00:00C'était assez incroyable, j'ai été transcendé par cette ligne d'arrivée,
00:02par ce public qui m'a clamé.
00:05J'avais une sensation d'être un peu une rockstar pendant quelques minutes.
00:08Je suis arrivé une bonne heure en avance avant le départ.
00:11Vous savez que j'avais fait mon contrôle de matériel obligatoire,
00:14j'avais juste à attendre en fait.
00:16Du coup, j'avais un peu le stress qui était redescendu
00:19qu'on peut avoir d'avant-course
00:20et ça m'avait vraiment mis dans ma bulle ce moment-là.
00:23Pour la petite anecdote aussi, je suis le dernier à partir de ce sas
00:26parce qu'en fait, je suis le dernier à passer aux toilettes
00:28et du coup, j'ai eu un peu couru pour arriver à la ligne de départ, pas trop en retard.
00:31On est arrivé à Notre-Dame-de-la-Pay au kilomètre 33
00:35et après à peu près 3h15 de course, 3h30 si je ne me rappelle plus précisément,
00:39mais on est encore assez au début de course.
00:40Du coup, on arrive à un gros peloton, il fait nuit, il y a beaucoup de monde
00:44donc c'est dur de se retrouver.
00:58Je cours, je crie « maman » comme on l'entend et je ne la trouve pas, je ne la
01:02trouve pas.
01:02Je ne sais pas ce qui s'est passé, je me dis « bon, qu'est-ce que je peux
01:05trouver comme solution ? »
01:06Finalement, je me retrouve dans le coffre d'un van à fouiller dans des sacs de course
01:11et on m'a gentiment donné un gel en plus.
01:13C'est un moment complètement de panique, il y a eu un stress qui a été immense.
01:16C'est quand même assez dur et j'étais assez fier de moi sur le moment.
01:18Je me suis dit « aujourd'hui, tu vas trouver des belles solutions face aux prochaines épreuves qui vont arriver.
01:23»
01:23Je ne savais pas encore lesquelles, mais forcément, sur un 100 miles, on a pas mal de trucs à s
01:28'y remonter.
01:29Je rentre dans ma fat, c'est le plan de course, c'était quand même à partir de là,
01:32tu peux commencer à penser à position, penser à se dire « qu'est-ce que je peux faire pour
01:36peut-être être devant ? »
01:37ou « est-ce que si je ne suis pas bien, je dois ralentir ? »
01:39Là, je me laissais plus le droit de rêver, d'aller jouer devant.
01:41Si j'arrange pas, je me dis « je vais sûrement rattraper, j'en suis quasi sûr, je vais rattraper
01:45Vincent. »
01:45C'est un moment délicat, il n'y a pas forcément le bon mot, il n'y a pas forcément
01:48le bon geste
01:49parce qu'on ne veut pas trop en faire, mais pas non plus pas en faire.
01:52C'est Vincent qui s'est légèrement écarté, qui m'a tendu sa main et j'ai pris sa main.
01:57J'ai dit « bon courage », et la passation s'est faite comme ça.
01:59Quand on arrive à La Possession, c'est une grande ville à La Réunion, il y avait du monde.
02:04Et en fait, on comprend à ce moment-là que toute l'île vit pour la Diague,
02:09avec en apothéose cette ligne d'arrivée.
02:11J'ai l'impression qu'il y avait en ce cas plusieurs milliers de personnes qui étaient là.
02:14C'était un moment unique où je pense que j'en vivrais très peu, peut-être même plus jamais,
02:18parce que c'était un moment avec beaucoup d'innocence, d'insouciance,
02:22où vraiment j'étais juste de la joie, une communion avec le public, et il n'y avait plus aucune
02:26pensée en moi.
02:27On n'a pas le temps de respirer, on n'a aucun sas, en fait.
02:29C'est assez particulier au Grand Raid.
02:31De suite, je suis sur un podium avec ma mère et ma grand-mère.
02:34Après, de suite, je suis à cette conférence de presse où je ne sais même pas ce qui m'arrive.
02:38En fait, je réponds à des questions de manière assez robotique,
02:42mais en fait, parce que je n'ai pas eu du tout le temps de me poser même 30 secondes.
02:46Je pense que je vais la savourer avec le temps, cette victoire.
02:48Là, il y a beaucoup d'attention médiatique, il y a beaucoup d'attention sur les réseaux sociaux.
02:53C'est sympa, mais je pense que je vais vraiment la savourer quand je retournerai à l'entraînement,
02:58dans ma montagne, seul, avec ma musique.
02:59Je serai vraiment fier de ce que j'ai pu réaliser.
03:03Je me rappellerai aussi de tous les entraînements que j'ai pu faire pour mon père.