ont commencé à l'Uruguay
00:47:25qui ont été dépensés
00:47:28Ah non mais au fil de la négociation
00:47:31les moments où on s'est dit c'était foutu
00:47:33c'était tous les jours
00:47:34Dans la journée on avait des rumeurs
00:47:37que l'Europe faisait des concessions
00:47:40que Britann avançait
00:47:41que Cantor acceptait
00:47:42et le soir on remontait le courant
00:47:46parce que Juppé se déchaînait
00:47:48Juppé a d'ailleurs une déclaration très méchante
00:47:51pour Léon-Britann
00:47:55Notre sentiment était que Britann avait lâché
00:47:57et donc là on a remis la gomme
00:47:59et ça m'a amené à une confrontation
00:48:02c'est vrai avec le commissaire européen
00:48:04Sir Léon-Britann
00:48:05et je me souviens d'avoir causé un peu d'émoi
00:48:08lorsque au cours d'une réunion
00:48:09du conseil des ministres des affaires étrangères européens
00:48:14je m'adresse à Sir Léon-Britann
00:48:15en lui disant
00:48:16Monsieur le commissaire
00:48:17ce n'est pas vous qui décidez
00:48:18vous êtes chargé d'exécuter le mandat de négociation
00:48:21que nous les ministres nous vous donnons
00:48:24ça avait jeté un froid autour de la table
00:48:26mais finalement ça avait été efficace
00:48:27et Britann elle avait finalement tenu compte
00:48:35Et il y a eu un dernier petit déjeuner
00:48:37le jour de l'accord final
00:48:39entre le chancelier Kohl et François Mitterrand
00:48:44François Mitterrand a insisté
00:48:46Bordicus pour que sur l'exception culturelle
00:48:50les Européens ne changent pas
00:48:52il a confirmé l'adhésion du chancelier Kohl
00:48:57et quand ils ont vu les Américains
00:48:59ils ont dit Américains
00:49:00c'est pas négociable
00:49:03Après deux nuits blanches
00:49:05les négociateurs semblent enfin avoir trouvé un terrain d'entente
00:49:11devant la mine réjouie des français
00:49:13je compris assez vite que le résultat des discussions
00:49:16ne m'était pas favorable
00:49:24je me souviens très bien de la dernière nuit
00:49:27je sais pas quelle heure il était
00:49:29il devait être deux heures ou trois heures du matin
00:49:30on s'est précipité dans une cabine téléphonique
00:49:33on a appelé notre directeur des relations économiques extérieures
00:49:36en disant on a gagné
00:49:39je reçois un coup de fil du ministère de la culture
00:49:41qui me dit
00:49:42les Américains acceptent de signer un accord du GATT
00:49:45et il n'y aura pas d'engagement européen sur l'audiovisuel
00:49:49alors on s'est tous mis à pleurer
00:49:51non mais je vous jure on était sur les nerfs
00:49:54on s'est retrouvés dans le bureau de Toubon
00:49:56au ministère de la culture
00:49:57ça me fait encore les larmes aux yeux
00:49:59et on pleurait tous
00:50:05pour sauver les accords du GATT
00:50:06qui portaient sur des dizaines de secteurs
00:50:09Britton et Cantor avaient décidé
00:50:11de ne pas incluir le cinéma et l'audiovisuel
00:50:13dans le compromis final
00:50:15Thank you
00:50:17We were unable to overcome our differences
00:50:20on issues relating to this entertainment issue
00:50:23to advance the round
00:50:25we agreed to disagree
00:50:28Mickey Cantor a jugé que
00:50:30en réalité je pense
00:50:31la position du cinéma américain
00:50:34telle qu'elle était à l'époque
00:50:36était suffisamment forte
00:50:38pour qu'il n'ait pas absolument besoin
00:50:40de cet exercice de libéralisation
00:50:42que les professionnels américains
00:50:45auraient voulu prolonger
00:50:47Le résultat est que
00:50:48l'Europe est absolument libre
00:50:52de poursuivre la politique culturelle
00:50:56dans la direction qu'elle veut choisir
00:51:01Quand Mickey Cantor a annoncé à Léon Britann
00:51:04que ok les américains
00:51:07laissaient tomber sur le sujet cinéma
00:51:10et audiovisuel
00:51:10on nous dit que Léon Britann
00:51:13s'est presque fâché
00:51:14en disant
00:51:14ah
00:51:15you give everything
00:51:16to the French
00:51:17avec cette manière
00:51:19tout à fait
00:51:20sympathique
00:51:22qu'ont les britanniques
00:51:22de parler de the French
00:51:33ce coup de marteau de directeur du GATT
00:51:36sonnait à mes oreilles comme une défaite
00:51:39j'étais contraint de m'incliner
00:51:41la France avait gagné
00:51:45je considère que c'est un jour
00:51:47je considère que c'est un jour
00:51:47parce qu'un GATT
00:51:49qui objectif est
00:51:51de réduire des barrières
00:51:53dans le monde
00:51:54la communauté européenne
00:51:56a gardé leur grande
00:51:58trade war
00:51:59qui est contraire
00:52:00aux objectifs du GATT
00:52:02du GATT
00:52:15du GATT
00:52:16du GATT
00:52:28du GATT
00:52:30du GATT
00:52:32gentil aimerait vous rencontrer
00:52:34je ne l'avais jamais vu
00:52:35et je me dis
00:52:37j'y vais
00:52:37et c'était assez impressionnant
00:52:39de le voir quand même
00:52:40bon
00:52:40et il me dit
00:52:41monsieur Rougard
00:52:42je ne suis pas du tout celui
00:52:43que vous pensez que je suis
00:52:44voilà
00:52:44et nous devons
00:52:47laisser le passé derrière nous
00:52:48vous avez gagné
00:52:49je le reconnais
00:52:50bon
00:52:51laissons le passé derrière nous
00:52:52et voyons l'avenir
00:52:54et voyons
00:52:55ce qu'on peut construire ensemble
00:52:56nous avons quelque chose
00:52:58en commun
00:52:58c'est la lutte contre le piratage
00:53:00et c'est à ce moment là
00:53:02que je lui ai dit
00:53:03ben Jack venez
00:53:04je vous invite
00:53:05aux rencontres
00:53:06que j'organise chaque année
00:53:07à Beaune
00:53:08avec l'ARP
00:53:09et il est venu à Beaune
00:53:11ce qui m'a valu d'ailleurs
00:53:13des critiques
00:53:13extrêmement fortes
00:53:14de la profession
00:53:15parce qu'il me disait
00:53:15pourquoi l'icône du mal
00:53:16tu le fais de venir
00:53:17après il fallait que j'explique
00:53:18que l'icône du mal
00:53:19n'était pas vraiment
00:53:20l'icône du mal
00:53:23à titre personnel
00:53:24j'avais enterré
00:53:26la hache de guerre
00:53:26avec les français
00:53:28mais face à cette réglementation
00:53:29toujours en vigueur
00:53:31les américains
00:53:32n'avaient pas dit
00:53:32leur dernier mot
00:53:35toutes les plateformes
00:53:36Netflix
00:53:37Amazon
00:53:38Disney
00:53:38qui sont localisées
00:53:40hors de France
00:53:41ont une obligation
00:53:42en fonction du chiffre d'affaires
00:53:44réalisé en France
00:53:45d'investir dans la création
00:53:47du visuel
00:53:48et la création cinématographique
00:53:49française
00:53:50les américains
00:53:51aujourd'hui
00:53:52à nouveau se disent
00:53:53comment on fait en sorte
00:53:55de casser ces directives
00:53:57pour que nos Netflix
00:53:58ou autres
00:53:59n'aient plus aucune
00:54:00de ces obligations
00:54:02sur la programmation
00:54:04d'un européen
00:54:05et l'obligation
00:54:06d'investissement
00:54:07dans ces productions
00:54:10mais cette bataille
00:54:12n'est plus la mienne
00:54:13j'ai déposé les armes
00:54:14depuis longtemps
00:54:15et laissé ce combat
00:54:17à mes successeurs
00:54:24Débat doc ce soir
00:54:25exception culturelle
00:54:27la bataille qui a sauvé
00:54:28le cinéma français
00:54:29écrit par Laurent Joffrin
00:54:30et Marie-Laurent Reince
00:54:31Rincet
00:54:32en 1993
00:54:33la France obtient donc
00:54:35que le cinéma
00:54:35échappe aux règles
00:54:36du libre-échange
00:54:37et fait naître
00:54:38un modèle de financement
00:54:39unique au monde
00:54:40où chaque billet vendu
00:54:41finance la création française
00:54:4330 ans plus tard
00:54:44la concurrence
00:54:45ne vient plus seulement
00:54:46d'Hollywood
00:54:47ce sont les plateformes
00:54:49les réseaux sociaux
00:54:49les salles parfois
00:54:50qui se vident
00:54:51et un CNC contesté
00:54:53jusque dans la classe
00:54:54politique française
00:54:55alors cinéma français
00:54:56l'exception culturelle
00:54:58est-elle en péril ?
00:54:59On en débat avec
00:55:00Gaëtan Bruel
00:55:01bonsoir
00:55:01vous êtes le président
00:55:02du centre national
00:55:04de la cinématographie
00:55:05et de l'image animée
00:55:07c'est important
00:55:08de le rappeler
00:55:08Dimitri Rassam
00:55:09bonsoir
00:55:10grande figure
00:55:11de la production en France
00:55:12fondateur de
00:55:13Chapter 2
00:55:14Kira Kitsopanidou
00:55:15professeur à la Sorbonne Nouvelle
00:55:17autrice d'une histoire
00:55:18du cinéma américain
00:55:19alors merci d'être là
00:55:21bon anniversaire
00:55:22c'est l'occasion
00:55:23de célébrer
00:55:24cette exception culturelle
00:55:25à la française
00:55:27le CNC a 80 ans
00:55:28comment se porte-t-il
00:55:30Gaëtan Bruel ?
00:55:31Est-ce que vous par exemple
00:55:32comme président du CNC
00:55:33vous êtes inquiet
00:55:35confiant
00:55:38optimiste ?
00:55:39le CNC est né d'un contexte
00:55:40de crise
00:55:41et en un sens
00:55:42il n'en est jamais
00:55:42complètement sorti
00:55:43parce que c'est l'état
00:55:45presque naturel
00:55:45d'un secteur qui est
00:55:46comme on le sait
00:55:47un art
00:55:47une industrie
00:55:48mais surtout qui a toujours été
00:55:50à l'avant-garde technologique
00:55:52du rapport à la culture
00:55:53de nos sociétés
00:55:54et donc les bouleversements
00:55:55auxquels on est confrontés
00:55:56aujourd'hui
00:55:57on les accueille
00:55:58avec une forme d'enthousiasme
00:55:59parce que la France
00:56:00est un champion mondial
00:56:03du cinéma
00:56:03et de l'image animée
00:56:04elle a en main
00:56:05toutes les cartes
00:56:05pour le rester
00:56:06la question c'est
00:56:07est-ce que les choix collectifs
00:56:08que l'on s'apprête à faire
00:56:09vous nous permettent
00:56:11de le demeurer
00:56:11mais en tout cas
00:56:12ces questions
00:56:13le monde entier se les pose
00:56:14et jusqu'à présent
00:56:16on a plutôt trouvé
00:56:16nous les bonnes réponses
00:56:17au point d'inspirer
00:56:18beaucoup de pays
00:56:19et donc il serait surprenant
00:56:21qu'on ne trouve pas
00:56:22à nouveau le moyen
00:56:23de répondre à ces défis
00:56:24Dimitri Rassam
00:56:25vous avez été étonné
00:56:27en regardant le documentaire
00:56:28vous avez fondé
00:56:29votre première société
00:56:31de production
00:56:31à 23 ans seulement
00:56:33vous avez produit
00:56:33plus d'une vingtaine
00:56:34de films
00:56:34alors il y a évidemment
00:56:36les grandes comédies
00:56:38ou les grands films
00:56:39comme Montecristo
00:56:40les trois monsquetaires
00:56:41mais il y a aussi
00:56:41beaucoup de cinémas d'auteurs
00:56:43parmi vos productions
00:56:44qu'est-ce que vous retenez
00:56:45essentiellement
00:56:46de ce documentaire
00:56:47sur l'exception culturelle
00:56:48ça vous a surpris
00:56:49que ça a été l'objet
00:56:50d'une bataille aussi intense
00:56:51la bataille a été certainement
00:56:53plus homérique
00:56:53que dans mon souvenir
00:56:54d'abord parce que j'étais enfant
00:56:55et que j'ai beau connaître
00:56:58cette expression
00:56:59d'exception culturelle
00:57:00je pensais qu'elle était
00:57:01une donnée de base
00:57:02et en fait le simple fait
00:57:03que c'était
00:57:04une construction stratégique
00:57:06déjà c'était une découverte
00:57:08et puis par ailleurs
00:57:08le fait de se rendre compte
00:57:09que c'était transpartisan
00:57:10que ce soit un gouvernement de droite
00:57:13qui aille ferrailler
00:57:14avec l'Europe
00:57:15mais quand même avec la France
00:57:16en leader
00:57:17non pas uniquement
00:57:18contre les américains
00:57:19mais dans la défense
00:57:20de quelque chose
00:57:21moi je pense qu'aujourd'hui
00:57:22là où on retrouve
00:57:23les mêmes enjeux
00:57:24c'est qu'il s'agit de protéger
00:57:26le champ des possibles
00:57:27de la création
00:57:29Gaëtan avait très justement
00:57:31dit
00:57:31on est au confluent
00:57:33de l'arrêt du commerce
00:57:33oui
00:57:34donc cette ligne de crête
00:57:35qui est compliquée à trouver
00:57:35qu'on doit sans cesse réinventer
00:57:37en France on a un espace
00:57:38un peu plus grand
00:57:41précaire
00:57:41donc j'ai aujourd'hui
00:57:43le sentiment
00:57:43de cette interdépendance
00:57:45de la filière
00:57:46je ressens de façon
00:57:46beaucoup plus
00:57:47interdépendance de la filière
00:57:48pour les néophytes
00:57:49c'est tout simplement
00:57:50on pourrait parler
00:57:50du cinéma populaire
00:57:51oui
00:57:52Montecristo
00:57:53ou les trois mousquetaires
00:57:55dont je sais
00:57:56que c'est des films
00:57:56qui ne pourraient pas exister
00:57:58sans l'écosystème
00:58:00dans lequel on opère
00:58:01l'écosystème français
00:58:02oui
00:58:02et les talents
00:58:03impossible
00:58:04mais impossible de le faire
00:58:05comme ça
00:58:05impossible tout court
00:58:06je pense que ces films
00:58:07n'existeraient pas
00:58:08et c'est là où le fait
00:58:10de retrouver Claude Berry
00:58:11avec Germinal
00:58:13qui était déjà
00:58:14quelque part
00:58:15une proposition
00:58:16de nature
00:58:17équivalente
00:58:18je n'aime pas
00:58:18c'est pas des produits
00:58:19comme des tomates
00:58:20mais où l'énergie
00:58:21l'élan
00:58:22il y a évidemment
00:58:23certaines similitudes
00:58:24dont je me suis moins inspiré
00:58:25si on va mettre les choses
00:58:26dans l'ordre
00:58:27mais ça me troublait
00:58:28parce que je ne l'avais pas
00:58:29remis dans ce contexte-là
00:58:30à savoir
00:58:31pas uniquement
00:58:32de résistance
00:58:33mais d'affirmation
00:58:34de
00:58:35encore une fois
00:58:36cette exception culturelle française
00:58:37Kira Kitsopanoïdou
00:58:38c'est quoi qui se joue
00:58:40dans ce qu'on vient de voir
00:58:42dans cette bataille homérique
00:58:43comme le disait Dimitri Rassam
00:58:45en 93
00:58:46et jusqu'à aujourd'hui
00:58:48je pense qu'il y a une phrase
00:58:49qui est tavernier
00:58:50dit dans le documentaire
00:58:51on n'échange pas
00:58:52un noir avec le transport
00:58:53des bananes
00:58:54et je pense qu'elle résume
00:58:55bien les oppositions
00:58:58autour de cet événement-là
00:59:00un événement quand même
00:59:01qui a réveillé les Etats-Unis
00:59:02par rapport à la manière
00:59:03d'aborder l'Europe
00:59:05avec moins un comportement
00:59:07virulent, frontal
00:59:08plus de diplomatie
00:59:10soft power
00:59:11plus la coopération
00:59:12plus travailler
00:59:13avec les acteurs du terrain
00:59:14ça a quand même
00:59:14changé un peu
00:59:15la manière de faire
00:59:16les Etats-Unis
00:59:17vis-à-vis du reste du monde
00:59:18et aux Européens
00:59:19de prendre un peu
00:59:20conscience
00:59:21du fait que
00:59:22chez eux
00:59:23il se passe des choses
00:59:24sur leur souveraineté
00:59:25culturelle
00:59:26c'était le champ de bataille
00:59:27de la France
00:59:27mais c'est pas forcément
00:59:28c'est d'autres pays
00:59:29qui prennent conscience
00:59:30de la situation critique
00:59:31dans laquelle leur
00:59:32sématographie s'est trouvée.
00:59:33et c'est passionnant justement
00:59:34cette question de souveraineté
00:59:35Dimitri Rassam
00:59:36vous l'évoquiez
00:59:36Gaëtan Bruel
00:59:37vous êtes en première ligne
00:59:39pour la défendre
00:59:40justement cette souveraineté
00:59:41qu'est-ce qu'elle signifie
00:59:43pourquoi est-ce que le cinéma
00:59:44n'est pas une marchandise
00:59:45comme les autres
00:59:45je vais me faire l'avocat
00:59:46de votre diable
00:59:47mais après tout
00:59:48dans show business
00:59:49il y a business
00:59:51ce qui est formidable
00:59:51moi j'ai trouvé dans le documentaire
00:59:53c'est qu'il ouvre une fenêtre
00:59:54sur certes
00:59:55un épisode précis
00:59:56de cette histoire
00:59:57un combat
00:59:58qui a été remporté
00:59:58mais d'une bataille
00:59:59qui a 80 ans
01:00:00et qui se joue plus que jamais
01:00:01ce qu'il permet aujourd'hui
01:00:02et ce qu'il permet
01:00:03de toucher du doigt
01:00:03c'est effectivement
01:00:04ce qu'on appelle
01:00:05exception culturelle
01:00:06c'est pas l'idée
01:00:07que la culture
01:00:08ne devrait suivre aucune règle
01:00:10c'est qu'elle mérite
01:00:11des règles adaptées
01:00:12pourquoi adaptées ?
01:00:14pourquoi est-ce qu'un film
01:00:15une série
01:00:16un jeu vidéo
01:00:17ne sont pas une marchandise
01:00:18comme les autres
01:00:19pour deux raisons
01:00:19la première
01:00:21c'est que
01:00:22faire un film
01:00:23c'est extraordinairement complexe
01:00:25peu de pays au monde
01:00:27ont comme les Etats-Unis
01:00:28ou la France
01:00:28la capacité
01:00:29à faire des films
01:00:30pour tous les goûts
01:00:31des régimes
01:00:32et c'est bien en cela
01:00:33que c'est un processus
01:00:35véritablement industriel
01:00:36qui d'ailleurs
01:00:37met en jeu
01:00:37des compétences
01:00:38des talents
01:00:39une filière qui est riche
01:00:40en France
01:00:41des financements
01:00:41exactement
01:00:42et donc c'est bien
01:00:44la grande complexité
01:00:45à faire une oeuvre
01:00:47qui justifie
01:00:48qu'on lui reconnaisse
01:00:49des règles
01:00:50des spécificités
01:00:51mais surtout
01:00:51et c'est bien cela
01:00:52le coeur de l'exception culturelle
01:00:54c'est qu'une oeuvre
01:00:55qui charrie une langue
01:00:56des imaginaires
01:00:57des représentations
01:00:58de soi et des autres
01:00:59a des externalités positives
01:01:01produit des effets
01:01:02alors ça c'est Léna
01:01:03qui parle
01:01:04mais externalité positive
01:01:05non non mais
01:01:06c'est le technocrate
01:01:08qui parle
01:01:08en France
01:01:08pour être très concret
01:01:10on a le parc de salles
01:01:11le plus dense au monde
01:01:1390% des français vivent
01:01:14à moins de 30 minutes
01:01:15d'une salle de cinéma
01:01:16on est le pays
01:01:17qui a l'offre de cinéma
01:01:18la plus diversifiée
01:01:19au monde
01:01:20depuis 10 ans
01:01:21la fréquentation
01:01:22c'est 40%
01:01:24de nos spectateurs
01:01:25qui vont voir
01:01:25des films français
01:01:2640%
01:01:27qui vont voir
01:01:28des films américains
01:01:28on aime les films américains
01:01:30on veut juste
01:01:31qu'ils aient toute leur place
01:01:32et pas toute la place
01:01:33et donc la diversité
01:01:35culturelle
01:01:35qui est aussi
01:01:36une souveraineté culturelle
01:01:37ces deux notions
01:01:38de diversité
01:01:39et de souveraineté
01:01:40je pense sont bien articulés
01:01:41quand on parle
01:01:42d'exception culturelle
01:01:43et bien c'est justement
01:01:44tout simplement
01:01:45le droit de chaque nation
01:01:46en théorie
01:01:46et concrètement
01:01:48notre droit
01:01:48d'une part à produire
01:01:50les oeuvres que nous voulons
01:01:51de manière souveraine
01:01:51mais aussi pour le spectateur
01:01:53à choisir
01:01:54ce qu'il a envie de voir
01:01:55et aussi fou que ça paraisse
01:01:56très peu de pays
01:01:57très peu de spectateurs
01:01:58dans le monde
01:01:58ont comme nous en France
01:02:00cette possibilité-là
01:02:01Alors justement
01:02:01avant de vous donner la parole
01:02:02Dimitri Rassam et Kira
01:02:04j'aimerais juste
01:02:04que vous nous expliquiez
01:02:05très simplement
01:02:06le CNC
01:02:07pour les nuls
01:02:08c'est-à-dire que
01:02:09le système de financement
01:02:11les règles
01:02:12elles fonctionnent comment ?
01:02:13Comment est-ce que
01:02:13un spectateur qui achète
01:02:15un billet pour un
01:02:16blockbuster américain
01:02:17peut contribuer
01:02:18au financement
01:02:19d'un film français
01:02:20allez un film d'auteur
01:02:21par exemple
01:02:22produit par Dimitri Rassam ?
01:02:24Alors effectivement
01:02:25c'est exactement l'idée
01:02:26il y a 80 ans
01:02:27dans un contexte
01:02:28où après la seconde guerre mondiale
01:02:29nos salles
01:02:30nos salles allaient être
01:02:32submergées par un stock
01:02:33de films américains
01:02:34produits pendant la guerre
01:02:35qui n'avaient pas trouvé
01:02:36de débouchés par définition
01:02:37en Europe
01:02:37et tandis que notre appareil
01:02:38de production était exsangue
01:02:40et bien devant ce risque
01:02:43de submersion
01:02:43il y a eu des mobilisations
01:02:44y compris dans la rue
01:02:45et on a pensé en quelques années
01:02:47ce système très ingénieux
01:02:49qui dit en bref
01:02:50que ceux qui diffusent des œuvres
01:02:52parce qu'ils ont intérêt
01:02:53à leur qualité
01:02:53pour leur chiffre d'affaires
01:02:54vont investir un petit peu
01:02:56sur les œuvres à venir
01:02:57et donc concrètement aujourd'hui
01:02:59quand vous allez au cinéma
01:03:00un petit pourcentage
01:03:01de votre billet
01:03:0210%
01:03:03sert à financer
01:03:04les œuvres de demain
01:03:06mais aussi les salles
01:03:07à côté de chez vous
01:03:07ça veut dire concrètement
01:03:08Oui les salles aussi
01:03:09parce que c'est ça
01:03:10qui est fondamental
01:03:10et on l'oublie
01:03:11quand on parle du cinéma
01:03:13c'est impossible
01:03:14de s'affranchir
01:03:15de l'expérience de la salle
01:03:17On a l'impression
01:03:18que l'action du CNC
01:03:18se résume au logo
01:03:19qu'on voit au début des films
01:03:20c'est qu'une toute petite partie
01:03:22de notre action
01:03:23ce que fait le CNC
01:03:24c'est effectivement collecter
01:03:25non pas auprès du contribuable
01:03:27parce qu'on ne coûte pas un euro
01:03:28à l'état de ce point de vue
01:03:30mais auprès des spectateurs
01:03:32qui acceptent
01:03:32qu'une petite partie
01:03:33de leur billet
01:03:34ou leur abonnement
01:03:35arrive au CNC
01:03:37et en retour
01:03:37nous investissons
01:03:38sur les œuvres de demain
01:03:40les plus populaires
01:03:41comme les plus confidentielles
01:03:44incarnant cette recherche
01:03:45et développement du secteur
01:03:46mais aussi
01:03:47le soutien aux salles de cinéma
01:03:49à l'éducation aux images
01:03:50en bref
01:03:50tout ce qui fait
01:03:51que la France est aujourd'hui
01:03:52l'un des champions mondiaux
01:03:53du cinéma
01:03:54et c'est assez frappant
01:03:56de voir que
01:03:57cette petite musique
01:03:58qui veut que ce soit
01:03:59l'argent public
01:04:01qui finance le cinéma français
01:04:02c'est au fond plutôt
01:04:04l'argent du public
01:04:05même si vous avez
01:04:06un soutien
01:04:07un soutien politique
01:04:10un soutien de financement public
01:04:11chaque année
01:04:12le Parlement
01:04:12comme il le fait en ce moment
01:04:14peut effectivement
01:04:15regarder ce modèle
01:04:16l'ajuster
01:04:16dans un sens ou l'un autre
01:04:18mais c'est bien l'idée
01:04:19que en France
01:04:20grâce aux taxes affectées
01:04:22l'Etat fait une économie structurelle
01:04:24parce que
01:04:24il fait de la dépense fiscale
01:04:26sur les crédits d'impôt
01:04:27qui ont tout leur rôle
01:04:27mais s'agissant de soutien
01:04:29donné via le CNC
01:04:30c'est bien le secteur
01:04:31lui-même
01:04:32qui investit sur son propre avenir
01:04:34Dimitri Rassam
01:04:35vous avez l'impression
01:04:35d'être
01:04:36un chevalier
01:04:37qui mène une bataille
01:04:39en tout cas
01:04:39celle du soft power
01:04:41alors il y a plusieurs choses
01:04:42un
01:04:42j'ai accepté votre invitation
01:04:44avec plaisir
01:04:44parce que
01:04:45plus que jamais
01:04:46moi je fais d'abord
01:04:47avant tout ce qu'on appelle
01:04:48des films populaires
01:04:48j'aime pas cette distinction
01:04:49parce que j'aime le cinéma
01:04:51dans son ensemble
01:04:52y compris le cinéma américain
01:04:53j'ai appelé ma société
01:04:54Chapter 2
01:04:55parce que j'ai été biberonné
01:04:56autant au cinéma américain
01:04:57qu'au cinéma français
01:04:58mais
01:04:59maintenant plus que jamais
01:05:01des films comme
01:05:02Les Trois Mousquetaires
01:05:03comme Monte Cristo
01:05:04je veux le redire
01:05:05ces films là
01:05:06n'existent que
01:05:06parce qu'on a
01:05:07une filière
01:05:08qui fait tous ces films
01:05:10dans leur diversité
01:05:11qui nous permettent
01:05:12nous quelque part
01:05:13quand on part sur un projet
01:05:14aussi ambitieux
01:05:14d'avoir des techniciens
01:05:15des acteurs
01:05:16des talents
01:05:17qui ont été formés
01:05:18qui se sont construits
01:05:19artistiquement
01:05:20qui ont appris leur métier
01:05:21qui fait qu'aujourd'hui
01:05:22parmi les meilleurs talents
01:05:24mondiaux
01:05:24y compris les américains
01:05:25ils viennent tourner en France
01:05:27employer
01:05:28tous ces techniciens
01:05:29et cette filière
01:05:30mais que c'est très fragile
01:05:31ça a toujours été très précaire
01:05:33et que même si on est
01:05:34quelque part
01:05:35un peu au sommet
01:05:35de la chaîne
01:05:36et qu'on fait le cinéma
01:05:37que les français
01:05:38non pas plébiscite
01:05:39mais souvent
01:05:40il y a cette volonté
01:05:41de dire bah si jamais
01:05:42on changeait un peu
01:05:42les curseurs
01:05:43on aurait que
01:05:45Montecristo
01:05:45et ça serait peut-être ça
01:05:46le goût du public
01:05:47d'abord c'est pas vrai
01:05:48quand on le regarde aujourd'hui
01:05:49il y a des films
01:05:50qui cristallisent
01:05:52sur leurs propositions
01:05:54beaucoup de monde
01:05:54mais dans l'ensemble
01:05:55on a un cinéma très divers
01:05:57mais qui encore une fois
01:05:58quand on regarde les gens
01:05:58les génériques
01:05:59l'ensemble
01:05:59c'est cette diversité là
01:06:01qui permet notre cinéma
01:06:03sinon il n'y a plus rien
01:06:03en fait
01:06:04on le regarde ailleurs
01:06:04quand un cinéma local
01:06:06s'effondre
01:06:07il revient pas
01:06:07mais vous vous avez l'impression
01:06:09que avec vos films
01:06:10par exemple
01:06:12Montecristo
01:06:13d'autres
01:06:43qui s'exporte
01:06:44Disney et Netflix
01:06:45et c'est pas leur faire une insulte
01:06:46de dire que leur contribution
01:06:47sur ce qu'on appelle
01:06:48la pay tv
01:06:49elle existe
01:06:50parce que le système
01:06:51l'organise
01:06:52sinon on n'aurait pas eu
01:06:53de pré-achat
01:06:54on aurait peut-être eu un achat
01:06:55c'est une spécificité française
01:06:56aussi
01:06:57effectivement
01:06:58d'imposer aux acteurs
01:06:59de la filière
01:07:00quels qu'ils soient
01:07:01d'aller
01:07:02dans une sorte de
01:07:03leap of faith
01:07:04comme des américains
01:07:05un geste de confiance
01:07:06envers les créateurs
01:07:07envers les indépendants
01:07:08qui n'existe nulle part ailleurs
01:07:09quasiment
01:07:10c'est-à-dire que nous aujourd'hui
01:07:11en tant que producteurs indépendants
01:07:12on va avoir
01:07:13tous ces acteurs-là
01:07:15que ça va de France Télévisions
01:07:16Canal Plus
01:07:16les plateformes
01:07:17les distributeurs
01:07:19et on leur dit voilà
01:07:19on a un projet
01:07:20confiez-moi les moyens
01:07:21ils ne le donnent pas à n'importe qui
01:07:22mais ils ont une obligation annuelle
01:07:24d'investissement
01:07:24ça change tout
01:07:25ça change tout
01:07:26ah non mais c'est aujourd'hui
01:07:27le champ des possibles
01:07:30est d'une toute autre nature
01:07:32que dans les autres cinémas
01:07:33et encore une fois
01:07:34il ne s'agit pas d'opposer
01:07:35le cinéma américain
01:07:36au cinéma français
01:07:37et je pense qu'on a
01:07:38quelque part
01:07:39beaucoup à s'offrir
01:07:40mutuellement
01:07:41mais si on ne laisse pas
01:07:43enfin si on n'impose pas
01:07:44pardon
01:07:45une protection
01:07:46de notre système
01:07:47évidemment que la machine américaine
01:07:48s'imposera
01:07:49avec
01:07:49aucune
01:07:51exception
01:07:51justement
01:07:52pour notre culture
01:07:53moi je cherche à
01:07:55voilà
01:07:56partager cet effort-là
01:07:57et c'est pour ça d'ailleurs
01:07:58que
01:07:59et cette passion-là
01:08:00oui mais
01:08:01je dis ça c'est qu'encore une fois
01:08:02je suis parmi peut-être
01:08:03les plus favorisés du système
01:08:06pour un cinéma
01:08:07donc chaque fois moi
01:08:07je suis tellement heureux
01:08:08quand les gens me disent
01:08:09on a aimé votre film
01:08:11mais j'ai eu envie de leur dire
01:08:12vous avez peut-être aimé
01:08:13ce film-là
01:08:13mais il est le produit
01:08:14de tous les autres
01:08:15Kira on va parler des plateformes
01:08:16dans un instant
01:08:17mais vous avez l'impression
01:08:18que cette bataille
01:08:18elle a été gagnée
01:08:20celle de la diversité culturelle
01:08:22le rôle du CNC
01:08:23elle a été gagnée à l'époque
01:08:25il n'y a pas de raison
01:08:26qu'elle n'ait pas gagnée aujourd'hui
01:08:27en tout cas c'est une bataille
01:08:28de tous les jours
01:08:28et je pense qu'on a du mal
01:08:29à imaginer en tant que spectateur
01:08:31en tant qu'étudiant
01:08:31dans mon office
01:08:32comment le monde du cinéma
01:08:35c'est un paysage apocalyptique
01:08:37en fait
01:08:37c'est tellement ancré
01:08:39dans l'économie du cinéma
01:08:40tellement ancré
01:08:41dans la filière
01:08:42qu'on a du mal à imaginer
01:08:44comment on ferait demain
01:08:45si le CNC n'était pas là
01:08:46si tout ce qui a été construit
01:08:48sur la création
01:08:49sur la distribution
01:08:49sur l'exploitation
01:08:50sur l'éducation à l'image
01:08:51sur l'innovation
01:08:52parce qu'il faut aussi parler
01:08:53de toutes les mesures
01:08:54que le CNC a mis en place
01:08:55pour encourager l'émergence
01:08:57où qu'elle soit
01:08:58des dispositifs nouveaux
01:09:00des cinéphilies numériques
01:09:01la formation
01:09:02l'éducation
01:09:03de citoyens
01:09:04c'est les fils de demain
01:09:05donc tout ça
01:09:06c'est un édifice
01:09:07qui fait qu'on peut être fiers
01:09:08au niveau international
01:09:09de ce qu'on a construit
01:09:10on peut l'imaginer
01:09:11je me permets juste d'intervenir
01:09:13il se trouve qu'il y a des pays
01:09:14limitrophes
01:09:15qui faisaient par exemple
01:09:15deux fois
01:09:16en Italie il y avait 800 millions d'entrées
01:09:17au moment de la deuxième guerre mondiale
01:09:19pardon il me semble
01:09:20un peu plus de 400 millions en France
01:09:22aujourd'hui c'est 80 millions d'entrées
01:09:24en Italie
01:09:24et encore les bonnes années
01:09:26avec une part du marché
01:09:27du cinéma américain
01:09:28qui monte
01:09:28je crois monte jusqu'à 75
01:09:29ou 80%
01:09:30donc on sait ce qui se passe
01:09:32quand tout d'un coup
01:09:32un système s'effondre
01:09:34on le voit en Espagne
01:09:35on le voit dans plein d'autres pays
01:09:36qui a encore une industrie
01:09:38mais qui n'est aussi bien loin
01:09:40je vais parler d'être aussi diverse
01:09:41que la nôtre
01:09:43et on est en Europe
01:09:44un point d'ancrage
01:09:45pour tous ces pays
01:09:45pour les coproductions internationales
01:09:47c'est à dire que
01:09:48je pense qu'on a une responsabilité
01:09:50vis-à-vis de notre propre cinéma
01:09:51mais il y a un vrai enjeu
01:09:52de souveraineté culturelle européenne
01:09:53c'est pas quelque chose
01:09:55qu'on brandit
01:09:56pour protéger
01:09:57des intérêts particuliers
01:09:59Le défi pour vous aujourd'hui
01:10:01est-ce que c'est par exemple
01:10:03ce que vous reprochent certains
01:10:04sur l'échiquier très à droite
01:10:08à l'extrême droite
01:10:09que le CNC produit trop
01:10:11qu'il produit des films woke
01:10:12qu'il produit des films
01:10:13que personne ne va voir
01:10:15je me fais vraiment l'écho
01:10:16d'une petite musique
01:10:17qui est en train de s'installer
01:10:18parce que c'est une bataille politique
01:10:21qui se joue autour du cinéma
01:10:24il y a deux choses à dire
01:10:25il y a un défi politique
01:10:26il y a des défis industriels
01:10:28et il faut y revenir
01:10:29mais sur le défi politique
01:10:30je crois que dans le moment
01:10:31d'extraordinaire complexité
01:10:33où est notre pays
01:10:34toutes les questions sont légitimes
01:10:36à la condition qu'elle soit sincère
01:10:38à la condition qu'on nous pose
01:10:39une question
01:10:39on est intéressé par la réponse
01:10:41à la condition
01:10:42qu'une polémique lancée
01:10:43n'ait pas le souci
01:10:44de détruire quelque chose
01:10:45qui marche
01:10:46mais bien de l'améliorer
01:10:47et le CNC
01:10:48qui a bien des défauts
01:10:51mais je crois au moins
01:10:51une qualité depuis 80 ans
01:10:53c'est qu'il s'est constamment
01:10:54remis en cause
01:10:55pour être toujours
01:10:56le plus pertinent
01:10:57regarde assez sereinement
01:10:58les questions qui sont posées
01:10:59est-ce qu'on produit
01:11:00trop de films en France
01:11:02je reste sur les chiffres exacts
01:11:03que Dimitri a donné
01:11:04sur le marché italien
01:11:05l'Italie est un marché
01:11:06qui fait trois fois moins
01:11:08d'entrées que nous
01:11:08mais qui produit
01:11:09une fois et demie
01:11:10de plus que nous
01:11:11450 films
01:11:12nous en France c'est 300
01:11:13450 films
01:11:14en Italie en France c'est 300
01:11:16donc il faut voir qu'en fait
01:11:17le cinéma est en raison
01:11:18de la complexité qu'on évoquait
01:11:20un domaine artistique
01:11:21qui est structurellement
01:11:22peu divers
01:11:23donc est-ce qu'en France
01:11:24on produit trop de films
01:11:25la réponse est non
01:11:26et la réponse c'est
01:11:27notamment les spectateurs
01:11:28qui la donnent
01:11:29l'an passé qui était pourtant
01:11:30pas la meilleure des années
01:11:32deux français sur trois
01:11:33sont allés au cinéma
01:11:33ils y sont allés quatre fois
01:11:35dans l'année
01:11:35et 40% des billets
01:11:36qu'ils ont achetés
01:11:37c'était pour voir du film français
01:11:38donc il faut regarder
01:11:40toutes les questions
01:11:41sur des questions
01:11:43qu'on entend beaucoup
01:11:44de dire des films
01:11:45qui seraient orientés
01:11:46politiquement
01:11:46prenons un instant
01:11:48ce qu'on appelle
01:11:48l'avance sur recette
01:11:49qui est peut-être
01:11:50Alors expliquez nous
01:11:50le mécanisme
01:11:51c'est l'aide reine
01:11:53qui parfois
01:11:54est la plus décriée
01:11:56par certains
01:11:57elle a été pensée
01:11:58sous l'égide
01:11:59d'André Malraux
01:12:01constamment
01:12:03continuée
01:12:04et elle nous a valu
01:12:05d'avoir
01:12:06des tontons flingueurs
01:12:07aux dernières palmes d'or
01:12:09l'émergence
01:12:09des grands talents français
01:12:10dans toutes les catégories
01:12:11ce qu'on reproche à cette aide
01:12:13l'avance sur recette
01:12:14c'est tout simplement
01:12:15donc le principe
01:12:16c'est sur la base
01:12:17de la qualité
01:12:18de votre projet
01:12:19vous allez recevoir
01:12:20un soutien décédé
01:12:21par une commission indépendante
01:12:22qui va représenter
01:12:23quelques dizaines
01:12:24de milliers
01:12:25au maximum quelques centaines
01:12:26de milliers d'euros
01:12:26donc ça reste un pourcentage
01:12:28du film
01:12:29qui n'est pas la majorité
01:12:30mais ça peut être
01:12:31tout à fait décisif
01:12:32et le point
01:12:33que je veux dire simplement
01:12:34est-ce que ce seraient
01:12:35des films
01:12:35qui seraient tous orientés
01:12:36d'un côté
01:12:37il se trouve que
01:12:38quand vous regardez les films
01:12:40qui sont orientés à l'avance
01:12:41depuis dix ans
01:12:42ils ont eu entre
01:12:4360 et 90%
01:12:44des résultats
01:12:46est-ce que ces films
01:12:47seraient tous orientés
01:12:48politiquement
01:12:49est-ce que c'est des films
01:12:50qui n'auraient pas
01:12:50rencontré le public
01:12:51ce sont des films
01:12:51qui ont marché
01:12:52ce sont des films
01:12:52qui sont bons
01:12:53ce que ça veut dire
01:12:54c'est que notre système
01:12:55marche
01:12:56et je crois qu'aujourd'hui
01:12:57et Dimitri y a fait allusion
01:12:59notre modèle
01:13:00ce n'est pas que le CNC
01:13:01c'est un ensemble
01:13:03c'est un écosystème
01:13:04d'institutions
01:13:05où l'audiovisuel public
01:13:06autant que les acteurs privés
01:13:07autant que la puissance publique
01:13:09jouent chacun leur rôle
01:13:10et c'est tout cela ensemble
01:13:11qui fait que nous sommes
01:13:12le troisième box office au monde
01:13:14alors qu'on n'est que
01:13:15le 26e pays en population
01:13:16oui et c'est assez fascinant
01:13:18d'ailleurs de voir
01:13:19que les gens
01:13:20non seulement retournent
01:13:21dans les salles
01:13:21mais qu'il y ait un appétit
01:13:23pour autant de films différents
01:13:25il y a malgré tout
01:13:26ce sujet des plateformes
01:13:27qu'on ne peut pas éviter
01:13:28Netflix est devenu
01:13:29l'année dernière
01:13:30le premier financeur privé
01:13:31de la production audiovisuelle
01:13:33et cinématographique
01:13:34en France
01:13:35Netflix qui est donc
01:13:36à dépasser Canal Plus
01:13:38est-ce que vous considérez
01:13:39que cette montée en puissance
01:13:40des plateformes payantes
01:13:41c'est une menace
01:13:42pour l'exception culturelle
01:13:44rapidement
01:13:44et pour qu'on puisse
01:13:45faire un tour de table ?
01:13:47Je dirais plutôt
01:13:48que c'est une chance
01:13:49à la condition
01:13:49de garder cette diversité
01:13:51des financements
01:13:52qui est garante
01:13:53de la diversité
01:13:54à la fois de ce que l'on produit
01:13:55et de ce que l'on peut voir
01:13:56comme spectateur
01:13:57il faut quand même voir
01:13:58le chemin qu'on a fait
01:13:59en quelques années
01:13:59parce que l'intégration
01:14:01de ces acteurs extra-européens
01:14:03dans notre système
01:14:04alors qu'on disait
01:14:05il y a encore quelques années
01:14:06ils ne seront jamais d'accord
01:14:08et ils ne trouveront jamais
01:14:09leur intérêt
01:14:09aujourd'hui
01:14:10le fait qu'on a diversifié
01:14:13les financeurs
01:14:14de la création française
01:14:15c'est une chance formidable
01:14:16à la condition
01:14:17d'une part
01:14:18de ne pas perdre de vue
01:14:19que quand
01:14:20un financement arrive
01:14:22de Canal Plus
01:14:22ou de France Télévisions
01:14:23ou du CNC
01:14:24ça fait toute la différence
01:14:26et ça ne soutient pas
01:14:27tout à fait
01:14:28le même type d'oeuvre
01:14:28Non justement
01:14:29et c'est ce que dit
01:14:30Martin Ajdari
01:14:31le patron de l'Arcom
01:14:32il dit en fait
01:14:33que le risque c'est que
01:14:34si Netflix
01:14:35si les plateformes payantes
01:14:36deviennent le premier financeur
01:14:38du cinéma
01:14:39ils financeront des films
01:14:40qui ne seront pas
01:14:41les films que vous
01:14:42vous produisez
01:14:44produiront des produits
01:14:44plus formatés
01:14:45par exemple
01:14:46je pense qu'encore une fois
01:14:47il s'agit d'une question
01:14:48d'équilibre
01:14:48d'équilibre
01:14:50parce que pour aller
01:14:51par exemple
01:14:52je vais revenir deux secondes
01:14:53sur l'avance sur recette
01:14:53mais pour aller directement
01:14:54sur Netflix Canal
01:14:56moi je n'ai jamais eu
01:14:56l'avance sur recette
01:14:58jamais
01:14:58et je pense que c'est
01:14:59très important qu'elle existe
01:15:00et vous la demandez
01:15:01je la demande assez régulièrement
01:15:03de temps en temps
01:15:03je m'en plains
01:15:04mais il s'agit vraiment
01:15:05d'une question
01:15:05d'auto-correction
01:15:08ajustement d'un système
01:15:09qui est un système
01:15:10interdépendant
01:15:10qui est vertueux
01:15:12et d'un côté précaire
01:15:14mais précieux
01:15:15et de l'autre côté
01:15:17de ce champ des possibles
01:15:19auquel je reviens
01:15:19éditorial
01:15:20ok
01:15:21je fais des films
01:15:22qui sont parfois
01:15:23des gros films
01:15:25ceux-là quelque part
01:15:26ils ne sont pas
01:15:26moins précaires
01:15:27mais ils sont une proposition
01:15:29de cinéma
01:15:29qui peut susciter
01:15:31la compétition
01:15:32entre les différents acteurs
01:15:33mais formatage
01:15:34sur scénarisation
01:15:35pas forcément
01:15:35mais encore une fois
01:15:36c'est parce que
01:15:37c'est parce qu'aujourd'hui
01:15:39j'ai cet écosystème général
01:15:40que je peux m'adresser
01:15:42aux plateformes
01:15:42en n'étant pas
01:15:43en position de faiblesse
01:15:44c'est parce qu'aujourd'hui
01:15:45il y a Canal Plus
01:15:46que je peux aussi
01:15:47mettre de la concurrence
01:15:48et je reviens
01:15:48Canal Plus aujourd'hui
01:15:50avec qui j'ai
01:15:51par exemple
01:15:51peu travaillé récemment
01:15:54achète des films
01:15:55que les autres
01:15:55n'achèteraient pas
01:15:56donc ça c'est très objectif
01:15:58mais ça permet quoi ?
01:15:59ça permet un
01:16:00à des films d'exister
01:16:01qui n'existeraient pas
01:16:02autrement
01:16:02mais ça permet aussi
01:16:04de garder cet équilibre
01:16:05avec les Américains
01:16:07sous tension
01:16:07parce que le fait
01:16:08d'avoir des champions nationaux
01:16:09et ça ça vaut pour TF1
01:16:11pour M6
01:16:12pour France Télé
01:16:14équilibre la filière
01:16:15tout l'enjeu encore une fois
01:16:17il est d'avoir
01:16:17un tissu français
01:16:19qui n'est pas inféodé
01:16:21complètement économiquement
01:16:22à des acteurs
01:16:23qui sont des acteurs
01:16:24anglo-saxons
01:16:24j'ai rien contre eux
01:16:25mais on sait très bien
01:16:26que si aujourd'hui
01:16:27on n'était pas en situation
01:16:28d'avoir des champions français
01:16:29et le tissu organisé
01:16:31par le CNC
01:16:32le documentaire
01:16:33l'a mis en exergue
01:16:34de façon très juste
01:16:35on se ferait écraser
01:16:37par le rouleau compresseur
01:16:38et donc
01:16:39sans chercher
01:16:40à renier
01:16:42le cinéma américain
01:16:42que j'aime profondément
01:16:44on a envie d'exister
01:16:45et je pense
01:16:46que c'est un intérêt
01:16:46encore une fois
01:16:46de souveraineté
01:16:48il y a quelque chose
01:16:49de très fort
01:16:50c'est aussi les plateformes
01:16:51gratuites
01:16:51ou en tout cas
01:16:51qui fonctionnent
01:16:53sur l'économie
01:16:54de l'attention
01:16:54je pense à YouTube
01:16:55je pense à TikTok
01:16:56est-ce que ça
01:16:57c'est de nature
01:16:58pour le coup
01:17:00à mettre en péril
01:17:01l'exception française
01:17:02ou le système de financement
01:17:03parce qu'ils ne participent pas
01:17:04du tout à la hauteur
01:17:05de ce que leur rapporte
01:17:06le nombre de vues
01:17:08sur les plateformes
01:17:09elle pourrait l'être
01:17:10à l'avenir
01:17:10rien n'exprime
01:17:11qu'elle ne les soit pas
01:17:12ça c'est une décision politique
01:17:13par ailleurs
01:17:14oui
01:17:15et puis la diversité
01:17:17actuelle
01:17:17peut aussi s'intéresser
01:17:18à ces oeuvres là
01:17:20et des aides peuvent aussi
01:17:21aller de ce côté là
01:17:22je crois que les chaînes
01:17:23des télévisions
01:17:24s'intéressent
01:17:24même les chaînes publiques
01:17:25à ce type de création
01:17:27pour l'investir
01:17:28du point de vue
01:17:28du point d'auteur
01:17:30donc il ne faut pas opposer
01:17:31ces formes de création
01:17:32et je pense que
01:17:33la diversité des diffuseurs
01:17:35fait aussi la diversité
01:17:35des oeuvres
01:17:36et la diversité
01:17:37des cinéphilies
01:17:38de ce qui se passe
01:17:38en salle in fine
01:17:39donc il ne faut pas opposer
01:17:40autant le vertical
01:17:42avec les grands films
01:17:43de cinéma
01:17:44de trois heures
01:17:44c'est des goûts différents
01:17:46des publics différents
01:17:47mais qui peuvent se rejoindre
01:17:48dans une salle de cinéma
01:17:49par ailleurs
01:17:49ou ne pas polariser
01:17:51non plus
01:17:52tout à fait
01:17:53exactement
01:17:54ces esthétiques là
01:17:55circulent
01:17:56et les publics
01:17:56circulent plus
01:17:57qu'on le pense en réalité
01:17:58mais en l'occurrence
01:17:59ce qui est intéressant
01:17:59c'est que ça déplace
01:18:01la question de l'indépendance
01:18:02il y a eu récemment
01:18:03le sommet lumière
01:18:05organisé par la présidence française
01:18:06et la Corée
01:18:07parce que encore une fois
01:18:08on n'est pas les seuls
01:18:08à se poser ces questions là
01:18:10que Gaëtan a quand même
01:18:11à mon avis
01:18:11beaucoup peu vrai
01:18:12à orienter
01:18:15on le voyait bien
01:18:16l'arrivée des acteurs gratuits
01:18:17versus les plateformes payantes
01:18:19c'est une disruption
01:18:21on ne va pas revenir en arrière
01:18:22je veux dire aujourd'hui
01:18:22la consommation
01:18:23on a changé l'époque oui
01:18:24non mais la question encore une fois
01:18:25de la régulation
01:18:26et de l'interdépendance
01:18:28y compris des créateurs
01:18:30de comment on les soutient
01:18:31comment on préserve
01:18:32une filière
01:18:33tout en permettant
01:18:33l'émergence d'une autre
01:18:35voilà en France
01:18:36on se pose ces questions
01:18:36pas uniquement
01:18:37selon la loi du marché
01:18:39ça ne veut pas dire
01:18:39qu'on empêche
01:18:41toute forme d'existence
01:18:42de marché
01:18:42mais je pense que c'est
01:18:45quelque chose d'existentiel
01:18:46nous concernant
01:18:47mais de vertueux
01:18:48allez un dernier mot
01:18:48un conseil
01:18:49un film à aller voir
01:18:50absolument
01:18:51je vous pose la question
01:18:52à chacun
01:18:53là tout de suite au cinéma
01:18:54oui
01:18:55oulala c'est difficile
01:18:56on a parlé d'exception culturelle
01:18:58on a parlé de show business
01:18:59là dans la semaine
01:19:01il y a les misérables qui sortent
01:19:02et je pense que ça vaut le coup
01:19:03d'aller le voir
01:19:03je ne l'ai pas encore vu
01:19:04j'ai hâte de le découvrir
01:19:06ça fait partie des grandes fresques
01:19:07un livre du 19e qui vous aurait échappé
01:19:10que vous n'auriez pas adapté à l'écran
01:19:11Dimitri Rassam
01:19:12et en tout cas je suis curieux
01:19:13d'aller le voir
01:19:14c'est assez génial d'ailleurs
01:19:15que les best-sellers du 19e siècle
01:19:17soient devenus les blockbusters
01:19:18du 21e
01:19:19j'aurais donné le même conseil
01:19:21parce que ça résonne bien
01:19:22avec la situation actuelle
01:19:25qui se joue notamment
01:19:26dans notre milieu universitaire
01:19:28donc ça résonne particulièrement
01:19:29et donc moi je peux dire
01:19:30deux films rapidement
01:19:31oui évidemment
01:19:32notre salut d'un côté
01:19:32parce que c'est un geste
01:19:34cinématographique formidable
01:19:35et de Gaulle
01:19:36mille raisons d'aller voir de Gaulle
01:19:38les deux
01:19:39pour ceux qui ne l'ont pas encore vu
01:19:40mais l'une des raisons
01:19:41c'est quand même de voir
01:19:42que les Etats-Unis
01:19:43ont toujours eu un rapport
01:19:44un peu complexe à la France
01:19:45et c'est une leçon à méditer
01:19:47dans le contexte
01:19:47dont on parle aujourd'hui
01:19:48c'est une excellente conclusion
01:19:50merci infiniment à tous les trois
01:19:51d'avoir participé à ce débat doc
01:19:53merci de nous avoir suivis
01:19:55je vous donne rendez-vous
01:19:56très vite sur LCP
01:19:57bonne soirée
01:19:58merci de vous

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