00:00L'autre regard, comme chaque jeudi, c'est le vôtre, Anas Barkha.
00:03On va parler de buts, des buts qui rapportent souvent des millions,
00:06mais qui peuvent aussi coûter très très cher, qui peuvent coûter des millions également.
00:11Un contrat publicitaire, une place dans une sélection,
00:14parfois même l'image d'un championnat qui peut être altérée.
00:18Les conséquences peuvent dépasser largement donc les terrains
00:22et l'actualité nous donne l'exemple spectaculaire qu'on a vu cette semaine avec Kylian Mbappé.
00:27On en a parlé pendant toute la semaine. Tout est parti d'un extrait d'une émission en ligne
00:31diffusée à la fin du mois d'octobre. Interrogé sur le même Internet qui lui fait le plus rire,
00:35Kylian Mbappé évoque un montage représentant comme un dictateur chinois,
00:39qualifiant Mao Zedong. Une séquence qui crée la polémique en Chine,
00:43contrat publicitaire rompu, suspension de la Ligue 1 impliquant Kylian Mbappé
00:47par la télévision publique chinoise, ce qui contraint bien sûr le championnat espagnol de réagir.
00:52Son président, Javier Tebas, a présenté ses excuses et engagé des démarches
00:56pour éviter que cet épisode ne détériore davantage les relations commerciales du championnat.
01:00Avec la Chine, Mbappé publie lui aussi des excuses en français, en anglais et en mandarin,
01:06reconnaissant que sa remarque était mal choisie et qu'elle avait blessé des personnes.
01:09Il faut préciser que Mbappé ne prononce pas explicitement le nom de Mao.
01:13Dans l'extrait, c'est le montage qui permet d'identifier le dirigeant,
01:16mais l'impact est bien réel. C'est là que tout le paradoxe du sport moderne est présent.
01:21Le joueur est une personne, mais son image aussi est un produit commercial.
01:24Et quand cette image devient un problème, ce ne sont pas uniquement ses revenus qui sont en jeu.
01:28Oui, mais pourtant, les contrats étaient juteux et il les a perdus.
01:32Alors, au-delà de ces affaires et de cette histoire particulièrement,
01:36d'autres histoires montrent que ce risque n'est ni propre au football,
01:40ni limité même à un seul pays.
01:42On va quand même rester un peu dans le ballon, avec la situation de Ronaldinho,
01:45qui est très différente, un peu plus légère.
01:47En 2012, lors d'une conférence de presse de l'Atletico Minero,
01:50des canettes de Pepsi apparaissent devant le joueur.
01:52Or, Ronaldinho est associé avec Coca-Cola, concurrent direct de Pepsi.
01:56Coca-Cola met fin à son partenariat avec le Brésilien.
01:59Le contrat a été évalué par la presse à environ 1,5 million d'oreilles à Sparran.
02:03Le contexte compte. Pepsi était lié au club brésilien
02:07et la relation avec Coca-Cola était déjà fragilisée avec le joueur.
02:10Mais l'image de la conférence de presse devient le symbole de la rupture.
02:14Pas besoin d'une déclaration politique, d'un scandale majeur.
02:17Parfois, une image suffit.
02:19Dans une économie où les marques payent pour être seules, associées à une star,
02:22un détail visible peut avoir une valeur considérable.
02:25En 2017, par exemple, le quarterback de football américain,
02:28Cam Newton, répond à une journaliste qui l'interroge sur le jeu d'un coéquipier.
02:32Il lui dit trouver amusant qu'une femme parle de trajectoire de course.
02:35La remarque est perçue comme sexiste.
02:37La marque d'Anon, propriétaire des Yaorto Ucos, annonce qu'elle ne poursuivra pas son partenariat avec lui
02:42et retire les publicités concernées.
02:44Newton présente ses excuses, mais cette affaire rappelle qu'une conférence de presse n'est pas une conversation privée.
02:49Une phrase prononcée en quelques secondes peut être reprise partout
02:52et les sponsors peuvent décider qu'elle ne correspond plus aux valeurs qu'ils veulent défendre.
02:57Ensuite, en 2024, pendant la tournée du 15 de France en Argentine,
03:01le rugbyman Melvin Jaminet publie une vidéo contenant des propos racistes visant la communauté arabe et une menace de violence.
03:07La Fédération française de rugby le renvoie de la tournée.
03:10Puis son conseil de discipline le suspend 34 semaines et lui inflige une amende de 30 000 euros.
03:15Huit semaines peuvent être remplacées par des actions d'intérêt général consacrées à la lutte contre les discriminations.
03:20Ici, il ne s'agit plus d'une plaisanterie simplement mal interprétée.
03:23Les propos sont explicitement racistes et les conséquences disciplinaires sont lourdes.
03:28Le cas montre qu'une publication personnelle peut engager une sélection nationale, une fédération et un club,
03:33tout en portant atteinte à l'image du sport.
03:36Et enfin, le risque ne concerne pas uniquement les athlètes.
03:39On peut également parler, pendant les Jeux Olympiques de Paris, en 2024, du commentateur britannique Bob Ballard,
03:44qui fait une remarque sexiste à propos des nageuses australiennes qui célèbrent leur victoire.
03:48Il suggère qu'elles prennent leur temps parce que les femmes aiment se maquiller.
03:51Eurosport le retire de son dispositif de commentaire.
03:54Il présente ensuite ses excuses.
03:56Mais cet épisode rappelle que les professionnels qui racontent le sport sont eux aussi responsables de leur parole.
04:01Alors, toutes ces histoires sont bien différentes.
04:03Mais le fil rouge est le même.
04:05Dans le sport moderne, la parole fait partie de la performance publique.
04:08Les sponsors achètent une image autant qu'un talent.
04:10Les clubs et les fédérations défendent des valeurs.
04:13Les diffuseurs doivent répondre à un public mondial.
04:15Une phrase peut durer trois secondes.
04:17Ces conséquences peuvent durer des mois, coûter un contrat ou obliger toute une organisation à gérer une crise.
04:22Alors, la vraie question n'est peut-être pas de savoir si les sportifs ont encore le droit de plaisanter.
04:27Bien sûr qu'ils ont toujours ce droit-là.
04:28Mais lorsqu'on devient une marque mondiale, peut-on encore parler comme si personne n'écoutait ?
04:32Ben oui, ben non.
04:34La réponse est vite ronde.
04:35On caisse des gros chèques et puis en même temps faire n'importe quoi.
04:37C'est comme ça.
04:38Il faut se gérer.
04:39Merci beaucoup, Onnes Barkhal.
04:40C'était L'Autre Regard.